Agroécologie : principes clés Jean-Pierre Sarthou - Paysage in Marciac 2020

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Dans cette intervention à Paysage in Marciac 2020, Jean-Pierre Sarthou propose une définition simple de l’agroécologie : faire travailler le plus possible la nature à la place de l’agriculteur. Cette approche ne signifie pas que la nature peut tout faire, mais qu’elle peut remplacer une partie des interventions humaines, à condition d’accepter des objectifs de production souvent revus à la baisse. Pour lui, il faut sortir des références héritées de l’agriculture intensive, fondée sur des intrants industriels aux limites environnementales désormais évidentes. L’agroécologie ne relève pas seulement de la technique à l’échelle de la ferme : elle suppose aussi un accompagnement collectif, des voisins aux filières économiques jusqu’aux consommateurs. Jean-Pierre Sarthou insiste enfin sur le rôle central de la biodiversité, véritable moteur de cette transformation, à travers les services écosystémiques qu’elle rend aux systèmes agricoles.

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Résumé
Dans cette intervention à Paysage in Marciac 2020, Jean-Pierre Sarthou propose une définition simple de l’agroécologie : faire travailler le plus possible la nature à la place de l’agriculteur. Cette approche ne signifie pas que la nature peut tout faire, mais qu’elle peut remplacer une partie des interventions humaines, à condition d’accepter des objectifs de production souvent revus à la baisse. Pour lui, il faut sortir des références héritées de l’agriculture intensive, fondée sur des intrants industriels aux limites environnementales désormais évidentes. L’agroécologie ne relève pas seulement de la technique à l’échelle de la ferme : elle suppose aussi un accompagnement collectif, des voisins aux filières économiques jusqu’aux consommateurs. Jean-Pierre Sarthou insiste enfin sur le rôle central de la biodiversité, véritable moteur de cette transformation, à travers les services écosystémiques qu’elle rend aux systèmes agricoles.


Définition de l’agroécologie

Jean-Pierre Sarthou propose une définition simple de l’agroécologie : pour l’agriculteur, elle consiste à « faire travailler le plus possible la nature pour lui, à sa place ».

Cette définition, volontairement simple, implique toutefois plusieurs nuances importantes.

D’abord, il faut respecter des contraintes, notamment les obligations et les impératifs économiques. Ensuite, la nature ne peut pas tout faire : elle peut remplacer certaines interventions de l’agriculteur, mais pas l’ensemble de son travail. Enfin, dans la plupart des cas, il faut aussi accepter de revoir les objectifs de production un peu à la baisse.

Selon Jean-Pierre Sarthou, cette baisse éventuelle des objectifs de production n’est pas une aberration. Elle oblige surtout à changer de référentiel.

Revoir les références de productivité

Pour Jean-Pierre Sarthou, nous raisonnons encore trop souvent avec les références de l’agriculture intensive, c’est-à-dire d’une agriculture fondée sur les intrants industriels. Or ces références ne sont pas tenables sur le long terme.

Il estime que les niveaux de productivité issus de l’agriculture industrielle ont servi de modèle, alors même que cette agriculture présente de nombreuses limites, en particulier environnementales. Il précise qu’il serait possible d’en faire un long développement tant ces limites sont nombreuses.

Cela ne signifie pas qu’il faille condamner entièrement cette agriculture. Il rappelle qu’elle a aussi profité, d’une certaine façon, à tout le monde. Les agriculteurs conventionnels intensifs ont répondu à une demande à un moment donné. Certains ont du mal à sortir de ce schéma, d’autres s’en sont éloignés depuis longtemps, mais tous sont désormais confrontés aux mêmes préoccupations environnementales.

Jean-Pierre Sarthou insiste sur le fait que nous sommes tous « embarqués dans la même galère », c’est-à-dire tous concernés par les mêmes enjeux écologiques, qui nous toucheront tous plus ou moins rapidement.

Une approche biotechnique, mais pas seulement

À l’échelle d’une exploitation agricole, l’agroécologie comporte d’abord une dimension biotechnique. L’agriculteur doit apprendre à utiliser la nature et à la faire travailler à sa place.

Cela est plus ou moins facile selon les domaines. Sur certains points, la substitution par les processus naturels est relativement accessible ; sur d’autres, elle est plus difficile. Une chose est sûre, selon Jean-Pierre Sarthou : l’agriculteur y arrivera d’autant plus facilement qu’il ne sera pas seul dans cette démarche.

Si ses voisins poursuivent le même objectif, cela peut l’aider. Il se sentira moins isolé, pourra échanger des informations, des astuces, parfois des techniques. L’apprentissage collectif est donc un facteur important.

La nécessité d’un environnement socio-économique adapté

Jean-Pierre Sarthou souligne que l’agriculteur doit aussi être soutenu par son entourage professionnel, depuis l’amont jusqu’à l’aval, et jusqu’au consommateur.

Il prend l’exemple du carthame. Pour un agriculteur, cette culture peut être intéressante : elle permet de produire une huile bien valorisée économiquement, et elle peut pousser sur des terres sèches et peu fertiles. Mais encore faut-il disposer de débouchés. Une fois le carthame récolté, l’agriculteur ne peut pas simplement en faire un usage domestique ; il doit pouvoir en tirer un revenu pour faire face aux dépenses courantes de l’exploitation, comme l’entretien du matériel ou le remplacement des pneus.

Autrement dit, il faut que tout un système socio-économique se mette en place pour accompagner ces systèmes de production. L’agroécologie ne dépend donc pas seulement des pratiques techniques de l’agriculteur, mais aussi de l’organisation économique qui permet de valoriser les productions issues de ces systèmes.

Des objectifs de rendement à redéfinir

Jean-Pierre Sarthou rappelle que l’agroécologie ne consiste pas à rechercher des records de rendement.

Il évoque le record de blé obtenu cette année-là en Nouvelle-Zélande, avec environ 173 quintaux par hectare. Pour lui, un tel objectif n’a pas de sens dans une démarche agroécologique. Il rappelle également que, dans certaines régions de la moitié nord de la France, comme la Beauce, le « club des 100 quintaux » a pu exister, mais que ce type de référence n’est pas transposable partout, et certainement pas dans d’autres contextes pédoclimatiques.

En agroécologie, il faut donc accepter de viser des objectifs plus modestes, de l’ordre de 40 à 60 quintaux, parfois moins, parfois un peu plus selon les situations.

Cette redéfinition ne concerne pas seulement la productivité surfacique, c’est-à-dire le rendement à l’hectare. Jean-Pierre Sarthou insiste sur le fait qu’il faudrait parler des « productivités » au pluriel.

Penser les productivités au pluriel

La productivité ne se réduit pas au nombre de quintaux ou de tonnes produites par hectare. Il existe plusieurs formes de productivité :

  • la productivité surfacique, c’est-à-dire la production par unité de surface, généralement l’hectare ;
  • la productivité du travail ;
  • la productivité de l’eau, par exemple la quantité de biomasse produite par mètre cube d’eau ;
  • plus largement, d’autres manières d’évaluer l’efficacité d’un système de production.

L’agroécologie implique donc de bâtir de nouvelles références. Il s’agit d’un véritable cheminement intellectuel, mais aussi d’une transformation de l’organisation économique et socio-économique, afin de rendre ces systèmes possibles et viables.

Une transformation collective

Dans cette intervention, Jean-Pierre Sarthou indique qu’il ne souhaite pas aller beaucoup plus loin à ce stade, mais il espère que cette définition courte, même accompagnée de développements oraux, permet de mieux percevoir ce qu’est l’agroécologie.

Il souligne que cette transformation ne relève pas seulement d’une série de techniques agricoles. Elle suppose une évolution des manières de penser, des critères d’évaluation, des filières et des débouchés, et plus largement de l’environnement collectif dans lequel travaillent les agriculteurs.

Le rôle central de la biodiversité

En conclusion, Jean-Pierre Sarthou identifie le moteur essentiel de cette transformation : la biodiversité.

Quand on dit qu’il faut permettre à la nature de travailler le plus possible à la place de l’agriculteur, ce sont en réalité les organismes vivants, les interactions biologiques et la diversité du vivant qui rendent ces services.

C’est pourquoi les scientifiques parlent de « services écosystémiques ». La biodiversité est ainsi au cœur de l’agroécologie, puisqu’elle fournit les mécanismes naturels sur lesquels l’agriculteur peut s’appuyer pour produire autrement.