Partie 1 Introduction
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Présentation de la formation
L’intervenant se présente comme le formateur pour ces deux jours. L’objectif de la formation est de comprendre ce qui s’est passé chez François Mulet dans le dossier du maraîchage sur sol vivant.
Il explique d’emblée que ce travail est une co-construction. C’est même, dit-il, la base de son activité : il travaille avec les paysans et les techniciens pour co-construire des systèmes de production que l’on voudrait durables.
Selon lui, la question de la durabilité a fait émerger beaucoup de notions nouvelles. Cela oblige à remettre en cause un certain nombre d’anciennes références, voire à « mettre les vieilles notions un petit peu à la poubelle ». Il présente cela comme quelque chose de plutôt intéressant, parce que cela ouvre de nouvelles perspectives.
Une question de départ : pourquoi ça pousse tout seul ?
La formation démarre sur une thématique qu’il qualifie de très simple :
« Ça pousse tout seul, pourquoi ? »
Et surtout :
« Pourquoi pas chez moi ? »
Pour lui, c’est là le vrai paradoxe et le vrai sujet de travail. Toute la démarche consiste à comprendre pourquoi, dans certains contextes, les systèmes fonctionnent presque d’eux-mêmes, alors que dans d’autres situations cela ne marche pas.
Parcours de l’intervenant
L’intervenant raconte brièvement son histoire personnelle. Il dit être d’origine allemande, être né en France, et avoir grandi dans le Sud-Ouest, ce qui lui a laissé un « petit accent », comme un bruit de fond qui reste.
Il a ensuite eu une carrière agricole en tant que technicien et agriculteur en Bretagne, dans le modèle agricole breton. Il résume cela en disant que ce modèle « peut à peu près tout dire », surtout quand on voit l’état de crise et de délabrement dans lequel il se trouve aujourd’hui.
Il précise qu’il était éleveur laitier spécialisé, plutôt dans un système basé sur l’herbe.
La confrontation aux contraintes environnementales
Dans sa vie d’éleveur laitier, il a été confronté à plusieurs évolutions majeures :
- la directive nitrates ;
- la thématique environnementale ;
- la pression écologiste, notamment celle de l’association Eau et Rivières de Bretagne.
Il cite cette association comme un acteur qui a milité très durement pour la qualité de l’eau, mais aussi contre l’agriculture industrielle.
Or, explique-t-il, quand on est dans le modèle breton, on est de fait dans une agriculture industrielle. Dans ce cadre, les agriculteurs se retrouvent contraints par des réglementations de plus en plus fortes : directives, règles, directive-cadre sur l’eau, etc.
Selon lui, certains professionnels avaient compris assez tôt que cette logique réglementaire allait finir par tuer l’agriculture. Leur raisonnement était simple : on augmente sans cesse les contraintes imposées aux agriculteurs, mais les prix des produits, eux, n’augmentent pas.
Il prend plusieurs exemples :
- les légumes sont vendus toujours au même prix ;
- le lait n’a pratiquement pas augmenté au cours de toute sa carrière ;
- la viande non plus n’a pas réellement suivi.
Pendant ce temps, les charges augmentent en permanence, notamment à cause des mises aux normes et des exigences structurelles :
- le bâtiment doit être conforme à de nouvelles règles ;
- il faut faire des investissements ;
- les normes changent sans cesse ;
- on « remet toujours une couche en plus ».
À la fin, dit-il, cela étrangle complètement les agriculteurs.
Deux voies possibles
Face à cette situation, il présente deux alternatives.
La première consistait à jouer le jeu de la réglementation. C’est ce qu’a fait, selon lui, la profession agricole en Bretagne, mais aussi plus largement en France. Pour lui, cette voie a conduit à une impasse, et aujourd’hui cette agriculture est en faillite.
La seconde réflexion, portée par certains professionnels, a consisté à se demander :
Existe-t-il des pratiques capables de produire sans polluer ?
Et en même temps, ces pratiques peuvent-elles répondre à ce que demande le consommateur : de la qualité, ou d’autres attentes nouvelles ?
C’est dans cette recherche qu’un ensemble de pratiques est apparu. En réalité, précise-t-il, elles existaient déjà. Le travail consiste à recoller les morceaux d’une sorte de puzzle, qui paraît improbable au départ, puis qui fonctionne de mieux en mieux quand on comprend comment cela marche.
Réorganiser l’acte de production agricole
L’intervenant explique que son travail, en tant que professionnel et responsable — notamment responsable des Cuma dans son département, à l’échelle cantonale — l’a amené à être constamment confronté à ces débats :
- faut-il changer les pratiques pour avancer ?
- ou faut-il surtout respecter la réglementation pour s’en sortir ?
Aujourd’hui, selon lui, c’est clairement la pratique agronomique qui va gagner la bataille.
Il résume alors la réorganisation de l’acte de production agricole dans un schéma très simple :
Le sol et la plante sont les deux seuls outils de production.
Il ajoute que, de plus :
- ça pousse tout seul ;
- et c’est rentable.
Des résultats dans plusieurs systèmes
L’intervenant donne plusieurs exemples de résultats obtenus.
En élevage
Il explique que les éleveurs peuvent devenir autonomes en protéines. Il évoque des performances allant de quelques milliers de litres jusqu’à 10 000 litres, selon les objectifs choisis. L’idée est qu’il existe toute une gamme d’adaptations possibles selon les situations.
En maraîchage
Dans les jardins et les systèmes maraîchers, cela a donné naissance au projet de maraîchage sur sol vivant. Là encore, il revient à l’idée directrice :
Ça pousse tout seul.
Il résume cela par une formule volontairement provocatrice, mais centrale dans sa démonstration :
Le sol mange du carbone et il chie de l’azote.
Il insiste sur le fait qu’il faut prendre cette idée au sérieux, littéralement, parce qu’elle permet de sortir d’un certain nombre de débats et qu’elle « va vous sauver la vie ».
En grandes cultures
Pour les céréaliers, il explique qu’on construit actuellement des systèmes de très haut niveau de production. Il cite notamment :
- des maïs à 200 quintaux obtenus l’année précédente, ce qu’il présente comme du jamais vu en France ;
- des blés qui pourraient tourner régulièrement à 150 quintaux ;
- des rendements déjà observés à 120-130.
L’objectif n’est pas de charger massivement en intrants, mais de comprendre comment, par la maîtrise du couple sol-plante et par une réorganisation des intrants, on peut atteindre ces niveaux de production.
Des sujets à la frontière de la science
Cette approche ouvre, selon lui, tout un ensemble de nouveaux dossiers qui paraissent parfois improbables à la recherche scientifique.
Il annonce que la formation abordera notamment :
- la biodynamie ;
- le rôle des bactéries ;
- les formes de l’azote.
Il précise que ce sont des sujets qui ne sont pas toujours réellement pensés ou travaillés dans le développement agricole classique.
Lorsqu’on entre dans ces dossiers, on arrive, selon lui, à la limite de ce que la science comprend actuellement. Cela pose un vrai problème, parce que les innovations de terrain avancent plus vite que les repères scientifiques disponibles.
En conséquence :
- il y a peu de points de repère pour se recaler ;
- il n’y en a surtout pas dans le monde conventionnel de la production ;
- les références habituelles ne sont plus opérantes.
Construire des réseaux pour avancer
Dans ce contexte, l’idée est de construire des réseaux spécialisés, de mettre les personnes en lien, d’échanger les adresses et de travailler avec celles avec qui l’on a des affinités.
L’intervenant insiste sur un point : quand on est plusieurs, on va beaucoup plus vite que lorsqu’on est seul.
La formation s’inscrit donc dans cette logique de mise en réseau et de construction collective.
L’agronomie comme art d’assembler les pièces
Le travail proposé est une construction fondée sur l’agronomie. L’intervenant définit l’agronomie comme un métier un peu bizarre.
Selon lui, c’est un métier qui permet de coller les éléments du puzzle sans jamais tout comprendre complètement. L’agronome est un généraliste, surtout pas un spécialiste enfermé dans une seule discipline.
Ensuite, au fur et à mesure, il va chercher des briques plus spécialisées pour les intégrer à cette construction agronomique. Il cite en exemple son travail du moment sur l’azote, qu’il juge très surprenant par ce qu’on y apprend.
Chaque brique spécialisée vient alors se coller à l’ensemble pour mieux faire produire les plantes.
Une méthode fondée sur la co-construction
En conclusion de cette introduction, l’intervenant rappelle que son travail consiste systématiquement à faire de la co-construction de systèmes avec les agriculteurs.
C’est cette méthode, appuyée sur l’observation, l’agronomie, l’échange entre pairs et la remise en cause des cadres anciens, qui servira de base à la suite de la formation.