Expérience agroécologique innovante en Normandie
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Betterave sucrière et agroécologie sont-elles compatibles ? Je visite la ferme expérimentale agroécologique de Saint Louis Sucre à Étrépagny en Normandie avec son responsable Clément Bunias.
Dans le contexte de crise environnementale et climatique, la betterave fait face à de nombreux défis. Particulièrement sensible à la sécheresse et aux maladies, notamment avec l’interdiction des néonicotinoïdes, l’autonomie est un enjeu majeur alors que la consommation de sucre en France et en Europe dépasse la production.
La plateforme expérimentale de Saint Louis Sucre, en Normandie, innove sur 75 hectares pour rendre cette culture plus écologique et résiliente. Clément Bunias, ingénieur agronome et responsable de la ferme, et Ughau Debreu, responsable durabilité, présentent différentes stratégies :
- Biodiversité : intégration de haies, ruches et réduction des herbicides.
- Diversification des cultures : rotation des cultures et utilisation de plantes légumineuses, comme la féverole et la vesce.
- Auto-fertilité et décarbonation : diminution des apports d’azote de synthèse grâce à des cultures intermédiaires enrichissant le sol, adoption d'engrais décarboné et réduction des émissions de GES, avec un objectif de zéro émission d’ici 2042.
- Réduction du travail du sol et utilisation de techniques comme le Farm Droid pour un désherbage mécanique.
Vous trouverez plus d'infos sur l'expérience et les assolements sur le blog de Clément : https://www.labetteraveonycroit.fr/articles/innover-pour-demain/la-ferme-agroecologique/deux-fermes-un-meme-objectif-creer-des-references-solides-sur-l-agroecologie-376.html
L’objectif de la ferme expérimentale est de mettre en œuvre des essais et de présenter des résultats dont peuvent s’inspirer les producteurs et productrices pour faire de la betterave une culture plus respectueuse de l’environnement, tout en maintenant leur productivité pour répondre aux besoins de la population.
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« Tous Terriens ! » est une série indépendante, fruit de mon engagement de citoyen et de journaliste pour une information à la hauteur des enjeux environnementaux et sociétaux.
Auteur et montage :
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Par souci de transparence, je vous partage la charte de production signée entre moi et Saint Louis Sucre pour garantir mon indépendance éditoriale : https://docs.google.com/document/d/1PXLoz4hb3zPXJZmX4bniCuVFLiPUd7TDZc78vWrJDcc
Si vous avez des questions sur la démarche, posez-les en commentaire et je vous répondrai.
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Une agriculture face à l’urgence environnementale
La France et l’Union européenne consomment davantage de sucre qu’elles n’en produisent. Pourtant, la culture de la betterave est aujourd’hui confrontée à des défis majeurs : urgence climatique, sécheresses, pression accrue des ravageurs depuis l’interdiction des néonicotinoïdes, pression fongique et gestion des adventices. Sur une ferme expérimentale en Normandie, Pierre Girard est allé rencontrer Clément et Hugo pour découvrir comment ils tentent de prouver qu’une alternative agroécologique est possible.
Diversification et biodiversité
Sur cette exploitation, la betterave ne représente qu’un quart des surfaces cultivées. Une attention particulière est portée aux zones tampons “sauvages”. Des mélanges multiespèces (trèfles, phacélie, vesce, bourrache) sont semés pour créer un bol alimentaire riche pour les pollinisateurs, dépassant largement les 5 % de surface d’intérêt écologique exigés par l’Union européenne. Ces zones, implantées en intracellaire, côtoient les cultures productives.
Pratiques agronomiques et réduction des intrants
Bien que la betterave soit sensible, sa racine pivotante lui permet de puiser de l’eau en profondeur, offrant une certaine résilience face aux chaleurs estivales. Cependant, l’histoire de la parcelle, marquée par une rotation trop courte sur 80 ans, impose de repenser totalement le système.
L’une des innovations majeures consiste à utiliser des légumineuses (comme la févrole) en interculture juste avant la betterave. L’objectif est de remplacer une partie de l’engrais de synthèse par l’azote naturellement restitué au sol par ces plantes. Les essais menés sur la ferme ont montré des résultats encourageants : sur une modalité performante, 90 unités d’azote ont été restituées par le couvert, permettant de limiter l’apport minéral à seulement 30 unités, sans compromettre le rendement.
Par ailleurs, la févrole, longtemps cantonnée à l’alimentation animale, est envisagée comme une source de protéines végétale pour l’alimentation humaine (farines, substituts de viande), ouvrant ainsi de nouvelles perspectives économiques.
La technologie au service du désherbage
La ferme teste également des outils innovants comme le robot « FarmDroid ». Ce robot de précision effectue un désherbage mécanique sans produits chimiques. Fonctionnant grâce au GPS, il mémorise l’emplacement de chaque plant de betterave lors du semis pour pouvoir sarcler autour avec une précision millimétrique (jusqu’à 3-4 mm). Bien que légèrement moins efficace qu’un traitement chimique (environ 90 % d’efficacité), cette méthode est jugée satisfaisante et permet un travail d’épuisement des adventices sur le long terme.
Protection de la ressource en eau
Pour préserver les cours d’eau qui traversent la ferme, Clément et Hugo ont mis en place des zones de Miscanthus de 50 mètres de large de chaque côté de la rivière. Cette plante vivace, qui ne nécessite ni engrais ni pesticides, joue le rôle de tampon naturel tout en étant valorisée pour la production d’énergie.
Un modèle en évolution
Face aux critiques sur la place de la betterave dans l’agriculture européenne, Clément reste optimiste. Il considère que le territoire normand est particulièrement fertile et adapté à cette culture. Pour lui, la solution ne réside pas dans l’abandon de la culture, mais dans une évolution profonde du système agronomique. Malgré des conditions météorologiques difficiles ces dernières années, la ferme a obtenu des rendements satisfaisants en 2024, confirmant que les mesures en faveur de la santé des sols et de la biodiversité commencent à porter leurs fruits.