Agroforesterie : intérêts, risques, retours sur investissements
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Agroforesterie : intérêts, risques et retours sur investissement
Dans le cadre d’un webinaire organisé par le Centre national d’agroécologie, Bruno Sirvens, chef de projet chez Arbre et Paysage 32, revient sur les fondements de l’agroforesterie. Loin d’être une simple mode, l’intégration de l’arbre dans les systèmes agricoles est une pratique ancestrale qui agit comme un véritable outil d’équipement du territoire.
L’arbre comme outil d’aménagement et de production
L’agroforesterie ne se limite pas à la simple plantation d’alignements intraparcellaires. Il s’agit d’une approche systémique utilisant l’arbre (ou plus largement le ligneux et les plantes pérennes) de manière intentionnelle au sein de l’espace agricole.
Le rôle de l’arbre est multiple :
- Production directe : Biomasse (bois, bois d’œuvre, BRF), fruits, fourrage.
- Services agroécologiques : Climatisation des parcelles (réduction du stress thermique et hydrique), protection contre l’érosion, filtration des polluants et maintien de la biodiversité.
- Fertilité : L’arbre agit comme une “pompe” à nutriments, puisant des ressources en profondeur pour les remettre en circulation via la chute des feuilles et l’humification.
- Stabilité : Il tempère les variations climatiques et offre des refuges pour les auxiliaires de culture.
Gérer la diversité et le vivant
Bruno Sirvens insiste sur l’importance de la diversité, non seulement des espèces, mais aussi de la génétique au sein d’une même espèce. Il encourage fortement le recours à la régénération naturelle. Lorsqu’un jeune plant s’installe naturellement, il possède une capacité d’adaptation génétique plus rapide face au changement climatique qu’un plant introduit artificiellement.
L’agroforesterie nécessite une observation fine : il ne s’agit pas de “jardiner” l’arbre à outrance, mais de le laisser s’autoclimatiser. Un arbre correctement placé dans un paysage mosaïque devient autonome, ce qui réduit considérablement les coûts d’entretien à long terme.
L’approche économique : au-delà des chiffres
L’un des freins majeurs à l’agroforesterie est la crainte d’une perte de rendement ou d’un coût de gestion élevé. Pourtant, l’expérience montre que :
- Économie d’échelle : L’intégration de haies ou de zones boisées permet de réduire les interventions mécaniques (fauchage inutile) et de fournir des ressources gratuites (litière, bois) sur place.
- Gain de productivité : Dans les systèmes mixtes (notamment en élevage ou avec des vergers), les bénéfices indirects (meilleure santé animale, réduction du stress, hausse des rendements en noix par exemple) compensent largement l’occupation foncière des arbres.
- Gestion du risque : La résilience accrue du système global face aux aléas climatiques (vent, sécheresse) sécurise la production agricole sur le long terme.
Conclusion : une gestion paysanne et évolutive
L’agroforesterie ne peut pas être standardisée par des recettes universelles. Elle se pilote à l’échelle de la parcelle, en fonction des ressources disponibles et des contraintes du milieu. L’agriculteur devient un aménageur qui observe, accompagne le développement des arbres, et sait “lâcher prise” sur les zones où le spontané apporte une valeur ajoutée.
En somme, l’arbre agricole est un investissement durable. Comme le souligne Bruno Sirvens, il s’agit de s’inscrire dans une logique de coévolution, où la patience et l’observation remplacent la volonté de contrôle systématique. Les exploitants qui ont entamé cette transition il y a 15 ou 20 ans constatent aujourd’hui des résultats concrets, prouvant que l’agroforesterie est une réponse pertinente pour concilier production et préservation des écosystèmes.