Les espaces-tests en maraîchage sol vivant, avec Jean-Baptiste Cavalier

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Dans cette conférence, Jean-Baptiste Cavalier présente les espaces-tests agricoles, un dispositif conçu pour répondre au renouvellement difficile des générations en agriculture. Face à la baisse du nombre d’agriculteurs et à l’arrivée croissante de porteurs de projet hors cadre familial, ces espaces permettent de tester une activité avant l’installation définitive, en limitant les risques. Le principe : exercer en conditions réelles, de façon autonome et responsable, pendant un à trois ans, afin d’évaluer à la fois la viabilité technico-économique du projet et l’adéquation entre le métier, la personne et son territoire. Très adaptés au maraîchage sur petites surfaces, souvent en agriculture biologique ou agroécologique, ces dispositifs reposent sur trois piliers : un cadre juridique sécurisé, l’accès au foncier et au matériel, et un accompagnement technique, entrepreneurial et humain. Jean-Baptiste Cavalier souligne enfin l’essor du réseau RENETA, qui fédère aujourd’hui de nombreux espaces-tests partout en France.

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Résumé
Dans cette conférence, Jean-Baptiste Cavalier présente les espaces-tests agricoles, un dispositif conçu pour répondre au renouvellement difficile des générations en agriculture. Face à la baisse du nombre d’agriculteurs et à l’arrivée croissante de porteurs de projet hors cadre familial, ces espaces permettent de tester une activité avant l’installation définitive, en limitant les risques.

Le principe : exercer en conditions réelles, de façon autonome et responsable, pendant un à trois ans, afin d’évaluer à la fois la viabilité technico-économique du projet et l’adéquation entre le métier, la personne et son territoire. Très adaptés au maraîchage sur petites surfaces, souvent en agriculture biologique ou agroécologique, ces dispositifs reposent sur trois piliers : un cadre juridique sécurisé, l’accès au foncier et au matériel, et un accompagnement technique, entrepreneurial et humain.

Jean-Baptiste Cavalier souligne enfin l’essor du réseau RENETA, qui fédère aujourd’hui de nombreux espaces-tests partout en France.

Cette semaine, nous vous proposons la rediffusion des Rencontres Maraîchage Sol Vivant de janvier dernier !


Contexte : pourquoi développer des espaces-test agricoles ?

Jean-Baptiste Cavalier présente d’abord quelques éléments de contexte sur l’installation en agriculture. Il rappelle que le nombre d’actifs agricoles diminue fortement depuis des années, avec près de 10 000 chefs d’exploitation en moins chaque année. Même si cette baisse ralentit mécaniquement parce qu’il y a de moins en moins d’agriculteurs, on reste dans une dynamique de forte érosion du nombre d’exploitants et de non-renouvellement des générations.

Selon lui, une des raisons majeures tient à l’affaiblissement du modèle traditionnel de transmission familiale. Le schéma classique, dans lequel les enfants d’agriculteurs reprenaient l’exploitation, est de moins en moins fréquent. De nombreux enfants d’agriculteurs ne souhaitent plus s’installer, et sont même parfois dissuadés par leurs parents, pour des raisons de pénibilité du travail, de faibles revenus ou plus largement de choix de vie.

En parallèle, on observe l’arrivée croissante de personnes non issues du milieu agricole, dites « hors cadre familial ». Ce public représente environ un tiers des installations chez les moins de 40 ans, et il est majoritaire chez les plus de 40 ans. Ce phénomène a plus que doublé en dix ans, au point de devenir une priorité des politiques d’installation, notamment avec la loi d’orientation agricole de 2014.

Le profil des porteurs de projet hors cadre familial

Jean-Baptiste Cavalier explique que ces nouveaux porteurs de projet n’ont pas les mêmes besoins que les enfants d’agriculteurs. Historiquement, les dispositifs d’accompagnement ont été pensés pour des personnes déjà familiarisées avec le métier, les fermes et les cadres de transmission. Or les hors cadre familial arrivent souvent avec des parcours différents, et avec un besoin d’installation progressive.

Cette installation progressive passe par :

  • une acquisition graduelle des compétences ;
  • une acquisition progressive des moyens de production ;
  • des trajectoires qui peuvent s’étaler sur cinq à dix ans.

Ces personnes s’orientent souvent vers des modèles à petite surface, d’abord parce que l’accès au foncier constitue la difficulté numéro un, ensuite parce qu’elles disposent généralement de faibles capacités d’investissement. Cela les conduit à rechercher des productions à forte valeur ajoutée.

D’après l’intervenant, ces projets relèvent fréquemment de modèles agroécologiques, à la fois pour des raisons économiques et philosophiques. Beaucoup de ces personnes viennent à l’agriculture avec le désir d’un mode de vie plus sain et l’envie de produire autrement. On retrouve ainsi souvent des projets en maraîchage, ou en petit élevage avec transformation et vente directe.

Il précise que ce portrait est un peu caricatural, mais qu’il correspond malgré tout à une tendance majoritaire.

Une difficulté majeure : découvrir la réalité du métier

L’une des difficultés de ce public est qu’il connaît parfois mal la réalité du métier agricole. Jean-Baptiste Cavalier souligne que beaucoup ont une représentation idéalisée de l’agriculture : la vie au soleil, les oiseaux, les papillons, la rencontre sympathique sur le marché avec le maraîcher. Mais cette image ne correspond pas à toute la réalité du travail agricole.

La réalité, c’est aussi la boue, la pluie, les contraintes physiques, les aléas climatiques, la charge de travail et la complexité du métier. C’est précisément pour répondre à cet écart entre imaginaire et réalité qu’a été développé le dispositif de test d’activité agricole.

Le principe du test d’activité agricole

Le test d’activité agricole vise à permettre à une personne de tester son projet d’installation avant de s’installer réellement. Il s’inscrit dans un parcours d’installation progressive.

Le principe est de développer une activité agricole :

  • de manière responsable ;
  • de manière autonome ;
  • en grandeur réelle ;
  • sur une durée limitée ;
  • dans un cadre qui limite la prise de risque.

L’intervenant insiste sur plusieurs points.

D’abord, la personne en test n’est ni en stage ni en formation. Elle est responsable de son activité. Elle assume ses erreurs comme ses réussites. Elle prend ses décisions elle-même.

Ensuite, elle est autonome : on ne lui dit pas quoi faire à chaque instant. Elle mène réellement son activité.

Le test se fait en grandeur réelle, même si, dans les faits, il s’agit souvent d’une montée en puissance progressive. La personne commence généralement sur une petite surface, puis développe peu à peu une activité représentative de son projet final.

Enfin, ce test est limité dans le temps, généralement entre un et trois ans. Au-delà de trois ans, il faut prendre une décision : s’installer, faire évoluer son projet ou y renoncer.

Les objectifs du test

L’objectif du test est double :

  • évaluer le projet d’installation ;
  • permettre à la personne de s’évaluer elle-même dans sa capacité à porter ce projet.

À l’issue du test, plusieurs issues sont possibles :

  • la personne décide de s’installer ;
  • elle fait évoluer son projet ;
  • elle décide de ne pas s’installer.

Jean-Baptiste Cavalier souligne qu’une personne qui conclut, au bout de deux ou trois ans, que ce métier n’est pas fait pour elle, ne constitue pas un échec du dispositif. Au contraire, le test a rempli sa fonction : éviter une installation inadaptée qui aurait pu se solder par un échec plus lourd quelques années plus tard.

Ce que l’on teste concrètement

Le test permet d’évaluer de nombreux aspects du projet. Tous ne sont pas forcément travaillés de la même manière selon les personnes, mais plusieurs dimensions reviennent régulièrement.

L’envie et la motivation

La personne peut vérifier si son envie de devenir agriculteur résiste à l’épreuve du quotidien. Vivre pendant un à trois ans les contraintes réelles du métier permet de savoir si cette envie tient dans la durée.

Cela concerne aussi la famille, car un projet agricole engage souvent un mode de vie global.

Les compétences

Le test permet d’évaluer si la personne est capable de tenir le rythme et d’assumer les différentes dimensions du métier :

  • produire ;
  • transformer éventuellement ;
  • vendre ;
  • communiquer ;
  • gérer une entreprise.

Jean-Baptiste Cavalier rappelle que le métier d’agriculteur est extrêmement complexe, bien plus qu’on ne l’imagine souvent de l’extérieur. Certaines personnes arrêtent par exemple parce qu’elles ne tiennent pas physiquement.

La faisabilité technico-économique

Le test permet de confronter les prévisions à la réalité. Les chiffres théoriques ne suffisent pas : il faut voir ce qui se passe réellement sur un ou plusieurs cycles de production, avec les aléas climatiques, les réussites, les difficultés et les ajustements.

Par exemple, certaines personnes imaginent au départ faire cinq marchés par semaine parce qu’elles aiment le contact avec le public. En pratique, elles se rendent vite compte qu’il est très difficile de tout faire, car le temps passé sur les marchés n’est pas consacré à la production. Le test permet donc d’ajuster le projet à ce qui est réellement tenable.

L’adéquation entre la personne, le projet et le territoire

Le test sert aussi à vérifier si le projet est adapté au territoire dans lequel il se développe. Des difficultés peuvent apparaître dans les relations de voisinage ou dans l’insertion locale.

Jean-Baptiste Cavalier évoque le cas de personnes qui ont quitté un territoire parce qu’elles ont constaté, pendant leur période de test, que les voisins ne voulaient pas d’elles.

Le test permet également de mesurer l’articulation entre projet professionnel et projet de vie : vivre à la campagne, y faire grandir ses enfants, organiser la vie familiale, trouver une place dans un territoire donné.

Les espaces-test agricoles : un dispositif multi-acteurs

Pour rendre possible ce test, un dispositif spécifique a été développé : les espaces-test agricoles.

Un espace-test agricole n’est pas une structure unique, mais un dispositif multi-acteurs, coordonné, qui met à disposition :

  • un cadre légal ;
  • des moyens de production ;
  • un dispositif d’accompagnement et de suivi.

Jean-Baptiste Cavalier présente ce fonctionnement à travers plusieurs grandes fonctions.

La fonction « couveuse » : offrir un cadre légal

La première fonction est appelée « couveuse », par analogie avec les couveuses d’entreprises dans les autres secteurs d’activité.

Il s’agit de fournir un cadre légal permettant de tester une activité agricole. En effet, la personne en test n’est pas encore agricultrice installée, mais elle n’est pas non plus stagiaire. Il faut donc un statut spécifique permettant de produire et de vendre de manière autonome.

Le principal outil utilisé est le contrat d’appui au projet d’entreprise (CAPE), adapté à l’agriculture et reconnu par la MSA. Ce contrat permet d’exercer réellement une activité dans un cadre sécurisé.

D’autres formes existent parfois, par exemple :

  • des statuts liés à la formation professionnelle ;
  • le statut de cotisant solidaire.

Mais le CAPE constitue le principal cadre mobilisé.

Cette fonction comprend aussi un hébergement fiscal et financier. Concrètement, la personne peut acheter et vendre dans le cadre du numéro SIRET de la structure qui l’héberge, tout en gardant une traçabilité claire de sa propre activité, de ses charges et de ses produits.

En France, cette fonction est souvent assurée par :

  • des couveuses d’activités ;
  • des coopératives d’activité et d’emploi.

Jean-Baptiste Cavalier cite notamment l’exemple de Terracoopa, dans l’Hérault.

La fonction « pépinière » : mettre à disposition les moyens de production

La deuxième fonction est la fonction « pépinière », en référence aux pépinières d’entreprises.

Elle consiste à mettre à disposition les moyens de production nécessaires :

  • foncier ;
  • matériel ;
  • bâtiments ;
  • dessertes ;
  • autres équipements utiles à la production.

Le foncier et les lieux-test

Le foncier est évidemment un enjeu central. Les espaces-test mettent donc à disposition des « lieux-test », qui peuvent prendre des formes variées.

Certaines personnes testent leur activité sur un site collectif, où plusieurs porteurs de projet sont présents en même temps. Jean-Baptiste Cavalier cite l’exemple du domaine de Viviers, propriété de la métropole de Montpellier, loué par Terracoopa, sur lequel plusieurs personnes testent leur projet côte à côte.

D’autres testent leur activité chez des agriculteurs qui les accueillent sur leur ferme. Il cite le cas de Vincent, qui accueille trois personnes sur son exploitation.

D’autres encore peuvent tester directement chez elles.

L’idée est de mobiliser du foncier selon des modalités diverses afin de rendre possible l’expérimentation.

À l’issue du test, certaines personnes pourront éventuellement s’installer sur ce même foncier, tandis que d’autres devront trouver des terres ailleurs. Mais le fait d’avoir déjà réalisé un test facilite souvent l’accès au foncier, car la personne est mieux insérée dans le milieu agricole local.

Le matériel et les bâtiments

Les espaces-test peuvent aussi mettre à disposition du matériel, notamment le gros matériel comme les tracteurs, ainsi que des bâtiments et des équipements.

Selon les cas, ces moyens peuvent être portés par :

  • la structure de l’espace-test elle-même ;
  • des agriculteurs ;
  • des collectivités ;
  • des lycées agricoles ;
  • parfois les porteurs de projet eux-mêmes.

La fonction d’accompagnement et de suivi

Pour Jean-Baptiste Cavalier, cette fonction est essentielle à la réussite du test. Aujourd’hui, dit-il, s’installer sans accompagnement est particulièrement difficile.

L’accompagnement peut porter sur plusieurs dimensions, selon les besoins de chaque porteur de projet.

L’accompagnement technique

Il peut s’agir d’un accompagnement sur les techniques culturales. L’espace-test n’est pas un lieu de formation au sens strict, mais c’est un lieu où la personne monte en compétences. Si elle a besoin de formations complémentaires, elles peuvent être mobilisées.

Une part importante de cet accompagnement passe aussi par les échanges avec des agriculteurs, en particulier lorsque le test se déroule sur une ferme.

L’accompagnement à l’entrepreneuriat

L’agriculteur est aussi un chef d’entreprise. Le test permet donc d’accompagner la personne dans la gestion économique, l’organisation, la commercialisation et plus largement toutes les dimensions entrepreneuriales de son activité.

L’accompagnement humain

Jean-Baptiste Cavalier insiste également sur ce qu’il appelle l’accompagnement humain. Il s’agit d’aider la personne à clarifier ses objectifs, son rapport au métier, son projet de vie et ce que signifie concrètement « être agriculteur ».

Sur cette dimension, les agriculteurs tuteurs jouent un rôle central. Certaines choses ne se transmettent pas facilement dans un cadre théorique. Elles s’apprennent dans la pratique, dans le quotidien du travail, par exemple lors du tour de plaine du matin qui permet de décider ce que l’on fera dans la journée.

Il s’agit aussi d’une confrontation au mode de vie paysan, à ses rythmes, à ses logiques et à ses exigences.

L’insertion dans le milieu socioprofessionnel

Le test permet d’entrer progressivement dans le milieu professionnel agricole : connaître les acteurs, les institutions, les réseaux, identifier les personnes avec qui travailler.

C’est pourquoi, selon lui, il est essentiel que les personnes puissent tester leur activité à proximité du territoire où elles envisagent de s’installer. Cela facilite aussi la continuité des débouchés commerciaux construits pendant le test : AMAP, marchés, réseaux locaux de clients.

La médiation

L’accompagnement comprend aussi une dimension de médiation. Des tensions peuvent apparaître :

  • entre un porteur de projet et l’agriculteur qui l’accueille ;
  • entre plusieurs porteurs de projet sur un même lieu-test ;
  • autour des manières de travailler ou d’occuper l’espace.

Il faut donc un cadre d’animation capable de réguler ces relations.

La fonction de coordination

Comme les espaces-test reposent sur plusieurs acteurs, une fonction de coordination est indispensable.

Elle consiste à assurer :

  • la mise en réseau des partenaires ;
  • l’animation globale du dispositif ;
  • la gestion administrative, comptable et communicationnelle ;
  • la recherche de financements.

Jean-Baptiste Cavalier rappelle que les espaces-test coûtent cher et ne rapportent pas directement d’argent. Leur fonctionnement dépend donc largement de financements extérieurs.

Le réseau Reneta

En conclusion, Jean-Baptiste Cavalier présente le réseau national des espaces-test agricoles, le Reneta.

Les premières expériences datent de 2005. La première expérience vraiment formalisée s’est développée à partir de 2007 dans le Nord. Elle était portée par des associations de développement agricole et rural qui avaient identifié le besoin de nouveaux outils pour accompagner les publics hors cadre familial.

Parallèlement, une autre dynamique est apparue dans la Drôme, portée par des enseignants du CFPPA de Die. Ceux-ci avaient constaté qu’à la sortie d’un BPREA, beaucoup de personnes n’étaient pas encore prêtes à s’installer directement et qu’un dispositif intermédiaire était nécessaire.

En 2011, face à la multiplication des expériences, la volonté est née de constituer un réseau et de formaliser une charte commune définissant les valeurs et les principes des espaces-test agricoles.

Le Reneta a été créé en 2012. Il s’agit d’un réseau de praticiens, c’est-à-dire d’animateurs et d’acteurs impliqués dans les espaces-test agricoles.

Au moment de l’intervention, on compte environ une cinquantaine d’espaces-test en fonctionnement sur le territoire, auxquels s’ajoutent de nombreux projets en cours de développement.

Une réponse aux enjeux de renouvellement en agriculture

À travers cette présentation, Jean-Baptiste Cavalier montre que les espaces-test agricoles constituent une réponse concrète aux enjeux de renouvellement des générations et d’accompagnement de nouveaux profils d’agriculteurs, notamment en maraîchage.

Ils permettent de tester un projet dans des conditions proches du réel, tout en limitant les risques, et de construire progressivement une installation viable, techniquement, économiquement, humainement et territorialement.