Lucien Seguy donne sa version de l'agroécologie

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Pour Lucien Séguy, l’agroécologie consiste à produire mieux, avec des niveaux de productivité élevés, tout en respectant durablement l’environnement. Face à la croissance démographique, au changement climatique et à la raréfaction des ressources, il défend une agriculture capable de nourrir le monde avec un minimum d’intrants, en s’appuyant sur la génétique, la biologie des sols et le « génie végétal ». Sa méthode repose notamment sur la couverture permanente des sols, le semis direct et la restauration des terres dégradées, qu’il juge possible à grande échelle. Lucien Séguy insiste sur la capacité des couverts végétaux à protéger les sols, limiter l’érosion, réduire les herbicides et relancer la fertilité. Il critique à la fois les excès de la chimie et les positions radicales, plaidant pour une approche pragmatique, fondée sur le diagnostic agronomique et l’observation du terrain, afin de concilier production, sols vivants, eau propre et sécurité alimentaire.

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Résumé
Pour Lucien Séguy, l’agroécologie consiste à produire mieux, avec des niveaux de productivité élevés, tout en respectant durablement l’environnement. Face à la croissance démographique, au changement climatique et à la raréfaction des ressources, il défend une agriculture capable de nourrir le monde avec un minimum d’intrants, en s’appuyant sur la génétique, la biologie des sols et le « génie végétal ». Sa méthode repose notamment sur la couverture permanente des sols, le semis direct et la restauration des terres dégradées, qu’il juge possible à grande échelle. Lucien Séguy insiste sur la capacité des couverts végétaux à protéger les sols, limiter l’érosion, réduire les herbicides et relancer la fertilité. Il critique à la fois les excès de la chimie et les positions radicales, plaidant pour une approche pragmatique, fondée sur le diagnostic agronomique et l’observation du terrain, afin de concilier production, sols vivants, eau propre et sécurité alimentaire.

Vidéo réalisée par Philippe Guilbert, du magazine Terre de Touraine, Nous le remercions pour l'autorisation de remise en ligne de la vidéo


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Philippe Guilbert


Produire mieux, avec des niveaux de productivité très élevés

Pour Lucien Séguy, l’agroécologie consiste à « produire mieux et en parfaite harmonie avec l’environnement », mais cette définition doit intégrer, selon lui, une exigence centrale : conserver des niveaux de productivité très élevés.

Il insiste sur plusieurs constats :

  • la population mondiale augmente très rapidement ;
  • le changement climatique déstabilise les zones de production alimentaire ;
  • il y a de plus en plus de personnes à nourrir ;
  • les ressources de la planète sont finies.

Dans cette perspective, il ne s’agit pas seulement de produire « autrement », mais de produire « au top » de ce qu’il est possible d’obtenir, à la fois par la génétique des espèces et par la gestion de l’environnement, tout en réduisant au maximum les intrants. Il précise que ces intrants peuvent être organiques ou chimiques, et qu’ils peuvent parfois rester nécessaires.

Réduire les intrants sans tomber dans les positions extrêmes

Lucien Séguy défend l’idée d’un usage minimal des intrants, et non d’une posture dogmatique. Il considère qu’il faut pouvoir parler de la nécessité éventuelle de certains pesticides ou d’autres interventions, sans être enfermé dans des positions radicales.

Il critique les « intégrismes » qui se développent autour de ces questions. À ses yeux, une tolérance « zéro » absolue, notamment sur les résidus, relève d’un discours qui ne tient pas compte des limites réelles des outils d’analyse. Il rappelle que les appareils les plus perfectionnés détectent des quantités extrêmement faibles de molécules, ce qui rend la question du « zéro » plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Son propos vise donc à défendre une approche raisonnée : réduire très fortement les intrants, chercher à s’en passer quand c’est possible, mais rester pragmatique.

Des sols propres, des eaux propres, des productions propres

Respecter l’environnement, pour lui, signifie obtenir :

  • des sols propres ;
  • des eaux propres ;
  • des productions propres.

Il associe cette exigence à l’idée de productions totalement saines, sans produits toxiques. Mais il ajoute immédiatement qu’il faut garder en tête la réalité scientifique des seuils de détection. Le débat ne peut donc pas, selon lui, être réduit à des formules simplistes.

Il se place aussi du point de vue de l’agriculteur, qui subit une pression médiatique importante et se retrouve parfois accusé d’être un pollueur, sans toujours disposer des repères techniques ou scientifiques nécessaires pour s’orienter.

Nourrir le monde durablement grâce à la couverture permanente des sols

Lucien Séguy affirme qu’avec l’association d’une couverture permanente des sols et de plantes que l’on cultive ou non, il est possible de réduire durablement l’empreinte de l’homme sur la planète tout en nourrissant le monde.

Pour lui, cette voie permet non seulement de produire sans « flinguer » les ressources, mais aussi d’aller plus loin : récupérer des terres aujourd’hui considérées comme dégradées ou perdues.

Il rappelle que les terres arables disponibles se réduisent, mais il refuse de limiter la réflexion aux seules terres encore vierges. Il estime qu’il faut d’abord regarder le potentiel considérable des terres dégradées que l’on pourrait remettre en production.

La régénération naturelle des milieux dégradés

Lucien Séguy cite des observations menées en Afrique sahélienne ou soudano-sahélienne, où certains pensaient qu’une fois la couverture végétale disparue, il ne restait plus que des formations dégradées à base d’acacias, de céréales sauvages ou d’espèces épineuses adaptées au climat.

Il évoque une expérience marquante conduite par un chercheur qui avait pris un espace très dégradé, l’avait simplement fermé et protégé, puis laissé évoluer sans intervention pendant plusieurs années. L’idée était de voir si la nature pouvait se régénérer d’elle-même.

Le résultat, selon lui, a été spectaculaire :

  • arrêt des feux de brousse ;
  • protection contre les perturbations extérieures ;
  • retour progressif de la végétation ;
  • reconstitution d’un couvert forestier inattendu.

Pour Lucien Séguy, cette expérience montre que, si on « fout la paix à la nature », la régénération peut être très rapide, même sur des milieux que l’on croyait presque perdus.

Récupérer les sols dégradés plutôt que défricher plus loin

Il explique que les sols dégradés sont souvent des sols que l’on abandonne parce qu’on ne sait plus les gérer, ou parce qu’on ne dispose pas encore des techniques adaptées pour les remettre en état. Trop souvent, dit-il, on choisit alors de défricher plus loin, ce qui conduit notamment à la destruction de forêts, en Amazonie par exemple.

Il dénonce l’absurdité de certains systèmes extensifs, notamment de pâturage, où des surfaces immenses sont mobilisées pour une production très faible. Il prend l’exemple de pâturages brésiliens avec une tête de bétail tous les dix ou quinze hectares, sur des terres pourtant dotées de pluie et de chaleur, donc d’un fort potentiel biologique.

À ses yeux, on immobilise ainsi des potentiels productifs gigantesques alors qu’il serait possible de régénérer ces terres et de les remettre au service de l’homme.

Le potentiel des terres dégradées en zone tropicale

Lucien Séguy cite le sud du bassin amazonien, où il estime qu’il existe des millions d’hectares de terres dégradées pouvant être récupérées. Il insiste sur le fait que, dans ces milieux, deux éléments fondamentaux sont déjà réunis :

  • l’eau ;
  • la chaleur.

À partir de là, dit-il, le reste relève essentiellement de la technique. C’est ici qu’intervient ce qu’il appelle le « génie végétal ».

Le génie végétal

Le « génie végétal » est un concept central de son propos. Lucien Séguy dit avoir beaucoup écrit sur les fonctions des couverts végétaux et sur leur capacité à jouer plusieurs rôles simultanément.

Selon lui, le génie végétal remplit notamment des fonctions :

  • de protection des sols contre l’érosion ;
  • de contrôle des adventices, jusqu’à parfois remplacer les herbicides ;
  • de restauration de la fertilité ;
  • de soutien à l’activité biologique des sols ;
  • de remise en production de terres dégradées.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une seule technique, mais d’un ensemble de combinaisons végétales capables de produire des synergies puissantes.

Il va jusqu’à affirmer qu’on peut, dans certains cas, se passer complètement d’herbicides. Pour lui, ce n’est pas un objectif théorique : « on sait déjà faire ».

Une vision de la reconquête des terres dégradées

Lucien Séguy élargit ensuite la réflexion à l’échelle mondiale. Selon lui, il ne faut pas seulement raisonner sur les terres encore intactes, mais recenser toutes les terres dégradées que l’on pourrait remettre dans le circuit productif.

Cela soulève aussi, dit-il, une question sociale et politique : comment remettre ces terres en route ? Plusieurs voies sont possibles :

  • de grands groupes ;
  • de petits agriculteurs ;
  • une combinaison des deux.

Il évoque notamment les « jardins tropicaux », où l’on pourrait associer :

Selon lui, ce type d’organisation permettrait de produire tout en améliorant la résilience écologique.

Le rôle possible des politiques publiques

Lucien Séguy estime que les gouvernements devraient encourager la récupération des sols dégradés. Il compare cela aux incitations ou subventions existant pour d’autres modèles de production.

À ses yeux, il faudrait des politiques publiques favorisant explicitement la remise en état des terres dégradées, que ce soit via de petits systèmes agricoles ou de grands ensembles productifs.

Il souligne aussi que, dans certaines régions du Brésil, les petits producteurs se développent mieux lorsqu’ils bénéficient de l’environnement technique et commercial créé par les plus grands :

  • présence de circuits de commercialisation ;
  • accès aux machines ;
  • diffusion de savoir-faire ;
  • adaptation d’équipements à petite échelle, y compris en traction animale.

Refuser le catastrophisme

Lucien Séguy reconnaît la gravité du changement climatique et de la désertification, et admet que l’humanité aggrave souvent les déséquilibres. Mais il refuse les discours purement catastrophistes.

Il dit avoir vu, au cours de sa vie, des situations apparemment condamnées être renversées. Il oppose donc à une vision de fin du monde une vision de reconquête technique et écologique, fondée sur l’observation et l’action.

Exemple au Brésil : remettre en route des sols sableux épuisés

Il raconte avoir été appelé en 2014 par un grand groupe agricole brésilien cultivant environ 180 000 hectares. Le problème concernait des sols sableux où l’on produisait du coton avec des niveaux extrêmement élevés d’intrants :

  • environ 2 500 dollars par hectare d’intrants chimiques ;
  • 26 à 28 traitements chimiques ;
  • interventions contre maladies, insectes et carences ;
  • [[nutrition minérale]] intensive.

Malgré cela, certaines terres ne produisaient plus.

Lorsqu’il a observé les profils de sol, il n’a pas cherché à isoler immédiatement une cause unique. Pour lui, ce type de blocage relève toujours d’un ensemble complexe de facteurs. Il explique que le vrai savoir-faire agronomique consiste à faire un diagnostic systémique, c’est-à-dire à hiérarchiser les entraves qui limitent le fonctionnement du sol et de la culture.

Le diagnostic systémique

Lucien Séguy insiste beaucoup sur la nécessité du diagnostic. Il reproche à une partie de l’agriculture moderne d’avoir perdu cette culture du diagnostic de terrain.

Selon lui, il faut être capable d’identifier, dans un système donné :

  • le facteur le plus limitant ;
  • les interactions entre contraintes ;
  • les leviers prioritaires ;
  • les moyens de suivre l’évolution du système dans le temps.

Cette démarche, dit-il, suppose des diagnostics permanents, rapides et intelligents, permettant de limiter les erreurs au fur et à mesure de l’avancement.

Il rappelle qu’après des décennies passées dans l’agriculture de conservation à travers le monde, il continue lui-même à s’appuyer sur des outils de diagnostic pour éviter les fautes techniques.

Quatre scénarios de remise en route

Dans le cas de ces sols brésiliens, il propose quatre scénarios différents. Son objectif n’est pas de faire un « coup » isolé, mais de montrer plusieurs voies possibles de relance.

Son principe est le suivant :

  • associer un ensemble de plantes de couverture aux fonctions complémentaires ;
  • utiliser du « génie végétal » plutôt qu’une réponse chimique massive ;
  • introduire aussi des produits biologiques capables de nettoyer certains problèmes du sol.

Il cite par exemple :

  • des Trichoderma, champignons utiles capables de dégrader ou de concurrencer certains champignons pathogènes du sol ;
  • des Metarhizium ;
  • des Beauveria, champignons entomopathogènes capables d’agir sur des ravageurs du sol.

Son raisonnement est clair : si le système est complexe et que l’on n’a pas le temps d’attendre dix ans d’analyses fondamentales, il faut agir avec des combinaisons biologiques et végétales dont on connaît déjà les fonctions agronomiques majeures.

Résultat : trois mètres de végétation en 80 jours

Il affirme qu’en 80 jours, la parcelle remise en route présentait environ trois mètres de végétation. Les responsables du groupe ont alors constaté que le système repartait.

Selon lui, cette réussite ne relevait ni de la magie ni d’un facteur unique, mais de la combinaison de plusieurs fonctions :

  • nettoyage partiel du milieu ;
  • réduction de certains nématodes ou pathogènes ;
  • restauration biologique ;
  • réactivation du fonctionnement du sol ;
  • synergies entre espèces végétales.

Après cela, un soja a été replanté, puis le coton a retrouvé un niveau de production élevé.

Lucien Séguy insiste sur le fait que l’enjeu n’était pas de tout expliquer dans le détail moléculaire, mais de remettre rapidement le système en état de produire.

Les sols de France : perte de matière organique et érosion

Revenant à la France, il dit avoir consulté les publications de l’Inra et les cartes sur l’évolution des sols. Il retient une conclusion générale : beaucoup de matière organique a été perdue.

Pour lui, cela est cohérent avec les pratiques de travail intensif du sol, en particulier le labour. Il distingue alors deux formes d’érosion :

  • l’érosion spectaculaire, visible, avec ravines et dégâts évidents ;
  • l’érosion insidieuse, plus discrète, qui se traduit notamment par la baisse de la matière organique et l’affaiblissement progressif de la vie biologique des sols.

Il juge inacceptables certaines situations observées en France, qu’il considère comme des signes d’un retard agronomique.

Le labour comme accident biologique

Lucien Séguy formule une critique très forte du labour. Selon lui, un labour bien réalisé détruit massivement la vie du sol. Il cite notamment les vers de terre, mais précise immédiatement que ceux-ci ne sont qu’une petite partie de l’ensemble de la faune et de la biologie du sol.

Pour lui, le labour est comparable à un accident majeur, presque à un tremblement de terre, pour les organismes du sol :

  • destruction d’habitats ;
  • rupture des équilibres biologiques ;
  • perturbation des circulations d’eau et d’air ;
  • fragilisation globale du fonctionnement du sol.

Lorsque s’ajoutent à cela les pesticides et la répétition des interventions, on aggrave encore les déséquilibres.

Le glyphosate : critique nuancée et refus des simplifications

Lucien Séguy tient sur le glyphosate un discours très nuancé. Il rappelle d’abord qu’il ne supporte ni les simplifications industrielles, ni les radicalismes militants.

Il note que le glyphosate est adsorbé relativement rapidement sur les colloïdes du sol et que sa demi-vie est souvent présentée comme de l’ordre de 30 à 50 jours, selon les conditions. Il mentionne aussi son principal métabolite, l’AMPA, qui peut se déplacer davantage.

Mais son point principal est ailleurs : un produit prévu pour être utilisé à faible dose devient un problème lorsqu’on le multiplie et qu’on en abuse. Il prend l’image du verre de vin : à petite dose, une chose peut sembler acceptable ; à forte dose répétée, elle devient nocive.

Il critique notamment les usages intensifs liés aux systèmes fondés sur les plantes génétiquement modifiées tolérantes au glyphosate, qui ont conduit à :

  • des répétitions d’application ;
  • l’apparition de résistances ;
  • une pollution potentielle accrue ;
  • une dépendance technique.

Ce que le glyphosate a aussi permis

En même temps, Lucien Séguy rappelle que le glyphosate a aussi joué un rôle dans l’expansion du semis direct et dans la réduction de l’érosion. Selon lui, des millions d’hectares ont ainsi évité une forte dégradation des sols.

Il souligne que le non-travail du sol et le semis direct permettent de réduire les processus érosifs de façon massive, parfois de 90 à 95 %. Il considère donc qu’on ne peut pas analyser l’histoire du glyphosate sans tenir compte de cet effet.

Il va jusqu’à dire qu’on pourrait presque « décerner une médaille » pour les millions de tonnes de sol qui n’ont pas été perdues grâce à cette évolution des pratiques.

Captation du carbone et fertilité des sols

Lucien Séguy relie cette question à celle du carbone. Selon lui, dans les systèmes qu’il suit et qu’il considère comme les plus performants, la captation de carbone dans les sols peut atteindre de 1 à 1,5 tonne de carbone par hectare et par an, bien au-delà de certains objectifs internationaux plus modestes.

Pour lui, la question du carbone ne doit pas être séparée de celle de la fertilité et de la biologie des sols. Un sol sain est à la fois :

  • un sol qui stocke du carbone ;
  • un sol qui infiltre l’eau ;
  • un sol biologiquement actif ;
  • un sol productif.

Les résistances des adventices

Il rappelle avoir averti dès les années 1980 que l’usage répété du glyphosate provoquerait des résistances, en particulier dans les climats tropicaux où la diversité et l’agressivité des adventices sont très fortes.

Il observe aujourd’hui que ces résistances existent bien, y compris sur des dicotylédones difficiles à contrôler. Il cite en particulier l’ambroisie, qu’il présente comme un exemple de plante devenue très problématique.

Selon lui, on ne peut pas résoudre ce genre de problème par une simple fuite en avant dans les doses. Cela ne ferait qu’aggraver la pollution des sols.

Le semis direct et l’intensification des systèmes

Au Brésil, explique-t-il, le semis direct a permis de passer de systèmes en difficulté, parfois proches de la rupture économique, à des systèmes beaucoup plus intensifs et diversifiés :

  • deux cultures par an ;
  • parfois une troisième activité avec pâturage ;
  • intégration agriculture-élevage ;
  • puis intégration agriculture-élevage-forêt.

Il décrit ainsi un passage d’exploitations fragiles à des systèmes capables d’exploiter pleinement l’eau, la chaleur et la production de biomasse.

Une double peine en France

En France, il estime qu’on a parfois cumulé les inconvénients :

  • usage du glyphosate ;
  • sans aller assez loin dans la logique agronomique du semis direct et des couverts ;
  • avec apparition de résistances ;
  • et avec maintien d’une dégradation des sols.

Il parle à ce sujet de « double peine » : on prend les risques liés au produit sans obtenir tous les bénéfices systémiques d’une véritable agriculture de conservation.

Produire pour nourrir, sans nier les impacts

Lucien Séguy rappelle finalement qu’il faut partir d’un fait simple : il faut produire pour nourrir l’humanité. Les systèmes agricoles ont permis des hausses très importantes de production, notamment au Brésil, où certaines régions sont passées de quelques centaines de milliers d’hectares cultivés à plusieurs millions.

Il reconnaît que cette dynamique s’est souvent faite sans suffisamment se préoccuper de l’impact sur le milieu. Mais il refuse également les jugements simplistes. Pour lui, si les systèmes avaient été entièrement destructeurs ou intenables, cela se verrait déjà de façon massive.

Son message central est donc le suivant : il est possible de répondre aux besoins alimentaires tout en restaurant les sols, en réduisant les intrants, en s’appuyant sur le génie végétal, sur la couverture permanente des sols, sur le diagnostic agronomique et sur une vision systémique de l’agroécologie.