L'Hydrologie régénérative : une réponse adaptée aux enjeux climatiques et écologiques ?
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Les premières Rencontres de l'Hydrologie Régénérative organisées par l'association Pour une hydrologie régénérative se sont tenues le 20 octobre 2022 à Annecy.
Elles ont débuté par cette table ronde animée par Charlène Descollonges, hydrologue indépendante, avec :
- Ananda Ftizsimmons, auteure de Hydrater la Terre, conférencière et Présidente de Régénération Cananda
- Jonathan Schuite, hydrologue chercheur et Gérant de TerraScience
- Simon Ricard, ingénieur concepteur et co-gérant de @permalabprod.9281
Cette table ronde a été suivie par l'exposé des Grands Témoins de cette journée : lien de la vidéo.
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L’hydrologie régénérative : une réponse adaptée aux enjeux climatiques et écologiques ?
Cette transcription retrace la table ronde inaugurale des rencontres sur l’hydrologie régénérative, animée par Charlène Cardoso, hydrologue indépendante, en présence de Jonathan Schuite, hydrologue chercheur, et de l’experte canadienne Ananda Fitzsimmons, présidente de Régénération Canada et auteure de l’ouvrage Hydrater la terre : le rôle oublié de l’eau dans la crise climatique.
Un changement de paradigme nécessaire
La gestion de l’eau est confrontée à des défis majeurs accentués par le changement climatique. Traditionnellement, les solutions proposées reposent sur le stockage artificiel (retenues collinaires, barrages), qui présentent souvent des impacts écologiques négatifs. Face à cette situation, l’hydrologie régénérative propose une approche différente : traiter le problème à la racine en ralentissant le cycle de l’eau et en la stockant directement dans les sols et les paysages.
Cette approche s’inscrit dans le cadre des solutions fondées sur la nature, nécessitant une vision sociétale et une collaboration étroite entre agriculteurs, scientifiques, ingénieurs et citoyens. Comme le souligne Charlène Cardoso, le changement climatique ne fait qu’exacerber les problèmes structurels de gestion de l’eau déjà présents dans notre société.
Les fondements de l’hydrologie régénérative
Ananda Fitzsimmons explique que le sol est le moteur des cycles du carbone et de l’eau. Un sol vivant, composé de minéraux, d’eau, d’air et d’une riche biodiversité microbienne (notamment dans la rhizosphère), est essentiel. La végétation agit comme une infrastructure naturelle gérant ces cycles :
- Cycle du carbone : Les plantes utilisent la photosynthèse pour transformer le carbone gazeux en carbone liquide, nourrissant ainsi le microbiome du sol, qui en retour fournit aux plantes les nutriments nécessaires.
- Cycle de l’eau : Les plantes évapotranspirent l’eau, jouant le rôle de climatiseur terrestre. Les aérosols produits par les arbres favorisent la formation des nuages (effet albedo), rafraîchissant la planète et déclenchant les précipitations.
La déshydratation de la terre, causée par la déforestation et l’urbanisation, contribue autant à la crise climatique que les émissions de gaz à effet de serre.
Enjeux hydrologiques et état des lieux en France
Jonathan Schuite rappelle une citation du rapport du GIEC (chapitre 8) : “Les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes terrestres et sur les sociétés humaines sont principalement ressenties à travers des modifications du grand cycle de l’eau”. Il note une intensification de ce cycle, avec des extrêmes de plus en plus marqués : sécheresses prolongées alternant avec des épisodes de précipitations violentes et cataclysmiques.
En France, l’année hydrologique 2022 a été marquée par des déficits pluviométriques records, entraînant des étiages sévères et des ruptures d’approvisionnement en eau potable dans certaines communes. L’état dégradé des sols, souvent artificialisés ou mal gérés, empêche l’infiltration et favorise le ruissellement, aggravant ainsi les dégâts.
Aménagement du territoire : ralentir, répartir, infiltrer
Simon Ricard, co-gérant du bureau d’études Permalab, précise que l’hydrologie régénérative ne propose pas de techniques nouvelles, mais une manière différente de concevoir l’aménagement des paysages. L’objectif est de mettre en œuvre un triptyque pour la régénération du cycle de l’eau :
- Gestion horizontale : Ralentir l’eau dans le paysage grâce à des aménagements sur courbe de niveau, des haies, des fossés et des zones humides.
- Sols vivants : Maintenir une couverture végétale permanente et riche en [[matière organique]] pour favoriser l’infiltration et la rétention hydrique.
- Agroforesterie : Réintégrer massivement les arbres pour favoriser l’évapotranspiration, restaurer les microclimats et protéger la fertilité des sols sur le long terme.
Conclusion : vers des paysages résilients
Bien que les effets de l’agroforesterie sur le cycle de l’eau soient visibles sur le moyen/long terme (10-20 ans), l’aménagement horizontal et la couverture des sols permettent d’obtenir des résultats bénéfiques très rapidement (1 à 4 ans). Les intervenants s’accordent sur le fait que la priorité doit être donnée à la rétention de l’eau de pluie là où elle tombe, plutôt qu’à la gestion des conséquences en aval.
L’hydrologie régénérative offre ainsi une vision globale et complémentaire aux pratiques d’agriculture régénératrice existantes, plaçant la gestion de l’eau au cœur de la résilience face aux crises climatiques.