Construire une filière betterave sucrière en agriculture du vivant ?
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Aujourd'hui, on vous propose de suivre pendant une semaine les interventions qui ont eu lieu lors de la journée technique betteraves de Pour une Agriculture du Vivant !
Présentation de Pour une agriculture du vivant
Nina Bingo, responsable coopération et filières au sein de l’association Pour une agriculture du vivant, présente ici une intervention qui vise à sortir des seuls aspects techniques et agronomiques pour parler de la filière dans son ensemble.
La présentation est organisée en trois temps :
- présenter l’association Pour une agriculture du vivant, ses missions et ce qu’elle fait ;
- expliquer sa méthodologie de travail dans les projets ;
- illustrer cette approche avec un exemple concret de projet structuré depuis la fin de l’année 2018 sur les cultures de pommes de terre et de betteraves.
L’objectif est de montrer comment construire des filières en agriculture du vivant, au-delà des seules pratiques culturales.
Qu’est-ce que Pour une agriculture du vivant ?
Pour une agriculture du vivant, souvent abrégé en « PADV », est présenté comme un mouvement de coopération né en 2018, après une période de réflexion antérieure.
Ce mouvement a été formalisé à l’initiative de différents types d’acteurs des filières :
- des acteurs de l’aval, notamment de la restauration et de la distribution ;
- des agronomes cherchant à promouvoir les pratiques agroécologiques.
Ces acteurs se sont rassemblés autour d’une mission commune : accélérer la transition agricole et alimentaire vers des pratiques de sols vivants et d’agroécologie.
Pour cela, l’association veut structurer des filières.
Le socle agronomique : partir du sol
Au cœur de l’approche de PADV se trouve un socle agronomique fondé sur l’agroécologie.
La fertilité des sols est considérée comme centrale. L’idée défendue est qu’en partant du sol, il est possible de travailler :
- sur la santé des sols ;
- puis sur la santé des plantes ;
- sur la santé des humains ;
- et plus largement sur celle des écosystèmes.
Cette logique relie directement le fonctionnement du sol à la qualité nutritionnelle des produits et aux bénéfices environnementaux.
Le sol est donc présenté comme le point de départ.
Les leviers d’action de l’association
La mission de structuration de filières repose sur quatre grands leviers d’action :
- l’agronomie ;
- les filières ;
- la pédagogie ;
- la communication.
Les bénéfices attendus de cette approche sont multiples :
- régénération des sols ;
- production de biodiversité ;
- amélioration de la qualité de l’eau ;
- lutte contre le dérèglement climatique ;
- et autres services environnementaux.
Un mouvement de coopération
Au moment de l’intervention, PADV rassemble :
- 37 entreprises adhérentes ;
- environ 500 agriculteurs adhérents ;
- et, au total, plusieurs milliers de producteurs concernés par les projets portés par l’association.
L’équipe compte dix salariés, avec :
- une équipe basée à Paris ;
- des chargés de mission en région, sur quatre territoires.
Eric, mentionné lors de l’intervention, est cité comme à l’origine de l’organisation de la journée pour le territoire Seine-Normandie.
L’association insiste sur le fait qu’elle ne travaille pas seule. Elle s’appuie sur un large réseau de partenaires :
- partenaires techniques et agronomiques ;
- partenaires financiers ;
- acteurs répartis sur l’ensemble du territoire.
Une approche systémique, inclusive, pragmatique et mutualisée
L’approche de PADV est résumée par plusieurs caractéristiques.
Une approche systémique
L’association travaille à la fois :
- sur l’ensemble des filières ;
- et sur les rotations.
Il s’agit de réfléchir à la valorisation des différentes productions de la rotation, et non d’isoler une culture seule.
Une approche inclusive
PADV part du principe que tous les acteurs peuvent progresser :
- quel que soit leur maillon dans la chaîne alimentaire ;
- quel que soit leur niveau d’avancement dans une démarche agroécologique.
Cette approche est aussi inclusive parce qu’elle cherche à associer tous les partenaires intéressés, y compris des démarches ou labels existants, afin d’y intégrer davantage la question des sols.
Une approche pragmatique
L’association met en avant :
- son ancrage terrain ;
- le contact direct ;
- et l’importance des retours d’expérience d’agriculteurs.
Une approche mutualisée
La mutualisation des ressources et des moyens est vue comme un moyen d’aller plus vite dans la transition.
L’approche agronomique défendue
L’intervention rappelle les grands principes déjà abordés au cours de la journée :
- couverture permanente des sols ;
- limitation maximale du travail du sol ;
- recherche de maximisation de la biomasse ;
- restauration de la fertilité naturelle ;
- stockage du carbone dans les sols.
L’enjeu économique et filière
Cette approche agronomique doit s’accompagner d’un travail sur l’économie et les filières.
Quatre points sont mis en avant.
La réflexion sur les coûts de production
Le changement de pratiques implique de revoir les équilibres économiques.
Il est rappelé, par exemple, que :
- certaines charges de mécanisation peuvent diminuer ;
- mais que les coûts liés aux couverts peuvent augmenter.
Il faut donc mettre ces éléments en balance pour permettre des choix cohérents et sécuriser le système.
La diversification des revenus
La diversification peut notamment passer par la valorisation de la biomasse produite.
La valorisation économique des produits
Le prix d’achat devrait pouvoir refléter :
- la qualité nutritive des produits ;
- les pratiques environnementales mises en œuvre ;
- les bénéfices environnementaux mesurés.
La rémunération des services environnementaux
Au sein de l’association, un travail de recherche et développement est mené sur :
- les crédits carbone ;
- la valorisation du stockage de carbone par les agriculteurs.
PADV participe à des groupes de travail nationaux portés notamment par le ministère de l’Agriculture et l’Ademe, afin de défendre l’idée que les services rendus par les agriculteurs à l’environnement doivent être valorisés.
Une gouvernance équilibrée
PADV est ouvert à tous et rassemble des entreprises situées à différents niveaux des filières :
- coopératives ;
- négoces ;
- industriels transformateurs ;
- distributeurs ;
- groupes d’agriculteurs ;
- agriculteurs.
La gouvernance est organisée en trois collèges :
- un collège d’acteurs de l’amont ;
- un collège d’acteurs de l’aval ;
- un collège de partenaires de la transition.
Ce dernier peut comprendre, par exemple :
- des structures de développement agricole ;
- des structures de financement.
Créer et répartir la valeur dans les filières agroécologiques
Le projet général, lorsqu’il s’agit de travailler sur des filières agroécologiques, est :
- de créer ensemble de la valeur ;
- de démontrer concrètement cette valeur à travers les bénéfices environnementaux ;
- puis de répartir cette valeur équitablement au sein de la filière.
Deux grands cas de figure sont distingués.
Adapter des filières existantes
Le cas le plus fréquent est celui d’une entreprise adhérente de l’aval souhaitant s’approvisionner en produits agroécologiques tout en continuant à travailler avec ses fournisseurs historiques.
Il s’agit alors d’accompagner un changement de pratiques dans une filière existante.
Créer de nouvelles filières
Le second cas est celui de la création de nouvelles filières, afin notamment de valoriser des agriculteurs déjà très avancés dans les pratiques agroécologiques et de les mettre en relation avec les membres de l’association.
Les actions menées sur le volet agronomie
Le premier levier d’action est l’agronomie.
L’objectif est de :
- consolider les bases agronomiques ;
- mettre à disposition les connaissances acquises ;
- diffuser les savoirs issus :
- des organismes de recherche et de développement ;
- mais surtout des agriculteurs qui expérimentent sur le terrain.
Cela passe notamment par des journées techniques comme celle-ci.
Il est précisé que ces journées sont filmées et rendues accessibles à tous sur YouTube grâce au partenariat avec Vers de Terre Production.
Le levier coopération et filières
Le deuxième levier, celui dont Nina Bingo a la charge, concerne la coopération et les filières.
L’idée est de :
- sécuriser des débouchés ;
- mettre en relation les acteurs de l’amont et de l’aval ;
- faciliter la contractualisation ;
- travailler le modèle économique.
Le levier pédagogie
La pédagogie est présentée comme un enjeu majeur, à la fois en interne et en externe.
En interne aux entreprises
Il existe, chez les industriels, distributeurs et transformateurs, un besoin de compréhension :
- des enjeux agricoles ;
- des problématiques actuelles ;
- des contraintes liées à la transition.
Le rôle de l’association est donc aussi d’organiser :
- des temps d’échange ;
- des visites de fermes ;
- des rencontres entre acteurs de l’aval et du monde agricole.
L’objectif est de faciliter le partage des enjeux et la compréhension mutuelle.
Vers l’extérieur et les consommateurs
Il s’agit aussi de communiquer vers le grand public sur ces pratiques et leur valorisation, même si les thématiques sont parfois complexes à expliquer simplement.
Le levier financement de la transition
Le quatrième levier concerne le financement de la transition agroécologique.
Le constat posé est que les phases de transition peuvent durer plusieurs années et nécessitent un soutien financier pour les acteurs engagés.
L’enjeu est donc de mobiliser :
- des acteurs du financement ;
- des partenaires autour de la table ;
- des solutions de financement capables d’accélérer les projets.
La méthodologie de travail
L’intervention insiste sur le fait qu’il n’existe pas de recette miracle.
La méthodologie de PADV repose sur trois éléments :
- constituer des groupes d’agriculteurs qui progressent ensemble ;
- essayer par soi-même, en avançant par étapes ;
- impliquer les acteurs techniques locaux.
L’idée est de commencer sur de petites surfaces, puis d’augmenter progressivement quand on se sent plus en sécurité dans la démarche.
Comme l’association est peu nombreuse, elle considère indispensable de travailler avec les acteurs déjà présents sur les territoires.
Déroulement concret d’un projet agronomique
Un projet agronomique avec PADV suit généralement plusieurs étapes.
Présentation et formation
Le projet commence souvent par :
- présenter l’association ;
- répondre aux questions ;
- proposer des temps de formation sur les sols, leur fonctionnement et les couverts.
Constitution d’un groupe d’agriculteurs
Il s’agit ensuite d’identifier un groupe motivé et moteur sur le sujet, puis de l’élargir progressivement.
Diagnostic individuel
L’association réalise un diagnostic selon un référentiel construit en interne et testé avec de nombreux agriculteurs pionniers sur différentes filières.
Travail collectif sur les itinéraires techniques
Des séances collectives sont organisées avec un intervenant extérieur ou un agronome pour réfléchir ensemble :
- à partir des situations des producteurs présents ;
- à partir des diagnostics réalisés.
Mise en œuvre et animation
Chaque agriculteur met ensuite en place chez lui les pratiques sur lesquelles il souhaite travailler.
Le suivi prend la forme de :
- journées d’échange technique ;
- tours de plaine réguliers ;
- bilans de campagne.
L’ensemble fonctionne dans une logique cyclique.
Exemples d’actions proposées
Parmi les exemples cités :
- deux formations sur les betteraves prévues les 5 et 19 mai ;
- des analyses de sol plus ou moins poussées ;
- des journées d’échange ;
- des vidéos.
Eric Ruiz est mentionné comme interlocuteur pour les informations sur l’organisation des formations.
Structurer les filières : une responsabilité partagée
Sur l’aspect filière, PADV part du principe que chaque maillon de la chaîne a une responsabilité dans la transition.
Il ne s’agit ni :
- de demander seulement aux agriculteurs de changer ;
- ni de demander uniquement à l’industriel de payer sans résultats.
L’enjeu est de parvenir à engager l’ensemble des acteurs dans un projet collectif.
La charte d’engagement
Pour formaliser cet engagement, l’association a mis en place une charte signée par l’ensemble des acteurs participant au mouvement.
Cette charte comprend quatre grands volets :
- participer au projet collectif ;
- se former ;
- réfléchir à la structuration de la filière ;
- progresser chaque année.
Participer au projet collectif
Cela passe par :
- les réunions ;
- les temps d’échange collectif ;
- la construction des outils internes à l’association.
Se former
Quel que soit le rôle dans la filière, un besoin de formation existe sur les sujets d’agroécologie.
Structurer la filière
Il s’agit de réfléchir :
- à l’augmentation des volumes ;
- à la qualité ;
- à la discussion sur les prix.
Progresser chaque année
L’association n’impose pas un rythme de progression uniforme.
En revanche, elle demande que les acteurs d’une filière se fixent des objectifs communs et qu’ils suivent régulièrement leur avancement.
Des référentiels de progrès et de suivi
PADV a développé :
- un référentiel de progrès agronomiques ;
- des référentiels pour suivre les engagements des entreprises.
Ces outils servent à vérifier :
- la progression ;
- les actions de formation interne ;
- l’accompagnement des fournisseurs ;
- l’engagement réel dans la démarche.
La communication des entreprises est conditionnée à l’atteinte de résultats.
Une entreprise nouvellement adhérente peut dire qu’elle soutient une démarche collective de transition agroécologique.
En revanche, elle ne peut communiquer sur des résultats concrets que lorsqu’elle a effectivement mis en place des actions mesurables :
- personnes formées ;
- volumes concernés ;
- contrats plus longs, etc.
Pourquoi PADV ne veut pas créer un label
La question du label a fait l’objet de débats au sein de l’association.
Le choix retenu est de ne pas créer un label « Pour une agriculture du vivant ».
La raison avancée est la suivante :
- si un nouveau label est créé, il risque de constituer une niche ;
- il pourrait ne toucher qu’un nombre limité de personnes ;
- alors que l’ambition de PADV est de transformer le modèle agricole en profondeur et d’embarquer le plus grand nombre.
L’objectif est donc plutôt :
- de rester dans une logique de progrès ouverte ;
- d’aller travailler avec des démarches existantes ;
- d’y intégrer la question du sol ;
- de valoriser les pratiques agroécologiques sans créer un énième signe distinctif sur les produits.
Déroulement concret d’un projet de filière
Un projet de filière se déroule lui aussi en plusieurs étapes.
Former les techniciens ou évaluateurs
Cela peut concerner, par exemple, les personnes qui vont réaliser les diagnostics chez les producteurs.
Constituer un groupe et réaliser des diagnostics
Les diagnostics permettent d’estimer :
- le niveau d’avancement des agriculteurs dans les pratiques agroécologiques ;
- le besoin éventuel d’accompagnement ;
- le potentiel en volume.
Modéliser les itinéraires techniques et les coûts
L’association travaille sur un outil de modélisation technico-économique.
Cet outil permet de comparer différents scénarios :
- itinéraire conventionnel ;
- itinéraire en transition ;
- itinéraire plus avancé, par exemple en semis direct depuis plusieurs années.
Il ne s’agit pas d’un outil donnant une vérité absolue, mais d’un support de discussion sur :
- les surcoûts éventuels ;
- leur nature ;
- leur durée ;
- les coûts de revient.
Construire un modèle économique de filière
Cette base permet ensuite de discuter avec les différents acteurs de la filière pour construire un modèle économique capable de soutenir un déploiement plus large.
Déployer la filière
Une fois les modalités de contractualisation discutées et acceptées, le projet peut être déployé.
PADV se positionne alors comme facilitateur :
- mise en relation ;
- animation des discussions ;
- apport d’outils.
L’association n’entre pas dans les contrats.
Les actions de communication
Parmi les actions de communication citées :
- le lancement d’une infographie sur les sols vivants à destination du grand public ;
- la diffusion collective de cette infographie par l’ensemble des membres de l’association ;
- des salons et événements ;
- de nombreuses vidéos avec Vers de Terre Production.
L’idée est que plusieurs acteurs prennent la parole ensemble pour donner davantage de visibilité à ces sujets.
Une journée dédiée à l’agroécologie au Salon de l’agriculture
Nina Bingo annonce également une journée dédiée à l’agroécologie au Salon de l’agriculture, le 28 février.
Parmi les thèmes prévus :
- résultats opérationnels de l’agroécologie ;
- mesure de la qualité nutritionnelle des produits ;
- présentation d’appareils de mesure de type « food scanner » et « soil scanner » ;
- tables rondes sur le carbone ;
- stockage de carbone ;
- biodiversité à toutes les échelles, des semences au champ, jusqu’aux microbiotes.
Le financement de projets : l’exemple du partenariat avec MiiMOSA
Dans le cadre du financement de la transition, l’association travaille avec deux acteurs du financement participatif :
- KissKissBankBank ;
- MiiMOSA.
Un appel à projets est en cours avec MiiMOSA.
Deux modalités de financement sont mentionnées :
- le don avec contrepartie ;
- le prêt rémunéré.
Le don avec contrepartie permet par exemple aux citoyens de financer un projet en échange :
- d’une visite de ferme ;
- d’un panier de légumes ;
- ou d’une autre contrepartie selon le projet.
Le prêt rémunéré peut convenir à des investissements plus importants.
Dans ce cadre, les porteurs de projet bénéficient :
- d’un accompagnement par la plateforme MiiMOSA ;
- et, pour les lauréats, d’un accompagnement technique par PADV, sous forme de diagnostics ou de journées d’expertise.
Exemple concret : structuration de filières agroécologiques en cultures d’industrie
Depuis la fin de l’année 2018, PADV travaille à la structuration d’un projet collectif en cultures d’industrie.
Au départ, plusieurs cultures avaient été envisagées :
- carottes ;
- pommes de terre ;
- betteraves.
À l’issue d’un premier travail d’échange et de diagnostic, le choix s’est porté plus particulièrement sur les betteraves et les pommes de terre.
Les enjeux identifiés sur betterave et pomme de terre
Ces deux cultures partagent plusieurs enjeux communs.
Sur le plan agronomique
Les enjeux mentionnés sont :
- le travail du sol, qui peut entraîner un fort impact sur la structure du sol et du tassement ;
- la réduction du travail du sol sans perdre en qualité d’implantation ;
- la réduction des intrants tout en conservant une qualité de produit satisfaisante ;
- le maintien de rendements élevés.
Sur le plan économique et filière
Sont également évoqués :
- le prix de la betterave ;
- les attentes des consommateurs ;
- les attentes des distributeurs et des industriels ;
- l’adaptation des spécificités de produit ;
- la valorisation d’une démarche agroécologique.
Le constat posé est qu’on ne peut pas traiter ces questions uniquement sous l’angle agronomique ou uniquement sous l’angle économique : les deux doivent être pensés ensemble.
Les objectifs du projet
Le projet a un double objectif :
- montrer que l’agroécologie peut répondre aux attentes des agriculteurs, sur le plan agronomique et économique ;
- montrer qu’elle peut aussi répondre aux attentes de l’aval, en termes de qualité, de volume et d’économie.
Une autre grande question du projet est de savoir comment mesurer et démontrer :
- les externalités positives ;
- les bénéfices environnementaux ;
- les bénéfices nutritionnels de ces filières.
Le projet est prévu sur trois ans et demi, durée jugée courte, mais considérée comme un début.
Périmètre et financement du projet
Le périmètre couvre une grande moitié nord de la France.
Le financement est partagé entre plusieurs sources :
- plusieurs entreprises de l’aval membres de PADV ;
- l’association elle-même ;
- une subvention de FranceAgriMer.
Une première subvention avait déjà été obtenue dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt pour aider à structurer le projet.
Au moment de l’intervention, un dossier est en préparation pour obtenir un accompagnement complémentaire sur trois ans.
Une année 2019 consacrée à la structuration
L’année 2019 a servi à structurer le consortium de partenaires.
Cela a consisté à rencontrer de nombreux acteurs afin de réunir environ vingt partenaires autour de la table :
- des acteurs de filière ;
- des acteurs techniques ;
- des structures de développement agricole ;
- des structures de conseil technique.
Cette phase a aussi permis :
- de faire un état des lieux des enjeux techniques ;
- d’identifier les sujets sur lesquels les agriculteurs souhaitent travailler ;
- d’interroger les acteurs de filière sur leurs objectifs en volumes ;
- de commencer à travailler sur la contractualisation ;
- de construire des outils.
Les quatre volets du projet
Le projet qui démarre ensuite sur trois ans et demi se décline en quatre volets.
Le volet agronomique
L’objectif est de travailler par groupes d’agriculteurs, sur plusieurs territoires, en mêlant producteurs de pommes de terre et de betteraves, à différents stades d’avancement.
Les outils d’animation prévus sont :
- formations ;
- tours de plaine ;
- journées techniques.
Le volet filière
Il s’agit de favoriser la concertation entre les acteurs de filière.
L’intervention insiste sur le besoin de dialogue :
- les acteurs de l’aval ne sont pas toujours conscients des enjeux liés au changement de pratiques pour les agriculteurs ;
- les agriculteurs ont aussi besoin de comprendre les contraintes de l’aval.
Le projet prévoit d’abord un partenariat fixant des objectifs de part et d’autre, avant d’aller dans un second temps vers une contractualisation plus formalisée adaptée à une filière agroécologique.
Le volet recherche et développement
Plusieurs sujets sont prévus :
- mesurer les effets des itinéraires techniques sur la qualité nutritionnelle, en particulier sur la pomme de terre ;
- analyser le stockage de carbone ;
- mesurer divers indicateurs environnementaux.
Le volet diffusion
Le projet comprend également un volet classique de diffusion des résultats.
Les partenaires mobilisés
Les partenaires impliqués comprennent :
- des acteurs de l’aval ;
- des acheteurs et intermédiaires de filière ;
- des partenaires techniques.
Parmi les principaux instituts techniques mentionnés :
Au total, une vingtaine de partenaires sont impliqués.
Les problématiques techniques prioritaires
La phase de préparation a permis d’identifier plusieurs problématiques techniques :
- le travail du sol, qui impacte fortement la structure ;
- la gestion des adventices ;
- la lutte contre les ravageurs.
À la suite des échanges avec les agriculteurs, plusieurs pistes de travail ont été priorisées :
- maximiser la couverture végétale, notamment avec les couverts d’interculture ;
- envisager ensuite des cultures associées ;
- réduire le travail du sol ;
- localiser le travail du sol, notamment avec [[le strip-till]] ;
- travailler sur l’agroéquipement.
Organisation des groupes d’agriculteurs
Le projet prévoit la mise en place de quatre groupes de quinze à vingt agriculteurs, avec une augmentation progressive des effectifs.
Ces groupes réunissent :
- des producteurs de pommes de terre ;
- des producteurs de betteraves ;
- des agriculteurs à différents stades d’avancement.
Chaque groupe doit disposer d’un animateur.
Dans certains cas, des groupes existent déjà et il faudra les articuler à une échelle régionale ou interdépartementale. Dans d’autres cas, il s’agira de créer une dynamique collective à partir d’agriculteurs individuels.
À l’échelle nationale, une coordination est prévue pour :
- définir les protocoles ;
- apporter une expertise sur les itinéraires techniques ;
- capitaliser les résultats ;
- produire les livrables techniques.
Les étapes du travail filière
Pour le volet filière, les étapes prévues sont les suivantes :
- organiser des visites croisées de fermes et de sites industriels ;
- partager les enjeux communs ;
- organiser des réunions entre partenaires d’une même filière ;
- définir des objectifs communs ;
- formaliser un partenariat initial ;
- conduire le travail de modélisation économique ;
- ouvrir la discussion sur les modalités contractuelles :
- durée ;
- prix ;
- modalités de contrat.
PADV garde ici un rôle de facilitateur.
L’idée est de démarrer avec un groupe pilote, de démontrer la pertinence du modèle, puis de le déployer.
Ambition chiffrée du projet
Au départ, le projet prévoit environ une cinquantaine d’agriculteurs sur les quatre groupes.
L’objectif, au bout de trois ans et demi, est d’impliquer une centaine d’agriculteurs.
Il est précisé qu’il est possible de rejoindre le projet en cours de route.
L’idée est également que, si les conditions sont bien créées localement et que les coopératives ainsi que leurs techniciens sont impliqués, le travail puisse se poursuivre au-delà du projet, sans dépendre entièrement de l’intervention de PADV.
Planning de démarrage
Pendant les six premiers mois, jusqu’à juin, sont prévus :
- les premiers temps de formation des agriculteurs et des animateurs ;
- des visites de fermes ;
- des visites de stations expérimentales ;
- les diagnostics permettant d’établir l’état des lieux initial ;
- les premières rencontres au sein des filières.
À partir de juillet, avec le démarrage officiel attendu de la subvention, les actions plus techniques doivent commencer.
Un programme collectif pour sécuriser et accélérer l’expérimentation
Cet exemple est présenté comme emblématique de ce que PADV cherche à construire :
- favoriser l’expérimentation dans un cadre sécurisé ;
- créer un réseau de progrès ;
- mutualiser les ressources et les moyens ;
- mesurer les résultats ;
- objectiver les coûts et les bénéfices des pratiques agroécologiques ;
- faire reconnaître l’engagement collectif.
Un important volet de diffusion est également prévu pour valoriser les pratiques et les acteurs engagés.
Question : qu’est-ce que l’agroécologie et comment la mesurer ?
Lors du temps de questions, une première interrogation porte sur la définition même de l’agroécologie et sur sa mesure.
La réponse donnée est que, concrètement, l’agroécologie renvoie ici à ce qui a été discuté toute la journée :
- couvrir le sol ;
- réduire le travail du sol ;
- apporter de la biomasse ;
- stocker du carbone.
Sur la mesure, PADV explique avoir développé un référentiel technique avec une dizaine d’indicateurs portant sur :
- la couverture des sols ;
- le travail du sol ;
- le stockage de carbone ;
- la biodiversité.
L’objectif est d’aller de plus en plus vers des mesures de résultats, notamment :
- taux de matière organique ;
- bilan humique ;
- discussions autour de l’outil SIMEOS-AMG.
Cédric, responsable agronomie de l’association, est cité pour compléter ces éléments.
Il précise que l’agroécologie est entendue comme l’ensemble des pratiques agricoles qui s’appuient sur des processus biologiques et les stimulent dans le sol.
D’autres composantes sont également mentionnées :
- la formation sur ces sujets ;
- la réflexion autour de projets agroforestiers ;
- la place de l’arbre et du réseau extraparcellaire ;
- la biodiversité.
Mesure de la qualité nutritionnelle
Sur la qualité nutritionnelle, il est indiqué que le projet prévoit :
- des analyses de sol poussées sur la matière organique et la vie biologique ;
- un travail spécifique sur la culture de pomme de terre pour évaluer la qualité nutritive.
Des échanges sont en cours avec :
Les paramètres envisagés portent :
- sur des minéraux ;
- sur les fibres ;
- et plus largement sur la composition de la pomme de terre.
La qualité physique est aussi évoquée :
- calibre ;
- éventuelles taches ;
- autres critères d’aspect.
Question sur le label « Au cœur des sols »
Une question est posée au sujet de l’association Pour une agriculture durable, qui lance au Salon de l’agriculture un label « Au cœur des sols ».
La réponse de Nina Bingo est que ce n’est pas la stratégie retenue par PADV, qui ne souhaite pas créer son propre label.
En revanche, l’association se dit ouverte à aller échanger avec les porteurs de ce label pour :
- comprendre les indicateurs utilisés ;
- voir comment les mesures sont faites ;
- identifier d’éventuelles pistes de collaboration.
Question sur les agences de l’eau
À la question de savoir si les agences de l’eau sont partenaires du projet, il est répondu que ce n’est pas le cas pour ce projet précis.
En revanche, des échanges existent sur d’autres territoires.
Eric Ruiz précise que la situation varie selon les bassins, les agences de l’eau n’ayant pas toutes le même fonctionnement.
Il cite :
- le bassin Adour-Garonne, où existe un programme agronomique porté par l’Association française d’agroforesterie, appelé « Agro’Agriculture » ;
- le bassin Artois-Picardie, où des avancées semblent possibles ;
- le bassin Seine-Normandie, où la stratégie de l’agence de l’eau est jugée plus localisée, à l’échelle de micro-bassins, ce qui complique le travail sur un programme de bassin plus global.
Il est néanmoins indiqué qu’un rapprochement est en cours depuis environ un an.
Conclusion et appel à rejoindre la dynamique
En conclusion, les intervenants rappellent que :
- des formations sur la betterave sont prévues ;
- les personnes intéressées par le projet soutenu par FranceAgriMer peuvent se manifester ;
- l’objectif est de se retrouver sur le terrain pour développer les filières agroécologiques.
Intervention de Thierry Huyghe
Thierry Huyghe, agriculteur et président-fondateur de l’association Sols d’hommes Innovations, prend également la parole.
Il explique que cette association vise à fédérer les agriculteurs en agriculture de conservation sur le territoire, essentiellement dans l’Aisne et la Marne.
L’association est partenaire de PADV depuis deux ans et adhérente au mouvement.
Par ses moyens, elle cherche à contribuer au développement de cette démarche.
Thierry Huyghe souligne que :
- certains se sont mis en marche ;
- eux se sont mis « en mouvement » ;
- vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement ;
- et vers une agroécologie intensive.
L’objectif affiché est d’accompagner ce mouvement, de faire remonter les problématiques des agriculteurs et de renforcer leur représentation dans PADV, où ils restent encore peu nombreux.
Il invite donc les agriculteurs à soutenir cette dynamique.
Remerciements finaux
En fin de séance, des remerciements sont adressés :
- aux agriculteurs ;
- aux partenaires du monde agricole ;
- aux partenaires locaux, en particulier la FDSEA 51 et Sols d’hommes Innovations ;
- ainsi qu’aux participants de la journée.
L’invitation est lancée à poursuivre le travail sur le terrain, en particulier autour de la betterave, avec l’idée que ce rendez-vous ne soit que le premier d’une série sur les filières agroécologiques.