Passage à l'arbre, aménagements & productions, avec Bruno Sirven

De Triple Performance
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Dans ce troisième volet consacré au « passage à l’arbre », Bruno Sirven propose une lecture globale de l’agroforesterie à l’échelle du paysage. Il montre que l’arbre ne se réduit pas à une plantation : c’est un outil d’aménagement, de production et de fertilité, à penser dans le temps long. L’intervention explore les multiples formes possibles de présence de l’arbre — en bordure, dans la parcelle, en bosquets, en alignements ou en régénération spontanée — ainsi que leurs effets sur le sol, l’eau, le climat, la biodiversité et le confort des cultures comme des animaux. Bruno Sirven insiste sur la diversité des espèces, des usages et des modes de gestion, en rappelant qu’il n’existe pas de modèle unique mais un large champ de combinaisons. L’épisode aborde enfin les applications concrètes en élevage, grandes cultures, viticulture et maraîchage, avec une idée centrale : produire durablement en s’appuyant davantage sur le vivant.

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Résumé
Dans ce troisième volet consacré au « passage à l’arbre », Bruno Sirven propose une lecture globale de l’agroforesterie à l’échelle du paysage. Il montre que l’arbre ne se réduit pas à une plantation : c’est un outil d’aménagement, de production et de fertilité, à penser dans le temps long. L’intervention explore les multiples formes possibles de présence de l’arbre — en bordure, dans la parcelle, en bosquets, en alignements ou en régénération spontanée — ainsi que leurs effets sur le sol, l’eau, le climat, la biodiversité et le confort des cultures comme des animaux. Bruno Sirven insiste sur la diversité des espèces, des usages et des modes de gestion, en rappelant qu’il n’existe pas de modèle unique mais un large champ de combinaisons. L’épisode aborde enfin les applications concrètes en élevage, grandes cultures, viticulture et maraîchage, avec une idée centrale : produire durablement en s’appuyant davantage sur le vivant.

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Aujourd'hui, on continue le cycle avec Bruno Sirven sur l'agroforesterie, l’arbre et la manière épisode 3 : Passage à l'arbre, aménagements & productions.


Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.


Introduction

Bienvenue sur la chaîne pour ce troisième volet du premier triptyque consacré au « passage à l’arbre » en , avec Bruno Sirven.

Après avoir abordé les grandes caractéristiques de l’arbre dans la nature et dans le paysage, cette intervention s’intéresse surtout à une question pratique : comment agir ? Comment réfléchir l’installation de l’arbre dans les paysages agricoles, comment l’aménager, et comment s’en servir comme outil de production, de protection et de fertilité.

L’idée générale de cet échange est qu’aujourd’hui, on dispose déjà d’un grand nombre d’éléments pour passer à l’action. Il ne s’agit plus seulement de savoir pourquoi l’arbre est utile, mais bien de s’interroger sur le comment.

Une approche du paysage en trois dimensions

Bruno Sirven propose de réfléchir à l’agroforesterie à travers une approche globale du paysage.

Pour lui, le paysage n’est pas seulement une réalité physique visible. Il faut le comprendre comme un ensemble à trois dimensions :

  • une réalité objective, concrète et physique ;
  • le regard porté sur cette réalité ;
  • le reflet de la relation entre les humains et cet espace.

Autrement dit, un paysage est à la fois :

  • un milieu matériel ;
  • une perception ;
  • le résultat d’interactions entre des humains et leur territoire.

Dans cette perspective, penser l’agroforesterie, c’est réfléchir à la manière dont on enrichit et développe le paysage :

  • comme outil de production ;
  • comme capital agronomique ;
  • comme héritage reçu d’une histoire longue.

L’exploitation, la parcelle, le terroir sont toujours le produit d’une épaisseur historique. On hérite d’un paysage, et la question devient : que faire de cet héritage, et vers quoi veut-on aller ?

Le bon sens paysan et la logique du vivant

Bruno Sirven rappelle plusieurs idées centrales qui relèvent de ce qu’il appelle, avec prudence, le « bon sens paysan ».

Ce bon sens consiste notamment à :

  • coller au plus près des cycles du vivant ;
  • recycler et boucler les cycles ;
  • optimiser les moyens du bord ;
  • valoriser au mieux ce qui existe sur place.

Cela renvoie à la logique du terroir : faire le plus possible avec ce dont on dispose localement, et l’utiliser intelligemment.

Dans cette vision, l’agroforesterie n’est pas un ajout artificiel ou décoratif : elle s’inscrit dans une logique ancienne de production plus durable, plus cohérente avec les dynamiques naturelles, et potentiellement plus efficace agronomiquement.

L’arbre, même absent, reste présent

Une idée importante développée dans l’intervention est que, même lorsque les arbres ont disparu d’un paysage, leur empreinte reste présente.

Bruno Sirven évoque les « fantômes de l’arbre » encore présents dans beaucoup de sols et de terroirs. Cela signifie que les paysages agricoles actuels portent encore la trace de structures arborées anciennes, et que cette mémoire influence souvent la fertilité et l’inertie des milieux.

Cette idée invite à considérer l’arbre non comme un élément extérieur à réintroduire, mais souvent comme une composante historique du paysage agricole qu’il s’agit de retrouver ou de réactiver.

Une lecture ancienne des espaces : ager, silva, saltus, hortus

Pour nourrir cette réflexion, Bruno Sirven rappelle une lecture ancienne, d’inspiration latine et médiévale, des espaces agricoles et paysagers :

  • ager : l’espace cultivé, le champ ;
  • silva : l’espace boisé, plus sauvage, plus éloigné ;
  • saltus : les espaces intermédiaires, landes, parcours, pâtures ;
  • hortus : le jardin proche, nourricier, très domestiqué.

Cette grille est intéressante parce qu’elle permet de penser la différenciation des espaces sans tomber dans une opposition binaire.

L’enjeu n’est pas de choisir entre champ ou forêt, culture ou sauvage, mais de comprendre qu’il existe un gradient de situations, et donc un très large champ de possibles pour l’aménagement. Cette idée de gradient revient tout au long de l’exposé.

Pourquoi faire de l’agroforesterie ?

Avant de parler technique, Bruno Sirven insiste sur la nécessité de se demander : pourquoi introduire de l’arbre dans l’espace agricole ?

Les motivations peuvent être diverses :

  • une envie ;
  • un besoin ;
  • une nécessité.

Il rappelle aussi que l’agroforesterie dépasse la seule image d’un arbre isolé dans une parcelle. Elle renvoie plus largement à l’idée d’inviter et de gérer des plantes pérennes ligneuses dans un espace agricole, au sein ou en bordure de cet espace.

Ne pas avoir peur de l’arbre

Bruno Sirven souligne qu’on a souvent peur de l’arbre, notamment en agriculture. L’arbre est parfois vu comme un élément qui gêne, prend de la place, ou annonce le retour du sauvage.

Pourtant, il rappelle un point simple : si un arbre planté depuis quelques années devient réellement gênant, il est toujours possible de l’enlever. Il ne faut donc pas être paralysé par cette peur.

Mais rester prudent

À l’inverse, il ne s’agit pas non plus de planter partout sans réfléchir. La question est toujours :

  • comment ?
  • combien ?
  • avec quelles essences ?
  • avec quel suivi ?

L’agroforesterie est un engagement dans le temps long. Elle demande de penser :

  • l’association avec les productions ;
  • la capacité de gestion ;
  • la cohérence avec le lieu.

L’arbre comme collaboration avec le vivant

Introduire l’arbre, c’est engager une forme de co-construction avec le vivant.

Bruno Sirven insiste sur l’idée de :

  • collaborer ;
  • coopérer ;
  • tirer parti des savoir-faire de l’arbre.

L’arbre sait déjà faire beaucoup de choses :

  • fertiliser ;
  • structurer le sol ;
  • réguler le microclimat ;
  • accueillir de la biodiversité ;
  • produire de la biomasse.

L’agroforesterie consiste donc à remettre cette pompe de fertilité au travail dans les paysages agricoles.

Une vision large de l’agroforesterie

Dans cette intervention, l’agroforesterie est définie très largement comme la présence de végétaux ligneux pérennes en interaction avec un agrosystème.

Cela comprend :

  • les arbres à l’intérieur des parcelles ;
  • les arbres en bordure ;
  • les haies ;
  • les bosquets ;
  • les bandes boisées ;
  • tous les ligneux qui interagissent de près ou de loin avec l’espace agricole.

Cette vision rappelle que l’agriculteur ne travaille pas seulement dans sa parcelle stricte, mais dans un paysage plus large dont les structures végétales influencent fortement la fertilité, les auxiliaires, le climat local et les flux biologiques.

Les « trois B » : paysage, biomasse, biodiversité

Bruno Sirven propose une manière simple de résumer les fonctions de l’arbre hors forêt à travers trois grands registres :

  • le paysage ;
  • la biomasse ;
  • la biodiversité.

Ces arbres sont souvent considérés comme improductifs, alors qu’ils le sont en réalité fortement.

Historiquement, les paysans leur demandaient surtout de produire :

  • du bois ;
  • du fourrage ;
  • du fruit ;
  • de l’ombre ;
  • des services de protection.

L’arbre est aussi un grand producteur de biodiversité, ce qui a des conséquences directes sur le fonctionnement des systèmes agricoles.

L’arbre est un être vivant qui interagit

Un passage important de l’intervention insiste sur le fait que l’arbre est un être vivant, donc un être qui interagit en permanence avec son environnement.

Cette interaction est double :

  • l’arbre est déterminé par ce qui l’entoure ;
  • mais il agit aussi sur ce qui l’entoure.

L’exemple pris est celui du climat :

  • l’arbre dépend d’un climat ;
  • mais lorsqu’il se développe, il modifie lui-même son microclimat.

C’est pourquoi l’arbre est présenté comme un outil de changement et d’amélioration des milieux.

L’arbre crée des réseaux et des interconnexions

L’installation d’arbres dans les paysages agricoles permet de recréer des réseaux.

Ces interconnexions peuvent être :

  • souterraines, par les racines et les champignons ;
  • aériennes, par les flux d’insectes, d’oiseaux, de graines, d’air et d’humidité.

L’arbre devient alors un élément de circulation du vivant, un support d’échanges biologiques à plusieurs niveaux.

Dans cette logique, inviter de l’arbre dans le paysage, c’est le rendre :

  • plus vivant ;
  • plus aimable ;
  • plus productif.

Produire plus de vivant pour produire mieux

Pour Bruno Sirven, améliorer la fertilité d’un paysage suppose de cultiver davantage de vivant.

Cela signifie :

  • accueillir plus d’organismes ;
  • favoriser les interactions ;
  • développer des structures pérennes.

Cette logique vaut à la fois pour :

Les fonctions de protection de l’arbre

L’un des rôles les plus concrets de l’arbre dans les exploitations agricoles est sa fonction de protection.

Bruno Sirven distingue notamment :

La protection climatique

L’arbre protège :

  • du vent ;
  • de l’insolation excessive ;
  • de certains excès thermiques.

La protection mécanique

Il peut limiter :

  • l’érosion ;
  • la verse des céréales ;
  • la chute des fruits ;
  • certains dégâts liés aux intempéries.

La protection biologique

L’arbre contribue à réguler les flux biologiques dans des espaces cultivés massifs, où ravageurs et auxiliaires doivent retrouver des équilibres.

Il faut pour cela des éléments fixes capables d’héberger durablement ces organismes.

Les effets non intentionnels et la non-intervention

Bruno Sirven rappelle que, lorsqu’on introduit de l’arbre, il se produit toujours des effets non prévus.

Ces effets peuvent parfois être négatifs, mais ils sont souvent positifs. C’est une caractéristique forte du travail avec le vivant : tout n’est pas entièrement programmable.

Il insiste aussi sur un autre point important : dans un projet agroforestier, le choix peut aussi être de ne pas intervenir à certains endroits.

La non-intervention peut être une pratique agronomique pertinente :

  • laisser des espaces de liberté ;
  • laisser la végétation se développer ;
  • ne pas tout régenter.

Une méthode de réflexion pour aménager

Bruno Sirven présente ensuite une démarche générale applicable aux projets d’aménagement agroforestier.

Elle comprend plusieurs étapes :

  • observer ;
  • mener une sorte d’étude d’opportunité ;
  • vérifier la faisabilité ;
  • fixer des objectifs ;
  • réfléchir à la conception ;
  • planifier ;
  • phaser les interventions ;
  • réaliser ;
  • évaluer.

Le phasage est particulièrement important. Comme l’arbre s’inscrit dans le temps long, il faut penser les actions de manière progressive et évolutive.

Il insiste aussi sur l’intérêt du conseil extérieur : lorsqu’on vit en permanence dans son paysage, on peut manquer de recul. Le regard d’un conseiller ou d’un collègue peut aider à mieux lire le terrain.

Le changement climatique et la diversité

Une question posée pendant la séance porte sur la manière de choisir les arbres à planter face aux perturbations climatiques.

Bruno Sirven répond en distinguant plusieurs choses.

La migration assistée

Il existe l’idée de faire remonter vers le nord des espèces du sud pour anticiper l’évolution climatique. Cela peut se concevoir.

Mais la diversité reste essentielle

Pour lui, la clé est surtout de maintenir de la diversité :

  • diversité des espèces ;
  • diversité génétique au sein des espèces ;
  • diversité des situations dans le paysage.

Cette diversité permet de laisser jouer les mécanismes d’adaptation :

  • certaines espèces reculent ;
  • d’autres prennent le relais ;
  • certains individus résistent mieux que d’autres.

La meilleure stratégie consiste donc souvent à laisser assez de diversité pour que les régulations et adaptations puissent se faire.

Les grandes possibilités d’aménagement dans l’espace

Bruno Sirven entre ensuite dans un tour d’horizon des formes possibles d’agroforesterie.

L’idée centrale est qu’il existe un très large champ de liberté.

En bordure ou à l’intérieur des parcelles

On peut intervenir :

  • en bordure de parcelle ;
  • à l’intérieur de la parcelle ;
  • ou en combinant les deux.

Les bordures peuvent concerner :

  • les cours d’eau ;
  • les voiries ;
  • les limites de propriété ;
  • les reliefs.

L’intérieur de la parcelle peut être structuré selon des objectifs plus fonctionnels :

  • érosion ;
  • climatisation ;
  • biodiversité ;
  • fertilité.

Les formes géométriques possibles

Bruno Sirven rappelle les grandes formes classiques :

  • des points : arbres isolés, bouquets ;
  • des lignes : haies, alignements, doubles lignes ;
  • des surfaces : bosquets, bandes boisées, petits boisements.

Ces formes peuvent être :

  • régulières ou irrégulières ;
  • continues ou discontinues ;
  • pleines ou mixtes.

Une parcelle entourée d’arbres, même sans arbres en son centre, relève aussi de cette logique agroforestière.

Combiner dans le temps

L’association arbre-agriculture ne se pense pas seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps.

Bruno Sirven distingue plusieurs cas :

  • des arbres associés de manière permanente aux cultures ou à l’élevage ;
  • des arbres présents de manière temporaire ;
  • des usages cycliques ou séquentiels.

Il évoque ainsi :

  • des systèmes où l’on laisse pousser puis où l’on coupe ;
  • des systèmes de pâturage tournant avec arbres ;
  • des formes itinérantes ou de rotation d’usage.

Là encore, il insiste : il n’y a pas un modèle unique.

La richesse des espèces disponibles

Même si la palette des espèces champêtres n’est pas infinie, elle est déjà large et suffisante pour créer des systèmes riches.

Il rappelle qu’en Europe, on dispose d’un ensemble important d’espèces ligneuses agricoles et champêtres, auxquelles s’ajoutent les arbustes.

Cette biodiversité « ordinaire » ne doit pas être sous-estimée : elle porte une grande richesse de fonctions et de services.

Pourquoi la diversité est si importante

Bruno Sirven insiste longuement sur l’importance de la diversité.

Diversité d’espèces

Chaque espèce porte :

  • son cortège de faune et de flore ;
  • ses rythmes biologiques ;
  • sa manière d’interagir avec le sol, l’air, la lumière.

Diversifier les espèces permet donc :

  • d’enrichir l’espace ;
  • d’étaler dans le temps floraisons, feuillaisons et autres cycles ;
  • d’augmenter les habitats disponibles.

Diversité pour accélérer les successions écologiques

L’homme peut aussi utiliser la diversité pour accélérer des processus naturels. En introduisant plusieurs espèces, il est possible de gagner du temps dans la construction d’un milieu plus complexe.

Diversité pour faire face aux aléas

Face au climat ou aux problèmes sanitaires, la diversité joue comme une assurance. Si une espèce ou un génotype échoue, d’autres peuvent prendre le relais.

Diversité des strates et des formes

Au-delà des espèces, Bruno Sirven insiste sur la diversité des formes de végétation.

Il évoque plusieurs strates :

  • la strate la plus basse, proche du sol ;
  • les arbustes et buissons ;
  • une strate intermédiaire ;
  • la strate arborée plus haute.

Il rappelle aussi que les formes vivantes ne se résument pas à l’arbre dressé : il faut compter avec les lianes, les mousses, les lichens, toutes les formes qui participent à l’épaisseur du vivant.

Diversité des âges

Un paysage agroforestier ne doit pas seulement comporter plusieurs espèces, mais aussi plusieurs classes d’âge :

  • du jeune ;
  • du moyen ;
  • du vieux ;
  • du mort.

Cette diversité d’âges est essentielle pour assurer :

  • la continuité dans le temps ;
  • le renouvellement ;
  • l’expression maximale des fonctions écologiques.

Les différents types de conduite des arbres

Dans une même parcelle ou un même paysage, tous les arbres n’ont pas à être conduits de la même manière.

On peut trouver :

  • des arbres très cultivés, de type fruitier ;
  • des arbres conduits pour le bois d’œuvre ;
  • des arbres laissés plus libres ;
  • des arbres taillés ou recépés.

Il ne faut donc pas systématiser.

Les produits tirés de l’arbre

Bruno Sirven rappelle que l’arbre peut fournir bien plus que du bois ou du fruit.

Produits directs

L’arbre peut donner :

  • du bois ;
  • des fruits ;
  • des feuilles ;
  • des bourgeons ;
  • des rameaux ;
  • des racines ;
  • des écorces.

Dans d’autres régions du monde, ces parties sont couramment valorisées pour l’alimentation ou la médecine.

Produits indirects

L’arbre produit aussi :

  • de la fertilité ;
  • de l’oxygène ;
  • de l’eau mieux régulée ;
  • des habitats ;
  • des ressources pour les champignons ;
  • du gibier associé.

Arbres « multifins »

Certains arbres peuvent produire à la fois :

  • du fruit ;
  • du bois ;
  • d’autres services.

Bruno Sirven cite notamment :

Gérer le vivant : du vieux, du jeune et du mort

En termes de gestion, il insiste sur plusieurs points :

  • garder de vieux arbres ;
  • assurer le renouvellement ;
  • laisser aussi du bois mort.

Le bois mort debout ou couché fait partie du cycle du vivant. Il soutient tout un ensemble d’organismes.

Il rappelle ici une idée forte : la continuité écologique n’est pas seulement spatiale, elle est aussi temporelle.

Le rôle des espèces pionnières et spontanées

Bruno Sirven défend aussi la place des végétaux spontanés souvent mal considérés, comme certains prunelliers ou autres espèces pionnières.

Ces plantes :

  • ouvrent le terrain ;
  • accueillent d’autres espèces ;
  • produisent rapidement de l’ombre, de la fleur, de la matière ;
  • participent à la dynamique écologique du lieu.

Elles ne doivent pas être vues seulement comme des « saloperies », mais comme des composantes utiles du système.

Entre naturel et cultivé : trouver le bon dosage

L’un des fils rouges de l’intervention est la question du dosage.

Dans une exploitation, il faut réfléchir à :

  • ce qu’on laisse plus libre ;
  • ce qu’on cultive fortement ;
  • ce qu’on entretient modérément.

Ce dosage vaut aussi dans le temps : certains espaces doivent pouvoir faire leurs cycles sans être constamment fauchés ou perturbés.

Installer de l’arbre : spontané ou planté

Pour installer de l’arbre dans un paysage, Bruno Sirven distingue deux grands leviers :

  • la végétation spontanée ;
  • la plantation.

Il ajoute que l’on peut aussi mixer les deux.

La régénération naturelle

L’arbre peut venir tout seul si on lui en laisse la possibilité. Il peut s’agir :

  • d’un terrain nu colonisé progressivement ;
  • d’une végétation déjà présente mais jusque-là contenue par des interventions répétées.

La plantation

Quand la régénération naturelle ne suffit pas, la plantation peut être utilisée pour :

  • accélérer ;
  • enrichir ;
  • orienter ;
  • diversifier.

Les combinaisons

On peut très bien :

  • planter quelques arbres et laisser le reste se régénérer ;
  • ou au contraire partir d’une dynamique spontanée et l’enrichir ensuite.

Avant de créer, s’occuper de l’existant

Bruno Sirven résume l’installation de l’arbre dans un paysage par plusieurs actions possibles :

  • prendre soin de l’existant ;
  • améliorer un linéaire ou un peuplement déjà présent ;
  • restaurer ce qui est dégradé ;
  • valoriser une végétation spontanée ;
  • créer là où il n’y a rien.

Le passage à l’arbre ne signifie donc pas forcément planter partout. Il commence souvent par mieux considérer et accompagner ce qui est déjà là.

La question de l’origine des végétaux

L’intervention aborde aussi la question de l’origine des arbres utilisés.

Bruno Sirven distingue :

  • les arbres issus d’une génétique locale, adaptée de longue date ;
  • les végétaux sélectionnés par l’homme, par exemple certaines variétés fruitières ;
  • les essences exotiques ou acclimatées.

Il rappelle que l’on peut mobiliser les trois, avec prudence et avec cohérence. Les essences exotiques ne sont pas à exclure systématiquement, mais elles doivent être choisies avec discernement et ne pas poser de problème invasif.

L’arbre dans les systèmes d’élevage

Bruno Sirven commence son tour des productions par l’élevage, au sens large du sylvopastoralisme.

Les effets recherchés

Associer arbres et animaux permet notamment :

  • de diversifier le paysage ;
  • de fournir de l’ombre et de l’abri ;
  • d’offrir des ressources alimentaires variées ;
  • de réduire le stress climatique ;
  • de favoriser certains comportements naturels ;
  • de permettre une forme d’automédication par l’accès à diverses substances végétales.

Il souligne aussi que l’arbre peut améliorer la portance des sols et fournir de la litière.

Recyclage des effluents

Dans les systèmes concentrés, l’arbre joue aussi un rôle dans le recyclage des flux de nutriments et des effluents.

Attention à la pression animale

L’association n’est pas sans contraintes :

  • les animaux peuvent tasser autour des arbres ;
  • ils peuvent les frotter ;
  • ils peuvent les brouter.

Il faut donc piloter la pression animale et penser la protection des jeunes arbres.

Les petits élevages et l’aviforesterie

L’intervention évoque aussi les petits élevages, notamment la volaille.

Pour ces systèmes, l’arbre apporte :

  • du couvert ;
  • de la sécurité ;
  • une amélioration du confort ;
  • une meilleure gestion des effluents ;
  • un milieu plus favorable biologiquement.

Bruno Sirven mentionne des observations où l’association volaille-arbres améliore à la fois :

  • la croissance des arbres ;
  • et la productivité du système.

L’arbre dans les grandes cultures

Dans les grandes cultures, les motivations du passage à l’arbre sont souvent très concrètes.

Conserver le sol

Beaucoup d’agriculteurs s’engagent pour limiter l’érosion et garder leur terre en place.

Climatiser la parcelle

L’arbre permet de :

  • réduire certains excès de vent ;
  • atténuer l’exposition ;
  • rendre le microclimat plus favorable.

Réintroduire la biodiversité

Il sert aussi à recréer des relais pour les auxiliaires au cœur même de la parcelle.

Les craintes

Les principales craintes portent sur :

  • la concurrence avec la culture ;
  • la gêne au travail mécanisé ;
  • la surexposition des jeunes arbres dans de grandes parcelles ouvertes.

Bruno Sirven rappelle que ces systèmes doivent être très précisément conçus, mais qu’ils restent tout à fait compatibles avec des logiques de mécanisation.

L’arbre dans la vigne

La constitue un cas particulier.

Les objectifs recherchés

Les viticulteurs cherchent notamment à :

  • fixer des auxiliaires ;
  • réduire les traitements phytosanitaires ;
  • se protéger du vent ;
  • gérer l’ensoleillement ;
  • apporter de l’ombre dans un contexte climatique plus chaud ;
  • conserver les sols.

L’ombre devient un sujet important, car une insolation excessive peut accélérer la maturation et dégrader certains équilibres du raisin.

Les contraintes

Les craintes ou difficultés concernent :

  • la concurrence ;
  • la perte de pieds de vigne si l’on implante des arbres ;
  • les règles d’appellation ;
  • la charge de travail supplémentaire ;
  • certaines préoccupations sanitaires.

Bruno Sirven estime toutefois qu’il faut éviter d’exagérer ces risques et raisonner au cas par cas.

L’arbre dans le maraîchage, l’arboriculture et les jardins-vergers

Dans le maraîchage et les systèmes horticoles, l’arbre est souvent associé à une logique de coproduction.

L’objectif peut être :

  • de produire à la fois légumes et fruits ;
  • de créer de la protection ;
  • de fixer des auxiliaires ;
  • d’épurer certains excédents.

Bruno Sirven préfère parler ici de jardins-vergers plutôt que de « jardins-forêts » dans les régions tempérées, car la référence forestière tropicale lui semble parfois inadaptée à nos contextes.

Dans ces systèmes, il rappelle aussi l’importance des grands arbres protecteurs pour les fruitiers eux-mêmes.

Réduire les traitements en verger

Dans les vergers, l’un des enjeux majeurs est de réduire la dépendance aux traitements phytosanitaires.

L’arbre et les structures ligneuses voisines peuvent aider à :

  • héberger les auxiliaires ;
  • améliorer la régulation ;
  • protéger du vent ;
  • modérer certains effets climatiques.

Mais cela demande un pilotage précis, notamment pour articuler :

  • les traitements éventuels ;
  • les récoltes ;
  • les interactions entre espèces.

Conclusion

La conclusion de Bruno Sirven est claire : le passage à l’arbre n’impose pas un modèle unique.

Au contraire, il ouvre un immense champ de liberté.

On peut jouer sur :

  • les formes ;
  • les espèces ;
  • les densités ;
  • les âges ;
  • les usages ;
  • les conduites ;
  • les combinaisons dans l’espace ;
  • les combinaisons dans le temps.

L’essentiel est de ne pas raisonner de manière binaire. Il ne s’agit pas de choisir entre agriculture et arbre, entre production et vivant, entre ordre et sauvage. Il s’agit de composer.

L’arbre redevient alors :

  • un équipement du paysage ;
  • une ressource ;
  • une pompe de fertilité ;
  • un outil de protection ;
  • un capital agronomique ;
  • une manière de remettre du vivant dans les systèmes de production.

Ressources évoquées

Bruno Sirven indique qu’il est possible de le retrouver notamment via la structure Arbre et paysage 32.

Il mentionne également son ouvrage consacré à l’arbre, présenté comme un travail de synthèse nourri à la fois par :

  • des connaissances scientifiques ;
  • des expériences de terrain ;
  • des échanges avec des agriculteurs et des passionnés de l’arbre.

Voir aussi