Evaluer la fertilité d'un sol, valoriser l'azote en conditions difficiles
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La première partie, consacrée à la fertilité des sols, définit cette dernière à travers trois composantes interdépendantes : chimique, physique et biologique. Les intervenantes soulignent l'importance d'un diagnostic régulier, via des tests au champ (test bêche, Bircan test, Slake test) ou des analyses en laboratoire, pour identifier les faiblesses des parcelles et adapter les leviers agronomiques, comme la réduction du travail du sol.
La seconde partie traite de la fertilisation azotée en période de sécheresse. Les experts préconisent un fractionnement raisonné des apports et une adaptation aux conditions météo pour maximiser l'efficacité de l'engrais. Ils rappellent également l'impact du choix de la forme azotée (ammonitrate vs urée) sur la valorisation réelle par la plante et les risques liés aux apports précoces massifs.Rediffusion du Webinaire "Fertilité des sols et nutrition des plantes, quelles nouveautés ?" du 18 novembre 2020, par Arvalis
Evaluer la fertilité d’un sol
La fertilité d’un sol est définie comme l’aptitude d’un sol à produire durablement sous son climat. Elle repose sur trois composantes interdépendantes :
- La fertilité chimique : capacité du sol à stocker, recycler et rétrocéder aux végétaux les éléments nutritifs (azote, phosphore, potasse).
- La fertilité physique : propriétés permettant le stockage et l’infiltration de l’eau, l’aération et la croissance racinaire. Le tassement en est une menace majeure.
- La fertilité biologique : support de la biodiversité (micro et macro-organismes). Bien que complexe à évaluer, cette biodiversité joue un rôle crucial dans les cycles de l’azote et du carbone.
Il est primordial d’avoir une vision globale de ces trois composantes, car elles ne sont pas cloisonnées. Par exemple, l’activité biologique (vers de terre) favorise la fertilité physique par la création de galeries, tandis qu’une bonne structure physique optimise l’absorption des éléments nutritifs.
Pour réaliser un état des lieux en France, deux réseaux d’observation sont principalement utilisés : le RMQS (Réseau de mesure de la qualité des sols) et la BDAT (Base de données des analyses de terre).
Impacts sur le rendement
Les défauts de fertilité ont des conséquences directes sur la performance des cultures :
- Physique : Le tassement peut réduire le rendement potentiel de 0 à 35 % et dégrader la réserve utile en eau.
- Chimique : Des analyses basées sur 16 essais montrent qu’en dessous de 20 ppm de phosphore, une perte de rendement est systématiquement observée.
- Biologique : Le lien direct entre la présence de vers de terre et le rendement est difficile à établir, mais ces derniers améliorent l’infiltration de l’eau et la portance du sol, augmentant les jours disponibles pour les interventions.
Mesure et diagnostic au champ
Au-delà des analyses de terre classiques (à réaliser idéalement tous les 5 ans), des tests intégrateurs existent pour diagnostiquer la fertilité physique et biologique :
- Test bêche (VESS) : Méthode visuelle pour évaluer la structure du sol sur 25-30 cm. Une application smartphone existe pour guider la démarche et enregistrer les données.
- Tests spécifiques : Le Bircan test mesure la vitesse d’infiltration de l’eau, tandis que le Slake test évalue la stabilité structurale.
- Approches globales : Des projets comme Biofunctool (méthode internationale en test en France) ou le projet Agroécosol visent à agréger les indicateurs pour proposer un conseil opérationnel et des leviers d’action adaptés.
Valoriser l’azote en conditions difficiles
Le contexte climatique récent montre une augmentation des épisodes de sécheresse printanière (fin mars-avril), période cruciale pour la fertilisation azotée du blé. Cette situation interroge l’efficacité des apports.
Efficacité de l’azote et climat
L’efficacité de l’azote (coefficient apparent d’utilisation) dépend fortement de la pluviométrie suivant l’apport. Les 15 mm de pluie dans les 15 jours suivant l’apport sont souvent évoqués, mais même des pluies plus faibles ou des épisodes de rosée peuvent suffire à rendre l’azote disponible, à condition que le sol ne soit pas totalement desséché.
Stratégies d’apport
- Fractionnement : Passer de trois à quatre apports est globalement gagnant (gain médian de 1 q/ha), sauf dans les situations à faible dose totale ou à fort reliquat azoté.
- Formes d’engrais : L’ammonitrate reste la référence. Les urées avec inhibiteurs d’uréase donnent des résultats équivalents à l’ammonitrate et nettement supérieurs à l’urée simple ou à la solution azotée, surtout en sol calcaire et en situation de sécheresse après apport.
- Précautions pratiques :
Éviter les apports par temps sec et venteux (bise, mistral). Limiter les doses par apport (grand maximum 50-60 kg N/ha en conditions risquées). Favoriser les apports le soir pour éviter les heures les plus chaudes. Anticiper l’apport en fonction des prévisions météo (5 mm annoncés) dans la fenêtre de 10 jours précédant la période idéale.
Conclusion : Des apports massifs précoces peuvent stimuler le végétal mais freiner l’enracinement profond, rendant la culture moins robuste face à la sécheresse. La clé réside dans une stratégie cohérente, fractionnée et adaptée à la dynamique de croissance réelle de la culture.