Introduction de la journée, par Arnaud Daguin

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Au Salon de l’Agriculture, cette journée dédiée à l’agroécologie, organisée par le Mouvement pour une Agriculture du Vivant, s’ouvre avec une présentation de Louise Barrau, qui en expose les grands temps forts : agronomie, fertilité et régénération des sols, qualité nutritionnelle, stockage du carbone et biodiversité. Arnaud Daguin, porte-parole du mouvement, introduit ensuite les débats en rappelant cinq enjeux majeurs et indissociables pour l’agriculture : le carbone, l’eau, la biodiversité, la qualité nutritionnelle des aliments et le bien-être des agriculteurs. Selon lui, ces défis ne peuvent être traités séparément ni résolus par un seul acteur. Il appelle à une démarche collective, ouverte et fondée sur le partage des connaissances, des données et des retours d’expérience. La séquence se prolonge avec la présentation d’un outil de notation des produits visant à rendre visibles les progrès environnementaux, nutritionnels, sociaux et économiques des filières.

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Résumé
Au Salon de l’Agriculture, cette journée dédiée à l’agroécologie, organisée par le Mouvement pour une Agriculture du Vivant, s’ouvre avec une présentation de Louise Barrau, qui en expose les grands temps forts : agronomie, fertilité et régénération des sols, qualité nutritionnelle, stockage du carbone et biodiversité. Arnaud Daguin, porte-parole du mouvement, introduit ensuite les débats en rappelant cinq enjeux majeurs et indissociables pour l’agriculture : le carbone, l’eau, la biodiversité, la qualité nutritionnelle des aliments et le bien-être des agriculteurs. Selon lui, ces défis ne peuvent être traités séparément ni résolus par un seul acteur. Il appelle à une démarche collective, ouverte et fondée sur le partage des connaissances, des données et des retours d’expérience. La séquence se prolonge avec la présentation d’un outil de notation des produits visant à rendre visibles les progrès environnementaux, nutritionnels, sociaux et économiques des filières.

Pendant deux semaines, on vous propose de (re)découvrir la journée agroécologie au Salon de l'Agriculture 2020 !


Introduction de la journée

La journée agroécologie au Salon de l’agriculture est introduite par Louise Barreau, responsable de la communication du Mouvement pour une agriculture du vivant. Elle explique qu’elle assurera le rôle de maîtresse de cérémonie tout au long de la journée, en introduisant les différents intervenants.

Elle rappelle le caractère particulier de cette édition. L’année précédente, le mouvement avait organisé les Rencontres de l’agriculture du vivant, sur cinq jours, à la Cité universitaire. Ces rencontres avaient réuni des intervenants venus de France mais aussi de plusieurs pays du monde, autour des thématiques de la fertilité des sols, des sols vivants et des pratiques développées dans d’autres contextes.

Cette année, l’agroécologie entre au Salon de l’agriculture à travers cette journée dédiée. L’ambition est de faire vivre ces sujets dans ce cadre, en mettant en avant des approches agronomiques et systémiques.

Le programme de la journée

Louise Barreau présente ensuite les grandes orientations du programme.

Le matin est consacré à l’agronomie. Il s’agit de montrer les systèmes les plus avancés sur les questions de fertilité, de régénération, d’agroécologie et d’agriculture du vivant. Parmi les thèmes abordés figure aussi la qualité nutritionnelle. Ce point est présenté comme un sujet important pour l’avenir : il s’agit notamment de savoir si une production issue d’un sol vivant permet d’obtenir une meilleure qualité nutritionnelle. Pour l’instant, il existe selon elle des intuitions très fortes, mais il reste nécessaire de le démontrer et de parvenir à mettre en place des méthodes de mesure routinières.

L’après-midi doit être consacré à une présentation du Mouvement pour une agriculture du vivant, de ses actions et de ses missions. Un accent particulier est annoncé sur la question du stockage du carbone, avec l’idée de territorialiser cette question sur les sols français, in situ et dans les filières. La journée doit se conclure par une table ronde sur la biodiversité, afin d’établir un lien entre la biodiversité des sols et les microbiotes, dans une vision qualifiée d’holistique.

Louise Barreau invite ensuite le public à accueillir Arnaud Daguin, présenté comme porte-parole.

L’intervention d’Arnaud Daguin

Arnaud Daguin annonce d’emblée qu’il sera bref, estimant que les interventions qui suivront seront plus intéressantes que sa propre introduction. Il choisit de partager en quelques minutes l’état de sa compréhension personnelle de ce qui est en train d’arriver à l’agriculture.

Il précise venir de la cuisine et se définir au départ comme totalement inculte sur ces sujets. Il explique que c’est en fréquentant, depuis environ cinq ans, des personnes comme François Mulet et d’autres acteurs du mouvement, qu’il s’est progressivement forgé une idée plus claire de la situation.

Selon lui, la cofondation du mouvement repose sur deux constats essentiels.

Cinq enjeux à traiter ensemble

Le premier constat est que les enjeux liés à l’alimentaire et à l’agricole ne sont, selon lui, pas si nombreux. Il y voit plutôt une bonne nouvelle, car cela évite de se perdre dans une multitude de sujets. Il en identifie cinq, qui constituent à ses yeux les grands enjeux dont toute agriculture devrait pouvoir parler de manière calme et posée.

Le carbone

Le premier enjeu est celui du carbone. Arnaud Daguin souligne la nécessité d’une agriculture capable de capter un maximum de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et de stocker un maximum de carbone dans les sols. Il indique que les raisons et les moyens de cette captation seront abordés au cours de la matinée.

L’eau

Le deuxième enjeu est celui de l’eau. Il insiste sur la nécessité de disposer de sols capables d’infiltrer, de filtrer et de stocker un maximum d’eau. Cela est présenté comme une condition de résilience face aux aléas climatiques, à la violence de certains épisodes de pluie, mais aussi aux périodes de manque d’eau.

La biodiversité

Le troisième enjeu est la biodiversité. En reprenant une formule attribuée à Conrad Schreiber, présent dans la salle, Arnaud Daguin affirme qu’en agriculture la biodiversité ne se protège pas : elle se produit ou elle se détruit. Il insiste donc sur la nécessité de produire un maximum de biodiversité dans l’agriculture, y compris au milieu des champs.

La qualité nutritionnelle

Le quatrième enjeu est la qualité nutritionnelle de ce qui est produit. Arnaud Daguin rappelle que les êtres humains sont constitués de ce qu’ils mangent. Il estime donc essentiel de produire des aliments qui contiennent ce dont les humains ont besoin, et qui soient exempts de ce qu’ils ne souhaitent pas retrouver dans leur alimentation.

Le bonheur intérieur brut à la ferme

Le cinquième enjeu, qu’il présente comme peut-être la clé des autres, est ce qu’il appelle le bonheur intérieur brut à la ferme. Par cette formule, il désigne la situation dans laquelle la personne qui se lève chaque matin pour accomplir les quatre objectifs précédents sait pourquoi elle le fait, en est heureuse et en est fière. Il insiste sur le fait que ces personnes rendent des services à l’ensemble de la société, au-delà de la seule production de biens et de valeur économique.

L’obligation de traiter les enjeux simultanément

Pour Arnaud Daguin, ces cinq enjeux ne peuvent pas être traités séparément. Quiconque s’intéresse à l’agriculture et à l’alimentation a selon lui l’obligation de les aborder en même temps. C’est là, dit-il, la première idée essentielle qu’il souhaitait partager.

La nécessité d’un travail massivement collaboratif

Le second constat lui paraît tout aussi évident : aucun acteur, pris isolément, n’est aujourd’hui capable de résoudre seul ces problèmes. Il cite aussi bien l’État qu’un groupe commercial, une grande entreprise, un homme providentiel, une ONG, une institution ou un gouvernement. Pour lui, personne ne peut prétendre s’en sortir seul.

Il appelle donc à un travail massivement collaboratif. Cela implique, selon lui, de traiter les enjeux ensemble, de partager les données, les connaissances et les retours d’expérience en temps réel, de faire avancer à la fois la recherche et le développement, de construire des capacités de mesure et d’établir une métrique commune sur l’ensemble de ces sujets.

Il insiste sur le fait que ce travail doit être collaboratif et ouvert à tous.

Un défi civilisationnel

Arnaud Daguin élargit ensuite son propos en affirmant qu’il s’agit probablement d’un moment très important dans l’histoire de la civilisation humaine. Il parle d’un défi civilisationnel à relever, dans lequel le besoin du collectif doit primer sur le reste.

Il exprime l’espoir que cette idée progresse rapidement dans les esprits, car il estime qu’il n’est plus possible aujourd’hui de s’enfermer dans des querelles de chapelle, des conflits de personnes ou des postures consistant à vouloir sauver l’humanité sans travailler avec certains acteurs jugés indésirables. À ses yeux, cette logique est devenue intenable.

Il affirme qu’à partir du moment où des connaissances, des pratiques ou des résultats permettent de faire avancer ces sujets, ils doivent être partagés avec tout le monde. Il appelle de ses vœux la construction d’un tronc commun, massivement collaboratif et open source, nécessaire selon lui pour l’avenir de l’humanité.

Il conclut son intervention en remerciant le public et en annonçant qu’il laisse la parole à Maximilien Rouer, avec qui le mouvement partage un espace d’exposition sur le Salon cette année, et qui travaille lui aussi sur les questions de responsabilité dans ces enjeux.

La présentation de la note globale par Maximilien Rouer

À la suite de l’intervention d’Arnaud Daguin, un léger changement de programme est annoncé. Louise Barreau précise qu’il faut s’adapter, puis introduit la prise de parole suivante.

Maximilien Rouer explique que, dans le prolongement de ce qui vient d’être dit, la question n’est pas seulement de reconnaître qu’il faut agir ensemble, mais de savoir comment le faire concrètement. Il présente alors la note globale, anciennement Ferme France, comme un outil conçu pour rendre compte des avancées et du progrès continu, à la fois aux acteurs économiques et aux consommateurs.

Il s’agit d’une étiquette appelée à figurer sur les produits dans les magasins et sur les marchés dans les semaines à venir. Il précise que ce projet est le fruit d’un travail collaboratif fédérant près d’une centaine d’acteurs : agriculteurs, distributeurs, restaurateurs, industriels, artisans, PME, vérificateurs, etc.

Selon lui, dans un contexte d’urgence, cet outil doit permettre de structurer les avancées et les réponses collectives de chacun.

Un système de notation des produits

Maximilien Rouer montre symboliquement plusieurs emballages de produits portant cette note. Il évoque notamment un emballage de jambon affichant une note de 65, ainsi qu’un paquet de farine affichant une note de 69.

Il présente la démarche comme globale à deux titres :

  • d’une part, parce qu’elle repose sur une construction collective du système de notation, menée depuis trois ans ;
  • d’autre part, parce qu’elle est multi-enjeux.

Les dimensions prises en compte

Le système de notation ne se limite pas aux seuls enjeux environnementaux ou nutritionnels déjà évoqués. Maximilien Rouer précise qu’il intègre aussi d’autres préoccupations importantes pour les consommateurs :

  • les enjeux environnementaux ;
  • les enjeux nutritionnels ;
  • les enjeux sociaux, avec des sujets comme l’esclavage, le travail forcé ou encore la protection sociale ;
  • les enjeux économiques, notamment la répartition de la valeur ;
  • l’origine des produits ;
  • les questions de bien-être animal ;
  • les questions de traçabilité.

Il souligne le caractère colossal du travail accompli, avec des centaines de réunions nécessaires pour aboutir à ce système de notation.

Un travail mené avec le Mouvement pour une agriculture du vivant

Maximilien Rouer tient à rappeler que, depuis le début, ce travail est mené main dans la main avec le Mouvement pour une agriculture du vivant. Il dit aussi sa satisfaction personnelle vis-à-vis de cette initiative et évoque les liens d’amitié qui l’unissent à plusieurs personnes présentes, dont Conrad Schreiber.

Il insiste sur le fait que ce projet a besoin de chacun. Pour matérialiser cette idée, il mentionne des tee-shirts portant différentes formules de responsabilité :

  • Je suis responsable des produits que j’achète ;
  • Je suis responsable des produits que je cultive ;
  • Je suis responsable des animaux que j’élève ;
  • Je suis responsable des produits que j’élabore ;
  • Je suis responsable des produits que je vends.

À travers ces slogans, il veut montrer que chaque maillon de la chaîne a une part de responsabilité, qu’il soit consommateur, producteur végétal, éleveur, transformateur, restaurateur ou distributeur.

Dépasser les querelles et s’appuyer sur un outil commun

En conclusion, Maximilien Rouer reprend l’idée mise en avant par Arnaud Daguin : il faut faire ensemble. Il appelle à dépasser les logiques de bouc émissaire et les querelles de clocher. Selon lui, l’outil présenté est désormais disponible, même si rien n’est encore achevé et que tout reste à faire.

L’idée est que chacun possède une part de la solution, et que cette note globale constitue un repère et un outil pour organiser les réponses.

Louise Barreau reprend enfin la parole pour le remercier, ainsi que l’équipe ayant permis la tenue de cette journée au Salon de l’agriculture. Elle souligne que cette présence est rendue possible en grande partie grâce à ce partenariat.