Couverts permanents en agriculture biologique : de la production de céréales à la méthanisation
La ferme a débuté les couverts permanents en agriculture de conservation, et les a poursuivis après la transition en Bio. Malgré de belles réussites, une année 2024 pluvieuse va démontrer les risques de non récolte. Afin de limiter les risques tout en préserver une forte part de prairies légumineuses dans la rotation, Stéphane a choisi de valoriser les couverts permanents avec des CIVEs d’hiver.
Pourquoi les couverts permanents
Les objectifs agronomique de la ferme sont :
- Socio-économiques : diversification des débouchés, rythme de travail raisonnable
- Technico-environnementaux : réduction des phytosanitaires, réduction du travail de sol, engrais de fond par le végétal => « foutre de la racine »
Les couverts permanents permettent de lier ces objectifs, avec des légumineuses pérennes qui forment un socle de fertilité et aide à la gestion des adventices. Outre une rentabilité assez stable, la valorisation en méthanisation permet de garder de la MO sur la ferme (digestats) tout en allégeant la charge de travail avec une récolte externalisée.
Inclusion de la pratique dans une ferme Bio de Zones Intermédiaires (ZI)
Les sols de la ferme sont à dominante argilo-calcaire, et le plus souvent superficiels et caillouteux. Les potentiels de rendement sont limités, et la diversité des cultures est réduites par la difficulté de réussir les cultures cultures de printemps et d’été.
Ces contraintes imposent une forte présence de légumineuses pérennes, afin de limiter les dépenses en intrants organiques. Ces légumineuses (luzerne, trèfle violet) ont peu de de débouchés en local. La pratique des couverts permanents avec des CIVEs est une opportunité pour valoriser ces prairies légumineuses.
Le reste de l’assolement inclut au maximum des cultures peu coûteuses et avec un marché relativement stable. En plus du blé tendre et d’orge de printemps (pour casser le cycle des graminées pérennes dans les parcelles qui se salissent), triticale et féverole sont très présent, le plus souvent en association pour stabiliser la production.
Pratique pour la production de céréales, avant 2024
Les semis de céréales sous couvert de prairie ont été commencés en conventionnel, avec régulation des légumineuses pérennes au printemps. Quand le désherbage est bien maîtrisé, les rendements sont stables avec une baisse sensible des intrants.
Au passage en AB en 2018, la pratique des couverts permanents a été continuée à plus petite échelle, parfois avec l’usage d’un scalpage (rotovator) selon les conditions d’implantation.
Stéphane a investi dans une faucheuse andaineuse en 2020 pour tenter de sécuriser la récolte et étendre la pratique. Quand bien maîtrisé (plus compliqué en Bio), le rendement se maintient avec un meilleur taux de protéine et un sol bien aggradé.
Mais souvent, le rendement est inférieur… néanmoins, cela facilite la couverture estivale et une forte proportion de légumineuse.
Pratique pour la méthanisation depuis 2024
Depuis 2024, Stéphane a fait la transition vers des couverts permanents valorisés en CIVEs d’hiver destinées à la méthanisation, avec récupération de digestats. La stratégie est de faire deux années à destination méthanisation, et éventuellement de garder le couvert un an de plus pour faire un blé-grains, selon l’état du couvert et du salissement.
Sur les 3 années de pratique, les rendements en CIVEs sont en moyenne de 6,5 TMS/ha.
Salissement faible
Problèmes rencontrés
- le passage en Bio a contraint à investir dans une faucheuse-andaineuse et un pickup sur la moissonneuse
- une année très pluvieuse aura mis en échec la récolte à la faucheuse-andaineuse + pickup
- difficulté de valorisation de la pratique en céréale-grain, avec des rendements souvent inférieurs
Réflexion sur le choix des couverts
Jusqu’à récemment, la luzerne était la préférence sur les sols alcalins et le trèfle violet sur les sols limoneux, parcelles où ces deux légumineuses s’implantent le mieux et sont les plus productives… mais aussi gênantes en couverts permanents.
Stéphane a inversé et place maintenant le trèfle violet sur sols alcalins et la luzerne sur sols limoneux, afin d’en limiter le développement dans la culture d’hiver.
Ainsi, les couverts semblent mieux maîtrisés au printemps quand ils sont sursemés avec du triticale, céréale compétitrice.
Impact sur le salissement
Deux ans de couverts permanents est une pratique très nettoyante pour les graminées adventices. Après 2024 et le passage à la méthanisation, le triticale est devenu la culture principale en couvert permanent, afin d’augmenter l’effet de contrôle de salissement.
Aussi, l’atelier d’ensilage à une période précoce coupe mieux la dynamique de nombreuses graminées.
Dans les dicots, la véronique reste bien présente, mais n’est pas jugée gênante.
Si pas trop sale après le blé tendre d'hiver, Stéphane part sur un blé de printemps. Si la parcelle est plus sale en graminées, il passe directement à l’association céréales-féverole voir repart sur une légumineuse pérenne.
Pour les semis de céréales d’hiver, Stéphane utilisait initialement (au passage en Bio) un désherbage à la herse étrille « à l’aveugle » avant levée des céréales. Maintenant, il effectue un roulage devant le semis, pratique qui se révèle assez efficace sur jeunes pousses. Le semis est parfois précédé d’un passage de herse à dents fixes, selon le contexte.
Satisfaction de la pratique
L’évolution de l’usage des couverts permanents s’est faite en fonction des objectifs de l’entreprise. Avec le passage à un débouché méthanisation, elle permet notamment de :
- mieux gérer l’enherbement et réduire fortement le travail de sol à l’échelle de la rotation
- apporter un revenu stable sur un débouché transversal tout en réduisant la charge de travail
- et de continuer à se faire plaisir !