Table ronde: Paysage anthropisés générateur de biodiversité - Paysage in Marciac

De Triple Performance
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Lors de cette table ronde de Paysage in Marciac, les intervenants ont insisté sur un point central : la biodiversité ne progressera pas seulement par les institutions, mais par une mobilisation collective, locale et concrète. Tous ont souligné la nécessité de sortir de l’entre-soi, de mieux dialoguer entre agriculteurs, élus, chasseurs, naturalistes, enseignants et citoyens, et de dépasser les oppositions caricaturales. La discussion a mis en avant le lien étroit entre santé humaine, animale, des sols et des écosystèmes, tout en rappelant l’urgence de former les jeunes générations. Plusieurs pistes simples ont été proposées : laisser davantage faire le vivant, couvrir les sols, planter arbres et haies, favoriser la régénération naturelle, réduire la tonte, accueillir la faune ordinaire et recréer du lien avec les voisins. Un message fort ressort : la transition écologique passe autant par la pédagogie, l’immersion et l’échange que par l’action elle-même.

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Résumé
Lors de cette table ronde de Paysage in Marciac, les intervenants ont insisté sur un point central : la biodiversité ne progressera pas seulement par les institutions, mais par une mobilisation collective, locale et concrète. Tous ont souligné la nécessité de sortir de l’entre-soi, de mieux dialoguer entre agriculteurs, élus, chasseurs, naturalistes, enseignants et citoyens, et de dépasser les oppositions caricaturales. La discussion a mis en avant le lien étroit entre santé humaine, animale, des sols et des écosystèmes, tout en rappelant l’urgence de former les jeunes générations. Plusieurs pistes simples ont été proposées : laisser davantage faire le vivant, couvrir les sols, planter arbres et haies, favoriser la régénération naturelle, réduire la tonte, accueillir la faune ordinaire et recréer du lien avec les voisins. Un message fort ressort : la transition écologique passe autant par la pédagogie, l’immersion et l’échange que par l’action elle-même.

Paysage in Marciac 2020


Comme tous les dimanches, un sort une vidéo de Paysage in Marciac édition 2020

Aujourd’hui, vidéo qui fait suite à la précédente, il s'agis d'une table ronde sur la façon de crée de la biodiversité via les paysages anthropisé.


Bon visionnage !




Échanges sur les leviers d’action et la diffusion des idées

La discussion s’ouvre sur une interrogation : comment créer des liens entre des mondes qui partagent souvent des préoccupations proches, mais qui travaillent encore trop peu ensemble à l’échelle locale ? L’idée est évoquée, non sans humour, que le vin nature pourrait presque servir d’intermédiaire ou de prétexte à la rencontre, tant il apparaît que la relation humaine, les moments conviviaux et les échanges directs comptent dans la construction des coopérations.

Un intervenant souligne qu’au niveau local, même entre personnes engagées de longue date et partageant une vision commune, il est déjà difficile de prendre le temps de se voir, d’identifier clairement les points de désaccord, puis de construire des solutions et des actions communes. Si cela est compliqué entre militants convaincus, alors, à plus forte raison, imaginer une coopération efficace entre agences régionales, nationales ou internationales relève aujourd’hui presque de l’utopie, même si cet horizon reste souhaitable.

L’idée forte qui ressort est qu’il faut avant tout « démultiplier » : chacun, à son échelle, a un rôle à jouer pour transmettre autour de soi cette sensibilité aux questions d’environnement, de biodiversité, de sol, d’eau, de climat et de paysage. La diffusion de ces préoccupations passerait moins par les grandes structures administratives que par une propagation de proche en proche, entre voisins, amis, collègues, réseaux associatifs ou professionnels.

Déconstruire les peurs et les raisonnements hérités

Un des enjeux majeurs identifiés est la nécessité de déconstruire un raisonnement collectif qui s’est construit sur la peur, la désinformation, l’ego, ou encore le regard du voisin. Plusieurs intervenants insistent sur le fait qu’il existe un énorme travail pour sortir de ces schémas qui empêchent de penser les fonctionnalités réelles de l’environnement.

Pour eux, il faut arrêter de compartimenter les sujets : biodiversité, eau, sol, climat, paysage ne doivent plus être regardés séparément. Tout est lié, et c’est précisément cette transversalité qui fait défaut dans la plupart des approches classiques.

Le rôle des villes et des territoires en transition

Il est rappelé qu’il existe déjà des échelles d’action où les choses bougent réellement, notamment celle des villes. Le réseau des villes en transition est cité comme un exemple intéressant, parce qu’il articule directement deux notions étroitement liées : la santé et le bien-être des habitants d’une part, l’écologie et la biodiversité d’autre part.

Une remarque marquante est formulée : beaucoup de ces villes en transition sont aussi des villes en déclin. Cette observation amène une formule volontairement provocatrice : il faudrait souvent « avoir le nez dans notre caca » pour comprendre qu’il faut changer. Derrière la formule, l’idée est que la crise, la dégradation visible et concrète des conditions de vie deviennent parfois les seuls déclencheurs d’une prise de conscience collective.

Cette intervention amène aussi un rappel fondamental : la base de la fertilité, c’est précisément ce que nos sociétés ont oublié ou rejeté. En revenant « au ras du sol », « au ras de l’humus », il faut se rappeler que l’humus a donné à la fois l’humilité et l’humanité.

Santé de l’environnement et santé humaine : les limites de l’approche « one health »

La table ronde revient ensuite sur le lien entre santé de l’environnement et santé humaine. Le mouvement intellectuel « One Health » est évoqué : il affirme qu’il ne peut pas y avoir d’humains en bonne santé dans un environnement dégradé, avec des animaux, des plantes et des milieux en mauvaise santé.

Cette approche est née notamment du besoin de dépasser les conflits de prérogatives entre grandes institutions internationales, comme la FAO, l’OMS ou les organismes de santé animale. Elle a permis de rapprocher santé animale et santé humaine, en particulier dans la gestion des épidémies.

Cependant, une critique importante est formulée : l’écologie en reste largement absente. Le mouvement est jugé prometteur et unificateur, mais inachevé, car il ne tient pas totalement sa promesse tant qu’il ne prend pas pleinement en compte l’état des écosystèmes.

Le problème de l’entre-soi

Une intervention vient rappeler avec force que, dans une assemblée comme celle-ci, les idées exprimées font l’unanimité. Mais justement, cela pose problème : si tout le monde est déjà d’accord, alors l’enjeu est d’aller au-delà de la sphère des convaincus.

L’un des intervenants affirme même que ce type d’échange, s’il reste cantonné à un public déjà acquis, « ne sert à rien » en soi. La formule est volontairement brutale, mais elle vise à secouer l’assemblée : le véritable défi est de briser le plafond de verre qui empêche ces idées de toucher plus largement la société.

La question de la vitesse est alors posée : même si l’on réussit à convaincre quelques personnes à chaque fois, ce rythme est-il compatible avec la rapidité des changements environnementaux en cours ? L’inquiétude est clairement exprimée.

Former les générations suivantes

Plusieurs interventions convergent vers un même point : il existe aujourd’hui un besoin immense de formation. Il s’agit de donner aux générations futures des outils d’analyse qui leur permettent de comprendre ce qu’elles consomment, ce que recouvrent les labels, ce qu’impliquent les choix agricoles et alimentaires.

Un constat nuancé est formulé sur la jeunesse : elle apparaît souvent plus sensible aux enjeux environnementaux, mais cette sensibilité repose parfois sur une indignation « hors sol », qui n’est pas encore reliée à une compréhension réelle des systèmes. L’exemple du véganisme est cité à ce propos : respectable comme choix individuel, il est jugé problématique lorsqu’il devient un programme collectif, notamment parce qu’il méconnaît, selon les intervenants, le rôle agronomique des animaux dans la fertilité des sols.

Il est rappelé ici que les excréments animaux jouent un rôle essentiel dans la constitution et l’entretien de la fertilité, et que certaines logiques simplificatrices risquent de conduire à des impasses si elles ne sont pas replacées dans une vision agronomique globale.

La réforme du lycée est également critiquée, en particulier la place réduite des sciences de la vie et de la Terre dans certains parcours. Pour les intervenants, cette évolution traduit une vision politique qui ne perçoit pas encore l’importance de ces enjeux, ou ne la considère pas comme prioritaire. Le problème n’est donc pas seulement l’absence de consensus aujourd’hui, mais la difficulté à créer les conditions pour que la génération suivante soit réellement capable de comprendre et de juger ces questions.

Refuser les cases et les statuts

Le modérateur explique pourquoi il n’a pas présenté les intervenants de manière classique au début de la séance. Ce choix est assumé : il ne s’agissait pas de mettre en avant des titres, des fonctions ou des distinctions, mais de faire tomber les particules et les cases. L’idée défendue est que tous, ici, sont à la fois pêcheurs, chasseurs, cultivateurs, forestiers, agroforestiers, ou simplement personnes concernées, sans qu’il soit nécessaire d’assigner chacun à une identité fermée.

Cette volonté de sortir des étiquettes est cohérente avec le fond des échanges : personne n’est là pour « vendre » quelque chose, mais pour partager des préoccupations et construire des ponts.

L’utilité de ces rencontres malgré tout

À la suite de la critique de l’entre-soi, un autre intervenant apporte un bémol important. Il reconnaît le risque de rester entre convaincus, mais rappelle que chaque édition de Paysage in Marciac lui apprend beaucoup, et que cet apprentissage est ensuite diffusé tout au long de l’année.

Par son activité professionnelle, notamment autour de la taille des arbres et de la vigne, il rencontre des agriculteurs aux profils très variés, y compris conventionnels. Ce qu’il constate, c’est que certains sujets techniques et transversaux permettent de créer des points de contact entre des personnes qui ne partagent pas forcément les mêmes cadres idéologiques. À partir du moment où l’on parle d’un sujet concret, que l’autre connaît, et que l’on établit un lien avec ses propres préoccupations, une discussion devient possible.

Il insiste aussi sur le fait que, souvent, à la fin d’une journée d’échanges, on se rend compte que l’autre nous a nourris, y compris lorsqu’il pense différemment. Cela permet d’être plus audible, plus ouvert, et de construire du lien.

Selon lui, le nouvel enjeu est de sortir de la logique d’appartenance fermée pour entrer dans une appartenance collective à un système global. C’est là qu’apparaît, selon ses mots, un nouveau paradigme.

Exemples d’actions simples au jardin pour favoriser la biodiversité

Une question venue du direct demande cinq actions très simples à faire dans un jardin pour la biodiversité. Les réponses fusent, parfois sur un ton humoristique, mais avec des idées concrètes.

Parmi les propositions :

  • uriner au pied de certaines plantes, en rappelant que l’urine est une ressource précieuse souvent gaspillée ;
  • « ne pas faire », au sens de ne pas vouloir tout contrôler ni intervenir constamment ;
  • faire au minimum, sans exiger plus que ce dont on a réellement besoin ;
  • pratiquer la frugalité, conçue non comme une punition, mais comme une limite volontaire à la boulimie de produire et de posséder ;
  • échanger avec ses voisins, par exemple des noyaux ou des semences, afin de recréer des circulations de plantes et de savoirs ;
  • inviter des enfants, notamment issus de milieux très urbanisés, à découvrir ce qu’est une plante, comment elle pousse, et d’où vient réellement la nourriture ;
  • couvrir le sol ;
  • créer des strates végétales, avec des fruits, des baies, des lianes et de la diversité ;
  • favoriser les reptiles, notamment les serpents, comme indicateurs d’un jardin qui accepte la vie sauvage.

Une autre idée forte est de transformer son jardin en « jardin extraordinaire » : un lieu plein de verdure, de fruits, d’oiseaux, d’insectes, de senteurs et de beauté.

Ce que les élus et les collectivités peuvent faire

La discussion se déplace ensuite vers les collectivités : que peut-on proposer aux élus, aux communes, aux départements ?

Des réponses très concrètes émergent du public et des intervenants :

  • arrêter de tondre trop souvent ;
  • laisser pousser les plantes ;
  • planter des arbres et des haies ;
  • mieux gérer la tonte au lieu de tout uniformiser ;
  • s’appuyer davantage sur la régénération naturelle assistée, plutôt que tout replanter systématiquement ;
  • respecter les sols vivants ;
  • choisir la bonne espèce au bon endroit ;
  • prendre le temps d’expliquer les changements aux habitants avant de les mettre en œuvre.

Il est rappelé qu’en matière de plantation, le plus important n’est pas seulement de planter, mais aussi ce qui se passe après : le repas partagé, la discussion, le moment collectif qui permet de faire société autour de l’action.

La difficulté du changement dans les communes

Un témoignage vient rappeler combien il est difficile pour les collectivités de changer leurs pratiques, même lorsqu’elles sont convaincues. Lorsque l’on dit à une commune d’arrêter de tondre, les agents et les élus se demandent immédiatement comment ils vont gérer la réaction des habitants, des collègues, de la hiérarchie.

Il manque souvent, dans les communes, des personnes capables de comprendre à la fois les écosystèmes, les enjeux végétaux et humains, et d’assurer le dialogue entre tous les acteurs. Le métier de médiation apparaît ici central.

Un intervenant raconte que sa propre légitimité vient en partie de son parcours, qui lui permet de parler à des interlocuteurs très différents : jardiniers, agents, élus, habitants. Il insiste sur le fait qu’il faut parfois accepter d’aller parler à des milieux que l’on n’apprécie pas spontanément, parce que sinon d’autres le feront moins bien.

Il n’existe pas de sujet « contre-productif »

Un point d’accord important émerge : aucun des sujets abordés ici n’est en lui-même contre-productif ou pénalisant. Il n’y a pas, selon les intervenants, de biodiversité-problème ; la biodiversité est toujours une solution, à condition de changer le regard, le temps de réflexion et les modalités du dialogue.

Il est même avancé qu’il est très difficile de trouver, après un vrai temps de discussion, un agriculteur qui soit contre l’agroécologie, contre les sols vivants, ou un maire qui soit contre la réduction de la tonte et une meilleure gestion des bords de route. Le vrai frein serait moins l’opposition de principe que l’absence de temps d’acculturation et de discussion.

L’importance de la pédagogie avant l’action

Un intervenant insiste sur un point crucial : la volonté d’agir est légitime, et l’urgence est réelle, mais la pédagogie en amont de l’action est indispensable à sa réussite et à sa pérennité.

Il donne l’exemple de travaux menés sur la gestion différenciée des bords de route avec des communes et des services routiers : les responsables avaient été convaincus, les changements avaient été lancés, mais les critiques et les insultes venues des usagers ont été si fortes qu’ils ont dû reculer et reprendre un travail de sensibilisation.

Le message est clair : sans acceptation locale, les actions les plus pertinentes risquent d’être abandonnées.

Le rôle de l’enseignement agricole

Un enseignant rappelle que, dans les lycées agricoles, l’écologie, la biologie végétale et l’agronomie sont bel et bien enseignées. Les référentiels de formation intègrent ces dimensions du CAPA au BTS, et beaucoup de professionnels présents sont eux-mêmes issus de cet enseignement.

Il y voit une lueur d’espoir : il existe déjà tout un réseau de formations où l’on parle sérieusement de ces sujets, avec des approches croisées entre aménagement, écologie, paysage et agriculture. L’enseignement agricole apparaît ici comme un lieu important d’infusion de ces idées dans les métiers.

Le fossé entre une partie de la population et le vivant

La fin des échanges revient sur la difficulté immense à parler de biodiversité à des personnes qui ne savent même plus ce qu’est une plante ou d’où vient la nourriture. Un témoignage très fort évoque des enfants de plusieurs générations urbaines pour qui les plantes ne sont qu’un décor. Une statistique est citée : dans une région d’élevage laitier, 60 % des enfants de moins de dix ans ne feraient pas le lien entre le lait et la vache.

Cela conduit à un constat sévère : pour une grande partie de la population, le mot « biodiversité » ne signifie rien. En revanche, si l’on parle de la disparition du panda, tout le monde comprend. Il y a donc un immense travail de traduction, d’incarnation et de pédagogie à mener.

Agir partout, à tous les niveaux

Face à l’ampleur des enjeux, il est affirmé qu’il n’existe pas de solution unique ni de moyen facile. Il faut agir partout, à tous les niveaux, chacun dans son domaine de compétence.

Un intervenant rappelle qu’il n’est ni agronome ni scientifique, mais jardinier. D’autres sont enseignants, forestiers, praticiens, élus ou techniciens. Tous ont un rôle à jouer.

Il est aussi rappelé que toutes les viandes ne se valent pas, et qu’il faut savoir distinguer, qualifier, caractériser. La viande issue du bocage et des prairies permanentes n’est pas mise sur le même plan que celle de systèmes beaucoup plus problématiques. Là encore, l’idée est d’éviter les simplifications et de poser des indicateurs précis.

Des pistes pour les élus : se former et s’appuyer sur des réseaux

Dans les derniers échanges, une participante rappelle que les élus ont un droit à la formation, et qu’ils devraient l’utiliser beaucoup davantage. Une association appelée « Le passage » est alors mentionnée : elle vise à recréer des corridors écologiques à différentes échelles, à apporter du diagnostic, de l’expertise, de la formation et à aider à constituer des équipes locales capables d’agir.

En parallèle, il est précisé qu’il ne faut pas toujours attendre des spécialistes : il est aussi possible de laisser faire les choses, d’accepter des zones plus libres, de commencer modestement et d’observer.

Quelques mots de conclusion

Dans les toutes dernières prises de parole, plusieurs idées sont réaffirmées brièvement :

  • la plante, le sol et l’origine de la nourriture ne sont pas encore des sujets spontanément compris par la majorité des jeunes ;
  • la vie est belle, et il faut la transmettre ;
  • le sol a besoin chaque jour de [[matière organique]] fraîche : la croissance végétale est une nécessité agronomique ;
  • les rencontres comme celle-ci donnent envie de continuer à échanger ;
  • l’immersion est un levier puissant de sensibilisation : faire vivre concrètement la nature aux enfants, leur permettre de voir, toucher, cueillir, observer au quotidien ;
  • la transgression, ou le petit décalage avec les normes habituelles, peut parfois ouvrir la voie à de vraies progressions.

Dans l’ensemble, cette séquence insiste sur un même fil conducteur : il faut à la fois transmettre, convaincre, relier, expérimenter, former et agir, sans attendre une solution venue d’en haut. Le changement passera par des dynamiques concrètes, locales, relationnelles, mais aussi par une montée en compétence collective sur les questions de sol, de plante, de biodiversité, de paysage et de santé.