Regénération naturelle en forêt Landaise

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Dans cette vidéo, Jacques Hazera, expert forestier, vice-président de Pro Silva France et propriétaire sylviculteur dans le massif landais, présente sa démarche de régénération naturelle en forêt landaise. Après avoir géré sa propriété de façon conventionnelle, il a progressivement adopté une sylviculture plus proche du fonctionnement naturel des écosystèmes. Son objectif : limiter les coupes rases, réduire fortement les interventions mécanisées comme le rouleau landais, préserver les sols, la flore et les semis naturels de pin maritime. Il explique que des éclaircies régulières, appuyées sur une sélection fine des arbres d’avenir, permettent de produire du bois de qualité tout en maintenant une forêt continue, plus résiliente face aux parasites et aux aléas climatiques. Jacques Hazera insiste aussi sur l’intérêt du mélange entre pins et feuillus, favorable à la fertilité des sols, à la biodiversité et à la stabilité sanitaire. Une vision forestière patiente, expérimentale et pragmatique.

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Résumé
Dans cette vidéo, Jacques Hazera, expert forestier, vice-président de Pro Silva France et propriétaire sylviculteur dans le massif landais, présente sa démarche de régénération naturelle en forêt landaise. Après avoir géré sa propriété de façon conventionnelle, il a progressivement adopté une sylviculture plus proche du fonctionnement naturel des écosystèmes. Son objectif : limiter les coupes rases, réduire fortement les interventions mécanisées comme le rouleau landais, préserver les sols, la flore et les semis naturels de pin maritime. Il explique que des éclaircies régulières, appuyées sur une sélection fine des arbres d’avenir, permettent de produire du bois de qualité tout en maintenant une forêt continue, plus résiliente face aux parasites et aux aléas climatiques. Jacques Hazera insiste aussi sur l’intérêt du mélange entre pins et feuillus, favorable à la fertilité des sols, à la biodiversité et à la stabilité sanitaire. Une vision forestière patiente, expérimentale et pragmatique.

Sylviculteur et expert forestier dans les Landes, Jacques Hazera nous expose ici les tenants d’une sylviculture durable et productive, qui sait tirer le meilleur parti de l’écologie des lieux en équilibre avec la nature.


La futaie irrégulière ou jardinée, le renouvellement par le semis spontanée ou enfin le martelage seront autant de procédés essentiels décrits par l’un des plus grands amis de la forêt.




Présentation de Jacques Hazera

Jacques Hazera est aujourd’hui expert forestier. Il est également expert de justice depuis peu, vice-président de Pro Silva France, et propriétaire sylviculteur depuis bientôt trente ans. La forêt dans laquelle il s’exprime couvre environ 100 hectares. Il s’agit d’une propriété familiale, transmise par son père puis par son grand-père.

Il explique s’être occupé de cette forêt de manière tout à fait conventionnelle pendant une quinzaine d’années, avant de faire évoluer progressivement ses pratiques à la faveur de rencontres, d’opportunités et de découvertes de nouvelles façons de gérer la forêt. Séduit par ces approches, il les a adoptées et mène depuis une bonne quinzaine d’années, presque vingt ans, des expérimentations dans sa forêt afin d’identifier les adaptations intéressantes, celles qui donnent des résultats positifs, et au contraire celles qui se révèlent néfastes.

Ces essais lui servent ensuite dans son activité professionnelle, pour conseiller ses clients à partir de conclusions tirées à la fois de l’expérience de terrain et de ce qu’il est possible de lire dans les ouvrages et autres sources d’information.

Une gestion inspirée par Pro Silva

Les pratiques évoquées sont principalement inspirées de la mouvance Pro Silva. Pro Silva est présentée comme une association née il y a une trentaine ou une quarantaine d’années, rassemblant des forestiers passionnés : experts, ingénieurs, propriétaires. Leur objectif est de réagir face à des pratiques forestières devenues très intensives, avec beaucoup de travaux, beaucoup d’interventions mécanisées, des coupes très violentes et notamment des coupes rases.

Dans cette approche, il s’agit de rééquilibrer la gestion forestière. L’un des principes majeurs consiste à éviter les coupes rases et à leur préférer des récoltes par éclaircies répétées, continues, réalisées selon un rythme défini : tous les 5 ans, 8 ans, 10 ans, selon les cas.

Un autre point important est d’éviter les apports d’engrais chimiques et de pesticides. L’idée générale est de conserver le milieu forestier dans un état aussi naturel que possible. Cette position repose sur l’hypothèse, de plus en plus confirmée par les études récentes, qu’un écosystème forestier est plus performant lorsqu’il fonctionne dans des conditions proches de son état naturel. Il est alors à la fois plus efficace, mais aussi plus équilibré sur le plan sanitaire, donc plus apte à durer dans le temps et à traverser les décennies et les siècles.

Réduire fortement les interventions mécanisées

Dans le massif landais, cette gestion change très concrètement le métier de gestionnaire forestier. Elle consiste d’abord à réduire drastiquement les interventions mécanisées.

Jacques Hazera souligne qu’ici, l’habitude est de faire beaucoup de travaux forestiers avec des tracteurs de plus en plus lourds, auxquels sont attelés des outils de plus en plus agressifs, en particulier le rouleau landais. Cet outil a selon lui des qualités, mais il est utilisé trop souvent et pour trop de choses. De plus, ces rouleaux, autrefois légers, sont devenus au fil du temps extrêmement lourds : d’environ 700 kg il y a un siècle, ils peuvent aujourd’hui peser 2, 3, 4 ou 5 tonnes, et être attelés par deux, voire trois, derrière un même tracteur.

Pour lui, ces instruments sont très violents pour le sol, pour le milieu forestier, pour la faune et pour la flore. Dans l’approche Pro Silva, on cherche donc à les éviter autant que possible.

Sur la parcelle montrée dans la vidéo, il explique qu’aucun rouleau landais n’est passé depuis une quinzaine d’années. Cela permet aujourd’hui de voir apparaître de jeunes pins issus de semis naturels. Si un rouleau landais était passé, il aurait détruit ces semis, de même que la flore en général : ajoncs, callune, brande. À chaque passage, tout aurait été broyé.

Or cette végétation est jugée extrêmement importante, d’une part pour conserver la fertilité du sol, d’autre part parce qu’elle participe au recyclage continu de cette fertilité. Quant aux jeunes semis de pins, ils représentent l’avenir de la forêt : lorsque les arbres adultes disparaîtront, ce sont eux qui prendront la suite.

Une approche globale du fonctionnement naturel

Au-delà de la seule réduction des travaux mécanisés, Jacques Hazera insiste sur le fait qu’il s’agit d’une approche d’ensemble, plus respectueuse des milieux.

Il cherche à laisser les milieux évoluer de façon spontanée. Si un déséquilibre se présente, par exemple une pullulation de parasites, l’idée est de laisser le milieu se réguler lui-même. Cela peut prendre six mois, un an ou deux ans, mais cette régulation naturelle lui paraît être le meilleur moyen de résoudre ce type de problème.

Il estime que les résultats sont très positifs à long terme. Il cite notamment l’exemple d’une attaque importante de chenilles processionnaires dans le massif landais au cours de l’hiver précédent. Dans sa propre forêt et dans celles de ses clients, les attaques ont été très faibles et très supportables. Pour lui, c’est un exemple du fait qu’à force de moins intervenir et de laisser les milieux se rééquilibrer, le fonctionnement naturel finit par mieux résister.

Exploiter une forêt irrégulière grâce au cloisonnement

Jacques Hazera répond à l’idée selon laquelle une forêt où « il y a de tout partout », que certains qualifient de « sale », serait difficile à exploiter. Selon lui, ce n’est pas le cas.

Le principe d’exploitation repose sur un quadrillage de la forêt par un réseau de cloisonnements, c’est-à-dire un réseau de chemins. Le lieu où il se trouve dans la vidéo est précisément un cloisonnement. Dans cette parcelle, il y en a un tous les vingt mètres environ, même si l’écartement peut varier et que la largeur n’est pas strictement figée.

Grâce à ces cloisonnements, une abatteuse ou un engin de débardage peut entrer, couper le bois, prendre les billons et les sortir sans difficulté. C’est même, selon lui, une excellente solution, car elle canalise le passage des engins sur des tracés bien définis dont ils ne doivent pas s’écarter.

Il rappelle que les machines forestières sont très lourdes : entre 15 et 30 tonnes en général, et jusqu’à 40 tonnes pour un porteur chargé. Ces masses provoquent sur le sol des dégâts souvent sous-estimés, notamment par tassement. Ce tassement réduit la porosité du sol, donc la circulation de l’air et de l’eau, ce qui a des conséquences graves sur la vie des arbres, dont les racines ont besoin de cette porosité. Il évoque aussi les dégâts causés aux champignons et aux relations entre arbres et champignons, relations qu’il juge fondamentales en milieu forestier.

Le cloisonnement permet donc de sortir le bois tout en limitant fortement ces impacts.

La productivité dépend du milieu, pas de l’intensification

Dans cette logique, la quantité de bois récoltée dépend de la productivité du milieu, et non d’une volonté arbitraire du gestionnaire.

Cette productivité est déterminée par le couple station-essence, ou plus exactement par le trio sol-climat-arbre. Une station peut être riche ou pauvre, fertile ou non, fraîche ou non, et une essence donnée sera capable d’y produire un certain volume de bois en un certain temps.

Jacques Hazera prend l’exemple d’une productivité de 10 m³ de bois par an et par hectare pour le pin maritime, ce qu’il considère comme relativement courant ici, voire plutôt faible et pessimiste. Ces 10 m³ pousseront de toute façon, que le forestier soit là ou non. Son travail consiste à les récolter, non pas forcément chaque année, mais selon un rythme choisi : tous les 4 ans, 5 ans, 6 ans ou 10 ans. Si l’on intervient tous les 10 ans, on récoltera par exemple 100 m³ sur un hectare.

Selon lui, cette productivité est la même, que l’on pratique une sylviculture intensive avec labour du sol, plantations et mécanisation, ou une sylviculture de type Pro Silva. Ce n’est pas l’intensification qui détermine fondamentalement la production, mais le milieu.

Miser sur la qualité plutôt que sur le volume seul

Là où cette gestion se distingue, c’est dans le travail sur la qualité des bois.

Puisqu’il n’y a pas de coupe rase et que l’on procède par éclaircies successives, chaque intervention permet d’améliorer le peuplement. On coupe les arbres jugés « vilains », de moindre qualité, de sorte qu’à force de sélection, on obtient des peuplements beaucoup plus beaux que dans une sylviculture conventionnelle.

Cette amélioration qualitative a une incidence directe sur le prix des bois. Des arbres droits, sans défauts, correspondant bien à la demande du marché, se vendent mieux que des arbres tordus, branchus ou ayant poussé trop vite.

Jacques Hazera souligne qu’en période de forte demande, tous les bois se vendent assez facilement. En revanche, quand les industriels disposent déjà de beaucoup de bois, la qualité devient un avantage décisif. Par ailleurs, cette sylviculture comporte peu de dépenses puisqu’elle nécessite peu d’interventions. Elle est donc peu coûteuse, tout en permettant potentiellement des recettes plus élevées grâce à la meilleure qualité des produits.

Mesurer les arbres pour mieux comprendre leur croissance

Pour pouvoir extrapoler à l’ensemble de sa propriété ou au pin maritime en général, Jacques Hazera a réalisé sur certaines parcelles un travail détaillé de mesure : numérotation des arbres, relevés de croissance, description de la qualité, de la vigueur, etc. Il précise qu’il s’agit d’un travail lourd et fastidieux, impossible à généraliser partout, mais utile pour comprendre le fonctionnement du peuplement.

Il s’est notamment intéressé au fait que deux arbres voisins ne poussent pas à la même vitesse. Il dit ne pas avoir découvert ce phénomène lui-même, déjà connu des forestiers, mais avoir voulu le vérifier localement sur le pin maritime. Il cite à ce sujet un article paru dans Forêt Entreprise, portant sur des mesures réalisées sur l’épicéa, qui l’a inspiré.

L’une des conclusions est qu’entre dix arbres, il n’y en a pas deux qui poussent exactement au même rythme. Certains poussent pendant une période puis ralentissent, tandis que d’autres prennent le relais. Ces fluctuations individuelles peuvent aider à décider quels arbres conserver et lesquels supprimer. Un arbre qui ne pousse pas, dit-il, « ne paie pas sa place » ; ce peut être un critère d’élimination parmi d’autres.

Choisir l’arbre d’avenir

Jacques Hazera explique ensuite comment choisir l’arbre d’avenir dans un petit groupe de jeunes pins.

Dans le groupe observé, les arbres sont élancés, avec des branches fines. Ce type de branches donnera de très petits nœuds dans les planches, d’autant plus qu’une grande partie de ces branches est déjà morte et tombera rapidement. Le bois formé après leur chute sera donc du bois sans nœud, propre à une haute qualité.

Parmi les arbres du groupe, il distingue un dominant, un peu plus gros et plus haut que les autres, qui pourrait paraître un bon arbre d’avenir. Mais il préfère en réalité un autre sujet, un peu plus petit, mais plus droit et portant des branches plus fines. C’est donc celui-ci qu’il désigne comme arbre d’avenir.

Le problème est que cet arbre est dominé par un voisin plus vigoureux, situé de surcroît au sud, donc susceptible de lui capter la lumière. La conclusion est simple : dans quelques années, quand le moment sera venu, il faudra supprimer ce dominant pour favoriser le plus bel arbre.

Cette opération est répétée cellule par cellule, groupe par groupe, qu’il s’agisse de pins seuls ou de groupes mélangés avec d’autres essences comme le chêne ou le châtaignier. Selon lui, en appliquant régulièrement cette méthode à chaque rotation de coupe, on fabrique des forêts mélangées, produisant du bois de haute qualité.

Il insiste également sur le fait qu’en enlevant un gros concurrent, on récolte du bois utile dès l’intervention. À l’inverse, une mauvaise habitude très répandue dans le massif landais consiste à supprimer de petits arbres dominés, ce qui améliore peu les arbres d’avenir, produit peu de volume, rémunère mal le bûcheron et le débardeur, et ne profite guère au propriétaire.

Cette manière de marquer les arbres à couper correspond à ce qu’on appelle le martelage. Il la présente comme une approche efficace, gratifiante et donnant rapidement des résultats visibles.

Le rôle essentiel des feuillus

Jacques Hazera insiste longuement sur l’importance des feuillus dans une futaie de pins.

Selon lui, des espèces comme le bouleau ou le chêne ont une incidence très bénéfique sur la fertilité du sol, sur sa fraîcheur et sur la constitution de l’humus. Les feuillus récupèrent chaque année des minéraux dans le sol et les redéposent à l’automne sous forme de feuilles, qui se décomposent et sont recyclées. Ce processus améliore progressivement la fertilité du sol, à très long terme.

À mesure que le sol s’améliore, il devient aussi plus favorable à l’installation de nouvelles essences. Aujourd’hui, sur certaines parcelles, il n’y a pratiquement que du pin, en dehors des arbustes. Jacques Hazera précise qu’il n’y est « pour rien » : c’est l’état du terrain aujourd’hui. Mais si l’on laisse faire l’évolution naturelle pendant plusieurs décennies ou plusieurs siècles, peut-être que des chênes commenceront à s’y installer plus largement, signe d’une amélioration générale du sol.

Les feuillus comme alliés sanitaires

Au-delà de leur rôle sur le sol, les feuillus présentent selon lui un intérêt sanitaire majeur.

Il explique qu’ils contribuent à réguler très efficacement les ravageurs du pin, notamment la chenille processionnaire et les scolytes. Ils le font de plusieurs façons.

D’abord, ils offrent un habitat à des [[oiseaux prédateurs]] de ces parasites. Pour la chenille processionnaire, il cite par exemple les mésanges, le coucou ou la huppe fasciée. Ces espèces peuvent participer à une régulation efficace des populations. Pour les scolytes, il ne se souvient plus précisément des oiseaux concernés, mais maintient que les feuillus favorisent la présence de régulateurs naturels.

Ensuite, il évoque aussi des effets chimiques : les feuillus émettraient certaines molécules jouant un rôle répulsif vis-à-vis de certains ravageurs.

Pour toutes ces raisons, il estime que le mélange entre feuillus et résineux est primordial. À ses yeux, détruire systématiquement les feuillus est une erreur profonde, alors même que le mélange est à la base du fonctionnement normal des forêts.

Le potentiel du chêne dans le massif landais

Même si la parcelle présentée ne comporte pas beaucoup de feuillus à proximité immédiate, Jacques Hazera indique qu’il y a, à une cinquantaine ou une centaine de mètres, un peuplement mélangé de pins, de chênes et de châtaigniers.

Il donne l’exemple d’un gros chêne coupé en 2011, de l’autre côté de la route. L’arbre n’était pas très haut, mais il possédait une bille de pied de 2,40 mètres, très belle, avec environ 80 cm de diamètre au fin bout et quasiment aucun défaut. Pour lui, c’est la preuve qu’un chêne gros, sans défaut et de qualité peut pousser dans le massif landais, et que cet exemple n’est pas isolé.

Ce chêne a d’ailleurs été valorisé ensuite, avec des amis, pour construire un bateau : il en a servi à réaliser la partie centrale. Cet exemple illustre, selon lui, le fait qu’un forestier qui ouvre un peu les yeux peut trouver autre chose que du pin maritime, et parfois de très grande qualité.

Il ajoute qu’il suit aussi la croissance de nombreux chênes présents sur sa propriété, peut-être un millier selon ses estimations, en mesurant leur accroissement individuel. Il observe que certains poussent à peu près aussi vite que les pins, ce qui renforce encore leur intérêt.

Diversifier pour réduire les risques

La diversité des essences est également présentée comme une stratégie face aux risques sanitaires et climatiques.

Chaque essence est sujette à ses propres problèmes : parasites, sécheresses, aléas climatiques divers. Jacques Hazera évoque notamment la menace probable d’un ver venu d’Asie, passé par les États-Unis et déjà présent au Portugal et en Espagne, qui devrait selon lui arriver dans le massif landais et provoquer des dégâts graves sur le pin maritime.

Dans un tel contexte, disposer uniquement de pin maritime rendrait la forêt très vulnérable. En revanche, si l’on a à la fois du pin, du chêne et du châtaignier, on augmente les chances qu’au moins une partie du système résiste. Plus le système est diversifié, plus les risques sont répartis et réduits.

Une critique de la monoculture landaise

Jacques Hazera rappelle qu’en Aquitaine on se trouve globalement dans le domaine de la chênaie atlantique, même si l’homme a fait en sorte que le pin prenne largement la place du chêne. Les chênes, dit-il, essaient de s’en sortir mais luttent contre les tracteurs, et ce ne sont généralement pas eux qui gagnent.

Il précise cependant que certains sols, comme ceux de certaines parcelles observées, sont trop pauvres ou trop secs pour que les chênes s’y installent facilement. Même dans le cadre de la chênaie atlantique, ils mettront donc du temps à revenir. En revanche, ils sont très présents sur les terrains qui leur conviennent mieux, plus riches et plus frais.

Il cherche à convaincre les forestiers de mettre ces chênes en valeur, en appliquant sur eux la même logique de sélection que sur les pins : repérer le meilleur arbre d’un groupe, identifier ceux qui le gênent, garder le meilleur et valoriser les autres en bois de chauffage.

Il déplore qu’aujourd’hui, dans le massif landais, les chênes soient souvent considérés comme tous « gélifs » ou sans avenir, donc condamnés d’avance à n’être que du bois de chauffage. Ils sont aussi vus comme des concurrents du pin, accusés de pomper son eau et sa nourriture. Tout ce qui n’est pas du pin est ainsi perçu comme concurrent, d’où les pratiques d’élimination systématique par rouleaux landais, tracteurs et interventions lourdes à l’échelle d’environ un million d’hectares.

Face à cela, il estime que le forestier a souvent mieux à faire en ne faisant rien, ou simplement en observant sa forêt, plutôt que de sortir un tracteur et des rouleaux dans des milieux aussi sensibles.

Une régénération naturelle irrégulière mais suffisante

Concernant la régénération, Jacques Hazera précise que sa volonté personnelle serait d’en avoir « à peu près partout », sans forcément chercher une densité très forte. Dans la parcelle observée, la régénération apparaît en petits groupes, avec des vides entre eux. Cela lui convient très bien.

Il insiste sur le fait que cette disposition n’est pas le fruit d’un travail particulier mais simplement le résultat du fonctionnement naturel. Si l’on revient dans vingt ou trente ans, il y aura peut-être ici un ou deux adultes, là d’autres, et les vides actuels seront probablement garnis à leur tour. La structure se mettra en place d’elle-même, avec des variations locales, des arbres grands ou petits selon les endroits.

Pour lui, c’est là le fonctionnement normal de la forêt : quelques petits trous, plus ou moins grands, plus ou moins durables. Ces zones ouvertes ont d’ailleurs aussi un intérêt écologique, car elles n’abritent pas la même faune que les zones plus fermées. Cette hétérogénéité profite donc à la biodiversité.

Mettre en valeur un peuplement hétérogène d’origine agricole

La dernière partie de l’intervention porte sur une parcelle de 4 ou 5 hectares issue d’un passé agricole très diversifié, située non loin de zones habitées. Jacques Hazera imagine qu’on y trouvait autrefois un petit jardin potager, une pâture, un champ de seigle, etc., même s’il précise qu’il ne s’agit que d’une reconstitution hypothétique.

Aujourd’hui encore, cette diversité passée se retrouve dans le peuplement et dans le sol. Certaines zones sont entièrement feuillues, avec très peu de pins ; d’autres portent des arbres relativement âgés, autour d’une cinquantaine d’années ; d’autres enfin sont plus maigres, plus jeunes ou presque vides, probablement parce que le sol y est trop pauvre.

Pendant longtemps, il reconnaît ne pas avoir su comment mettre en valeur un tel peuplement. Puis, à la faveur de formations techniques, notamment un BTS, il s’est senti plus à l’aise pour l’aborder.

La première étape a consisté à ouvrir des cloisonnements. Il explique que c’est presque toujours la première chose qu’il fait lorsqu’on lui confie une nouvelle forêt. Ouvrir un cloisonnement, c’est réaliser une coupe rase sur environ 4 mètres de large et 200 mètres de long, tout en essayant de préserver les plus beaux arbres. Le tracé n’est pas forcément parfaitement droit : il peut s’adapter au peuplement pour contourner ou conserver certains sujets remarquables.

Grâce à ces cloisonnements, il est aujourd’hui possible de faire une éclaircie, y compris pour du bois de chauffage, en permettant aux tracteurs de débardage d’accéder à tous les billons coupés. Le cloisonnement permet aussi au gestionnaire de voir la parcelle, de la lire, de faire des mesures, de se repérer. Il lui donne en quelque sorte une architecture mentale de la parcelle, avec même un intérêt paysager.

Des éclaircies arbre par arbre pour préparer l’avenir

La parcelle a ensuite fait l’objet d’une deuxième éclaircie. Les arbres ont été marqués selon la même logique que celle décrite précédemment pour les pins : dans chaque groupe, repérer le plus bel arbre, celui qui présente le meilleur potentiel, puis supprimer le rival qui le gêne.

Dans ce peuplement relativement pauvre, où les chênes ont malgré tout du mal, probablement en raison des sécheresses, cette méthode permet peu à peu de faire émerger quelques arbres de meilleure forme. Au moment où Jacques Hazera est intervenu pour la première fois, vers 2007, il s’agissait encore d’un perchis difficile à analyser, avec beaucoup d’arbres médiocres. Aujourd’hui, on commence à voir apparaître un embryon de peuplement, avec par endroits des chênes un peu droits, qui se dessinent progressivement.

Il reconnaît que le chêne n’est pas tout à fait à sa place sur ce terrain, sans doute à cause de problèmes d’alimentation en eau ou de fertilité. Il essaie néanmoins de faire au mieux. Au pire, dit-il, cela fera du bois de chauffage ; au mieux, il pourra en sortir ici ou là quelques beaux chênes.

Enfin, il souligne que la lumière plus abondante apportée par les interventions permet déjà de voir apparaître des semis de chêne à droite et à gauche. C’était aussi un objectif : renouveler les arbres adultes ou, du moins, préparer ce renouvellement. Pour obtenir des semis, il faut de la lumière ; c’est toute une chaîne de processus que cette gestion cherche à remettre en route.