Des paysages anthropisés générateurs de biodiversité - Paysage in Marciac

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Dans cette intervention, le paysagiste Éric Lenoir revient sur son parcours et sur l’évolution radicale de sa vision du jardin. Ayant grandi dans un environnement urbain très minéral, il a très tôt mesuré l’écart entre les paysages artificialisés du quotidien et la richesse du vivant observée dans le Morvan. Formé à l’horticulture et au paysage, il explique avoir d’abord reproduit les codes classiques du « beau jardin » avant d’en constater l’absurdité écologique. Son approche actuelle consiste à ne plus imposer une forme idéale au lieu, mais à partir de l’existant : observer les écosystèmes déjà en place, comprendre leurs interactions, puis intégrer les usages humains en limitant au maximum leur impact. Pour lui, le jardin est avant tout un territoire en gestion auquel on attribue des fonctions. Le principal obstacle n’est pas technique, mais culturel : il faut déconstruire des imaginaires hérités pour faire des paysages anthropisés de véritables générateurs de biodiversité.

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Résumé
Dans cette intervention, le paysagiste Éric Lenoir revient sur son parcours et sur l’évolution radicale de sa vision du jardin. Ayant grandi dans un environnement urbain très minéral, il a très tôt mesuré l’écart entre les paysages artificialisés du quotidien et la richesse du vivant observée dans le Morvan. Formé à l’horticulture et au paysage, il explique avoir d’abord reproduit les codes classiques du « beau jardin » avant d’en constater l’absurdité écologique. Son approche actuelle consiste à ne plus imposer une forme idéale au lieu, mais à partir de l’existant : observer les écosystèmes déjà en place, comprendre leurs interactions, puis intégrer les usages humains en limitant au maximum leur impact. Pour lui, le jardin est avant tout un territoire en gestion auquel on attribue des fonctions. Le principal obstacle n’est pas technique, mais culturel : il faut déconstruire des imaginaires hérités pour faire des paysages anthropisés de véritables générateurs de biodiversité.

Paysage in Marciac 2020


Comme tous les dimanches, un sort une vidéo de Paysage in Marciac édition 2020

Aujourd’hui Eric Lenoir nous parle d'action commune dans le but de crée de la biodiversité par le biais Des paysages anthropisés!


Bon visionnage !


Présentation et parcours

L’intervenant, Eric Lenoir, explique qu’il est paysagiste de formation, tout en soulignant qu’il lui paraît aujourd’hui difficile de se définir uniquement par un métier. Il insiste sur le fait qu’un métier et une vie ne se confondent pas forcément, et il relie déjà cette idée à une forme de diversité, presque de « biodiversité » dans les manières d’être au monde.

Il raconte être entré, dans son approche du paysage, en conflit avec un certain nombre d’atavismes, c’est-à-dire avec des habitudes héritées et des façons de faire profondément ancrées dans les sociétés humaines. Selon lui, ces héritages ont certes eu une utilité à un moment donné, mais ils ont aussi provoqué de nombreux dégâts, visibles aujourd’hui dans les paysages du quotidien.

Une sensibilité née du contraste entre deux mondes

Eric Lenoir évoque son enfance en HLM, entre « quatre blocs de béton », dans un environnement où la biodiversité était très limitée. Il explique cependant avoir eu la chance, contrairement à beaucoup de ses camarades, de pouvoir passer ses vacances dans un lieu qu’il décrit comme extrêmement sauvage : la campagne du Morvan, avec ses forêts, ses massifs granitiques, ses rivières, au sein d’un parc naturel.

C’est de ce contraste qu’est née sa sensibilité au paysage. Il lui paraissait inconcevable qu’on puisse vivre dans des endroits aussi pauvres et aussi laids que celui dans lequel il grandissait, alors même qu’existaient des milieux aussi riches et aussi vivants que ceux du Morvan. Cette expérience a constitué un point de départ déterminant dans sa réflexion.

Une formation classique en horticulture et paysage

Il raconte ensuite avoir suivi une formation en horticulture puis en architecture du paysage, à l’école du Breuil à Paris. Dans ce cadre, on lui a appris à faire des jardins « bien propres », avec de beaux gazons, de jolies rocailles et tous les codes classiques du jardin ornemental.

Il reconnaît avoir longtemps reproduit ces modèles sans vraiment les remettre en question, « comme tout le monde », en cherchant avant tout à créer de beaux endroits où les gens se sentiraient bien, avec malgré tout quelques oiseaux, quelques abeilles et un peu de vie.

Mais avec le temps, il a pris conscience de l’absurdité de certaines pratiques. Il s’est aperçu que les mêmes logiques culturelles qui avaient produit les paysages dégradés de son enfance étaient aussi à l’œuvre dans son propre métier, et qu’en les appliquant, il contribuait lui-même à reproduire ce qu’il critiquait.

Une remise en cause radicale de la fabrication des jardins

Selon lui, la conception dominante du jardin repose sur l’idée d’une supériorité humaine : l’humain déciderait de tout, organiserait l’espace selon ses besoins, et fabriquerait un lieu censé être beau parce qu’il correspond à une vision préétablie.

Plus le temps passait, plus Eric Lenoir dit s’être radicalisé par rapport à cette approche. Il a rapidement abandonné les logiques d’entretien intensif, et son parcours l’a conduit progressivement à une autre manière d’envisager le jardin et le paysage.

Aujourd’hui, il cherche avant tout à laisser la nature faire le plus possible dans l’endroit où il vit. Cette évolution l’amène à redéfinir l’idée même de jardin.

Redéfinir le jardin

Eric Lenoir propose une définition personnelle du jardin : il s’agit d’un territoire que l’on a en gestion et auquel on confère les fonctions que l’on souhaite.

Cette définition change profondément l’approche. Au lieu de transformer un endroit pour le faire correspondre à un idéal imaginaire, il s’agit de partir d’un lieu existant, de ce qui y vit déjà, de ce qui y fonctionne, et de réfléchir à la manière d’y inscrire ses propres besoins.

Il critique la tendance à reproduire des formes de jardin dictées par un imaginaire collectif plus que par une réflexion sur les usages et les conséquences. On plante des rosiers parce que « c’est beau », on installe des haies parce qu’il « faut » une haie pour se couper du voisin, sans interroger les raisons profondes de ces choix.

Il rappelle que, dans le passé, certains aménagements avaient des fonctions très précises : les haies servaient à se protéger du vent, des intrusions, du gibier, ou à garder le bétail à proximité. Aujourd’hui, lorsqu’on plante des thuyas autour de chez soi, on ne reproduit pas ces fonctions de manière pertinente, mais plutôt un modèle devenu automatique.

Partir de l’existant plutôt que tout mettre à plat

La démarche qu’il défend consiste à renverser complètement la logique habituelle. Il ne s’agit plus de dire : « je vais faire de la nature ce qui m’arrange qu’elle soit », en mettant tout à plat pour reconstruire ensuite un décor conforme à ses goûts.

Au contraire, il s’agit d’abord d’observer :

  • tout ce qui est déjà là ;
  • tout ce qui fonctionne ;
  • tout ce qui existe dans le lieu.

À partir de là, il faut se demander comment s’y intégrer avec ses propres besoins, et comment faire en sorte que le lieu remplisse les fonctions attendues tout en ayant l’impact le plus faible possible sur l’écosystème ou sur les écosystèmes déjà en place.

Cette approche ne vise donc pas à imposer une forme extérieure au vivant, mais à composer avec lui.

Les principaux obstacles : des blocages culturels plus que techniques

Eric Lenoir insiste sur un point important : les difficultés qu’il rencontre ne sont pas d’abord techniques.

Selon lui, les vrais obstacles ne tiennent ni à la possibilité de faire revenir la biodiversité, ni à celle de faire pousser des plantes dans d’autres conditions. Les problèmes sont avant tout des problèmes d’héritage culturel et de représentations. Il parle de personnes qui ne veulent pas de ces démarches parce qu’elles sont convaincues que ce qu’elles font est mieux.

Autrement dit, le principal frein à des jardins plus favorables au vivant est moins l’absence de solutions que la persistance de modèles mentaux anciens.

Combattre l’imaginaire collectif dominant

Il observe que l’on continue à créer des jardins en reproduisant un imaginaire collectif. C’est contre cette reproduction automatique qu’il lutte au quotidien.

Il explique être très présent sur les réseaux sociaux, ce qui lui permet de discuter avec beaucoup de personnes qu’il ne rencontrerait pas forcément autrement, y compris des personnes avec lesquelles il n’est pas d’accord. Ces échanges lui servent à construire des arguments et à essayer de faire comprendre l’importance de savoir pourquoi l’on fait les choses.

Pour lui, dès lors que l’on se remet à interroger les raisons de ses actes et à comprendre les conséquences de chacun de ses choix, on repense totalement différemment la question du jardin.

Une approche pragmatique du beau et du vivant

Eric Lenoir rappelle enfin qu’il n’est ni scientifique ni particulièrement intellectuel : il se définit avant tout comme un jardinier. C’est un regard pragmatique, nourri par l’observation, qui l’a conduit à cette réflexion.

Son point de départ est simple : il a constaté qu’il existait des endroits laids et des endroits beaux, et que les endroits beaux n’étaient pas nécessairement ceux qui avaient été le plus travaillés par l’humain.

À partir de ce constat, il en est venu à chercher un juste milieu : une manière d’habiter, de gérer et de transformer les lieux sans les appauvrir, en laissant davantage de place aux dynamiques naturelles et à la biodiversité.

Idée centrale de l’intervention

L’idée défendue dans cette intervention est que les paysages anthropisés peuvent devenir générateurs de biodiversité, à condition de sortir d’une logique de domination et de fabrication artificielle du paysage.

Cela suppose :

  • de questionner les habitudes héritées ;
  • de ne plus reproduire automatiquement les formes classiques du jardin ;
  • de partir de l’existant plutôt que d’imposer un modèle ;
  • de penser les fonctions d’un lieu en lien avec les écosystèmes déjà présents ;
  • et de comprendre que le principal changement à opérer est d’abord culturel.

Le jardin n’est alors plus conçu comme un décor maîtrisé de toutes pièces, mais comme un espace vivant en gestion, dans lequel l’humain doit trouver sa place sans détruire ce qui existe déjà.