CapAgroeco 2021 à Chamboeuf (42)

De Triple Performance
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À Chamboeuf, dans la Loire, l’édition 2021 de CapAgroeco met en lumière les liens entre agronomie, élevage, économie et qualité de l’eau. Sébastien Megret, du Centre de développement de l’agroécologie, ouvre la journée en rappelant qu’un système durable doit concilier performance économique, sols vivants et résilience face au changement climatique. Les interventions de Félix Noblia, éleveur au Pays basque, de Mathieu Ghazi, agriculteur local, et d’Emilio Lyon montrent concrètement comment réduire l’érosion, améliorer la fertilité biologique des sols, renforcer l’autonomie fourragère et limiter les charges. La journée valorise aussi le programme d’agriculture régénératrice mené avec Danone et l’association La Bulle Verte autour de la ressource en eau de Badoit. Témoignages, échanges techniques et ateliers de terrain illustrent une même ambition : construire des exploitations plus autonomes, cohérentes et résilientes.

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Résumé
À Chamboeuf, dans la Loire, l’édition 2021 de CapAgroeco met en lumière les liens entre agronomie, élevage, économie et qualité de l’eau. Sébastien Megret, du Centre de développement de l’agroécologie, ouvre la journée en rappelant qu’un système durable doit concilier performance économique, sols vivants et résilience face au changement climatique. Les interventions de Félix Noblia, éleveur au Pays basque, de Mathieu Ghazi, agriculteur local, et d’Emilio Lyon montrent concrètement comment réduire l’érosion, améliorer la fertilité biologique des sols, renforcer l’autonomie fourragère et limiter les charges. La journée valorise aussi le programme d’agriculture régénératrice mené avec Danone et l’association La Bulle Verte autour de la ressource en eau de Badoit. Témoignages, échanges techniques et ateliers de terrain illustrent une même ambition : construire des exploitations plus autonomes, cohérentes et résilientes.


Introduction

CapAgroeco 2021 à Chamboeuf (42) est une journée consacrée à l’agronomie, à la zootechnie et à l’agroécologie, organisée dans un contexte encore marqué par la crise sanitaire. L’événement se tient sur le site de la Bulle verte, en lien avec la protection de la ressource en eau autour de Badoit.

L’objectif affiché de la journée est de travailler à l’interface entre économie, durabilité et fonctionnement des agroécosystèmes. Les interventions portent à la fois sur les sols, les systèmes de culture, le pâturage, l’élevage, l’autonomie et la résilience des exploitations.

L’ouverture est assurée par Sébastien Mégot, cofondateur du Centre de développement de l’agroécologie (CDA), qui présente le cadre général de la journée et les grands enjeux abordés.

Ouverture de la journée

Sébastien Mégot rappelle qu’il s’agit de la troisième édition consécutive de l’événement. L’édition 2021 a été volontairement plus modeste en raison du Covid, avec l’idée de revenir à un format plus ambitieux les années suivantes.

Il insiste sur le fait que CapAgroeco cherche à dépasser l’opposition souvent faite entre environnement et économie. Selon lui, l’enjeu est justement de relier ces dimensions :

  • comment avoir un sol qui fonctionne bien ;
  • comment construire un système d’élevage cohérent avec l’environnement ;
  • comment faire de cette cohérence une source d’économie et de durabilité.

Il remercie les partenaires de la journée, en particulier Danone, principal soutien de l’événement, en lien avec les enjeux de qualité de l’eau sur le site de Badoit. Il remercie également l’équipe organisatrice.

Le Centre de développement de l’agroécologie

Sébastien Mégot présente brièvement le Centre de développement de l’agroécologie, fondé avec Florian Barralon. Le CDA intervient auprès des agriculteurs, entreprises et coopératives pour accompagner l’adaptation des systèmes agricoles aux enjeux actuels, en particulier environnementaux.

Les trois grands pôles de service mentionnés sont :

  • la recherche et développement ;
  • l’animation ;
  • le conseil et la formation.

Le CDA travaille à la mise en place d’itinéraires techniques innovants, rentables et fiables, en lien étroit avec les agriculteurs. L’idée défendue est que l’innovation ne vient pas seulement des ingénieurs ou des chercheurs, mais aussi et surtout des agriculteurs eux-mêmes.

Le diagnostic comme point de départ

Avant d’envisager une transition, l’intervenant insiste sur la nécessité de bien diagnostiquer son système :

  • qualité des sols ;
  • état du troupeau ;
  • environnement économique ;
  • capacités d’adaptation du système.

Dans un contexte de changement climatique, avec alternance d’années très sèches et d’années plus humides, l’enjeu est de fabriquer des systèmes capables d’absorber les variations.

Le triptyque présenté comme indispensable pour avancer est :

  • le diagnostic ;
  • l’accompagnement et la formation ;
  • l’expérimentation.

Construire un système d’élevage autonome et résilient

L’intervention de Sébastien Mégot porte ensuite sur les leviers permettant de construire un système d’élevage autonome et résilient.

La résilience face à l’érosion

Pour illustrer la notion de résilience, il présente des situations d’érosion observées sur le terrain, notamment dans des zones à sols squelettiques et sableux, sensibles dès que le sol est trop travaillé.

Deux parcelles voisines, gérées différemment, montrent selon lui qu’il est possible de stopper les phénomènes érosifs dès la première année en modifiant les choix techniques. L’idée centrale est que la résilience d’un sol se mesure à sa capacité à absorber un stress, par exemple une pluie intense de 100 mm sur une courte période.

Il souligne que les phénomènes d’érosion restent très fréquents, y compris sous couvert végétal, si le système n’est pas suffisamment stabilisé.

Le lien entre résilience et économie

Sébastien Mégot rappelle que la question économique ne peut pas être dissociée des enjeux agronomiques. À partir d’exemples en élevage laitier, il montre que :

  • le produit du lait couvre difficilement les charges dans beaucoup de cas ;
  • les aides restent structurantes dans l’équilibre économique ;
  • seuls les exploitants les plus performants parviennent parfois à couvrir leurs charges par les produits seuls.

Les postes de charges les plus lourds sont identifiés comme :

  • l’alimentation ;
  • la mécanisation ;
  • le travail.

Selon lui, les systèmes les plus performants sont ceux qui tendent à réduire ces coûts, ce qui suppose de réfléchir fortement aux investissements et à leur cohérence avec les produits réellement générés.

Il souligne aussi que la maîtrise des chiffres et le pilotage économique sont souvent insuffisants dans les fermes, alors qu’ils sont essentiels pour dégager du revenu ou rationaliser le temps de travail.

Le triptyque sol, plante, animal

Sébastien Mégot propose une lecture globale du fonctionnement d’une exploitation à partir de quatre composantes :

  • le climat ;
  • le sol ;
  • la plante ;
  • l’animal.

Le climat est subi et devient de plus en plus instable. Le sol a une forme de « génétique » liée à sa texture et à son pédoclimat. La plante correspond au système fourrager et aux cultures mises en place. L’animal correspond au troupeau, à sa génétique et à ses performances.

L’idée forte est que le sol, la plante et l’animal sont trois mondes vivants en interaction constante.

Les interactions entre les composantes

Plusieurs interactions sont mises en avant :

  • le choix de l’assolement influence la qualité du sol ;
  • les effluents issus des animaux retournent au sol ;
  • l’alimentation des animaux influence la qualité des effluents ;
  • la qualité du sol influence la [[production fourragère]] ;
  • la gestion du végétal et du pâturage influence à son tour le sol.

Sébastien Mégot cite par exemple des situations où deux parcelles voisines, recevant ou non certains effluents, présentent des populations lombriciennes très différentes.

Il insiste donc sur la nécessité de toujours considérer la composante sol dans l’analyse d’une exploitation.

Cohérence du système et chargement

Le bon fonctionnement du système dépend d’un équilibre entre :

  • les besoins du troupeau ;
  • la capacité productive réelle du terroir ;
  • le système fourrager ;
  • la taille et les caractéristiques du troupeau.

Il souligne qu’une mauvaise évaluation de la capacité du parcellaire à produire, combinée au maintien d’un troupeau trop important, peut conduire à des points de rupture économiques et techniques.

Cette réflexion stratégique doit aussi intégrer la question du bilan humique, du statut acido-basique et de l’activité biologique des sols.

Exemple de boucles positives et négatives

Sébastien Mégot décrit des boucles de rétroaction :

  • un chargement excessif peut conduire au surpâturage ;
  • le surpâturage dégrade l’enracinement ;
  • cela dégrade ensuite le sol.

À l’inverse :

  • une bonne gestion prairiale produit un fourrage de qualité ;
  • ce fourrage alimente mieux les animaux ;
  • les effluents sont de meilleure qualité ;
  • le sol est mieux nourri ;
  • le système est plus cohérent.

L’idée est que la gestion du végétal et du sol doit toujours être pensée ensemble, que ce soit en prairie ou en culture.

Observer les sols : diagnostic par le test bêche

L’intervenant insiste sur la nécessité de savoir observer un sol en volume et pas seulement en surface. Il recommande la pratique du test bêche comme outil simple de diagnostic.

À partir de trois milieux très proches :

il montre que le bord de champ présente souvent une couleur plus sombre et une structure plus hétérogène, signes d’une activité biologique plus forte et d’un meilleur fonctionnement.

Le message principal est que les processus biologiques fonctionnent naturellement dans les bords de champ, et qu’il faut se demander ce qui, dans la parcelle, empêche leur expression.

Les signes d’un sol vivant

Les critères observés sont notamment :

  • la couleur du sol ;
  • l’hétérogénéité des agrégats ;
  • la présence ou non de compaction ;
  • les traces d’hydromorphie ;
  • la porosité biologique.

Selon lui, un bon sol présente des agrégats hétérogènes, poreux, produits par l’action combinée des racines et des micro-organismes.

Travail du sol, infiltration et activité biologique

Deux parcelles voisines, l’une conduite de manière classique avec labour et combiné de semis, l’autre en semis direct, sont comparées.

Le constat présenté est le suivant :

  • dans la première, l’infiltration de l’eau est mauvaise ;
  • dans la seconde, elle est bonne.

Sébastien Mégot précise que l’objectif n’est pas de résumer la question à « travail du sol méchant, semis direct gentil », mais de montrer que l’activité biologique est déterminante. Dans les exemples donnés :

  • la parcelle en semis direct contient beaucoup plus de lombrics ;
  • cette activité permet de créer des voies de drainage et une bonne oxygénation du sol ;
  • les couverts végétaux entre les cultures renforcent encore ce fonctionnement.

Le carbone, moteur du système sol

Une idée centrale de l’intervention est que le carbone est au cœur du fonctionnement du sol :

  • la plante capte l’énergie solaire ;
  • elle la transforme en [[matière organique]] ;
  • cette matière organique nourrit l’activité biologique du sol.

D’où l’idée d’une ration du sol, comparable à celle des animaux.

La ration du sol

Pour qu’un sol fonctionne biologiquement, il faut viser un apport suffisant de matière sèche. L’ordre de grandeur donné est :

  • 15 à 20 tonnes de matière sèche par hectare et par an.

Cette ration provient :

  • des racines ;
  • des résidus de culture ;
  • des couverts végétaux ;
  • des apports organiques.

L’idée est que sans cette alimentation, le sol ne peut pas maintenir un niveau satisfaisant d’activité biologique.

Objectifs de fertilité

Fertilité biologique

Sébastien Mégot indique qu’un sol fonctionnel vise en général :

  • 2,8 à 3 % de matière organique.

Sur des sols très sableux ou très squelettiques, des niveaux légèrement inférieurs peuvent déjà être corrects, mais en dessous de ces seuils le fonctionnement biologique devient souvent insuffisant.

Il rappelle que le taux de matière organique se renouvelle chaque année. Si les apports ne compensent pas la minéralisation naturelle, le taux baisse progressivement.

Fertilité chimique

L’intervenant recommande de surveiller le statut acido-basique des sols :

  • en système prairial : viser un pH au-dessus de 5,8 ;
  • en système de cultures : viser autour de 6,2 - 6,3.

Il rappelle qu’un pH trop bas freine l’activité biologique, notamment la flore qui dégrade la matière organique.

Fertilité physique

Sur la question de la structure, il défend des systèmes allant vers :

  • le non-labour ou le labour exceptionnel ;
  • les TCS légers ;
  • le semis direct lorsque c’est possible ;
  • des périodes de sol nu minimales ou inexistantes.

Il insiste sur le fait que chaque opération de travail du sol peut perturber l’habitat biologique.

Le capital sol

L’idée de capital sol revient comme fil directeur de la présentation. Pour Sébastien Mégot, ce capital est aussi important que le capital troupeau.

Construire ce capital permet d’augmenter :

  • la réserve utile en eau ;
  • la capacité d’échange cationique (CEC), assimilée au « frigo » du sol ;
  • l’activité biologique ;
  • la microstructure.

Il rappelle qu’un point de matière organique supplémentaire améliore à la fois le stockage de l’eau et la capacité de rétention des nutriments.

Principes d’action proposés

En synthèse, les grands leviers proposés pour construire des sols fonctionnels sont :

  • maintenir un bilan humique positif ;
  • viser 15 à 20 tonnes de matière sèche par hectare et par an ;
  • avoir toujours une plante vivante ou un couvert sur le sol ;
  • réduire au maximum le travail du sol ;
  • raisonner les rotations et les successions culturales ;
  • préserver la structure du sol ;
  • adapter les systèmes d’élevage et de culture à la capacité réelle du terroir.

Sébastien Mégot conclut en rappelant que le carbone, la matière organique et l’activité biologique sont les clés d’un système résilient.

Suite de la journée

La suite du programme annoncée comprend plusieurs interventions :

  • Félix Noblia, sur la gestion des sols et l’agriculture de conservation en élevage ;
  • Mathieu Ghazi, agriculteur de la zone, sur les itinéraires techniques en élevage et la lutte contre l’érosion ;
  • Emilio Lyon, sur une approche globale de l’élevage : sol, plantes, animaux.

La matinée se termine sur une courte pause logistique, avec une annonce concernant une coupure d’eau sur la commune, avant la poursuite des conférences.