Agriculture de conservation au maroc, retour terrain, Mohsine Abdelhakim

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette vidéo, Mohsine Abdelhakim, ingénieur agronome et président de l’Association Marocaine d’Agriculture de Conservation (AMAC), présente le déploiement de l'agriculture de conservation (AC) au Maroc. Face aux défis croissants du changement climatique, marqués par la raréfaction des précipitations et l'augmentation des températures, le Maroc a placé l'agriculture de conservation au cœur de sa stratégie « Génération Green ». L'objectif est d'atteindre un million d'hectares en semis direct d'ici 2030. Mohsine Abdelhakim détaille les piliers de cette transition : utilisation de semoirs adaptés, maintien des résidus de culture et diversification des rotations. Il aborde également les contraintes techniques, structurelles et foncières rencontrées, notamment la gestion des mauvaises herbes, le surpâturage et le morcellement des terres. Ce retour d'expérience précieux souligne l'importance cruciale de la coopération entre acteurs institutionnels et professionnels pour assurer la résilience des systèmes agricoles face à un climat de plus en plus aride.

auto_awesome
Résumé
Dans cette vidéo, Mohsine Abdelhakim, ingénieur agronome et président de l’Association Marocaine d’Agriculture de Conservation (AMAC), présente le déploiement de l'agriculture de conservation (AC) au Maroc. Face aux défis croissants du changement climatique, marqués par la raréfaction des précipitations et l'augmentation des températures, le Maroc a placé l'agriculture de conservation au cœur de sa stratégie « Génération Green ». L'objectif est d'atteindre un million d'hectares en semis direct d'ici 2030. Mohsine Abdelhakim détaille les piliers de cette transition : utilisation de semoirs adaptés, maintien des résidus de culture et diversification des rotations. Il aborde également les contraintes techniques, structurelles et foncières rencontrées, notamment la gestion des mauvaises herbes, le surpâturage et le morcellement des terres. Ce retour d'expérience précieux souligne l'importance cruciale de la coopération entre acteurs institutionnels et professionnels pour assurer la résilience des systèmes agricoles face à un climat de plus en plus aride.

Agronome et président de l'AMAC (association marocaine d'agriculture de conservation des sols), Mohsine Abdelhakim nous présentera les intérêts du semis direct pour faire face aux sécheresses récurrentes dans le contexte méditerranéen.




Introduction à l’agriculture de conservation au Maroc

L’agriculture de conservation (AC) représente un levier majeur pour le Maroc, un pays confronté à une dégradation croissante de ses ressources naturelles et à des épisodes de sécheresse de plus en plus sévères. Pour répondre à ces défis, l’Association marocaine de l’agriculture de conservation (AMAC) a été créée en 2016. Elle réunit chercheurs, ingénieurs, techniciens, agriculteurs et prestataires de services avec pour mission de promouvoir le semis direct et de faciliter la transition vers un système agricole durable et résilient face au changement climatique.

Rôle et missions de l’AMAC

Depuis sa création, l’AMAC joue un rôle de catalyseur dans la diffusion des techniques d’agriculture de conservation à l’échelle nationale. Ses objectifs principaux sont :

  • Réseautez et sensibilisez : Créer un réseau national d’acteurs agricoles et sensibiliser les autorités publiques sur l’importance de ce système pour la durabilité des productions.
  • Transfert de technologie : Organiser des formations, des séminaires, des journées portes ouvertes et des démonstrations techniques (essais variétaux, tests de semoirs).
  • Partenariats stratégiques : Collaborer avec des institutions nationales (INRA, ONCA, IAV Hassan II, OCP/Tourba) et internationales pour mutualiser les expertises.
  • Accompagnement terrain : La mise en œuvre de caravanes nationales et de programmes de formation certifiants pour les jeunes entrepreneurs agricoles permet d’accompagner la montée en compétences des agriculteurs.

Grâce à ces efforts collectifs, le Maroc est passé de 6 000 hectares en semis direct en 2016 à 160 000 hectares en 2024, avec un objectif ambitieux d’un million d’hectares d’ici 2030, intégré dans la stratégie nationale “Génération Green”.

Défis climatiques et agronomiques

Le Maroc fait face à une augmentation des températures (de +1 à +1,5°C en 40 ans) et à une baisse significative de la pluviométrie, qui devient, de surcroît, très imprévisible géographiquement. Face à cette réalité, Mohsine Abdelhakim souligne trois piliers techniques pour l’AC au Maroc :

  1. Utilisation de semoirs adaptés : Le parc national compte désormais plus de 850 semoirs, majoritairement à soc, bien que des efforts soient faits pour diversifier l’offre avec des semoirs à disques.
  2. Gestion des résidus : Conserver les résidus de culture est crucial pour maintenir l’humidité du sol. Cependant, cela se heurte à des traditions locales de pâturage transhumant, où la paille est souvent récupérée par des tiers après la moisson.
  3. Rotation culturale : La diversité des cultures (céréales, légumineuses, oléagineuses, cultures fourragères) est essentielle, bien que limitée par des contraintes foncières et le manque de débouchés commerciaux pour certaines espèces.

Adaptation des pratiques au contexte aride

Contrairement aux pratiques observées dans certaines régions de France, l’agriculture de conservation au Maroc doit intégrer une gestion très économe de l’eau :

  • Densité de semis : Une réduction drastique de la dose de semis est pratiquée (par exemple, passer de 250-300 kg/ha à 60-120 kg/ha pour le blé) pour limiter la compétition hydrique entre les plantes.
  • Fertilisation : Le fractionnement de l’azote est piloté par la pluviométrie. En sols alcalins, l’utilisation de sulfate d’ammoniaque est préconisée pour aider à baisser légèrement le pH et favoriser l’assimilation des nutriments.
  • Irrigation d’appoint : Dans le cadre de la stratégie “Génération Green”, l’État développe l’irrigation d’appoint (20 à 40 mm lors des stades critiques) pour sécuriser les rendements dans les zones céréalières stratégiques, malgré la raréfaction des ressources en eau.

Conclusion

L’agriculture de conservation au Maroc ne cherche pas à copier les modèles européens, mais à s’adapter à une réalité climatique où chaque millimètre d’eau compte. Bien que les contraintes foncières (morcellement, mode de location des terres) et culturelles restent des freins, la dynamique est enclenchée. Mohsine Abdelhakim insiste sur la nécessité de poursuivre cette collaboration internationale et de s’inspirer des modèles ayant réussi dans des conditions arides comparables, comme l’Australie, pour garantir la sécurité alimentaire des générations futures.