Sclérotinia sur soja
Le Sclérotinia (Sclerotinia sclerotiorum) est un champignon polyphage capable de s’attaquer à de nombreuses cultures (tournesol, colza, soja, etc.). Son développement est favorisé par des conditions humides et une biomasse importante. La lutte repose essentiellement sur la prévention, les interventions en cours de végétation étant souvent peu efficaces.
Signes d'identification de la maladie
L'identification visuelle doit être précise pour ne pas confondre le Sclérotinia avec d'autres pathogènes comme le Phomopsis ou la Macrophomina.
Feuillage : Les feuilles flétrissent brutalement, jaunissent puis brunissent tout en restant attachées à la tige. Ce dessèchement se produit souvent par foyers dans la parcelle.

Tiges : Une pourriture blanche et cotonneuse (le mycélium) se développe au niveau des nœuds, souvent entre le 2ème et le 4ème nœud. Sous ce duvet, l'épiderme de la tige blanchit et prend un aspect de parchemin. La tige devient alors très cassante.

Sclérotes : En fin de cycle, des amas noirs de forme irrégulière (ressemblant à des crottes de souris) apparaissent à la surface ou à l'intérieur de la moelle des tiges et des gousses. Ce sont les formes de conservation du champignon.Période de présence :
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Situations aggravantes et facteurs de risque
Le risque d'infection dépend de l'historique de la parcelle et des choix de conduite.
Précédent cultural : Le risque est maximal si la rotation inclut des cultures sensibles (tournesol, colza, pois, féverole, lentille) dans les 3 à 5 dernières années. Les sclérotes peuvent survivre jusqu’à 10 ans dans le sol.
Type de parcelle : Les zones de vallées, les parcelles peu aérées, ainsi que les sols profonds à forte réserve utile maintiennent une hygrométrie élevée, favorable au champignon.
Irrigation : Des apports trop précoces (avant floraison) ou des passages trop fréquents (moins de 10 jours d'intervalle) pendant la période de floraison créent un microclimat humide permanent.
Éviter d'irriguer avant le stade R1 (début floraison).
Privilégier des tours d'eau plus copieux mais plus espacés pour laisser le couvert sécher en surface.
Conduite culturale : La verse, souvent liée à un excès de fertilisation azotée résiduelle ou à une variété mal adaptée, plaque les plantes au sol et favorise la contamination directe.
Augmentation du risque en France
Avec l'accroissement des surfaces de soja en France, le risque Sclérotinia s'intensifie pour plusieurs raisons :
- Le retour fréquent des cultures hôtes sature le stock de sclérotes dans le sol.
- La multiplication des épisodes orageux estivaux, combinée à une biomasse de plus en plus importante grâce aux progrès génétiques, crée des conditions idéales de développement sous la végétation.
Méthode d'observation et seuils de pression
L'observation se fait visuellement en parcourant la parcelle à partir de la fin de floraison.
Seuils de pression :
Faible : 1 pied sur 40 présente des symptômes (< 2,5 %).
Moyen : 1 à 2 pieds sur 20 présentent des symptômes (5 à 10 %).
Fort : Plus de 3 pieds sur 20 sont touchés (> 15 %).
Nuisibilité : Les pertes de rendement deviennent significatives dès 20 % de pieds atteints. Au-delà, on estime une perte de 2 à 4 q/ha par tranche de 10 % de plantes supplémentaires touchées.
Stratégies de lutte préventive
Comme les solutions fongicides en végétation sont très limitées et souvent peu rentables sur le soja, la stratégie doit être 100 % préventive.
Choix variétal :
- Tolérance génétique : Privilégier des variétés notées comme peu sensibles.
- Tenue de tige : Choisir des variétés résistantes à la verse pour éviter le contact direct des gousses avec le sol humide.
- Architecture : Préférer des variétés à port « érigé » qui permettent une meilleure circulation de l’air.
Gestion de la densité et de l’écartement :
- Éviter les surdensités (ne pas dépasser 50-60 grains/m² selon les types de sol). Un couvert trop dense emprisonne l'humidité.
- Passer d'un semis céréales (17 cm) à un semis de précision (30 à 50 cm) favorise l'aération de la base des tiges et accélère le ressuyage après une pluie ou une irrigation.
Solutions de biocontrôle
L'utilisation de Coniothyrium minitans (Contans WG) est une solution de biocontrôle efficace.
C'est un champignon mycoparasite qui détruit les sclérotes présents dans le sol avant qu'ils ne germent.
Modalités d'application :
- S'applique avec un pulvérisateur classique (mélange de granulés dispersibles dans l'eau).
- Pulvérisation sur sol nu ou sur les débris végétaux de la culture précédente.
- L’incorporation est indispensable ; Le champignon est sensible aux UV. Il faut réaliser une incorporation superficielle (5-10 cm) à l'aide d'un outil de travail du sol dans les heures suivant l'application.
Calendrier stratégique :
- En pré-semis : Idéalement 2 à 3 mois avant le semis du soja pour laisser le temps au champignon de nettoyer le sol.
- En post-récolte : Sur les résidus d'une culture infestée (tournesol, colza, soja) pour limiter l'augmentation du stock d'inoculum pour les années suivantes.
Conservation :
S'agissant d'un organisme vivant, le produit doit être stocké au frais (souvent à moins de 4°C) pour garantir la viabilité des spores.
Cet article a été écrit par Baptiste OUVRARD, Thomas PRODHOMME, Romain GOUAULT, Basile GEGU en partenariat avec Ver de terre Production et l'IUT d'Angers