Le sol vivant en 1971, par M. Poffet
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Retour vers le sol vivant en 1971 ! Nous vous proposons dans cet extrait d'un documentaire diffusé en 1971 intitulé 'Manger Sain', le témoignage de M. Poffet sur sa vision de l'agroécologie.
Documentaire remasterisé en 2019 par la RTS (Radio Télévision Suisse)
Réalisation : Agnès Delarive et le journaliste Excoffier
1ère diffusion : Temps Présent, le 4 novembre 1971
Par ici pour le documentaire en entier : https://youtu.be/5wZ0J_4IU44
Les grands principes de la culture biologique
M. Poffet explique que l’on parle beaucoup de civilisation et de progrès, mais qu’il faut revenir à des principes simples : l’air pur, l’eau pure, une terre saine. Pour lui, ce sont des bases indispensables.
Il présente ensuite les premiers grands principes de la culture biologique.
Mieux soigner la fumure organique
Le premier principe consiste à mieux soigner la fumure organique. M. Poffet insiste sur le fait que la santé de l’humus dépend directement de la santé des animaux qui ont fabriqué cette matière organique.
Il ajoute que cela vaut aussi pour les déchets des villes, mais seulement à condition que tout ne soit pas déjà empoisonné avant la consommation. Il souligne que beaucoup d’aliments que nous consommons ont déjà été traités avant même d’être mangés.
Il donne un exemple concret : il faut presque avoir peur de mettre une pelure de citron ou d’orange dans la mangeoire des porcs, tant ces produits ont pu être traités. Il rappelle aussi que l’on sait très bien que tout a été pulvérisé, traité, voire vacciné.
Faire des labours superficiels
Le deuxième principe est de ne faire que des labours superficiels.
M. Poffet précise qu’ils ne labourent pas profondément. Au printemps, ils passent simplement le motoculteur à 4 ou 5 centimètres, pas plus en profondeur.
Il pose alors la question : pourquoi ?
L’exemple du sol dans la forêt
Pour répondre, il prend l’exemple d’une coupe du sol dans la forêt. Selon lui, on y trouve :
- d’abord la couche de couverture, avec les feuilles et tout ce qui tombe des arbres ;
- ensuite la couche de décomposition et de fermentation ;
- enfin la troisième couche, l’humus, c’est-à-dire la meilleure partie de la terre végétale.
Il explique que, dans chacune de ces couches, il existe des milliards de bactéries, des ouvriers spécialisés qui travaillent dans leur propre couche.
Le désordre créé par les labours profonds
Ces spécialistes du sol, dit-il, ne se supportent pas forcément d’une couche à l’autre. Beaucoup de bactéries, par exemple, ne supportent pas les rayons du soleil et doivent rester à l’abri.
Ainsi, si l’on retourne profondément la terre avec une bêche ou une charrue, jusqu’à 30 ou 45 centimètres de profondeur, on crée un désordre dans le sol. On mélange des couches qui devraient rester distinctes, avec leurs organismes propres et leurs conditions de vie particulières.
Pour M. Poffet, le travail du sol doit donc respecter cette organisation naturelle.
Éviter la nudité du sol
Le troisième principe est d’éviter la nudité du sol.
Même si ce passage est bref dans la transcription, l’idée est claire : la terre ne doit pas rester nue. Le sol doit rester protégé, comme il l’est naturellement dans la forêt par une couverture végétale ou organique.
Redonner à la terre les éléments de croissance
Le quatrième principe consiste à redonner à la terre les éléments nécessaires.
M. Poffet explique qu’ainsi on peut arriver à produire des légumes et des aliments plus riches, notamment plus riches en sels minéraux.
L’appauvrissement des terres en minéraux
Il affirme qu’aujourd’hui beaucoup de citadins souffrent plus ou moins de manquer de certains éléments, par exemple de magnésium, parce que les terres sont elles-mêmes appauvries en magnésium.
Il évoque aussi les oligo-éléments, en rappelant que ce mot signifie qu’ils sont présents en petites quantités, mais qu’ils sont néanmoins indispensables. Il cite notamment :
Selon lui, les cultures intensives, les cultures monotones et les mauvaises fumures ont appauvri les terres. Elles sont devenues carencées en oligo-éléments.
Des aliments plus abondants, mais moins complets
M. Poffet souligne alors une contradiction : on peut prétendre manger beaucoup de fruits et beaucoup de légumes, mais ces légumes peuvent manquer de ce qu’il appelle les éléments de trace, pourtant essentiels à la santé du corps humain.
Il prend l’exemple du calcium : le corps ne peut pas assimiler correctement le calcium s’il ne dispose pas de suffisamment de magnésium. Le magnésium joue donc, selon lui, un rôle de régulateur du calcium.
Les limites des produits chimiques
Enfin, M. Poffet explique qu’il a compris qu’on ne pouvait plus continuer ainsi, car les dépenses devenaient trop grandes : toujours plus d’engrais, toujours plus de produits chimiques, pour obtenir finalement moins que ce qu’il obtient maintenant sans ces produits.
Pour lui, on a déséquilibré la terre un peu plus chaque année.
Le rôle irremplaçable de la vie du sol
La conclusion est nette : aucun être humain ne peut remplacer le processus naturel accompli par les vers de terre et les micro-organismes dans le sol.
M. Poffet rappelle ainsi l’idée centrale du sol vivant : la fertilité ne vient pas seulement d’apports extérieurs, mais du bon fonctionnement biologique du sol lui-même.