Ferme autonome bio : le modèle agro-écologique de Félix Noblia
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Une ferme autonome bio en polyculture-élevage agroforestière. Félix Noblia expérimente des techniques agricoles innovantes sur son exploitation de 150 hectares, à Bergouey, au Pays basque. Et il dessine un modèle d’agroécologie pour demain. Une nouvelle révolution agricole basée sur la résilience, l’autonomie et le mimétisme avec la nature.
Autour de vaches allaitantes rustiques de races angus élevées à l’herbe, en pâturage tournant dynamique, il cultive ses 150 hectares en agriculture de conservation des sols bio, sans pesticides de synthèse et sans labour. « Ou plutôt en agriculture de régénération des sols », ajoute Félix Noblia. Selon les années, il cultive 25% à 40% de ses parcelles en semi direct. Et sur le reste, il s’autorise un travail du sol très superficiel (un scalpage). « C’est un choix technique qui permet d’avoir quasiment les mêmes avantages qu’en semi direct. » Il développe actuellement le volet agroforesterie et plante chaque hiver des mûriers, qu’il va tailler en trognes pour utiliser leur fourrage pour nourrir les vaches. Un avantage supplémentaire, au-delà de leurs bénéfices pour l’écosystème.
Le système déployé par Félix Noblia sur son exploitation repose sur un calcul très précis : les principaux postes de dépenses (la mécanisation et le salaire des 2,5 personnes qui travaillent sur la ferme, son associé, sa stagiaire et lui-même) doivent être couverts par les subventions PAC. « Tout le reste, c’est du net », explique-t-il. Celui qui se définie comme un « paysan-expérimentateur » a mis en place une gestion opportuniste, la plus autonome possible, avec des semences auto-produites, des sols vivants et auto-fertiles et des bovins 100% à l’herbe. « S’il y a un futur, il sera comme ça ! »
Tous Terriens ! C’est la série sur l’agriculture porteuse de solutions pour la planète, pour l’humain et pour l’animal. Je l’ai commencée parce que j’étais fatigué de ne voir l’agriculture que sous l’angle des problèmes qu’elle suscite, soucieux d’aller à la rencontre de celles et ceux qui se battent chaque jour avec passion pour faire bouger les choses, en plus de nous nourrir et de façonner nos paysages.
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0:00 Vaches allaitantes en pâturage tournant dynamique 1:14 Carbone et matière organique dans les sols 2:27 Sols vivants et auto-fertiles 3:51 Félix Noblia, paysan-expérimentateur 4:23 Système de paddocks en agroforesterie 4:40 Vêlage des vaches angus 7:25 Système sans pesticides et sans labour 8:28 Agriculture de conservation des sols et agriculture régénérative
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Ferme autonome bio : le modèle agro-écologique de Félix Noblia
Dans une nouvelle immersion au cœur de l’agriculture de demain, Pierre Girard part à la rencontre de Félix Noblia, un agriculteur qui expérimente des méthodes innovantes pour bâtir un modèle agricole résilient et autonome. Au centre de ce système se trouve l’élevage, véritable moteur de la dynamique de la ferme.
L’élevage au service de la régénération des sols
La gestion des animaux chez Félix Noblia repose sur le pâturage tournant dynamique. Contrairement aux pratiques conventionnelles qui poussent à rentrer les animaux lors des fortes précipitations, Félix maintient ses vaches à l’extérieur, même en période humide, car il s’agit pour lui de ne pas abîmer les prairies tout en les régénérant.
Les bovins sont essentiels à la santé des sols : en pâturant, ils stimulent la pousse de l’herbe et, par leurs déjections, nourrissent le cycle biologique. Félix souligne l’importance de la matière organique et du carbone dans les différents horizons du sol. Grâce aux vers de terre et à la présence des vaches, il parvient à accroître la fertilité et la capacité de stockage de carbone de ses terres, créant ainsi un “sol vivant”. Ce regain de biodiversité se manifeste de manière concrète : la réapparition d’espèces, comme certaines petites grenouilles dans des zones qui n’étaient pas humides auparavant, témoigne de la réussite de cette approche.
Un potager et des cultures en sol vivant
La philosophie de Félix s’étend de ses champs à son potager. Le principe est simple : pour nourrir le sol, il faut produire de la biomasse. L’agriculteur laisse pousser ses couverts végétaux très haut au printemps pour maximiser l’apport de matières organiques, avant de les rouler et de les couvrir avec des bâches pour favoriser leur décomposition naturelle sous l’effet de l’humidité et de la chaleur estivale.
Ce système transforme les plantes en de véritables capteurs de carbone, une solution indispensable face au dérèglement climatique. Selon Félix, les agriculteurs possèdent une “machine extraordinaire” capable d’inverser la tendance actuelle s’ils adoptent ces méthodes à plus grande échelle.
Vers une agriculture autonome et opportuniste
Le modèle de Félix Noblia est fondé sur une réduction drastique des charges. Il mise sur l’autoproduction :
- Semences : produites directement sur la ferme.
- Fertilisants : issus du fumier des animaux, bouclant ainsi le cycle de fertilisation.
- Gestion opportuniste : Félix pratique des semis de mélanges diversifiés (céréales, féveroles, pois). En fonction de la météo et de l’état du sol, il décide de laisser la culture pour le sol, pour les vaches, ou de la récolter pour l’humain.
Cette approche lui permet de rester libre financièrement, car il maîtrise parfaitement ses coûts de production plutôt que de chercher à prédire l’imprévisible météo.
Transmettre et persévérer
Au-delà de la technique, le métier d’agriculteur reste confronté à la réalité du vivant. Lors de ses visites quotidiennes, Félix assume les aléas, comme la perte d’un veau, tout en rappelant que le vivant comporte toujours une part d’imprévu. Son engagement est total, cherchant à prouver par l’exemple que ce modèle, basé sur l’agroforesterie et l’autonomie, est non seulement viable mais nécessaire.
Pour Félix, l’agriculture du futur sera celle qui sera juste, durable et autonome, ou elle ne sera tout simplement pas. À travers son travail, il s’efforce de réinventer ce métier noble, en invitant la profession à s’inspirer de ces systèmes régénératifs pour relever les défis de demain.