360 hectares en bio sans labour en république Tchèque, Sébastien Hanssens
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Au-delà de ses choix agronomiques — rotation sur 8 ans incluant des prairies temporaires, semis directs et gestion mécanique des adventices — il apporte un éclairage précieux sur les contraintes du contexte tchèque. Il souligne notamment la pression foncière, les réglementations strictes contre l'érosion et les défis structurels face à la concurrence des agroholdings et des importations ukrainiennes.
Son témoignage offre une vision réaliste du métier, marquée par une recherche constante d'équilibre entre performance économique et respect des sols, tout en abordant les limites humaines et les enjeux de la transmission dans une agriculture en pleine mutation. Un retour d'expérience complet sur les défis de l'agriculture bio en Europe centrale.Sébastien Hanssens est français et installé sur une ferme en agriculture bio en République Tchèque. Il optimise ses coûts de production pour limiter les dépenses.
360 hectares en bio sans labour en république Tchèque, Sébastien Hanssens
Sébastien Hanssens, agriculteur français expatrié en République tchèque depuis 2000, partage son expérience de gestion d’une exploitation de 360 hectares en agriculture biologique diversifiée. Après une carrière de 25 ans au sein du groupe Soufflet, il se consacre désormais à temps plein à son exploitation située en Moravie, tout en travaillant comme consultant pour une start-up allemande axée sur les crédits carbone dans la filière agroalimentaire.
Parcours et évolution agronomique
L’histoire agricole de Sébastien en République tchèque débute par la reprise de kolkhozes en faillite, d’abord en Slovaquie, puis en République tchèque. Son parcours agronomique reflète une quête constante de résilience :
- 2000-2003 : Débuts en semi-direct intégral pour des raisons économiques (faible capital), sans couverts végétaux, ce qui a rapidement conduit à l’épuisement de la fertilité des sols.
- 2003-2016 : Transition vers un système “nutrigé” (outil à dents avec semis direct), toujours sans couverts.
- 2016-2018 : Introduction du semis direct sous couvert vivant pour les cultures d’hiver.
- 2018-Présent : Conversion à l’agriculture biologique. Le système actuel repose sur des couverts, bien que leur réussite reste une problématique majeure, et l’intégration récente de l’agroforesterie.
Environnement agricole tchèque et contraintes
Le contexte tchèque se caractérise par une grande diversité de tailles d’exploitations, allant de petites structures à des “agroholdings” géants de 150 000 hectares appartenant à des milliardaires. La concurrence foncière est permanente et complexe en raison de l’émiettement de la propriété.
L’agriculture tchèque est fortement normée, notamment par une réglementation stricte liée aux risques d’érosion des sols. Les parcelles sont cartographiées selon des modèles simulant l’écoulement des eaux en cas de fortes pluies. Cette catégorisation impose des contraintes sévères sur les cultures autorisées (ex: interdiction du maïs ou du soja sur certaines parcelles à risque), ce qui oblige à une planification rigoureuse de l’assolement.
Gestion économique et subventions
Si le système de subventions PAC est jugé bien géré et transparent, les aides à l’investissement sont décrites comme élitistes et bureaucratiques. En revanche, le régime d’imposition est considéré comme avantageux par rapport à la France.
Sébastien souligne le risque majeur lié à l’intégration potentielle de l’Ukraine dans l’Union européenne. L’effet de ciseau redouté — baisse des subventions européennes globales et effondrement des prix des commodités face à une concurrence ukrainienne très compétitive (sols exceptionnels, coûts de production bas) — menace la survie des fermes familiales au profit des agroholdings.
Système bio actuel : autonomie et vie du sol
L’exploitation repose sur trois piliers : travailler avec la nature, viser l’autonomie en intrants et réduire l’exposition au risque économique.
- Rotation : Cycle de 8 ans incluant 2 ans de prairie temporaire (dactyle, trèfle violet/blanc, luzerne) broyée et restituée au sol, véritable pierre angulaire du système pour la fertilité et la gestion des adventices comme les chardons.
- Travail du sol : Scalpage superficiel (3 cm) suivi d’une fissuration profonde avec des dents étroites pour décompacter sans retourner les horizons. Le labour reste une “arme fatale” exceptionnelle, limitée à 10 % de la surface.
- Gestion des adventices : Absence de désherbants chimiques. Le désherbage est mécanique (roto-étrille, bineuse) et, en dernier recours, l’andainage est utilisé pour récolter malgré la présence de zones vertes.
- Stratégie de stockage : Sébastien gère ses cultures selon la marge au mètre cube de stockage plutôt qu’à l’hectare, cherchant à optimiser son bâtiment de 1500 m².
Agroforesterie et recherche
L’agroforesterie a été intégrée sur 15 hectares en 2024, motivée par la protection contre l’érosion, la biodiversité et une vision de long terme (pompe à nutriments). Sébastien pratique des “crash tests” annuels sur diverses techniques (semis dans la neige, cultures associées) pour tester la viabilité de nouvelles méthodes dans son écosystème spécifique, conscient que le support technique bio est quasi inexistant localement.
En conclusion, Sébastien Hanssens prône une approche pragmatique, refusant de chercher la perfection visuelle dans les champs au profit de la santé du sol et de la rentabilité globale, tout en soulignant la difficulté humaine de maintenir un tel système d’optimisation constante.