5000 Ha en semis-direct aux USA - Trey Hill

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Sur 5 000 ha en semis direct aux USA, Trey Hill raconte l’évolution de son système depuis vingt ans. Au départ, son erreur majeure a été de détruire les couverts trop tôt pour semer “dans le brun” : sols froids, humides et difficiles à implanter. Il défend désormais le semis “dans le vert”, avec des couverts vivants qui protègent le sol, améliorent l’infiltration, limitent l’érosion et soutiennent les rendements, comparables à ceux des voisins conventionnels. Il détaille aussi les adaptations de matériel nécessaires : chasse-débris, gestion de la profondeur, fermeture du sillon et localisation d’engrais au semis. Son objectif n’est pas une rupture brutale vers le bio, mais une transition progressive pour réduire engrais et produits phytosanitaires sans mettre en péril l’équilibre économique. Trey Hill insiste enfin sur l’apprentissage continu, l’usage de l’agriculture de précision, la biodiversité et la construction d’un système plus résilient face au climat et aux enjeux environnementaux.

auto_awesome
Résumé
Sur 5 000 ha en semis direct aux USA, Trey Hill raconte l’évolution de son système depuis vingt ans. Au départ, son erreur majeure a été de détruire les couverts trop tôt pour semer “dans le brun” : sols froids, humides et difficiles à implanter. Il défend désormais le semis “dans le vert”, avec des couverts vivants qui protègent le sol, améliorent l’infiltration, limitent l’érosion et soutiennent les rendements, comparables à ceux des voisins conventionnels. Il détaille aussi les adaptations de matériel nécessaires : chasse-débris, gestion de la profondeur, fermeture du sillon et localisation d’engrais au semis. Son objectif n’est pas une rupture brutale vers le bio, mais une transition progressive pour réduire engrais et produits phytosanitaires sans mettre en péril l’équilibre économique. Trey Hill insiste enfin sur l’apprentissage continu, l’usage de l’agriculture de précision, la biodiversité et la construction d’un système plus résilient face au climat et aux enjeux environnementaux.

Traduction automatique disponible en cliquant en bas à droite de la vidéo 🌱🌿

Dans cette formation, Trey Hill, exploitant de Harborview farm, nous parle de ses itinéraires techniques en semis direct sur ses 5000 hectares cultivés


Historique du semis direct et principale erreur au départ

Trey Hill explique qu’ils ont commencé le semis direct, puis les cultures de couverture, il y a environ vingt ans, en partie à cause d’exigences gouvernementales. À l’époque, l’idée dominante était de semer une culture de couverture puis de la détruire dès que possible, afin d’avoir un champ « brun » au moment du semis de la culture suivante.

Selon lui, cela a été leur plus grosse erreur. Le sol, lorsqu’il est simplement brun, nu ou couvert seulement de résidus morts, reste plus humide et plus froid au printemps. Cela rend le semis plus difficile, car le champ met davantage de temps à se réchauffer et à sécher. Il insiste sur le fait qu’un sol nu crée en réalité un autre climat qu’un sol couvert de végétation vivante.

Il précise que ce système de non-labour sur sol brun est le plus simple à mettre en œuvre, car il demande peu de modifications du matériel : on règle presque le semoir comme en système labouré, avec un peu plus de pression. En revanche, semer dans du vert demande un équipement plus spécifique et davantage de réglages, mais produit selon lui une bien meilleure implantation.

Une transition progressive vers un système plus écologique

Trey Hill explique que son système n’a pas été transformé d’un seul coup. Il a été construit sur le temps long :

  • démarrage des cultures de couverture il y a environ 20 ans ;
  • passage au semis « dans le vert » il y a environ 15 ans ;
  • aujourd’hui, toute l’exploitation est implantée en vert.

Il précise qu’ils restent encore dans un système à intrants élevés : ils utilisent toujours des engrais et des pesticides. Toutefois, leur objectif est de réduire progressivement les doses d’engrais et de produits phytosanitaires, sans prendre de risque économique majeur. Il ne cherche pas à basculer directement en agriculture biologique, mais à construire un système plus résilient étape par étape.

L’idée centrale est de rester capable de produire, de sécuriser les rendements et la viabilité financière, tout en rendant le système progressivement plus « vert ».

Rendements et positionnement du système

Il indique que ses rendements sont comparables à ceux de ses voisins en agriculture conventionnelle. À ses yeux, cela prouve que le système peut fonctionner sans perte de performance globale.

Il insiste cependant sur le fait qu’il ne se présente pas comme un agriculteur « totalement vert ». Il considère simplement être engagé sur une trajectoire d’amélioration, avec un système plus vivant, plus couvert, plus résilient, mais encore imparfait.

Le contexte de la ferme et l’apprentissage dans les résidus de blé

Trey Hill raconte que l’apprentissage du semis direct s’est d’abord fait derrière le blé. Lors de la récolte, ils répartissent toujours la paille, sans la botteler. La raison est économique : exporter la paille reviendrait aussi à exporter beaucoup de potasse et d’éléments fertilisants, ce qui coûterait trop cher à compenser.

Comme ils sont situés assez au sud des États-Unis, ils peuvent semer du soja directement après le blé. Ils pratiquent cela depuis une trentaine d’années. Cela les a obligés à apprendre à semer dans un environnement difficile, avec beaucoup de paille.

Il explique que c’était particulièrement compliqué autrefois, lorsque les moissonneuses répartissaient moins bien la paille. Avec de longues pailles derrière la machine, l’implantation devenait très difficile. Selon lui, cet apprentissage dans la paille de blé les a beaucoup aidés pour développer ensuite leur système.

Il ajoute que les conditions de sa ferme sont, d’après les constructeurs, parmi les plus proches de certaines conditions européennes, notamment anglaises et françaises : forte humidité, gros volume de biomasse, blé productif, beaucoup de paille. Pour cette raison, certaines entreprises viennent tester du matériel chez lui plutôt que d’envoyer des machines en Europe.

Récolte du blé et hauteur de coupe

À la question de la hauteur de coupe du blé, il répond qu’ils coupent aussi haut que possible, sauf si le blé est versé. L’objectif est de laisser le moins possible de paille couchée dans les traces de roues de la moissonneuse. Moins il y a de tapis de paille au sol, plus il est facile de semer ensuite le soja.

Ils ont utilisé pendant environ dix ans des barres de coupe de type Shelbourne Reynolds qui ne prennent que les épis, puis sont revenus à des coupes Draper, notamment de marque MacDon. Mais dans tous les cas, ils cherchent à laisser le chaume le plus haut possible.

Rotation culturale

La rotation principale décrite par Trey Hill est la suivante :

  • maïs ;
  • culture de couverture ;
  • soja de pleine saison ;
  • blé ;
  • soja de deuxième récolte après blé ;
  • retour au maïs.

Sur certaines terres moins favorables au blé, ils pratiquent une rotation plus simple :

  • maïs ;
  • soja ;
  • maïs.

Il précise que, dans sa région, il existe peu de débouchés pour d’autres cultures, ce qui limite fortement les alternatives.

Le choix de semer dans le vert

Pour Trey Hill, la grande différence entre son système et beaucoup d’exemples vus ailleurs, notamment en Europe, est qu’il aime semer dans une couverture encore vivante, et qu’il utilise pour cela des chasse-débris sur le rang.

Il affirme ne pas aimer planter en vert sans chasse-débris, car les roues de jauge du semoir passeraient alors sur la biomasse vivante. Dès qu’il y a une variation d’épaisseur de végétation, la profondeur de semis devient irrégulière. Pour lui, cela est particulièrement problématique en maïs, où chaque graine doit être à la même profondeur pour assurer une levée homogène et éviter des pertes de rendement.

Les chasse-débris sur le semoir

Les chasse-débris passent devant l’élément semeur. Leur rôle est de balayer les résidus et la végétation sur une bande étroite, afin que le semoir travaille sur une ligne propre, quasiment en terre nue.

Trey Hill insiste sur plusieurs points :

  • ils ne doivent pas créer une tranchée ;
  • ils doivent juste nettoyer la surface ;
  • s’ils travaillent trop agressivement, ils peuvent provoquer de l’érosion, notamment en côte ;
  • il faut donc ajuster leur pression avec finesse.

Sur ses semoirs, cette pression est pilotée depuis la cabine grâce à un système pneumatique. Cela permet d’adapter l’agressivité des chasse-débris à la quantité de biomasse rencontrée.

Il explique aussi qu’il existe plusieurs modèles. Certains, avec dents pointues, fonctionnent moins bien dans les cannes de maïs, car les résidus s’y coincent. D’autres, plus courbés et plus agressifs, lui paraissent mieux adaptés. Il cite notamment des équipements Martin et Yetter.

L’importance du contrôle de profondeur

Pour lui, l’enjeu majeur en semis direct dans le vert est de recréer un environnement de semis aussi régulier que dans un champ travaillé. Les fondamentaux restent les mêmes :

  • profondeur homogène ;
  • bon contact graine-sol ;
  • fermeture correcte du sillon.

Ce qui change, c’est la difficulté mécanique à obtenir ces conditions dans un milieu où il y a des racines vivantes, des résidus et de la biomasse.

Il insiste sur le fait qu’il faut aller systématiquement vérifier derrière le semoir, dans chaque champ. Le semis direct exige plus de temps, une vitesse plus lente et plus de réflexion qu’un semis en conditions travaillées.

La fertilisation localisée au semis

L’un des grands enseignements de leur passage aux cultures de couverture a été le suivant : si les cultures de couverture captent bien l’azote et le phosphore pendant l’hiver, ces éléments ne sont plus immédiatement disponibles pour la culture de maïs au printemps.

Ils ont donc dû modifier totalement leur stratégie de fertilisation.

Au semis, ils localisent environ :

  • 30 livres d’azote ;
  • 40 livres de phosphore ;

à environ 6 cm à côté de la ligne de semis.

Cette fertilisation localisée sert à nourrir les jeunes plantules au démarrage, lorsque le sol minéralise peu et que les éléments sont encore immobilisés dans la biomasse. Pour Trey Hill, c’est essentiel pour éviter les maïs jaunes, stressés, et mal démarrés.

L’immobilisation de l’azote par les couverts

Trey Hill explique que l’un de ses grands défis a été l’immobilisation trop longue de l’azote dans les gros couverts, surtout lorsqu’ils contiennent beaucoup de céréales. Cela lui a coûté du rendement à certaines périodes.

Le problème n’est pas seulement que les céréales absorbent de l’azote : leur rapport carbone/azote élevé fait aussi que la décomposition de leurs résidus mobilise encore davantage d’azote au profit des micro-organismes, au détriment du maïs.

Il indique que c’est un sujet central dans son système : réussir à bénéficier des couverts sans pénaliser la culture suivante.

Pas de couvert permanent, mais des couverts annuels semés après récolte

À la question des couverts permanents, il répond clairement qu’il n’en utilise pas. Dans son système, tout est semé chaque année après récolte et détruit avant ou pendant le cycle de la culture suivante.

Ils ne conduisent qu’une culture principale à la fois :

  • maïs ;
  • soja ;
  • blé.

Ils n’ont pas encore trouvé comment faire fonctionner efficacement des cultures compagnes permanentes dans leur contexte. Le seul exemple de mélange avec la culture en place qu’il cite est l’ajout de radis dans le blé semé à l’automne.

Les mélanges de cultures de couverture

Ils ont commencé avec des couverts simples, notamment de l’orge, qu’il considère comme une espèce assez tolérante et facile pour débuter.

Aujourd’hui, ils utilisent plutôt des mélanges de cinq à six espèces, comprenant selon les cas :

L’objectif recherché est la diversité. En particulier, ils chargent davantage en légumineuses avant le maïs, afin de réduire les problèmes liés à l’azote.

Il observe toutefois que les espèces prennent le dessus différemment selon les champs et leur fertilité. Dans les parcelles riches en azote, les céréales dominent. Dans les parcelles moins riches, le trèfle cramoisi domine davantage. Cela rend très difficile l’anticipation du comportement des mélanges au printemps.

Les systèmes de fermeture du sillon

Trey Hill explique que la fermeture du sillon est un point très difficile en semis direct, encore plus en semis dans le vert. Lorsque l’ouvre-sillon coupe des racines vivantes et tranche un sol structuré, les parois du sillon se referment moins facilement que dans un sol travaillé.

Il compare la structure du sol à celle d’un gâteau moelleux ou d’un bon pain : une fois tranché, il est difficile de le « recoudre ».

Pour cette raison, il utilise des systèmes de fermeture spécifiques, avec des combinaisons de roues crantées, de roues en fonte ou de roues à pointes selon les semoirs. L’objectif est double :

  • refermer le sillon ;
  • l’aérer légèrement ;
  • sans trop compacter.

Il indique avoir longtemps utilisé deux roues à pointes, mais avoir rencontré des problèmes dans les sols meubles : elles pouvaient descendre trop profondément et déterrer les graines. Il cherche donc un compromis entre fermeture, aération et contrôle de profondeur.

Les ouvre-disques et le semis dans les résidus de blé

Pour les semis derrière blé, il évoque aussi l’intérêt de nouveaux ouvre-disques plus agressifs, capables de mieux couper les résidus. Le problème classique est le hairpinning, c’est-à-dire lorsque les résidus sont enfoncés dans le sillon au lieu d’être coupés nettement. Cela nuit à la germination.

Il dit apprécier certains nouveaux disques qui gardent un meilleur tranchant et limitent ce phénomène, notamment dans la paille de blé.

Appui hydraulique sur les éléments semeurs

Il décrit également une technologie récente sur ses semoirs : des vérins hydrauliques qui remplacent en partie les ressorts de pression des éléments semeurs.

L’intérêt est que le système lit l’effort nécessaire pour maintenir l’élément dans le sol et ajuste la pression en temps réel. En semis direct, c’est particulièrement utile car le champ n’est pas homogène : certaines zones sont plus dures, d’autres moins. Avec des ressorts classiques, on est obligé de régler pour la zone la plus dure, ce qui surcharge inutilement les autres zones.

Le système permet aussi de cartographier le compactage pendant le semis.

Le compactage et les cultures de couverture

À la question du compactage, Trey Hill répond que les cultures de couverture aident, mais ne résolvent pas tout. Il reste des zones problématiques, notamment :

  • dans les passages de pulvérisateur ;
  • sur les bordures ;
  • dans les zones de trafic intense ;
  • après récolte en conditions humides.

Ils utilisent des pulvérisateurs de 30 mètres, très lourds, et cela crée toujours du compactage. Pour tenter de le corriger, ils augmentent localement les doses de radis daikon et de colza sur les bordures et les zones à trafic.

Malgré cela, il reconnaît qu’il leur arrive encore de devoir envisager ponctuellement un travail du sol correctif, par exemple après une récolte en conditions très humides. Même si cela va contre leur philosophie, il considère qu’il faut parfois être pragmatique.

Ils ont réfléchi aux voies permanentes de circulation, mais cela ne supprime pas totalement les problèmes de compaction.

Agriculture de précision

Trey Hill utilise largement l’agriculture de précision.

Modulation de densité de semis

Les densités de semis sont modulées à partir :

  • de cinq années de cartes de rendement ;
  • de la carte des sols ;
  • d’une normalisation pluriannuelle des performances.

Il explique que les bonnes zones d’un champ sont en général bonnes pour plusieurs cultures, et les mauvaises restent mauvaises. Cette approche permet de produire des cartes de semis jugées plus pertinentes.

Il cite par exemple des densités en maïs variant d’environ 80 000 à 94 000 graines par hectare selon les zones.

Modulation de l’azote

La gestion de l’azote est encore plus sophistiquée. Ils utilisent :

  • des cartes de conductivité électrique des sols ;
  • des données météo ;
  • des images satellite ;
  • des objectifs de rendement ;
  • des modèles de lessivage.

Le système estime ce qu’il reste de l’azote déjà apporté, croise cela avec l’état de la culture observé par satellite, puis pilote une application variable d’azote.

Positionnement de l’azote en végétation

Comme l’azote épandu en surface peut être immobilisé par les résidus ou volatilisé, Trey Hill a fait évoluer sa stratégie d’apport en cours de culture.

Ils appliquent l’azote liquide avec des pendillards ou des tubes positionnés près du rang, afin de le déposer localement au bon endroit. Cela permet :

  • de limiter la volatilisation ;
  • de réduire l’interception par les résidus ;
  • d’améliorer l’efficacité de l’apport.

Ils utilisent de l’UAN 32 %. Le premier petit apport est localisé au semis, puis le reste est apporté plus tard, quand le maïs en a réellement besoin.

Le blé dans le système

Le blé est la culture la plus simple du système. Après récolte du soja, ils sèment le blé en semis direct sur sol brun. Ils n’ont pas beaucoup modifié cette pratique.

Après le soja, ils apportent généralement :

  • 1,5 à 2 tonnes de fumier ou litière de volaille, qui sert de base phospho-potassique et d’azote d’automne.

Au printemps, ils réalisent deux apports d’azote et de soufre. Ils conservent aussi une protection fongicide à la floraison pour limiter la fusariose.

Lors du semis du blé, ils ajoutent environ une livre de radis dans le mélange. La dose est très faible : l’objectif est simplement d’apporter un peu de diversité. Le radis gèle en hiver et n’affecte pas le rendement du blé.

Interactions entre espèces et effets d’association

Trey Hill insiste sur le fait que certaines espèces se supportent bien, d’autres non. Il évoque par exemple ce qu’ils appellent chez eux un effet négatif entre ray-grass et maïs : le maïs ne se développe pas bien dans cet environnement.

Il cite aussi l’idée que les racines « communiquent » entre elles, en reprenant les travaux sur les forêts et les interactions biologiques entre plantes. Pour lui, il y a clairement des associations plus favorables que d’autres, et une partie importante du travail consiste à identifier quelles espèces « vont bien ensemble ».

Selon lui :

  • le soja aime les céréales ;
  • le maïs, beaucoup moins, à cause des questions d’azote et de concurrence.

Le maïs semé très tôt dans des couverts encore vivants

Trey Hill explique qu’ils sèment parfois le maïs très tôt, dès début mars ou début avril, alors que leur date normale de semis serait plutôt autour du 15 avril.

Cela est très risqué dans leur contexte, car ils peuvent avoir :

  • du gel ;
  • du froid ;
  • des pluies froides.

Pourtant, il observe que des couverts encore petits mais vivants protègent les semences :

  • au-dessus du sol, contre le gel ;
  • dans le sol, grâce aux racines vivantes ;
  • en tamponnant la température ;
  • en améliorant l’environnement de germination.

Il affirme que cela élargit leur fenêtre de semis et permet aussi aux champs d’être plus portants.

Mais il souligne également que, si les couverts deviennent trop développés avant le semis de maïs, cela pose problème.

Limite de hauteur des couverts avant maïs

Pour le maïs, il estime qu’au-delà d’environ 40 cm de hauteur du couvert, le risque devient important. Si le couvert est trop haut, le maïs est ombragé à la levée, ce qui déforme les jeunes plantes, peut conduire à des tiges tordues, à de la stérilité partielle et à une forte baisse de rendement.

C’est un point qu’ils ont appris par l’expérience : le maïs supporte le vert, mais pas un couvert trop développé.

Le roulage et le crimping

Une partie importante de son intervention concerne le roulage et le crimping des couverts, notamment dans la perspective de réduire les herbicides et d’aller vers des systèmes biologiques.

Il explique qu’ils se sont longtemps demandé s’il valait mieux :

  • rouler puis semer ;
  • ou semer puis rouler.

Ils ont changé plusieurs fois d’avis, et il reconnaît ne pas avoir de réponse définitive.

Leur rouleau maison

Ils ont fabriqué eux-mêmes leur rouleau à partir d’un ancien outil de travail du sol, sur lequel ils ont soudé des plaques. Cela leur a permis de tester la technique à faible coût, sans trop investir dans un matériel neuf alors qu’ils n’étaient pas certains des résultats.

Leur système présente plusieurs sections indépendantes, avec un chevauchement entre éléments, afin d’assurer un meilleur contact avec le sol même en terrain irrégulier.

Le principe du crimping

L’objectif n’est pas de couper le couvert, mais de le plier et de l’écraser. Si on le coupe, il peut repartir de façon encore plus agressive. Il faut donc trouver le bon niveau de pression pour coucher la plante sans la sectionner.

Trey Hill pense qu’un futur bon rouleau devrait permettre un contrôle hydraulique ou pneumatique de la pression depuis la cabine, pour s’adapter aux variations de biomasse dans le champ.

Le bon stade pour tuer les couverts

Il rappelle que les céréales deviennent assez faciles à détruire au rouleau après floraison, quand elles ont accumulé de la lignine. En revanche, le timing est très serré : on ne peut les tuer mécaniquement qu’à ce moment-là.

Le trèfle, lui, reste plus difficile à détruire. Ils s’intéressent à certains trèfles à tige creuse, comme le trèfle balansa, qui pourraient être plus faciles à coucher et tuer au rouleau.

Le soja et les couverts

Trey Hill dit que le soja se comporte beaucoup mieux que le maïs dans les gros couverts. Dans tous les essais qu’ils ont faits, le soja donne de meilleurs rendements en semis dans le vert qu’en semis sur sol brun.

Ils ont même parfois laissé des couverts très développés pousser sans les rouler, simplement en semant dedans. La récolte est alors plus compliquée, mais les rendements restent meilleurs.

Il cite aussi l’exemple d’un agriculteur de l’Indiana en semis direct biologique, qui sème le soja puis roule plus tard, lorsque le soja est déjà levé. Cela permet de laisser pousser le couvert plus longtemps, donc de produire davantage de biomasse avant destruction. Cette idée l’intéresse beaucoup.

Le potentiel d’un roulage entre rangs en maïs

Il évoque aussi une piste de recherche pour le maïs : utiliser un trèfle ou une légumineuse entre les rangs, puis la coucher plus tard, quand le maïs est déjà développé, afin de libérer l’azote à un moment plus utile.

Ils ont appris que l’azote contenu dans les nodosités de légumineuses mortes se libère beaucoup plus vite qu’ils ne l’imaginaient. Le problème est donc de synchroniser cette libération avec les besoins du maïs.

D’où l’idée d’un passage de rouleau entre rangs plus tard en saison.

Les limaces : le principal problème non résolu

Pour Trey Hill, les limaces sont probablement le plus gros problème de tout le système. Il dit très clairement qu’il n’a pas de bonne solution.

Il a testé différentes approches :

  • traitements ;
  • azote de nuit ;
  • produits très agressifs ;
  • exposition au soleil ;
  • dégagement du rang.

Ce qui aide un peu, selon lui, c’est de nettoyer la ligne de semis avec les chasse-débris : les limaces restent davantage dans les résidus entre rangs. Mais ce n’est pas une solution complète.

Il mentionne aussi l’idée de favoriser les carabes et autres prédateurs naturels, notamment via des habitats spécifiques. C’est une piste qu’ils commencent à explorer, sans résultats encore établis.

L’observation par satellite d’un essai vert contre brun

Trey Hill présente ensuite un essai particulièrement marquant. Sur un champ de maïs, ils ont laissé une bande de 30 mètres semée dans le vert, alors que le reste du champ a été détruit et semé sur brun.

Les images satellite ont montré plusieurs choses au cours de la saison :

  • au départ, la bande semée dans le vert paraissait moins vigoureuse, plus jaune, manifestement en manque d’azote ;
  • puis cette différence s’atténuait ;
  • plus tard, lors de la sécheresse, la bande semée dans le vert résistait mieux.

Dans la zone non irriguée, le contraste est devenu très net en faveur du semis dans le vert. En zone irriguée, la différence disparaissait.

La carte de rendement n’a pas montré une différence énorme partout, mais dans certaines zones touchées par la sécheresse, le semis dans le vert a fait nettement mieux, avec selon lui un avantage d’environ 1 à 2,5 tonnes par hectare dans les situations les plus marquées.

Pour lui, cela confirme fortement que les couverts améliorent la résilience au stress hydrique, même si la gestion de l’azote reste à affiner.

Une stratégie d’apprentissage par étapes

À plusieurs reprises, Trey Hill insiste sur le fait qu’ils avancent problème par problème :

  1. apprendre à planter correctement dans le vert ;
  2. comprendre la fertilité et le cycle de l’azote ;
  3. réduire les herbicides ;
  4. améliorer encore le système avec la précision et la biologie.

Il explique aussi qu’ils commencent à raisonner différemment la protection herbicide, avec plus de produits sur les bordures et moins à l’intérieur des champs, où les couverts assurent déjà une bonne couverture et suppriment une grande partie des adventices.

Pollinisateurs et image de l’agriculture

Trey Hill consacre une partie importante de son intervention aux pollinisateurs. Pour lui, c’est un sujet trop négligé.

Il parle notamment des abeilles et des papillons monarques. Son idée est qu’au-delà de la question des insecticides, les agriculteurs doivent aussi se demander ce qu’ils font pour fournir de l’habitat.

Parmi les actions mises en place :

  • laisser pousser l’asclépiade sur les bords de champs et cours d’eau, car c’est la plante hôte des monarques ;
  • ne plus tondre systématiquement tous les bords ;
  • conserver des bandes fleuries ;
  • intégrer du colza dans tous les mélanges de couverts, car il fleurit tôt et fournit une ressource aux abeilles ;
  • relever les rampes de pulvérisateur en bordure pour ménager des bandes non traitées qui deviennent des bandes à pollinisateurs.

Il souligne que cela a aussi un effet très positif sur la perception des voisins, des propriétaires et du grand public.

Réduction des insecticides

Il explique qu’auparavant, ils appliquaient systématiquement des insecticides sur toute la surface. Ce n’est plus le cas. Désormais, les traitements insecticides sont pilotés par l’observation et les seuils.

Cette évolution est liée à la fois :

  • à leur volonté de progresser écologiquement ;
  • à la présence accrue de pollinisateurs ;
  • à une réflexion plus générale sur l’équilibre biologique.

Il dit toutefois qu’il utilise encore des traitements de semences insecticides et fongicides. Là encore, il n’a pas encore trouvé le courage de s’en passer complètement.

Le regard critique sur l’agriculture biologique et les marchés

Trey Hill voit dans le semis direct biologique une forme d’idéal : moins ou pas de chimie, plus de fonctionnement naturel. Il admire ceux qui y arrivent, mais il souligne aussi le niveau de risque économique et technique.

Il rappelle que, chez lui, la demande en maïs et soja biologiques existe, notamment pour l’alimentation des volailles. Mais il note aussi que ce marché devient mondialisé : il se retrouve en concurrence avec des producteurs d’autres pays ayant des coûts bien plus faibles.

Pour lui, cela montre que le simple label « biologique » ne suffit pas forcément. Il faut aussi penser :

  • production locale ;
  • empreinte carbone ;
  • différenciation du produit ;
  • intégration verticale ;
  • narration autour de la ferme et du système de production.

L’idée d’une agriculture différenciée et mieux valorisée

Trey Hill explique que l’un de ses objectifs est de produire autrement pour pouvoir aussi mieux valoriser ce qu’il produit. Il ne veut pas seulement faire « la même chose que tout le monde ».

Il estime que les agriculteurs doivent trouver des moyens de se différencier, de raconter leur histoire, d’intégrer davantage la chaîne de valeur, et de proposer autre chose qu’une simple commodité agricole standard.

Cela peut passer, selon lui, par :

  • une production plus respectueuse de l’environnement ;
  • une meilleure traçabilité ;
  • un produit local ;
  • une empreinte carbone plus faible ;
  • un lien plus direct avec les consommateurs.

Recherche, partenariats et ouverture

Trey Hill travaille avec plusieurs chercheurs et structures :

  • université du Maryland ;
  • USDA ;
  • fondations environnementales ;
  • groupes de protection des rivières ;
  • entreprises privées.

Il raconte qu’il a beaucoup appris en acceptant de travailler avec des personnes ou des organisations qui n’étaient pas au départ dans son univers habituel, voire parfois critiques envers l’agriculture.

Il y voit une source de progrès, de crédibilité scientifique et aussi de meilleure acceptation sociale de son métier.

Effet des cultures de couverture sur le lessivage de l’azote

Il cite un essai mené avec plusieurs modalités de couverts, où des mesures ont été faites dans l’eau percolant sous le sol. Les résultats ont montré que la concentration en azote lessivé était environ trois fois plus élevée là où il n’y avait pas de culture de couverture.

Ce type de résultat l’a fortement conforté dans l’idée que les couverts sont bénéfiques, au-delà de la seule agronomie de la parcelle.

Température, eau et azote dans le sol

Avec d’autres chercheurs, il installe aussi des sondes dans le sol pour mesurer en temps réel :

  • température ;
  • humidité ;
  • circulation de l’azote ;
  • effet des événements pluvieux.

L’objectif est de mieux comprendre ce qui se passe dans les différents scénarios :

  • semis sur brun ;
  • petits couverts ;
  • gros couverts semés dans le vert.

Il espère ainsi améliorer à terme la gestion de l’azote et mieux synchroniser les cycles biologiques avec les besoins des cultures.

Marché du carbone, blockchain et traçabilité

Trey Hill s’intéresse beaucoup au marché du carbone. Il travaille avec des outils de modélisation de la séquestration de carbone à l’échelle de la ferme.

Il explique que des programmes se mettent en place pour rémunérer les agriculteurs qui :

  • ne labourent pas ;
  • gardent les résidus ;
  • implantent des cultures de couverture ;
  • augmentent la séquestration de carbone.

Il cite des niveaux de rémunération potentiels de l’ordre de 25 à 40 dollars par hectare.

Il décrit aussi des projets basés sur :

  • la blockchain ;
  • la vérification des pratiques ;
  • la traçabilité numérique ;
  • des formes de paiement en crypto-monnaie.

Au-delà de l’aspect technique, ce qui l’intéresse est surtout la possibilité de disposer à terme d’une empreinte carbone vérifiée de la ferme, utilisable pour différencier ses produits.

Une vision de l’avenir : durable plutôt que simplement biologique

Trey Hill dit à plusieurs reprises qu’il pense que l’avenir de l’alimentation n’est pas seulement « bio », mais « durable ». Pour lui, l’empreinte carbone est sans doute l’un des meilleurs critères synthétiques pour juger un système.

À ses yeux, un agriculteur qui séquestre du carbone travaille nécessairement mieux pour l’environnement qu’un agriculteur qui en relargue, même si celui-ci est en bio mais laboure beaucoup.

Il imagine un futur où le consommateur pourra scanner un produit et accéder à l’histoire complète :

  • qui l’a produit ;
  • comment ;
  • avec quelle empreinte carbone ;
  • dans quel système.

Transparence, communication et place de l’agriculteur

Un thème fort de son intervention est la transparence. Trey Hill estime que les agriculteurs ont souvent trop fermé leurs fermes, trop caché leurs pratiques, et ont ainsi laissé d’autres raconter leur histoire à leur place.

Selon lui, les agriculteurs doivent mieux communiquer, y compris avec des publics qui ne leur sont pas spontanément favorables. C’est aussi ce qui pousse à progresser.

Il dit que le dialogue avec des environnementalistes, des chercheurs, des consommateurs et d’autres acteurs l’a fait évoluer et l’a aidé à changer sa manière de produire.

Une démarche personnelle autant qu’agronomique

Enfin, Trey Hill dit aussi que cette évolution a été, pour lui, une façon de mettre sa propre empreinte sur la ferme familiale. Il ne voulait pas simplement reproduire le système de son père, mais construire quelque chose qui lui ressemble.

Ce chemin n’a pas été simple. Il dit que cela a été long, parfois stressant, parfois solitaire. Mais il affirme qu’une fois le système en place, quand l’eau est plus claire, que les champs n’érodent plus et que le sol est couvert, il dort mieux la nuit.

Idées principales à retenir

  • La plus grande erreur initiale a été de détruire les couverts trop tôt et de semer sur brun.
  • Le semis dans le vert demande plus de technique, mais améliore selon lui le fonctionnement du système.
  • Les fondamentaux restent les mêmes : profondeur, contact graine-sol, fermeture du sillon.
  • Le maïs est beaucoup plus sensible que le soja à la gestion des couverts.
  • L’azote est le point technique le plus difficile.
  • Les limaces sont le principal problème non résolu.
  • Les cultures de couverture améliorent nettement la résilience à la sécheresse.
  • La transition doit être progressive et économiquement soutenable.
  • L’agriculture de précision peut aider à mieux piloter ces systèmes.
  • Les pollinisateurs, la transparence et la communication avec la société sont des sujets majeurs.
  • À long terme, la valorisation pourrait passer par la traçabilité et le carbone plus que par les seuls labels classiques.