Volaille : un élevage de poulets en liberté
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Elever des poulets de chair, répondre aux exigences de bien-être animal et maintenir une activité rentable pour l'éleveur, c'est l'équation que tentent de résoudre de nombreux agriculteurs. Alain Gardeils (@sualain40 sur Twitter) a fait le choix d'élever son poulet "en liberté", une méthode de production distinguée par un label depuis 1965 dans les Landes.
Première conséquence de ce choix de méthode d'élevage de poulets : les contraintes économiques, environnementales et sanitaires s'exercent de manière particulièrement forte. Au moment du tournage de cette vidéo, en février 2021, l'exploitation d'Alain dans les Landes subit de plein fouet l'épidémie de grippe aviaire et les inondations provoquées par une pluviométrie record.
L’éleveur dispose de 16 bâtiments de 60 mètres carrés, accueillant chacun 1050 poulets. Répartis sur deux sites, ces bâtiments mobiles sont déplacés tous les trois mois, à chaque nouvelle « bande » de poulets, c’est-à-dire à chaque arrivée de 6000 poussins, nés la veille. Chaque année, il élève ainsi 50000 poulets de chair, « en liberté ». Suite à la première épidémie de grippe aviaire, en 2017, les éleveurs doivent éviter tout contact des animaux avec les humains, mais le label impose que maximum 50% du parcours soit clôturé.
Cette méthode d’élevage plus exigeante et plus contraignante, Alain l’a choisie par éthique. Et pour répondre à une attente grandissante des consommateurs. « Il y a un paradoxe français », remarque-t-il cependant. « On fait attention à la qualité et au bien-être animal, mais ça ne se traduit pas forcément par l’acte d’achat. Au rayon volaille du supermarché, le consommateur continue à faire son choix en fonction du prix. » Il l’a souligné à plusieurs reprises lors de notre rencontre : pour lui, tous les élevages de poulets ont leur place, puisqu’il faut qu’il y en ait aussi pour les revenus les plus modestes.
Dans la vidéo, Alain a accepté de détailler le prix d’un poulet acheté chez le boucher et qui coûterait environ 15 euros. Les chiffres donnés s’appuient sur ses coûts réels d’élevage et sur les prix du marché au moment de la publication de la vidéo. Ceux-ci peuvent varier fortement, notamment en fonction du prix de l’aliment ou des frais auxquels sont soumis l’abattoir ou la boucherie. Ils ont vocation à donner un ordre d’idée de ce que représente le prix payé pour un poulet à la boucherie et de ce qui revient à l’éleveur.
Alain cultive du maïs-semence, pas celui qu'il donne à manger à ses poulets. « Ça peut paraître paradoxal », admet-il. Il achète l'aliment de ses poulets auprès de la puissante coopérative Maïsadour, à laquelle il a fait le choix de s'affilier. « Parce que je n'ai pas repris une exploitation familiale et qu'au moment de m'installer, c'était surtout une forme de sécurité », explique-t-il. « La coopérative garantit l'achat de mes poulets, quel que soit le marché. »
Dans sa pratique de l'élevage de poulets et dans la manière dont il communique sur son métier sur Twitter, c'est la fierté qui guide Alain. Fierté de perpétuer une tradition landaise et fierté de respecter une éthique qui réponde le mieux possible aux attentes sociétales en matière de bien-être animal.
Volaille : un élevage de poulets en liberté
Dans cette immersion au cœur d’un élevage avicole, nous découvrons le quotidien de Pierre Girard, éleveur de poulets en plein air, confronté aux réalités complexes de son métier. Alors que l’élevage en liberté est la marque de fabrique de cette exploitation, les épidémies successives de grippe aviaire et des conditions climatiques extrêmes (inondations ayant rendu les sols impraticables) forcent les volailles à rester confinées dans les bâtiments.
Les contraintes de la biosécurité
Le confinement est une situation exceptionnelle mais nécessaire pour protéger les cheptels. Pierre Girard explique que ses bâtiments, d’environ 60 m², accueillent chacun un millier de poulets. Habituellement, ces animaux passent la majeure partie de leur vie à l’extérieur.
Cependant, la réglementation sanitaire évolue constamment. Depuis les épisodes de grippe aviaire de 2017, l’éleveur a dû renforcer ses infrastructures, notamment par la mise en place de clôtures pour limiter les interactions avec le public (randonneurs) et prévenir les risques de contamination. La biosécurité est devenue une priorité absolue, impliquant des mesures strictes pour toute personne pénétrant dans l’élevage.
La vulnérabilité face aux prédateurs
Un autre défi majeur pour l’élevage en plein air, particulièrement sur ce type de sol sableux, est la prédation, notamment celle du renard. Le sol meuble permet aux prédateurs de creuser facilement sous les barrières. Pierre Girard souligne que, malgré les efforts de surveillance — il effectue des contrôles trois fois par jour pour ajuster la température et vérifier l’état de ses poulets — les attaques nocturnes restent une réalité difficile à éradiquer. Ces incidents entraînent des pertes regrettables et imposent une vigilance constante.
Gestion et bien-être animal
Le confinement prolongé pose des problèmes techniques, notamment en termes de gestion de la litière. Habituellement, le libre accès au plein air permet à la litière de se régénérer naturellement. Enfermer les volailles impose un renouvellement beaucoup plus fréquent de la paille pour maintenir un environnement sain.
Interrogé sur les densités, l’éleveur précise que, bien que la densité de 17 poulets par mètre carré en intérieur puisse paraître élevée, elle est contrebalancée par le fait que les animaux passent plus de la moitié de leur vie à l’extérieur. Le cahier des charges du poulet en liberté impose, lui, une densité minimale au parcours extérieur.
La réalité économique du secteur
Le prix d’un poulet fermier, avoisinant les 15 euros chez l’artisan boucher, reflète une chaîne de coûts transparente : coût du poussin, alimentation de qualité, chauffage, abattage et logistique. Pour l’éleveur, la marge finale est étroite.
Lorsqu’on compare ce tarif avec celui des poulets de supermarché à 3 euros, la différence s’explique par deux modèles opposés :
- Le poulet industriel : durée de vie très courte, bâtiments fermés, coûts de production optimisés à l’extrême.
- Le poulet de plein air : croissance lente, accès à la nature (insectes, végétaux), respect du bien-être animal et ancrage territorial.
Pour Pierre Girard, élevé dans cette culture du Sud-Ouest où le lien à la nature est fondamental, l’élevage ne peut se concevoir autrement. Il attend désormais avec impatience la fin des restrictions sanitaires pour redonner à ses poulets la liberté de gambader dans la forêt landaise, rappelant ainsi que le bien-être animal a un prix, que le consommateur doit accepter de payer pour soutenir une agriculture vertueuse.