Mon potager en sol vivant ! par Vincent Levavasseur

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Dans cette vidéo, Vincent Levavasseur, maraîcher en Normandie et figure du réseau Maraîchage Sol Vivant, présente les bases du potager en sol vivant, inspiré de son expérience de terrain. Il explique pourquoi éviter le travail du sol permet de préserver sa structure, sa fertilité, la vie biologique et l’eau, tout en limitant désherbage, maladies et apports extérieurs. Le principe central : nourrir le sol avec des matières organiques carbonées pour relancer l’activité des vers de terre, champignons et bactéries, véritables moteurs de l’autofertilité. Vincent Levavasseur détaille aussi des solutions très concrètes pour démarrer un potager : bâchage ou carton sur prairie, apports de broyat, compost, paille ou fumier, puis techniques de semis et de plantation sans bêcher. Il aborde enfin la gestion des adventices, limaces et campagnols, avec une approche fondée sur l’équilibre biologique et l’observation.

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Résumé
Dans cette vidéo, Vincent Levavasseur, maraîcher en Normandie et figure du réseau Maraîchage Sol Vivant, présente les bases du potager en sol vivant, inspiré de son expérience de terrain. Il explique pourquoi éviter le travail du sol permet de préserver sa structure, sa fertilité, la vie biologique et l’eau, tout en limitant désherbage, maladies et apports extérieurs. Le principe central : nourrir le sol avec des matières organiques carbonées pour relancer l’activité des vers de terre, champignons et bactéries, véritables moteurs de l’autofertilité. Vincent Levavasseur détaille aussi des solutions très concrètes pour démarrer un potager : bâchage ou carton sur prairie, apports de broyat, compost, paille ou fumier, puis techniques de semis et de plantation sans bêcher. Il aborde enfin la gestion des adventices, limaces et campagnols, avec une approche fondée sur l’équilibre biologique et l’observation.

SOMMAIRE :


Introduction : 0:00:30

Historique du vivant : 0:09:16

Les fondamentaux : 0:16:43

Préparer son sol : 0:30:19

Semer, planter : 1:02:07

Désherbage et ravageur : 1:26:38

Tour de jardins : 1:46:49

Conseils de lectures, de chaînes YouTube et vidéos : 01:58:08


Prochaine session de l'atelier pour aller encore plus loin : https://www.verdeterreprod.fr/agenda-formations/atelier-mon-potager-en-sol-vivant-2-2/



Présentation de Vincent Levavasseur

Vincent Levavasseur se présente comme maraîcher depuis six ans. Il explique avoir été l’une des premières fermes à s’installer directement sur prairie, avec une transition prairie-légumes sans aucun travail du sol. Il précise faire partie des premières fermes du réseau maraîchage sol vivant à s’être installées directement en 100 % sans travail du sol.

Il explique que cette installation a bien réussi parce qu’il a pu s’inspirer du réseau de maraîchage sur sol vivant, qui l’a guidé. Il cite en particulier son passage chez les frères Mulet, chez qui il a travaillé pour se former à l’installation, et où il a découvert ce réseau.

Selon lui, le réseau maraîchage sol vivant s’est beaucoup structuré ces dernières années, avec un fort impact aujourd’hui. Il mentionne notamment une cartographie qui recense les acteurs du réseau, avec un nombre important de maraîchers dans certaines zones.

Il explique aussi que le développement du réseau a été rapide parce qu’une stratégie particulière a été adoptée : diffuser librement les connaissances, notamment via YouTube.

Le réseau maraîchage sol vivant et la diffusion des connaissances

Vincent Levavasseur présente le site du réseau maraîchage sol vivant et sa chaîne YouTube, sur laquelle ont été sélectionnées six vidéos de référence sur les sols vivants. Ces vidéos ont pour objectif de poser les bases du maraîchage sur sol vivant.

Il précise cependant que ce travail de diffusion s’est surtout adressé jusqu’ici à des professionnels, davantage qu’à des particuliers. Dans le cadre du potager amateur, il indique que des vidéos spécifiques sont en préparation.

Il souligne aussi que le réseau vit à travers une diversité de portes ouvertes, visites de fermes, formations, événements et groupes locaux structurés.

Dans le prolongement de cette dynamique, il présente la chaîne YouTube Vers de terre production, créée avec François Mulet et Konrad Schreiber. Cette chaîne s’adresse à toutes les agricultures possibles : grandes cultures, élevage, arboriculture, etc. Il indique qu’il fera plusieurs références à ces ressources au cours de son exposé, car elles permettent d’approfondir facilement les sujets abordés.

Activités actuelles de Vincent Levavasseur

Vincent Levavasseur indique être :

  • président de l’association normande de maraîchage sol vivant ;
  • directeur de Vers de terre production ;
  • toujours actif sur sa ferme, où il poursuit son travail de maraîchage ;
  • impliqué dans un atelier de poules pondeuses ;
  • engagé dans un espace-test sur la ferme.

Il explique que sa ferme fait dix hectares, dont environ 2,2 hectares de terre utile, avec un gros hectare de maraîchage.

Il indique également avoir déjà animé plusieurs ateliers à destination de particuliers et de jardiniers amateurs pour promouvoir des jardins au service :

  • de la reconnexion au vivant ;
  • de la reconnexion à la santé ;
  • de l’accès à de bons produits ;
  • de la diffusion dans toute la société de l’intérêt des sols vivants.

Il remercie les participants pour leur soutien, en expliquant que leur participation permet de faire durer ce travail de diffusion en open source.

Déroulé de l’atelier

Vincent Levavasseur annonce un atelier en deux temps, jusqu’à 20 heures maximum.

La première partie est une partie plus théorique, sous forme de conférence, avec pour objectifs :

  • présenter les points importants du sol vivant ;
  • expliquer comment observer un sol ;
  • savoir s’il est autofertile ou non ;
  • montrer concrètement comment semer et planter dans un sol vivant ;
  • aborder rapidement la question des ravageurs ;
  • proposer ensuite un tour de jardin pour se créer un imaginaire et un référentiel d’images.

La deuxième partie doit être plus interactive, avec des échanges et des réponses aux questions particulières des participants.

Pourquoi chercher à faire un potager en sol vivant ?

Vincent Levavasseur pose la question de départ : pourquoi faire un potager en sol vivant plutôt qu’un potager conventionnel ?

Il donne plusieurs raisons :

  • arrêter de travailler le sol ;
  • arrêter le désherbage ;
  • arrêter la fertilisation chimique ;
  • faire pousser les cultures spontanément ;
  • constater moins de maladies sur des plantes en bonne santé ;
  • respecter davantage l’environnement ;
  • stocker du carbone ;
  • arrêter la dégradation des sols par l’érosion ;
  • préserver de grosses populations de vers de terre ;
  • réduire les besoins en arrosage grâce à de meilleures réserves en eau ;
  • obtenir de bons rendements.

Pour lui, cela constitue déjà une série d’arguments très forts en faveur des systèmes sur sol vivant.

Quelques repères historiques

Les terres noires amazoniennes

Vincent Levavasseur rappelle qu’on n’a pas tout inventé. Il évoque les terra preta en Amazonie : des terres noires très riches en matière organique, présentes au cœur d’une Amazonie où les sols sont souvent pauvres.

Il explique que dans ces terres noires, un maïs peut monter à trois mètres, alors que dans le sol voisin, il reste chétif. Ces sols, créés il y a longtemps, ont gardé leur fertilité jusqu’à aujourd’hui.

Le maraîchage autour des grandes villes

Il évoque aussi le maraîchage du XIXe siècle autour de Paris et de Londres, et en particulier l’excellence parisienne en production de légumes en ceinture immédiate de la ville.

Ce système reposait sur des apports massifs de carbone, notamment via le fumier de cheval, qui permettaient d’obtenir des sols très riches et des systèmes très fertiles. Il cite l’exemple des couches chaudes, qui rendaient possible la présence de melons sur les tables parisiennes dès la deuxième quinzaine d’avril.

Le Dust Bowl

Il mentionne ensuite le Dust Bowl, une catastrophe climatique survenue dans le Middle West américain, avec d’énormes tempêtes de poussière qui emportaient les maisons et les cultures.

Il explique que ce phénomène est apparu après le retournement des prairies à bisons. En seulement quelques années de labour, les sols ont été transformés en désert. Il y voit une prise de conscience majeure de l’impact du travail du sol sur la fertilité des terres.

Il relie cela à d’autres régions, notamment le bassin méditerranéen, où des territoires autrefois fertiles sont devenus quasi désertiques.

Fukuoka, Emilia Hazelip et les références récentes

Vincent Levavasseur cite ensuite :

  • Masanobu Fukuoka, figure majeure de l’agriculture sans travail du sol ;
  • Emilia Hazelip, qui a développé en France dans les années 1980 des buttes sur paille sans travail du sol.

Il explique que le réseau maraîchage sol vivant s’inscrit dans cette continuité, en proposant des techniques de culture de légumes sans travail du sol, adaptées aux exigences du maraîchage.

Le constat de départ : dans la nature, ça pousse tout seul

Le point de départ de toute cette agronomie est, selon Vincent Levavasseur, un constat simple : sauf dans des conditions extrêmes, le vivant produit spontanément des systèmes très productifs.

Il rappelle qu’une forêt peut produire autant de biomasse que les meilleurs systèmes cultivés, en feuilles, en racines et parfois en fruits, et cela dans une grande diversité de contextes pédoclimatiques.

La vraie question devient donc : pourquoi cela pousse-t-il tout seul dans la nature, et pourquoi cela ne pousse-t-il plus tout seul dans les systèmes agricoles travaillés ?

Ce qui détruit les sols

Vincent Levavasseur propose une image forte : le sol travaillé revient à faire du café.

On prend :

  • de la matière fraîche, qui est le sol ;
  • on ajoute de l’eau ;
  • on passe le tout dans un grand mixeur.

Le mixeur peut être :

Le résultat, c’est une eau trouble : le sol part dans la rivière, puis dans la mer. Progressivement, l’épaisseur du sol diminue, jusqu’à créer des situations de désertification.

Il propose aussi le test de la motte :

  • dans un sol de forêt, la motte plongée dans l’eau tient bien ;
  • dans un sol travaillé, la motte se dissout.

Pour lui, c’est une manière simple de visualiser la résistance du sol à l’eau et donc sa résilience.

Il ajoute que si un sol travaillé reçoit beaucoup de matière organique, il peut redevenir résistant à l’eau, car les champignons recolonisent très vite le milieu.

Comment fonctionne l’autofertilité d’un sol vivant ?

Vincent Levavasseur explique que l’autofertilité repose sur plusieurs éléments simples :

  • une source d’énergie constante : le soleil ;
  • des apports réguliers de pluie ;
  • du CO2 ;
  • la photosynthèse réalisée par les plantes.

Les plantes produisent ainsi des sucres, qu’elles restituent en très grande partie au sol :

  • par les feuilles qui tombent ;
  • par les racines ;
  • par les radicelles qui meurent et renaissent.

Cette production de carbone est ensuite digérée par tout un ensemble d’organismes :

Une partie de cette matière est restituée immédiatement à la plante. Une autre est transformée en humus, qui constitue :

  • une réserve ;
  • un garde-manger ;
  • une cave ;
  • un stockage de fertilité ;
  • une réserve en eau.

La plante, grâce à des symbioses avec des bactéries et des champignons, peut ensuite récupérer ce qui a été stocké.

Le grand drame de l’agriculture moderne

Selon Vincent Levavasseur, l’agriculture détruit ce fonctionnement de plusieurs manières :

  • elle détruit les champignons, les bactéries et la microfaune avec le travail du sol ;
  • un passage de charrue peut faire perdre 80 % des vers de terre ;
  • elle retire les pailles et les résidus, donc enlève de la nourriture au sol.

Le résultat est que les sols ne poussent plus tout seuls. Il faut alors nourrir directement les plantes avec de la chimie, puis gérer les maladies qui apparaissent sur des plantes mal nourries et carencées.

Le sol comme maison

Pour résumer simplement, Vincent Levavasseur propose de considérer le sol comme une maison :

  • il y a une maison, qui doit être en bon état ;
  • il y a des habitants ;
  • il faut un frigo et un garde-manger bien remplis.

Si la maison est retournée chaque année, ses habitants ne peuvent pas vivre correctement. Si le frigo est vide, personne n’entretient les galeries, les réparations ne se font plus, et le sol finit par se tasser et se compacter.

Il explique qu’on peut quantifier ce besoin en nourriture du sol : dans les systèmes naturels, cela représente environ deux kilos de matière sèche par mètre carré et par an, soit :

  • environ 15 cm de foin ou de paille ;
  • environ 1 cm de copeaux de bois ;
  • environ 10 cm de broyat de déchets verts.

Les matières organiques et leur rapport carbone/azote

Vincent Levavasseur insiste sur l’intérêt des matières organiques carbonées, parce que ce sont elles qui nourrissent fortement l’activité biologique.

Il rappelle que :

  • le BRF et les copeaux de bois sont très riches en carbone ;
  • le compost, les tontes de gazon ou les fientes sont beaucoup plus riches en azote et moins structurants pour la vie du sol.

Il met en garde contre un usage exclusif du compost : un sol nourri uniquement avec du compost peut finir par se tasser, faute d’aliment réellement carboné pour les vers de terre et les champignons.

Il faut donc rester attentif à apporter des matières organiques avec un rapport carbone/azote suffisamment élevé.

Pourquoi faut-il préparer le sol au potager ?

Vincent Levavasseur rappelle qu’en maraîchage et au potager, on exporte presque tout :

Contrairement à une prairie ou à une culture de céréales où une partie importante de biomasse reste sur place, les légumes laissent très peu de matière au sol. C’est pourquoi il faut souvent compenser par des apports extérieurs de matière organique.

Comment évaluer le potentiel d’un sol ?

Observer la pousse spontanée

Le premier indicateur est la pousse spontanée. Il propose de regarder ce qui pousse naturellement si on ne fait rien.

Quelques repères :

  • si la végétation monte seulement jusqu’aux genoux, la production spontanée est faible ;
  • si elle monte jusqu’au bassin en juin, le sol a déjà un bon potentiel ;
  • si elle est dense et haute, il y a de très bonnes chances que les légumes puissent pousser correctement.

Regarder l’historique du terrain

Un sol récemment travaillé a généralement perdu beaucoup d’autofertilité. De même :

  • une pelouse tondue très régulièrement ;
  • une prairie pâturée en permanence ;

produisent peu de biomasse et alimentent mal la vie du sol.

Observer la structure

Il propose aussi de faire un trou de bêche :

  • regarder la profondeur utile ;
  • observer la présence éventuelle de cailloux ;
  • voir si le sol présente de grosses mottes compactes ou au contraire une structure grumeleuse.

Que faire si le sol a un bon potentiel ?

Si le sol pousse déjà bien tout seul, on peut :

  • détruire l’herbe en place ;
  • puis planter rapidement.

Pour détruire l’herbe, il propose plusieurs techniques :

  • bâchage ;
  • carton ;
  • grosse couverture.

Ensuite, on peut planter directement, y compris à travers la bâche.

Que faire si le sol a un faible potentiel ?

Si le sol a été travaillé ou tondu très régulièrement, il a perdu du carbone. Il faut alors remettre de la nourriture au sol, c’est-à-dire du carbone.

Deux stratégies sont possibles :

  • faire un apport massif d’un seul coup ;
  • faire des apports plus modestes mais réguliers.

Le bâchage

Vincent Levavasseur explique qu’à grande échelle, il utilise souvent des bâches d’ensilage récupérées chez des éleveurs. Elles peuvent ainsi être réemployées avant recyclage.

Pour lui, utiliser un plastique déjà existant et récupéré ne pose pas de problème particulier.

Il rappelle cependant un point important : pour détruire réellement une prairie avec ses vivaces, il faut souvent six mois poussants, c’est-à-dire six mois de bâchage en période de croissance. Si on bâche seulement l’hiver, les orties, chardons, rumex ou chiendents peuvent repartir au printemps.

Il ajoute qu’on peut néanmoins cultiver sur bâche avant la destruction complète des vivaces, par exemple en plantant des courges un mois après la pose de la bâche.

Pourquoi attendre avant de planter dans une prairie bâchée ?

Il donne deux raisons :

  • le système racinaire de la prairie est d’abord très dense, ce qui rend la plantation difficile ;
  • si on perce immédiatement la bâche, l’herbe peut ressortir par les trous.

Attendre environ un mois permet d’affaiblir la prairie avant plantation.

Les alternatives à la bâche

Il cite plusieurs alternatives :

Il précise toutefois qu’un engrais vert ne sera réellement désherbant que s’il produit une très grosse biomasse. Un simple couvert de 20 ou 30 cm n’est pas suffisant.

La question de l’apport de matière organique

Sur une prairie déjà fertile, il n’est pas forcément nécessaire d’ajouter de la matière organique en plus du bâchage, car il y a déjà :

  • toute la biomasse aérienne ;
  • tout le système racinaire.

En revanche, dans un sol pauvre, il faut remettre du carbone pour relancer la vie du sol.

Les apports massifs de carbone

Une stratégie possible consiste à faire un apport massif de :

  • copeaux de bois ;
  • broyat de déchets verts ;
  • paille ;
  • foin ;
  • feuilles.

Dans certains cas, Vincent Levavasseur indique qu’on peut travailler le sol une dernière fois pour incorporer rapidement cette matière organique et relancer fortement l’activité biologique. Il recommande alors de le faire plutôt au printemps, quand l’activité biologique repart.

Si cela est fait en période trop froide, il y a un risque de tassement.

Le broyat de déchets verts

Le broyat de déchets verts est présenté comme un matériau assez facile à trouver, parfois livrable en grosses quantités depuis des plateformes de déchets verts ou des collectivités.

Il précise qu’il peut contenir des petits morceaux de plastique, qu’il faut retirer au fur et à mesure.

Les apports massifs et la faim d’azote

Vincent Levavasseur explique ensuite le phénomène classique de faim d’azote. Quand on apporte beaucoup de carbone à un sol très pauvre en matière organique :

  • l’azote disponible est mobilisé pour décomposer le carbone ;
  • les cultures peuvent alors mal pousser au départ.

Il donne l’exemple d’essais en pots :

  • avec sable + copeaux de bois : le chou ne pousse pas ;
  • avec sable + paille : même problème ;
  • avec carbone + matière azotée : le chou pousse bien.

La leçon qu’il en tire est qu’en cas d’apport massif de carbone sur un sol pauvre, il faut aussi apporter de l’azote.

Il propose donc un mélange à peu près moitié carbone, moitié azote.

Les apports réguliers dans le temps

L’autre stratégie consiste à faire des apports plus modestes, mais réguliers :

  • par exemple 5 cm de broyat chaque année ;
  • sans travailler le sol.

Dans ce cas, le matériau apporte à la fois de quoi nourrir la plante et de quoi nourrir le sol, sans provoquer de faim d’azote aussi marquée.

Il cite aussi comme exemple :

  • du fumier de cheval avec un peu de gazon ;
  • des broyats de déchets verts ;
  • des matériaux disponibles localement.

Pour lui, il n’y a pas une matière organique parfaite : la meilleure est celle qui est accessible, pas chère, disponible, et suffisamment carbonée.

Même sur une dalle de béton, ça peut pousser

Vincent Levavasseur affirme qu’on peut cultiver même :

  • sur une dalle de béton ;
  • dans une jardinière ;
  • sur un balcon ;
  • sur du gravier.

Il suffit pour cela de poser 20 à 30 cm de broyat ou de matière organique adéquate, puis de planter dedans. Les vers de terre finissent ensuite par recoloniser si une connexion avec le sol existe.

Les “carrés magiques”

Pour apprendre et tester, il propose une méthode simple : faire plusieurs carrés comparatifs de 2 m sur 2 m, ou davantage, avec différentes modalités :

  • bâche ;
  • paille ;
  • paille + gazon ;
  • broyat ;
  • etc.

Puis planter les mêmes légumes et observer.

Cette méthode permet de poser des questions au terrain et de voir directement ce qui fonctionne dans son propre contexte.

Le compost et le tas de compost

À une question sur le compost, Vincent Levavasseur répond que dans le vivant, le compostage se fait d’abord sur place. Faire un tas de compost fait perdre du carbone.

Selon lui :

  • pour nourrir la vie du sol, il est préférable de mettre directement les déchets organiques sur le sol ;
  • le compost reste néanmoins utile comme outil technique, notamment pour réussir les semis sans désherbage.

Il recommande donc le compost surtout comme matériau de couverture pour semis, plus que comme seule base de fertilisation.

Les types de fumier

Il précise que tous les fumiers ne se valent pas :

  • le fumier de cheval est souvent très pailleux et donc intéressant pour apporter du carbone ;
  • le fumier de poule ou de brebis est très riche en azote ;
  • le fumier de vache se situe entre les deux, selon sa texture.

Le crottin pur est vu surtout comme un apport azoté.

Comment semer dans un potager en sol vivant ?

Vincent Levavasseur précise qu’il ne revient pas sur les dates de semis, identiques à celles des autres potagers, et renvoie à des ouvrages de référence.

En revanche, il insiste sur un point technique essentiel : pour réussir les semis, il faut un sol propre.

Pourquoi ? Parce qu’une carotte semée dans une prairie ne pourra pas concurrencer l’herbe.

Obtenir un sol propre

On peut l’obtenir :

  • par bâchage ;
  • par cartonnage ;
  • en travaillant sur un sol déjà paillé mais sans vivaces.

Il insiste sur le fait qu’un sol nu ne doit pas rester longtemps nu :

  • il est agressé par le soleil ;
  • il s’enherbe vite.

Méthode de semis

À petite échelle, on peut :

  • semer à la volée ou en ligne sur sol nu ;
  • éventuellement tasser ;
  • recouvrir aussitôt.

Le recouvrement peut se faire avec :

  • du compost ;
  • une paille très courte ;
  • de la menue paille ;
  • de la paillette de lin ou de chanvre ;
  • des feuilles mortes.

Le compost est particulièrement intéressant, car une paille longue gênerait la levée.

L’importance de l’humidité

Vincent Levavasseur insiste sur la nécessité de maintenir l’humidité, notamment pour la carotte, qui a besoin d’environ quinze jours d’humidité pour bien lever.

À l’inverse :

lèvent plus facilement.

Semer dans du broyat

Il explique qu’on peut aussi semer directement dans du broyat, en ouvrant un sillon, en déposant les graines, puis en recouvrant.

Laisser le sol nu au départ puis pailler

Une autre possibilité consiste à semer sur sol nu, attendre que les plantules atteignent 4 ou 5 cm, puis pailler ensuite.

Semer serré

Pour certaines cultures à développement rapide, le fait de semer serré permet à la culture elle-même de couvrir rapidement le sol, limitant ainsi l’enherbement.

Comment planter dans un potager en sol vivant ?

Les plants en motte

Pour planter une motte :

  • écarter le paillage ;
  • retrouver le sol ;
  • enfoncer correctement la motte ;
  • bien assurer le contact motte-sol.

Sur bâche, il faut faire attention à ce que le collet ne touche pas directement le plastique noir, sous peine de brûlure. On peut alors mettre un peu de paille au pied.

Vincent Levavasseur rappelle que la bâche réchauffe le sol au printemps, ce qui est intéressant pour les cultures exigeantes en chaleur.

Les grosses graines

Les grosses graines comme :

  • courges ;
  • maïs ;
  • haricots ;
  • pois ;
  • fèves

peuvent être mises à travers le paillage, car elles ont assez de réserves pour le traverser.

Les pommes de terre

Les pommes de terre peuvent être simplement posées sur le sol, puis recouvertes de paille.

Les poireaux

Pour les poireaux, il conseille un poinçon afin de faire un trou profond, sans butter ensuite. Le poireau est placé au fond du trou, puis arrosé.

Il insiste ici sur le besoin important en eau du poireau, comme du céleri.

Les vivaces au jardin

Vincent Levavasseur cite plusieurs légumes ou plantes vivaces :

  • artichaut ;
  • poireau perpétuel ;
  • céleri perpétuel ;
  • choux perpétuels ;
  • asperges ;
  • ail des ours ;
  • aromatiques diverses ;
  • petits fruits ;
  • fraisiers ;
  • framboisiers ;
  • groseilliers.

Pour réussir leur implantation, il insiste sur un point : le sol doit être débarrassé des vivaces concurrentes. Il recommande pour cela :

  • le carton ;
  • la bâche ;
  • puis la plantation à travers.

Ensuite, il suffit de nourrir régulièrement le système, par exemple avec 3 cm de copeaux de bois de temps en temps.

Il indique que la même logique vaut pour les fruitiers.

Le désherbage en sol vivant

Vincent Levavasseur affirme que l’un des résultats majeurs du réseau maraîchage sol vivant est de montrer qu’on peut atteindre le zéro désherbage.

Il rappelle que l’agriculture bio ou conventionnelle passe souvent énormément de temps à désherber, parfois jusqu’à 30 % du temps de travail.

Les leviers sont :

  • des cultures serrées ;
  • des paillages suffisamment épais ;
  • des successions culturales intelligentes ;
  • l’acceptation ponctuelle d’un couvert spontané en fin de culture ;
  • la destruction des vivaces par bâchage.

Le vrai point de vigilance reste, selon lui, la gestion des vivaces :

  • orties ;
  • chardons ;
  • chiendent ;
  • rumex ;
  • liseron.

Les ravageurs

Un principe général : une plante saine résiste mieux

Vincent Levavasseur insiste sur le fait qu’une plante bien nourrie sur un sol vivant résiste mieux aux ravageurs. Il renvoie ici aux travaux d’Olivier Husson et de John Kempf.

Pour lui, le système immunitaire d’une plante fonctionne ainsi :

  • si elle est agressée ;
  • et qu’elle a suffisamment de vitalité ;
  • elle produit des chaînes carbonées complexes ;
  • celles-ci deviennent moins digestes pour les ravageurs.

Les limaces

Selon lui, le problème des limaces est souvent lié à un excès de paille et à un manque de matière plus fraîche.

La limace est présentée comme un organisme qui mange normalement ce qui vient de mourir. Elle ne devrait pas manger des jeunes plants. Si elle le fait, c’est le signe d’un déséquilibre.

Il propose plusieurs pistes :

  • apporter des tontes fraîches régulièrement ;
  • utiliser du compost ;
  • éventuellement de la cendre ;
  • privilégier, en période sensible, les cultures sur bâche ou sur compost plutôt que sur grosse paille.

Il précise que les périodes à risque sont surtout avril et mai. En cas d’urgence, il indique qu’on peut utiliser un anti-limaces autorisé en bio à base de phosphate ferrique.

Les campagnols

Pour les campagnols, il estime que le meilleur levier est la recréation d’un écosystème équilibré :

Il suggère :

  • des tas de pierres pour les couleuvres ;
  • des tas de bois pour les belettes ;
  • des perchoirs de plus de 4 m pour les rapaces.

En cas de forte pression, il mentionne aussi l’usage temporaire de poules.

Altises, mouche de la carotte, mouche du poireau

Il évoque aussi :

La solution proposée est simple : mettre un filet sur les cultures dès le démarrage. Il note toutefois que certains collègues n’en utilisent pas et n’ont pas de problème, surtout quand le système est très équilibré.

Tour de jardin et esthétique des systèmes

Vincent Levavasseur termine en montrant différents types de jardins et de systèmes :

  • associations verticales avec haricots, tournesols, aubergines, courges ;
  • systèmes multi-étagés ;
  • associations arbres-légumes, avec mise en garde au nord de la Loire sur l’ombre excessive ;
  • cultures de courges et d’oignons à très haut rendement ;
  • serres de tomates ;
  • successions de cultures ;
  • jardins sur broyat ;
  • bacs sur cour gravillonnée ;
  • systèmes inspirés de Dominique Soltner ;
  • allées enherbées ou allées couvertes de broyat.

Il insiste sur l’importance de se créer un imaginaire visuel, de voir des exemples concrets pour mieux comprendre à quoi ressemble un potager en sol vivant.

Les allées du jardin

Sur la question des allées, il indique qu’il faut faire attention à ce qu’elles ne recolonisent pas les planches.

Deux solutions principales :

  • tondre régulièrement les allées enherbées ;
  • mettre des planches semi-enterrées pour bloquer la progression des racines.

Il mentionne aussi une autre possibilité : couvrir les allées avec du broyat, comme le fait Richard Perkins.

Les couverts végétaux

Vincent Levavasseur évoque aussi les couverts végétaux, tout en précisant qu’ils ne sont pas toujours simples à réussir :

  • il faut de l’eau ;
  • il faut des graines ;
  • il faut de la biomasse.

Il se dit tout aussi à l’aise avec un enherbement spontané, ensuite détruit par bâchage, qui joue lui aussi un rôle de couverture.

Références citées et inspirations

Au fil de son intervention, Vincent Levavasseur cite ou évoque notamment :

Idée générale de la démarche

L’idée centrale défendue par Vincent Levavasseur est qu’un potager en sol vivant repose sur quelques grands principes simples :

  • ne pas travailler le sol ;
  • toujours le couvrir ;
  • nourrir la vie du sol avec de la matière organique ;
  • observer la fertilité spontanée ;
  • gérer les vivaces avec sérieux au démarrage ;
  • semer et planter en tenant compte du paillage ;
  • rechercher un équilibre écologique plutôt qu’une lutte permanente.

Pour lui, le but est de faire pousser les légumes avec un minimum d’interventions, en s’appuyant sur la dynamique naturelle du vivant plutôt que contre elle.