L'eau : un défi pour l'agriculture
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Dans un contexte de changement climatique, l'eau devient une ressource de plus en plus précieuse et sa gestion est cruciale pour assurer une production agricole durable et résiliente.
L'agriculture est le principal consommateur d'eau en France, certaines cultures nécessitent une irrigation intensive, ce qui pose des défis importants en période de sécheresse.
L'adaptation au manque d'eau est un défi et il faut le penser de façon systémique, avez-vous déjà entendu parler d'hydrologie régénérative, de retenues collinaires, d'agroforesterie ?
Comment les agriculteurs et les agricultrices font-ils face à ce défi ?
Nous y répondons avec Simon Ricard, consultant, formateur et conférencier chez PermaLab et Johan Coulomb, chargé de mission eau et agriculture à la Métropole de Montpellier
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L’eau : un défi pour l’agriculture
Ce webinaire, organisé par Fève, société de l’économie sociale et solidaire dédiée à la transmission des fermes et à l’installation des jeunes agriculteurs, aborde la question cruciale de l’eau comme limite planétaire et enjeu majeur pour la résilience agricole.
Comprendre les cycles de l’eau
Simon Ricard, coresponsable du bureau d’études Permalab, rappelle que la ressource en eau est intrinsèquement liée à la végétation et à l’état des sols. Il distingue deux types de cycles :
- Le cycle de l’eau « bleue » : Le flux classique (océans, précipitations, cours d’eau).
- Le cycle de l’eau « verte » : L’eau contenue dans les sols et la biomasse, qui circule via l’évapotranspiration. À l’échelle planétaire, 63 % des précipitations continentales sont issues de cette eau verte.
La dégradation de ces cycles, due à la dévégétalisation et à une gestion orientée vers l’évacuation rapide de l’eau (drainage, rectification des cours d’eau, suppression des haies et des mares), exacerbe les phénomènes de sécheresse et d’inondation.
Le territoire méditerranéen : un avant-poste de l’adaptation
Johan Coulomb, chargé de mission « Eau et agriculture » pour la métropole de Montpellier, illustre cette situation par l’exemple de son territoire. Confrontée à une aridification croissante, la métropole fait face à des besoins en irrigation multipliés par quatre en dix ans, particulièrement en viticulture.
Cette dépendance à l’importation d’eau (via des réseaux comme le canal BRL) pose la question de la vulnérabilité à long terme. La stratégie de la collectivité consiste désormais à :
- Conditionner les aides publiques à la diversification des cultures.
- Accompagner les agriculteurs vers des filières plus économes en eau (légumes secs, céréales rustiques).
- Travailler sur la chaîne de valeur, en mobilisant les outils de transformation locaux et en favorisant des circuits courts liés à l’alimentation locale.
Des solutions pour une agriculture régénérative
Simon Ricard insiste sur la nécessité d’une approche systémique basée sur un triptyque fondamental :
- Sols : Augmenter le taux de [[matière organique]] pour maximiser la capacité de rétention d’eau.
- Arbres : Réintégrer des systèmes agroforestiers pour restaurer le microclimat et la trame mycorhizienne, essentielle à la circulation souterraine de l’eau.
- Hydrologie : Aménager les parcelles pour ralentir, infiltrer et stocker l’eau là où elle tombe, plutôt que de chercher à l’évacuer.
Ces actions, qualifiées de « sans regret », offrent des bénéfices immédiats sur le ruissellement tout en préparant la résilience à long terme des agrosystèmes.
Enjeux collectifs et politiques
Les intervenants s’accordent sur le fait que la transition ne peut être portée uniquement par l’agriculteur à l’échelle de sa parcelle. Elle nécessite :
- Une vision territoriale : Coordonner les actions à l’échelle des sous-bassins versants pour une cohérence globale.
- Un soutien politique et financier : Si des programmes (notamment liés au FÉADER et aux agences de l’eau) existent, il reste crucial d’intégrer la gestion de l’eau dans les modèles économiques dès la conception des filières.
- Un changement culturel : L’adaptation passe aussi par une évolution des habitudes de consommation, tournées vers des régimes alimentaires plus sobres en eau, favorisant la souveraineté alimentaire locale.
Le webinaire conclut sur l’importance du dialogue entre les acteurs : collectivités, syndicats agricoles, chercheurs et agriculteurs, pour co-construire des paysages qui, demain, sauront « cultiver l’eau ».