Fertilisation azotée avec Lionel Mesnage
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Webinaire gratuit avec Lionel MESNAGE, conseiller agricole et expert du sujet, et animé par Martin ROLLET, agronome. Ce webinaire vous est proposé par le Centre national d’agroécologie : https://centre-national-agroecologie.fr/
Cette vidéo a été réalisée dans le cadre du projet NBsoil, financé par l'union européenne This video was made as part of the NBSoil project co-funded by the European Union.
Introduction
Ce webinaire, organisé par le Centre National d’Agroécologie et diffusé sur la chaîne de Verre de Terre Production, accueille Lionel Mesnage, conseiller privé en agronomie depuis 2000. L’objectif est d’aborder la fertilisation azotée sous un angle technique et pragmatique, en remettant en question certains dogmes agronomiques au profit d’une approche systémique centrée sur la fertilité du sol.
Le contexte économique et la courbe en ciseaux
Lionel Mesnage souligne une explosion des charges opérationnelles entre 2021 et 2023, principalement tirée par le coût des engrais. Pour compenser cette hausse, un rendement supplémentaire d’environ 30 quintaux par hectare est nécessaire, ce qui est extrêmement complexe, surtout dans les zones intermédiaires à faible potentiel. On observe une “courbe en ciseaux” où les coûts de production augmentent tandis que les prix de vente diminuent, obligeant les agriculteurs à une gestion extrêmement rigoureuse.
Dépasser le dogme de la biomasse
Une erreur classique est de focaliser uniquement sur la biomasse aérienne. Lionel Mesnage insiste sur le fait que la réussite d’une culture se joue en dessous : au niveau de la racine. - L’importance de l’enracinement : Une densité élevée n’est pas toujours synonyme de meilleur rendement. La qualité de l’enracinement, notamment la présence de poils absorbants, est déterminante pour l’absorption de l’eau et des minéraux. - L’erreur de l’évaluation visuelle : Se baser sur la biomasse pour calculer la fertilisation peut conduire à des erreurs monumentales (ex: surestimation des besoins sur un blé hybride peu dense mais performant).
Les trois piliers de la fertilité : physique, chimique et biologique
Lionel Mesnage rappelle que ces trois fertilités sont indissociables :
- Physique : La porosité et la structure (favorisées par le chaulage et l’absence de labour) sont le socle.
- Chimique : La loi du minimum de Liebig reste fondamentale. Il faut éviter de “saucissonner” les apports ; la synergie entre apports organiques (fumier, lisier, digestat) et minéraux est bien plus efficace que le minéral seul.
- Biologique : Elle devient le moteur principal de la fertilité. Le rôle des protistes, des nématodes et des mycorhizes est souvent négligé, alors qu’ils sont essentiels au cycle de l’azote.
Gestion de l’azote : l’approche par le flux
- Le rôle de l’azote minéral : Il doit être vu comme un “détonateur” qui lance le processus, et non comme la source unique d’alimentation de la plante.
- Le fractionnement : Lionel Mesnage prône le fractionnement en 3 à 5 passages avec des doses faibles (25-30 unités). Cela permet une meilleure adaptation aux conditions climatiques réelles et limite les pertes.
- La fin des RSH (Reliquats Sortie Hiver) : Il considère cette méthode comme obsolète et peu fiable, car elle fige une situation dynamique à un instant T. Il préfère une approche basée sur le suivi des conditions réelles (pluviométrie, rayonnement, humidité du sol via des outils comme Sentinel 2).
Pilotage et nouvelles technologies
- Outils numériques : L’usage de données satellitaires (Sentinel 2) pour suivre l’humidité résiduelle du sol est une avancée majeure et gratuite pour les agriculteurs.
- Adaptation aux stress : En cas de conditions sèches, la plante “s’éduque” à aller chercher l’eau en profondeur. Les apports d’azote doivent être modulés en fonction de ces stress plutôt que d’être appliqués par pur automatisme.
- Innovation : L’avenir réside probablement dans les nano-fertilisateurs et les capteurs d’analyse en continu, bien que leur généralisation en France reste freinée par des enjeux technico-économiques.
Conclusion
Le message central de Lionel Mesnage est celui de l’observation et de l’humilité face au milieu naturel. L’agronomie n’est pas une science de recettes fixes, mais une gestion fine des équilibres. La réduction des doses d’azote minéral, couplée à une meilleure valorisation du potentiel biologique du sol et à une gestion précise de l’enracinement, permet de maintenir, voire d’améliorer les rendements tout en gagnant en résilience face aux aléas climatiques et économiques.