Agriculture de conservation des sols (Toulouse, France)
![]()
Lionel Alletto est directeur de recherche à l'Institut national de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement (INRAE), au sein de l'unité « AGroécologie, Innovations, territoires » (AGIR). Ses activités de recherche sont : Conception et évaluation multicritère de systèmes de culture à faibles intrants ; Caractérisation des effets des pratiques agricoles sur la dynamique de l'eau et le devenir des pesticides dans les sols ; Cultures intermédiaires et services écosystémiques : quantification des performances agronomiques et environnementales de plusieurs espèces et cultivars de cultures intermédiaires ; évaluation du potentiel de biocontrôle.
Musique : Lorenzo Santangelo, Produit par l'INRAE pour le projet PREPSOIL (https://prepsoil.eu/) financé par l'UE.
Lionel Alletto est directeur de recherche à l'Institut national de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement (INRAE) de France, dans l'unité « AGroécologie, Innovations, territoires » (AGIR). Ses activités de recherche sont les suivantes Conception et évaluation multicritère de systèmes de culture à bas niveau d'intrants - Caractérisation des effets des pratiques agricoles sur la dynamique de l'eau et le devenir des pesticides dans les sols - Cultures de couverture et services écosystémiques : quantification des performances agronomiques et environnementales de plusieurs espèces et cultivars de cultures de couverture ; évaluation des potentialités de biocontrôle.
Les trois piliers de l’agriculture de conservation des sols
L’agriculture de conservation des sols est un mode de production qui repose sur la combinaison de trois leviers principaux :
- La diversification des cultures dans l’espace et dans le temps.
- La maximisation du temps de couverture des sols : par des plantes vivantes (cultures de rente ou de service) ou par un mulch de résidus en décomposition.
- La réduction forte, voire la suppression du travail du sol : afin de minimiser les perturbations mécaniques du milieu.
Ces pratiques visent à améliorer les teneurs en [[matière organique]] pour restaurer la stabilité, la rétention d’eau et l’activité biologique (macro et microbiologique) du sol. À terme, cela permet à l’agriculteur de réduire l’usage d’intrants tout en maintenant une productivité satisfaisante.
Amélioration du fonctionnement hydrique et biologique
Maintenir un sol couvert par des plantes vivantes favorise une activité biologique intense et diversifiée. La protection de la surface du sol par ces végétaux ou par des mulches joue un rôle essentiel en atténuant l’énergie cinétique des pluies, ce qui protège la structure superficielle.
Par ailleurs, le maintien d’un tissu racinaire, associé à l’activité de la macrofaune (vers de terre, nématodes), crée une bioporosité qui favorise l’infiltration de l’eau. En combinant la réduction du travail du sol et l’apport de matières organiques, on améliore la stabilité des agrégats, ce qui limite les risques d’érosion face aux précipitations.
Le rôle clé des mycorhizes
L’évolution du système biologique, permise par ces pratiques, favorise le développement d’auxiliaires précieux, comme les mycorhizes. Leurs filaments mycéliens contribuent activement à la stabilité des agrégats. Comprendre l’interaction entre les plantes et ces micro-organismes est crucial pour la résilience des systèmes. Les mycorhizes permettent notamment de connecter les plantes entre elles, facilitant des échanges d’éléments au sein d’un véritable réseau trophique.
Sélection variétale et recherche à Toulouse
Un enjeu majeur de l’agriculture de conservation concerne la sélection variétale. L’absence de travail du sol conduit à un milieu plus dense, ce qui nécessite des plantes dotées de systèmes racinaires capables de coloniser et de valoriser les ressources en profondeur.
Sur le domaine INRAE de Toulouse, les travaux de Lionel Alletto et Lorenzo Santangelo utilisent une “phénomobile” pour observer les traits aériens des plantes. En les mettant en relation avec des observations manuelles des systèmes racinaires, les chercheurs peuvent accélérer le criblage (screening) et l’évaluation de variétés mieux adaptées à ces systèmes de culture exigeants.
Défis phytosanitaires et perspectives
Si les systèmes en agriculture de conservation sont souvent vertueux concernant l’usage d’insecticides et de fongicides, la gestion des herbicides reste un point complexe. La recherche explore actuellement des stratégies alternatives pour se passer durablement des herbicides, et notamment du glyphosate.
L’une des pistes consiste à accepter un travail du sol extrêmement localisé. Contrairement au labour qui retourne le sol sur 25 cm, ces outils interviennent sur seulement 2 à 3 cm de profondeur pour gérer les couverts végétaux et la flore adventice.
En conclusion, en combinant ces trois leviers, l’agriculture de conservation des sols constitue un levier puissant pour l’atténuation du changement climatique, tout en permettant aux systèmes de culture de s’adapter aux nouvelles contraintes environnementales.