Semis direct en Camargue, un avenir entre deux eaux, CIRAD

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Dans cette vidéo du CIRAD, Mathieu Casino aborde les défis majeurs auxquels fait face l'agriculture en Camargue, territoire deltaïque particulièrement exposé au changement climatique. Entre sécheresses accrues, étiages sévères du Rhône et remontées salines, les systèmes conventionnels de monoculture de riz atteignent leurs limites. Pour assurer la pérennité de l'agriculture locale, l'expert préconise une transition vers l'agriculture de conservation des sols (ACS), reposant sur trois piliers : l'arrêt du travail du sol, une diversification maximale des cultures et le maintien d'une couverture végétale permanente. Ce système favorise la fertilité biologique, améliore la structure du sol et permet l'intégration de cultures sèches. Bien que complexe à mettre en œuvre, notamment lors de la phase de transition, cette approche offre une alternative durable. Elle incite également à repenser la gestion de l'eau à une échelle territoriale collective pour répondre aux enjeux de résilience climatique et de coexistence avec la nature.

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Résumé
Dans cette vidéo du CIRAD, Mathieu Casino aborde les défis majeurs auxquels fait face l'agriculture en Camargue, territoire deltaïque particulièrement exposé au changement climatique. Entre sécheresses accrues, étiages sévères du Rhône et remontées salines, les systèmes conventionnels de monoculture de riz atteignent leurs limites. Pour assurer la pérennité de l'agriculture locale, l'expert préconise une transition vers l'agriculture de conservation des sols (ACS), reposant sur trois piliers : l'arrêt du travail du sol, une diversification maximale des cultures et le maintien d'une couverture végétale permanente. Ce système favorise la fertilité biologique, améliore la structure du sol et permet l'intégration de cultures sèches. Bien que complexe à mettre en œuvre, notamment lors de la phase de transition, cette approche offre une alternative durable. Elle incite également à repenser la gestion de l'eau à une échelle territoriale collective pour répondre aux enjeux de résilience climatique et de coexistence avec la nature.

Nos remerciements au CIRAD de nous permettre de republier cette vidéo. Pour consulter la chaine YouTube du CIRAD : https://www.youtube.com/watch?v=ZTy4xwV79a8


Un documentaire de Mathieu Casino sur la conception de systèmes de culture rizicoles conduit dans le cadre du projet « AC-Riz Camargue » par le Cirad et le Centre français du riz entre 2020 et 2022.


Une première phase de R&D a permis de développer des systèmes céréaliers performants et plus résilients face au changement climatique pour les zones de haute Camargue. Elle a avancé rapidement, en interaction avec des agriculteurs, en mobilisant des travaux du Cirad sur l’agriculture de conservation rizicole en milieu tropical et des systèmes d’agriculture de conservation développés en France métropolitaine.

En renforçant la biodiversité cultivée et des cycles continus de production-restitution de biomasse au sol, l’agriculture de conservation pose les bases d’une intensification écologique des systèmes de culture et de production plus à même de relever les nombreux défis auxquels est confrontée l’agriculture en Camargue.

Des travaux complémentaires permettront de mieux répondre à la diversité des objectifs des producteurs et de renforcer les performances économiques et environnementales des systèmes d’agriculture de conservation. Cela pourra se faire via l’intégration de double culture annuelle, de production fourragère ou du maraîchage de plein champ (melon, tomate…).

Pour les zones les plus basses de Camargue, combinant des contraintes fortes d’hydromorphie et de salinisation des sols et des eaux d’irrigation, la reconception des systèmes de culture et de production devra être couplée avec une réflexion sur l’évolution des aménagements et la gestion concertée de l’irrigation à l’échelle des « mailles hydrauliques ».


Semis direct en Camargue, un avenir entre deux eaux

Le Cirad travaille sur l’adaptation des systèmes rizicoles en Camargue en s’appuyant sur les principes de l’agriculture de conservation (AC). L’objectif est de faire converger les savoir-faire issus de l’agriculture de conservation tropicale avec les pratiques métropolitaines non rizicoles, afin de répondre aux défis complexes auxquels fait face l’agriculture camarguaise.

Les défis du changement climatique et la fin des impasses techniques

L’agriculture en Camargue est confrontée à une pression climatique intense. En tant que “hot spot” du changement climatique, le delta est frappé par des sécheresses de plus en plus marquées et des événements pluviométriques violents. À cela s’ajoutent des étiages sévères du Rhône qui limitent l’accès à l’eau d’irrigation et une remontée progressive du niveau de la mer (environ 4 mm par an).

Mathieu Casino souligne que ces changements, couplés à une pression réglementaire accrue sur les produits phytosanitaires, rendent les systèmes conventionnels (et bio) actuels, basés sur des monocultures de riz répétées depuis 40 ou 50 ans, difficilement durables. L’absence de drainage sur des sols compactés crée des impasses techniques où les parcelles deviennent incapables de gérer les excès d’eau ou les sécheresses extrêmes.

Les trois piliers de l’agriculture de conservation (SCV)

Pour sortir de cette impasse, le concept de Système de semis direct sur couverture végétale permanente (SCV) est mis en avant :

  1. L’arrêt du travail du sol : Suppression de toute forme de travail du sol systématique pour préserver la structure et la vie du sol.
  2. La diversification des cultures : Recherche d’une biodiversité cultivée maximale via des rotations complexes, l’intercalage de couverts végétaux diversifiés, et l’usage de variétés associées ou de plantes de compagnie.
  3. La couverture permanente des sols : Tendre vers 365 jours de plantes cultivées par an et restituer un maximum de biomasse (résidus de culture et couverts) à la surface du sol.

Retours d’expérience et gestion de la fertilité

Le passage au semis direct permet d’améliorer la structure du sol (avec des taux de matière organique atteignant 4 % après plusieurs années). Mathieu Casino témoigne de l’intérêt de la luzerne comme couvert permanent associé au blé dur. Cette technique permet de maintenir des cultures rémunératrices sans travail du sol, tout en gérant le stock de mauvaises herbes : les adventices du riz ne poussent pas en conditions sèches, et inversement, celles du blé ne se développent pas en milieu inondé.

L’usage de couverts de légumineuses (féveroles, vesces) permet également de profiter des reliquats azotés pour les cultures suivantes, réduisant ainsi la dépendance aux intrants chimiques.

Vers une gestion concertée de l’eau

L’avenir de la riziculture et des cultures sèches en Camargue nécessite de dépasser l’échelle de la simple parcelle ou de l’exploitation. Il s’agit désormais d’aborder ces problématiques à l’échelle de la maille hydraulique et de la situation topographique.

Le projet mené vise à :

  • Construire des solutions techniques pour la transition vers des systèmes durables.
  • Anticiper les projections hydrauliques et hydrologiques à long terme.
  • Organiser une gestion concertée de l’eau et favoriser la coexistence entre l’agriculture et la conservation de la nature dans un territoire contraint.

En somme, l’agriculture de conservation est perçue non comme une fin en soi, mais comme un moyen puissant de mobiliser les processus d’auto-organisation du vivant pour pérenniser la production agricole face aux incertitudes climatiques.