Les vignerons du vivant, saison 1 à Latour, par Hélène Génin
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Présentation du dispositif
Une intervenante d’Apprentis d’Auteuil explique qu’elle travaille dans cette fondation depuis seize ans. La fondation accompagne environ 30 000 jeunes et familles confrontés à des situations de précarité, de violences familiales ou d’autres difficultés sociales.
Elle rappelle les missions historiques de la fondation : accueillir, éduquer, former, puis aujourd’hui insérer. Selon elle, il ne suffit plus d’avoir un diplôme pour trouver sa place dans l’emploi ; il faut aussi être accompagné vers l’insertion.
C’est dans ce contexte qu’en 2018, trois dispositifs de formation ont été créés, dont Les vignerons du vivant. Ce programme s’adresse à des jeunes de 18 à 30 ans, parfois dès 17 ans, même si le permis de conduire rend généralement l’entrée à 18 ans plus adaptée. Il cible des jeunes éloignés du marché du travail, qui peuvent manquer de repères, de codes professionnels ou de stabilité.
L’objectif est d’identifier des secteurs où il existe des pénuries de main-d’œuvre et de former ces jeunes pour réduire l’écart entre leur situation de départ et les besoins de recrutement des entreprises.
La naissance des vignerons du vivant
Le projet est né à partir d’une rencontre avec Jean-Baptiste Cordonnier, du château Anthonic, qui a alerté la fondation sur les difficultés de recrutement dans la filière viticole. Il a aussi exprimé une volonté d’agir pour les jeunes en difficulté du Médoc.
Un constat est alors posé : environ 4 000 jeunes du Médoc seraient en situation d’errance ou sans orientation claire. Les porteurs du projet pensent d’abord qu’il sera facile de les mobiliser, mais ils se heurtent rapidement au manque d’attractivité des métiers de la vigne.
Ce qui a permis de redonner de l’intérêt et de la fierté autour de ces métiers, selon l’intervenante, c’est l’ouverture vers des thématiques comme l’agroécologie et l’agroforesterie. Ces sujets parlent aux jeunes et suscitent leur motivation.
Le fonctionnement du programme
Le programme s’organise en promotions d’une dizaine de jeunes. L’intervenante souligne que cela ne suffira pas, à lui seul, à résoudre les besoins de recrutement de la filière, mais que c’est un début.
Chaque session repose sur l’engagement de dix châteaux partenaires. Chaque propriété accepte d’accueillir un jeune, d’abord en stage, puis dans le cadre d’un contrat de professionnalisation.
Tout au long du parcours, Apprentis d’Auteuil assure ce qui est appelé un « accompagnement personnalisé renforcé ». Il consiste à établir un diagnostic précis de la situation du jeune et à identifier les freins à son insertion. Ces freins peuvent être variés :
- problèmes de logement ;
- difficultés de mobilité ;
- questions de santé ;
- situations d’endettement ;
- manque de codes professionnels ou de confiance.
À partir de ce diagnostic, un plan d’action est construit pas à pas avec le jeune, afin de lever les obstacles et de sécuriser son parcours.
L’intervenante insiste sur l’importance du maillage territorial entre les différents acteurs : le jeune, le tuteur dans l’entreprise, le chargé d’insertion d’Apprentis d’Auteuil et les châteaux partenaires.
Le témoignage d’Hélène Génin à château Latour
Hélène Génin, qui travaille à château Latour depuis dix-neuf ans, explique que la propriété a intégré le programme deux ans auparavant et qu’elle en est à sa deuxième saison.
Ce qui l’a attirée en premier lieu est la dimension sociale du projet. Elle souligne aussi l’énergie mise par Jean-Baptiste Cordonnier pour convaincre les propriétés, même si, dans leur cas, la motivation existait déjà dès le départ.
Pour elle, le programme montre que les châteaux sont capables d’accueillir ces jeunes et de leur donner un emploi. Elle évoque également un « devoir de former » : selon elle, les propriétés ont la responsabilité de contribuer à la transmission des métiers.
À château Latour, des salariés se sont portés volontaires pour encadrer les jeunes. Le dispositif a aussi permis de former les tuteurs à une nouvelle pédagogie, plus adaptée à ce public, et de leur faire rencontrer d’autres tuteurs d’autres propriétés.
Des thématiques de formation tournées vers l’avenir
Hélène Génin insiste sur l’originalité des enseignements proposés. Ceux-ci viennent compléter les métiers de base du vigneron en y ajoutant des dimensions jugées essentielles pour l’avenir des propriétés.
Parmi les thématiques citées :
- la biodynamie ;
- l’agroécologie ;
- l’agroforesterie.
Elle explique que ces sujets intéressent fortement les propriétés, qui y voient des perspectives d’évolution, alors même qu’elles n’avaient pas toujours les bases ou la formation nécessaires. L’intervention d’experts dans le cadre du programme permet donc aussi aux domaines d’approfondir leurs propres connaissances.
Ce que le programme a permis de découvrir
Du côté des propriétés, l’expérience a permis de découvrir des jeunes très attachants, intéressés et motivés. Hélène Génin note cependant qu’ils nécessitent parfois une pédagogie un peu différente de celle habituellement utilisée, avec davantage de pratique et un besoin plus fort d’être sur le terrain.
Parmi les constats partagés :
- le manque d’attractivité des métiers de la vigne reste un frein important ;
- il est plus difficile que prévu d’attirer les jeunes vers ces professions ;
- les perspectives ouvertes par l’agroforesterie et l’agriculture de conservation sont perçues comme prometteuses ;
- le programme favorise les échanges entre propriétés.
Elle souligne notamment qu’au-delà des dix partenaires initiaux, le dispositif a suscité un élargissement des relations et des échanges dans le Médoc, au point de déboucher sur un petit groupe de travail réunissant une dizaine ou une quinzaine de propriétés.
Conditions pour monter une session
L’intervenante d’Apprentis d’Auteuil précise que, pour lancer une nouvelle session, il faut réunir dix châteaux. C’est cette base de dix propriétés qui rend l’économie du dispositif possible.
Une fois ce regroupement constitué, le montage peut se faire avec l’OPCA de la filière, mentionné ici comme l’Ocapiat. Le dispositif a déjà été mis en place rapidement dans le Médoc, à condition de respecter certaines échéances.
Elle précise aussi qu’une des exigences pour entrer dans le programme est d’être déjà engagé, au moins dans l’intention, vers l’agroécologie et l’agroforesterie. Les propriétés peuvent encore être en viticulture conventionnelle, mais elles doivent avoir la volonté d’aller vers ces pratiques.
Sur le plan de l’engagement, il s’agit pour les châteaux d’accueillir un jeune dans le cadre d’un contrat de professionnalisation de neuf mois. L’ensemble du dispositif dure environ onze mois et demi, soit pratiquement une année.
Un appel à essaimer
Les intervenants invitent les personnes intéressées à venir échanger à la fin de la rencontre. Les coordonnées ont été mises à disposition, de même qu’un document méthodologique permettant de comprendre les règles, les étapes et les contacts utiles pour faire avancer un projet équivalent.
Il est évoqué la possibilité de développer le dispositif dans d’autres territoires, notamment dans le Sauternais. L’idée défendue est claire : cette initiative doit être reproduite ici, là-bas et ailleurs.
Les intervenants affirment miser sur Les vignerons du vivant, dont la saison 2 est déjà bien engagée. La séquence se conclut par des remerciements adressés aux participantes pour leur engagement, sous les applaudissements.
Personnes citées
- Hélène Génin
- Jean-Baptiste Cordonnier
- Xavier
Organisations et lieux cités
- Apprentis d’Auteuil
- château Latour
- château Anthonic
- Médoc
- Sauternais
- Ocapiat