Hydrologie régénérative - Webinaire
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par Simon RICARD, PERMALAB
Aménager son parcellaire pour optimiser la gestion de l'eau. Concevoir ou transformer son espace agricole pour gérer les flux et « cultiver » l’eau, limiter l’érosion et développer la résilience hydrique
Hydrologie régénérative - Webinaire
Ce webinaire, animé par Simon Ricard, explore le concept de l’hydrologie régénérative, une stratégie visant à régénérer les cycles de l’eau par l’aménagement des espaces agricoles et du territoire comme solution aux problématiques actuelles de sécheresse et d’inondations.
Comprendre le cycle de l’eau
Le cycle de l’eau est composé de deux flux complémentaires :
- L’eau bleue : le grand cycle qui concerne les précipitations, le ruissellement et l’écoulement des masses liquides vers les océans via le réseau hydrographique.
- L’eau verte : le “petit cycle” lié à l’évapotranspiration du couple sol-végétation.
La recherche scientifique démontre que les territoires sont déshydratés en raison de la dégradation de ces cycles, exacerbée par le changement climatique. Un cycle de l’eau fonctionnel repose sur une continuité végétale qui permet le recyclage des précipitations sur les continents.
Les causes de la dégradation des cycles de l’eau
La dégradation des cycles de l’eau provient principalement de deux paradigmes dominants depuis les années 1950 :
- La dévégétalisation : Le remembrement a conduit à l’arrachage massif de haies (environ 750 000 km en France) et à l’assèchement de près d’un million de mares et zones humides, réduisant la capacité des paysages à stocker l’eau.
- L’évacuation accélérée (le “tout tuyau”) : L’aménagement du territoire agricole a été pensé pour évacuer l’eau le plus rapidement possible (drainage, fossés rectilignes) afin de faciliter la mécanisation et gagner des surfaces cultivables. Cela entraîne une saturation rapide des sols, des inondations en aval et des sécheresses en amont.
- Les pratiques agricoles : La perte de [[matière organique]] dans les sols (passée de 4 % en 1950 à 1,5 % aujourd’hui) réduit la capacité des sols à agir comme des éponges, favorisant le ruissellement et l’érosion.
Inverser la tendance : le triptique sol, arbre et eau
Pour régénérer les cycles de l’eau, il est nécessaire de travailler conjointement sur trois leviers :
1. Le sol (agronomie et agroécologie)
Un sol vivant, couvert et riche en matière organique augmente la porosité et l’infiltration. Les pratiques comme l’agriculture de conservation (semis direct sous couvert, allongement des rotations) et l’enherbement des cultures pérennes (vigne, arboriculture) permettent de ralentir le ruissellement.
2. L’arbre (agroforesterie)
Les arbres sont essentiels à la gestion de l’eau sur le long terme : ils favorisent l’évapotranspiration, créent des microclimats et développent le réseau mycorhizien. Le défi est de réintroduire des arbres dans le parcellaire en choisissant des essences adaptées (notamment des essences de lisière ou fruitières pour favoriser les endomycorhizes compatibles avec les cultures).
3. L’aménagement (hydrologie bleue)
Il s’agit de redonner de l’espace à l’eau grâce à des ouvrages de ralentissement :
- Noues d’infiltration et baissières : Fossés sur courbe de niveau qui interceptent l’eau de ruissellement pour l’infiltrer.
- Implantation selon le relief : Cultiver en parallèle des courbes de niveau pour créer des micro-obstacles à l’écoulement.
- Déconnexion des réseaux : Créer des bassins tampon, des mares temporaires et des redents dans les fossés pour rompre les flux directs vers les cours d’eau.
Stratégie collective et retours d’expérience
Le passage à l’échelle du bassin versant est indispensable. Les exemples internationaux (Inde, Slovaquie) montrent que des actions d’ampleur sur un territoire permettent des résultats spectaculaires : recharge des nappes, retour des sources et stabilisation des crues. En France, bien que la démarche soit émergente, des projets pilotes montrent qu’en redédiant une faible part du parcellaire (2-3 %) à l’arbre et à l’eau, on améliore la résilience de tout le territoire.
En conclusion, l’hydrologie régénérative ne repose pas sur une solution unique, mais sur une approche contextuelle où l’aménagement doit être pensé de l’amont vers l’aval, de manière solidaire entre agriculteurs et collectivités.