GESTION DES RAYGRASS RÉSISTANTS - Sylvain TROMMENSCHLAGER

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Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager explique comment mieux gérer les ray-grass résistants grâce à une lecture agronomique des sols et à la bio-indication. Il rappelle que le ray-grass apparaît souvent sur des sols limoneux, humides, pauvres en argile, avec une CEC faible, des déséquilibres entre potassium, magnésium et sodium, ainsi qu’un manque fréquent de carbonates de calcium et de magnésium. Selon lui, cette adventice signale moins un sol très dégradé qu’un sol déséquilibré, parfois “en voie d’amélioration”. La stratégie proposée repose sur une analyse de sol complète et sur un plan de redressement ciblé : rééquilibrer les bases, corriger les excès de sodium, restaurer le ratio potasse/magnésie, et apporter si besoin dolomie, carbonate de magnésium, carbonate de calcium, gypse ou oxydes de magnésie. L’objectif est d’améliorer la structure, la cohésion et la fertilité du sol pour limiter durablement la pression du ray-grass.

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Résumé
Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager explique comment mieux gérer les ray-grass résistants grâce à une lecture agronomique des sols et à la bio-indication. Il rappelle que le ray-grass apparaît souvent sur des sols limoneux, humides, pauvres en argile, avec une CEC faible, des déséquilibres entre potassium, magnésium et sodium, ainsi qu’un manque fréquent de carbonates de calcium et de magnésium. Selon lui, cette adventice signale moins un sol très dégradé qu’un sol déséquilibré, parfois “en voie d’amélioration”. La stratégie proposée repose sur une analyse de sol complète et sur un plan de redressement ciblé : rééquilibrer les bases, corriger les excès de sodium, restaurer le ratio potasse/magnésie, et apporter si besoin dolomie, carbonate de magnésium, carbonate de calcium, gypse ou oxydes de magnésie. L’objectif est d’améliorer la structure, la cohésion et la fertilité du sol pour limiter durablement la pression du ray-grass.

Pour aller plus loin, vous pouvez contacter Sylvain TROMMENSCHLAGER via sa page Facebook : https://www.facebook.com/SARL-Conseil-Technique-Rural-CTR-107408794351978


Introduction

Bonjour à tous. Aujourd’hui, on se retrouve pour une nouvelle vidéo consacrée au ray-grass, et plus précisément à la gestion des ray-grass résistants avec une approche de bio-indication et de correction des problématiques du sol.

Dans une publication précédente, il a déjà été présenté une lecture de l’analyse de sol en mettant en avant les points à surveiller en priorité dans une analyse dite « classique », à condition qu’elle soit suffisamment complète. Parmi les éléments jugés indispensables à suivre, on retrouve notamment :

L’idée défendue ici est qu’une bonne lecture du sol ne peut pas se limiter à quelques indicateurs habituels. Il faut aller plus loin pour comprendre les déséquilibres qui favorisent certaines adventices, comme le ray-grass.

Le ray-grass : une plante compliquée à lire

Le ray-grass est présenté comme une plante compliquée à appréhender d’un point de vue écologique. En termes de bio-indication, sa lecture est moins simple que celle d’autres adventices comme le vulpin.

En effet, là où le vulpin est plutôt associé à des sols très dégradés, le ray-grass apparaît souvent dans des sols qui peuvent sembler « en voie d’amélioration ». Pourtant, les signaux donnés par la bio-indication montrent que la situation du sol reste problématique.

Le ray-grass est ainsi associé à :

  • des sols limoneux ;
  • des sols plutôt humides ;
  • des CEC faibles ;
  • un manque d’argile.

Son milieu naturel correspond donc à des sols légers, peu structurés, avec peu de corps.

Le rôle écologique du ray-grass

Selon l’interprétation proposée, le rôle du ray-grass est de recréer du complexe argilo-humique grâce à son système racinaire.

Ses principales caractéristiques seraient :

  • un chevelu racinaire important ;
  • une forte puissance racinaire ;
  • une grande capacité de colonisation ;
  • une aptitude à recréer de la cohésion dans les sols pauvres en argile.

Le ray-grass agit ainsi comme une plante qui cherche à compenser le manque d’argile en produisant beaucoup de racines et d’exsudats racinaires. Ces exsudats stimulent la vie autour des racines et participent à la production de colloïdes.

L’idée mise en avant est que, dans des sols manquant de colloïdes stables, le ray-grass en recrée en partie par son activité biologique racinaire. Il développerait, plus que d’autres graminées, une activité autour de la racine capable d’amener du corps au sol.

Une plante très productrice de sucres

Le ray-grass est aussi décrit comme une plante très riche en sucres. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il a été domestiqué et largement utilisé :

Cette richesse en sucres explique son intérêt agronomique, mais aussi sa capacité à alimenter fortement la vie biologique autour de ses racines. Comme les autres graminées, il produit de la matière organique soluble, mais ici il est affirmé qu’il en produit beaucoup plus que beaucoup d’autres espèces.

Cette caractéristique est importante dans la compréhension de son comportement dans le sol.

Pourquoi le ray-grass s’installe

Plusieurs causes possibles d’installation du ray-grass sont citées. Il est bien précisé qu’il ne faut pas raisonner en cause unique : les situations sont souvent multifactorielles.

Parmi les facteurs évoqués :

  • une CEC trop faible ;
  • une trop faible teneur en argile ;
  • un excès de matières organiques animales ;
  • un manque de carbonate de calcium ;
  • un manque de carbonate de magnésium ;
  • souvent un manque des deux ;
  • des sols déstructurés ;
  • des sols trop légers ;
  • une oxydation de surface importante ;
  • des blocages en fer, manganèse et zinc ;
  • un manque récurrent de magnésium ;
  • des déséquilibres potassium / magnésium ;
  • des excès de sodium.

Le ray-grass serait donc favorisé par des sols légers, déséquilibrés chimiquement, avec peu de cohésion, peu de carbonates, et souvent des bases mal réparties.

L’importance du magnésium

Un point central de l’intervention concerne le magnésium.

Le magnésium est présenté comme un élément qui « donne du corps » au sol. À l’inverse de situations observées sur des sols très lourds et très magnésiens, où l’excès de magnésium peut rendre la terre trop compacte, les situations avec ray-grass correspondraient plutôt à des manques de magnésium.

Dans ces cas-là, l’objectif est de rééquilibrer le sol par des apports magnésiens adaptés.

Mais ce raisonnement ne peut pas se faire sans prendre en compte le potassium. Le rapport potassium / magnésium est considéré comme un indicateur fondamental.

Le rapport potassium / magnésium

Il est fréquemment observé, dans les sols à ray-grass, des rapports potassium / magnésium déséquilibrés. Souvent, le potassium est trop élevé par rapport au magnésium.

L’objectif est de tendre vers un rapport de 2.

Le message est clair : il y a presque toujours, dans ces situations, beaucoup plus de potassium que de magnésium, et ce déséquilibre participe à la problématique.

Le redressement du sol doit donc viser à :

  • rééquilibrer la potasse et la magnésie ;
  • corriger le rapport K/Mg ;
  • apporter les bases manquantes selon le type de sol.

Le problème croissant du sodium

Un autre facteur jugé de plus en plus préoccupant est l’excès de sodium.

Selon la vidéo, les excès de sodium sont retrouvés très fréquemment dans les situations de fortes infestations de graminées. C’est un point d’inquiétude croissant.

Pour corriger ce problème, la solution évoquée est l’apport de gypse, c’est-à-dire de sulfate de calcium. Le gypse permettrait de remettre les sels en solution et de les remplacer par du calcium, sans action directe sur le pH.

Ce levier peut s’intégrer dans un programme plus complet, en complément d’un travail sur :

  • les carbonates ;
  • le calcium ;
  • le magnésium ;
  • les rapports entre bases.

Il est précisé que, selon les situations, il faut raisonner le premier facteur limitant. C’est pourquoi un plan de redressement doit être construit au cas par cas.

Les amendements proposés

Pour corriger les situations favorables au ray-grass, plusieurs types d’amendements sont proposés.

Les carbonates de magnésium et de calcium

La première piste est d’apporter des carbonates, en particulier :

  • du carbonate de magnésium ;
  • du carbonate de calcium ;
  • des produits de type dolomie.

La dolomie est rappelée comme contenant à la fois du carbonate de calcium et du carbonate de magnésium.

Ces apports ont pour objectif de :

  • remonter les teneurs en magnésium ;
  • rééquilibrer les bases ;
  • améliorer la cohésion du sol ;
  • contribuer au redressement du pH quand c’est nécessaire.

Les oxydes de magnésie

Sont aussi cités les oxydes de magnésie, notamment sous des formes techniquement et économiquement intéressantes.

Ces produits sont présentés comme capables de participer à l’amélioration de la CEC et au redressement du fonctionnement du sol.

Il est aussi fait mention de formes contenant du fer, le fer étant présenté comme un élément important dans la fabrication de la CEC et dans la liaison argile / matière organique.

Le gypse

Le gypse est proposé spécifiquement pour les situations avec excès de sodium.

Son rôle est de :

  • apporter du calcium ;
  • chasser les sels ;
  • remettre certains éléments en solution ;
  • corriger les effets du sodium sans modifier le pH.

Les scories

Une parenthèse est faite sur les scories, qui sont connues pour leur intérêt dans certains amendements. Elles contiennent du fer et peuvent, dans certains contextes, améliorer la fertilité et la CEC.

Il est toutefois précisé qu’il faudra revenir plus en détail sur les différentes formes du fer, car selon les sols elles peuvent être très bénéfiques ou, au contraire, devenir problématiques.

Les doses évoquées

Sur le plan quantitatif, il est indiqué que, selon le type de sol, les besoins peuvent aller de 700 à 1 500 unités de magnésium, voire jusqu’à 2 000 unités en amendement.

Il est aussi précisé que certains produits connus, comme la kiesérite, peuvent être intéressants, mais deviennent vite coûteux si l’objectif est de remonter sérieusement les niveaux de magnésium. C’est pourquoi le raisonnement se porte plus souvent sur les carbonates magnésiens.

Adapter la correction au type de sol

La vidéo insiste sur la nécessité d’adapter les corrections à la typologie de sol :

Même si l’on peut aussi trouver du ray-grass dans des argiles sableuses, le point important est que cette adventice reste globalement associée à un manque de corps et à un déficit d’argile fonctionnelle.

Les corrections doivent donc toujours partir de l’analyse de sol et de la structure réelle de la parcelle.

Une piste : utiliser le ray-grass en couvert vivant

Une idée plus provocatrice est ensuite avancée : implanter du ray-grass, notamment du ray-grass d’Italie, dans des parcelles déjà infestées de ray-grass.

L’objectif serait de réfléchir à l’usage d’un couvert ou d’une culture capable de concurrencer le ray-grass sauvage, tout en étant valorisable :

  • en récolte ;
  • en fourrage ;
  • en interculture.

Il est bien précisé que cette piste n’est pas encore totalement validée, faute de suffisamment de retours d’expérience et de données d’expérimentation. Mais certaines réussites auraient déjà été observées sur certains types de sols.

Cette idée est donc proposée comme une piste de réflexion et de débat technique, pas comme une recommandation généralisée.

Comment intervenir dans une parcelle infestée

Quand on a du ray-grass dans une parcelle, la méthode proposée est la suivante :

  1. Faire une analyse de sol dans la zone infestée.
  2. Faire une analyse dans une zone de la même parcelle où le ray-grass n’est pas présent.
  3. Comparer les deux.

Le seuil évoqué pour commencer à parler de problème est d’environ 15 à 20 ray-grass par mètre carré. À partir de là, on entre dans une situation invasive, comparable à ce qui peut être observé avec le vulpin, avec en plus des risques accrus de résistance.

Dans ces zones infestées, il est proposé d’apporter spécifiquement :

  • du magnésium ;
  • du carbonate de magnésium ;
  • éventuellement du carbonate de calcium ;
  • de la dolomie ;
  • ou des oxydes de magnésie.

Le but n’est pas de mettre du magnésium partout, mais de cibler les zones concernées à partir d’un diagnostic précis.

Le ray-grass et le pH

La présence de ray-grass est souvent associée à des pH à tendance acide, mais il est bien précisé que ce n’est pas une règle absolue.

Le raisonnement ne doit donc pas se limiter à la seule correction du pH. Il faut surtout penser en termes de :

  • rééquilibrage des bases ;
  • restauration des carbonates ;
  • amélioration de la CEC ;
  • correction des déséquilibres sodium / potassium / magnésium / calcium.

Autrement dit, le travail sur les carbonates ne se fait pas seulement pour modifier le pH, mais pour restaurer le fonctionnement global du sol.

Différence avec le vulpin

La vidéo insiste enfin sur une différence importante entre ray-grass et vulpin.

  • Le vulpin est vu comme l’indicateur de sols fortement, voire extrêmement dégradés.
  • Le ray-grass est plutôt vu comme l’indicateur de sols en voie d’amélioration, mais encore déséquilibrés.

C’est cette différence qui rend son interprétation plus délicate. Le ray-grass n’indique pas exactement la même gravité de dégradation, mais il reste un signal fort d’un sol qui n’est pas encore revenu à l’équilibre.

Intérêt de la bio-indication pour piloter la culture

Au-delà du seul cas du ray-grass, le message général est que les adventices permettent de mieux piloter la culture.

Observer les plantes présentes au démarrage donne des indications sur les déséquilibres majeurs du sol, et permet ensuite :

  • d’anticiper certains accidents abiotiques ou biotiques ;
  • de mieux gérer la nutrition ;
  • de mieux préparer la culture face à la sécheresse, au froid, aux insectes et aux maladies.

Le ray-grass devient donc ici un outil de lecture agronomique, au même titre que d’autres plantes bio-indicatrices.

Ouverture sur les couverts

En fin d’intervention, il est annoncé qu’une prochaine vidéo devrait porter sur la gestion des couverts et les types de couverts à mettre en place dans cette approche.

Cette approche repose sur une lecture particulière de la matière organique, avec une forte insistance sur :

  • les sucres ;
  • la matière organique labile ;
  • la fabrication de racines ;
  • l’idée de ne pas laisser trop de fumier ou de matière organique trop fermentée s’accumuler.

Le message est qu’il faut surtout fabriquer des racines ; l’exportation des parties aériennes n’est pas forcément un problème en soi.

Conclusion

En conclusion, le ray-grass est présenté comme une adventice des sols à petite CEC, souvent légers, humides, pauvres en argile fonctionnelle et déséquilibrés sur le plan des bases.

Sa présence invite à :

  • regarder de près le sodium ;
  • contrôler la CEC ;
  • suivre les carbonates ;
  • corriger les manques en calcium et surtout en magnésium ;
  • rééquilibrer le rapport potassium / magnésium ;
  • raisonner les amendements selon le type de sol.

Le ray-grass n’est pas lu ici comme une simple mauvaise herbe à détruire, mais comme un signal agronomique utile pour comprendre le fonctionnement du sol et construire un plan de redressement adapté.

Des retours d’expérience sur ces approches sont attendus, notamment sur l’usage éventuel de couverts à base de ray-grass pour concurrencer les populations sauvages.