Grand débat "Carbone, climat, alimentation"

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Lors de ce grand débat animé par Anne Trombini à Marciac, les intervenants ont montré que le carbone n’est pas seulement un problème climatique : il peut devenir un levier majeur de transition agricole. Arnaud Daguin, Konrad Schreiber et Xavier Dubreucq ont défendu une agriculture fondée sur la production de biomasse, la couverture permanente des sols, la fertilité biologique, l’eau et la biodiversité. L’enjeu est de capter le carbone atmosphérique par les plantes, de restaurer les sols, de réduire le travail du sol, les intrants et la dépendance aux énergies fossiles, tout en améliorant le revenu agricole. Le débat a aussi souligné les freins culturels, techniques et économiques à cette évolution, ainsi que l’importance de la formation et de l’acculturation du grand public. Côté filières, Danone a présenté ses actions pour accompagner ses éleveurs vers une “agriculture régénératrice”, fondée sur des diagnostics, des expérimentations et un accompagnement de long terme.

auto_awesome
Résumé
Lors de ce grand débat animé par Anne Trombini à Marciac, les intervenants ont montré que le carbone n’est pas seulement un problème climatique : il peut devenir un levier majeur de transition agricole. Arnaud Daguin, Konrad Schreiber et Xavier Dubreucq ont défendu une agriculture fondée sur la production de biomasse, la couverture permanente des sols, la fertilité biologique, l’eau et la biodiversité. L’enjeu est de capter le carbone atmosphérique par les plantes, de restaurer les sols, de réduire le travail du sol, les intrants et la dépendance aux énergies fossiles, tout en améliorant le revenu agricole. Le débat a aussi souligné les freins culturels, techniques et économiques à cette évolution, ainsi que l’importance de la formation et de l’acculturation du grand public. Côté filières, Danone a présenté ses actions pour accompagner ses éleveurs vers une “agriculture régénératrice”, fondée sur des diagnostics, des expérimentations et un accompagnement de long terme.

Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃


Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui un grand débat avec Anne Trombini (Pour une Agriculture du Vivant), Arnaud Daguin, Xavier Dubreucq, Konrad Schreiber.


Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.


Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Introduction

Dans le cadre de Paysages in Marciac, ce grand débat intitulé « Carbone, climat, alimentation » interroge le rôle de l’agriculture face aux grands enjeux contemporains : le changement climatique, la fertilité des sols, la qualité de l’alimentation, l’autonomie énergétique et la rémunération des agriculteurs.

L’échange est animé par Anne Trombini, directrice de l’association Pour une agriculture du vivant. L’objectif affiché est clair : montrer que le carbone ne doit pas être vu seulement comme un problème lié au réchauffement climatique, mais aussi comme une partie essentielle de la solution agronomique, écologique et économique.

Le débat réunit quatre intervenants :

  • Anne Trombini, animatrice du débat ;
  • Arnaud Daguin, cuisinier de formation, cofondateur et porte-parole de l’association Pour une agriculture du vivant ;
  • Konrad Schreiber, agronome et développeur agricole ;
  • Xavier Dubreucq, conseiller agricole en maraîchage ;
  • Mylinh Ngo-Dumont, responsable développement durable chez Danone France sur la partie lait.

Le carbone, de problème à levier de transition

Anne Trombini introduit le débat en rappelant que le carbone est souvent perçu uniquement de façon négative, comme responsable du réchauffement climatique. L’ambition de cette soirée est au contraire de montrer que le carbone peut devenir un levier central de la transition agroécologique.

L’idée défendue tout au long du débat est que l’agriculture peut :

  • capter le carbone atmosphérique via la photosynthèse ;
  • le transformer en biomasse ;
  • en restituer une partie au sol ;
  • améliorer ainsi la fertilité, la rétention d’eau, la biodiversité et la résilience des systèmes agricoles.

Le sujet du carbone est donc traité ici de manière large, à la fois agronomique, climatique, économique et alimentaire.

Présentation des intervenants

Anne Trombini

Anne Trombini se présente comme directrice de l’association Pour une agriculture du vivant, une structure créée deux ans et demi auparavant pour accélérer la transition agroécologique. L’association travaille avec les agriculteurs, les filières, les partenaires techniques, les consommateurs et le grand public.

Son objectif est d’unir les forces autour d’une transition qu’elle décrit comme porteuse d’espoir et de sens pour la société.

Mylinh Ngo-Dumont

Mylinh Ngo-Dumont intervient à distance. Elle explique travailler chez Danone, groupe devenu entreprise à mission, sur les activités liées au lait en France. Danone collecte directement le lait auprès de 1 700 éleveurs partenaires et dispose de cinq usines et cinq zones de collecte.

Elle précise être chargée de déployer des programmes techniques d’amélioration des pratiques agricoles et d’accompagner la transition agricole avec les éleveurs et les partenaires techniques.

Arnaud Daguin

Arnaud Daguin rappelle qu’il a été cuisinier pendant une quarantaine d’années. Depuis plusieurs années, il consacre son énergie à faire accélérer la transition agroécologique. Sa préoccupation constante est la notion de valeur : non pas la seule valeur marchande, mais la valeur réelle des choses.

Il explique avoir cofondé l’association Pour une agriculture du vivant pour disposer d’un outil transversal capable de s’adresser à tous les acteurs.

Konrad Schreiber

Konrad Schreiber se présente comme ayant eu une première vie de paysan, puis une seconde vie dans le développement agricole. Il travaille notamment sur le projet La Vache heureuse, orienté vers l’autonomie en protéines pour les ruminants, et se présente comme membre fondateur de l’Institut de l’agriculture durable.

Son approche insiste sur la mesure des résultats, l’observation des pratiques et leur lien avec la fertilité des sols.

Xavier Dubreucq

Xavier Dubreucq est conseiller agricole en maraîchage. Il travaille principalement avec des agriculteurs conventionnels sur les cultures de melon et de salade en Occitanie, dans le sud-est. Depuis une dizaine d’années, il s’intéresse à l’agriculture de conservation et à son adaptation aux cultures légumières.

Il raconte que son entrée dans ce sujet s’est faite à partir d’un problème concret : certains engrais verts permettaient de lutter efficacement contre des maladies telluriques du melon. Cette approche pragmatique lui a servi de point d’entrée pour développer d’autres itinéraires techniques.

Qu’est-ce qu’une “bonne agriculture” ?

Arnaud Daguin propose une réflexion qu’il rattache à une discussion avec son père : comment définir l’agriculture en deux mots ?

Sa réponse est : « production de biomasse ».

À partir de cette définition, il imagine ce que serait une agriculture idéale :

  • une agriculture qui produit assez de biomasse pour nourrir ses propres sols ;
  • une agriculture qui nourrit les humains et les animaux ;
  • une agriculture qui fournit aussi des matériaux pour se loger, se vêtir, se déplacer et se chauffer.

Pour tendre vers cette agriculture, il énumère cinq objectifs indissociables.

Le carbone

L’agriculture doit capter et stocker dans les sols le maximum de carbone possible. Arnaud Daguin reprend ici une idée transmise par Konrad Schreiber : le carbone est le carburant de la fertilité.

L’eau

L’agriculture doit produire des sols capables d’infiltrer, de filtrer et de stocker un maximum d’eau.

La biodiversité

Il insiste sur l’idée que, dans un système agricole, la biodiversité ne se “protège” pas de façon abstraite : par les pratiques agricoles, soit on produit de la biodiversité, soit on en détruit. Or cette biodiversité est selon lui le moteur de la fertilité.

La qualité nutritionnelle

L’agriculture doit produire des aliments dotés d’un véritable capital nutritionnel et gustatif, adaptés aux besoins humains.

Le “bonheur intérieur brut” à la ferme

Le cinquième objectif concerne la capacité de l’agriculteur à se projeter, transmettre et vivre dignement de son activité. Arnaud Daguin parle d’un « indice de bonheur intérieur brut à la ferme ».

Cela suppose de mesurer les services rendus par l’agriculture, notamment sur le carbone, l’eau et la biodiversité, puis de relier les résultats observés aux pratiques qui les ont permis. Pour lui, c’est cela qu’il faut rémunérer.

Où est le carbone dans l’agriculture ?

Konrad Schreiber répond en repartant du cycle du carbone.

Le carbone est d’abord dans l’air

Il rappelle que le carbone est d’abord présent dans l’atmosphère, sous forme de CO2. Là où beaucoup n’y voient qu’un problème, il propose de le considérer aussi comme une ressource pour la production végétale.

La feuille, via la photosynthèse, est selon lui l’outil central de capture du carbone. Plus il y a de plantes en croissance, plus il est possible de capter du carbone et de le transformer en biomasse.

Il résume cette logique par un slogan : « Sauvons la planète avec des plantes ».

La plante fabrique le sol fertile

Selon Konrad Schreiber, la nature montre que c’est la plante qui génère la terre fertile sur laquelle elle prolifère. Une forêt pousse seule, avec biodiversité, infiltration de l’eau et accumulation de matière organique. À l’inverse, lorsque le sol est travaillé intensivement, sa structure, sa vie biologique et sa fertilité se dégradent.

Il développe l’idée qu’il est impossible d’aller chercher du carbone dans l’air avec des techniques qui détruisent le sol en permanence.

Le sol comme unité de recyclage

Le sol est présenté comme une gigantesque unité de recyclage du cycle du carbone. Il héberge :

Toute cette vie transforme les déchets organiques — feuilles mortes, bois, racines, excréments — en éléments minéraux et en CO2 réutilisables par les plantes. Le sol est donc au cœur du cycle vivant du carbone.

Critique du travail du sol

Konrad Schreiber affirme que l’un des premiers facteurs de dégradation de l’environnement est l’usage d’outils qui détruisent l’habitat biologique du sol. Il cite notamment :

  • la charrue ;
  • les outils rotatifs ;
  • le ripper ;
  • le recours au feu ;
  • les techniques qui broient et retournent les horizons du sol.

Selon lui, ce sont ces destructions qui obligent ensuite à rajouter des intrants pour maintenir la production.

Le lien entre carbone et énergie

Xavier Dubreucq aborde le sujet sous l’angle énergétique. Il estime que plus on met de carbone fossile dans un système agricole, plus on détruit ce système, à la fois à l’échelle de la parcelle et à l’échelle planétaire.

L’agriculture moderne mange du pétrole

Il rappelle que l’agriculture actuelle dépense à peu près autant d’énergie fossile qu’elle n’en restitue sous forme d’aliments. D’une certaine façon, dit-il, nous mangeons du pétrole.

Il insiste sur la faible perception sociale de la valeur de l’énergie. Pour faire comprendre ce qu’est un litre d’essence, il le compare à l’énergie humaine qu’il faudrait déployer en pédalant pendant une semaine sur un vélo d’appartement.

Une double crise à venir

Pour lui, l’humanité va devoir faire face à une situation inédite :

  • un changement climatique qui déséquilibre les systèmes écologiques ;
  • une contraction de l’énergie disponible, liée à la baisse des ressources fossiles et aux limites des minerais nécessaires aux technologies dites renouvelables.

Dans ce contexte, il considère qu’il faut viser des systèmes agricoles beaucoup moins énergivores, voire aussi autonomes que possible.

Comment les agriculteurs perçoivent-ils ces enjeux ?

Xavier Dubreucq explique que la réception de ces idées dépend beaucoup des profils d’agriculteurs. Certains sont curieux et prêts à changer ; d’autres restent centrés sur les impératifs économiques immédiats dans un système très concurrentiel.

Il souligne que dans les grandes cultures, les itinéraires techniques en agriculture de conservation sont déjà balisés, alors qu’en cultures légumières un important travail de développement reste à faire.

Selon lui, pour faire évoluer les pratiques, il faut :

  • des chiffres ;
  • un accompagnement technique ;
  • des solutions de mécanisation adaptées ;
  • et des signaux économiques cohérents.

Il insiste sur le fait que les agriculteurs engagés en agriculture de conservation ont souvent de meilleures marges que ceux qui restent dans des systèmes plus dépendants du travail du sol et des intrants.

Danone et l’agriculture régénératrice

Interrogée par Anne Trombini, Mylinh Ngo-Dumont explique comment Danone s’empare de ce sujet.

Un engagement du groupe

Danone s’est engagé en 2018 à ce que 100 % des matières premières agricoles produites en France soient issues de l’agriculture régénératrice.

Elle souligne que les termes peuvent varier — agroécologie, agriculture régénératrice, agriculture du vivant — mais qu’ils renvoient selon elle à une même direction de fond.

Les trois piliers de l’agriculture régénératrice selon Danone

Mylinh Ngo-Dumont présente trois piliers :

  • les animaux : avec un travail sur le bien-être animal ;
  • les hommes : avec l’amélioration du revenu, de la pérennité et des conditions d’exercice ;
  • les sols et le carbone : avec l’enjeu de préserver le futur même de l’agriculture.

Le programme « Les deux pieds sur terre »

Danone a lancé dès 2018 un programme baptisé « Les deux pieds sur terre », fondé sur une logique multipartenariale et d’intérêt général.

Ce programme repose sur plusieurs niveaux :

  • la sensibilisation large des éleveurs ;
  • la réalisation de diagnostics carbone ;
  • l’accompagnement plus approfondi pour ceux qui veulent aller plus loin ;
  • le soutien à des projets d’investissement via du financement participatif cofinancé par Danone ;
  • la mise en place de groupes pilotes d’éleveurs testant de nouvelles pratiques.

Parmi les pratiques évoquées :

  • les couverts végétaux ;
  • la réduction du travail du sol ;
  • des essais collectifs sur les systèmes fourragers.

Le besoin de temps long

Mylinh Ngo-Dumont insiste sur un point : la transition agricole exige du temps long, alors que la société moderne attend des résultats immédiats. Pour rendre possible ce changement, il faut selon elle apporter aux agriculteurs de la visibilité et de la sérénité.

Danone cherche ainsi à proposer :

  • des contrats de long terme ;
  • des formules de prix basées sur les coûts de production ;
  • et un accompagnement technique et financier durable.

Quels défis pour une agriculture du carbone ?

Une politique agricole du carbone

Konrad Schreiber estime que le principal défi est politique. Selon lui, il faudrait une politique agricole simple centrée sur deux mesures majeures :

  • couvrir les sols avec des plantes et des couverts végétaux ;
  • planter des arbres.

Pour lui, le cœur de la politique agricole devrait être une politique agricole du carbone.

La couverture des sols

Il affirme qu’il faudrait des sols couverts 100 % du temps, toute l’année. Cette couverture peut être horizontale avec les couverts végétaux, et verticale avec les arbres.

      1. Génétique et fertilisation

Konrad Schreiber considère que deux grands sujets techniques restent devant nous :

  • la génétique végétale, notamment pour retrouver plus de biomasse et de paille ;
  • une fertilisation adaptée à l’organisme biologique du sol.

Selon lui, l’enjeu n’est pas seulement le rendement en grain, mais la production globale de biomasse.

Accompagnement, chiffres et mécanisation

Xavier Dubreucq complète cette vision en insistant sur :

  • la nécessité de mettre en évidence les marges ;
  • le rôle des centres de gestion ;
  • le besoin d’accompagnement technique ;
  • la disponibilité de matériels adaptés.

Il va jusqu’à dire qu’au lieu de distribuer des aides sans contrepartie, la politique publique devrait réorienter massivement les soutiens vers les outils permettant de développer le semis direct et les pratiques de conservation.

La création de valeur et la rémunération des services rendus

Le débat revient à plusieurs reprises sur la question de la valeur ajoutée de l’agroécologie.

Produire de la marge plutôt que détruire de la biomasse

Xavier Dubreucq cite Frédéric Thomas et résume une idée forte : en agriculture de conservation, on ne “cultive” pas seulement de la biomasse, on cultive aussi de la marge.

Konrad Schreiber ajoute que les gains viennent progressivement de :

  • la réduction du temps de travail ;
  • la baisse des intrants ;
  • la diminution des besoins en matériel ;
  • le maintien ou l’amélioration de la fertilité.

Chez certains éleveurs, il évoque des gains économiques importants grâce à la substitution de protéines achetées par des productions autonomes issues de l’exploitation.

Mesurer pour rémunérer

Arnaud Daguin insiste sur le fait que la rémunération doit porter sur les résultats et non sur des déclarations d’intention. Il faut mesurer :

  • le carbone ;
  • l’eau ;
  • la biodiversité ;
  • la qualité nutritionnelle ;
  • et plus largement les effets des pratiques.

Il imagine qu’une plateforme collaborative de données pourrait aider à faire le lien entre pratiques et résultats, et ainsi permettre une rémunération plus juste des services rendus.

Le numérique comme outil possible

Il voit dans le numérique et les logiques collaboratives un outil potentiel pour organiser cette mesure et cette valorisation.

Une transition aussi culturelle que technique

Arnaud Daguin insiste sur le fait que les blocages sont souvent plus culturels que techniques.

Il raconte avoir vu des scènes de conflit entre générations dans des fermes, notamment lorsque des fils annonçaient qu’ils allaient arrêter de labourer. Dans certains cas, dit-il, des agriculteurs ont attendu le décès de leur père pour abandonner la charrue.

Selon lui, il faut donc un immense effort d’acculturation :

  • dans les familles agricoles ;
  • à l’école ;
  • dans la société entière.

Il regrette qu’on n’enseigne pas plus tôt le fonctionnement du cycle du vivant, de l’eau, des plantes et des sols. Pour lui, le sujet central est une réconciliation entre les humains et la biosphère.

Le rôle de la société et du consommateur

Le débat souligne à plusieurs reprises que la transition ne dépend pas des seuls agriculteurs.

Changer le regard sur l’agriculture

Mylinh Ngo-Dumont estime indispensable que la société change son regard sur l’agriculture. Les agriculteurs cumulent aujourd’hui de nombreuses fonctions et subissent de multiples injonctions. On leur demande désormais d’être aussi agronomes, dans un contexte où ce qu’ils avaient appris est souvent remis en question.

Selon elle, cette transition ne pourra se faire durablement que si l’image de l’agriculture est revalorisée.

Communication positive

Anne Trombini rappelle qu’un travail important est mené pour construire une communication positive sur l’agriculture et sur le rôle du carbone dans cette nouvelle vision. Avant même de penser labels ou marketing, il faut recréer une culture commune et faire comprendre les enjeux de fond.

Le consommateur comme acteur

En fin de débat, il est rappelé que chacun peut agir à son niveau :

  • en s’informant ;
  • en choisissant les produits qu’il achète ;
  • en participant à des financements participatifs ;
  • en soutenant les démarches qui accompagnent cette transition.

Le carbone au-delà du champ : énergie, transport, méthanisation

Le transport

À une question sur le transport, Mylinh Ngo-Dumont répond que le carbone est traité à tous les niveaux chez Danone. Le lait représentant une part très importante des émissions du groupe, l’amont agricole est particulièrement travaillé, mais des efforts sont aussi menés :

  • dans l’optimisation des tournées de collecte ;
  • dans les usines ;
  • dans la réduction du gaspillage et des consommations d’énergie.

Konrad Schreiber élargit la réponse en expliquant que le vrai sujet de fond est l’énergie. Selon lui, l’enjeu est de parvenir à une énergie inépuisable et gratuite, en s’appuyant sur le solaire capté par la biomasse et transformé ensuite par différents procédés.

Il défend l’idée que l’autonomie énergétique doit d’abord se construire à l’échelle des fermes et des territoires ruraux.

La méthanisation

Interrogé sur les risques de prélever trop de matière organique pour nourrir des méthaniseurs, Konrad Schreiber répond qu’il faut raisonner sous conditions strictes :

  • pas de bilan humique négatif ;
  • priorité à la fertilité du sol ;
  • autonomie préalable du système ;
  • et seulement ensuite, possibilité de développer un projet de méthanisation.

Il critique les grands schémas directeurs conçus de façon centralisée sans suffisamment prendre en compte la durabilité biologique des projets.

Formation et enseignement

Plusieurs questions du public portent sur la formation agricole.

Arnaud Daguin reconnaît qu’on est seulement au début de quelque chose et qu’il est logique que ces contenus ne soient pas encore partout dans les manuels. Il pense néanmoins qu’ils finiront nécessairement par s’imposer tant les enjeux sont considérables.

Xavier Dubreucq observe que, dans certaines écoles d’ingénieurs agronomes, les étudiants sont déjà largement sensibilisés à l’agroécologie, parfois davantage que leurs enseignants. Mais il note aussi que certains jeunes formés à ces approches peinent ensuite à dialoguer avec les agriculteurs conventionnels, faute de parler leur langue technique.

Le débat sur la place des grandes entreprises

Une partie des échanges avec le public porte sur la présence de Danone dans ce type de débat.

Arnaud Daguin répond fermement qu’il serait contre-productif d’exclure les grands acteurs. Selon lui, si l’on veut transformer réellement l’agriculture, il faut travailler avec tous les maillons des filières, y compris les groupes industriels, dès lors qu’ils s’engagent concrètement.

Il met en garde contre la tentation de se réfugier dans des querelles idéologiques au détriment du sujet principal. Le point central, dit-il, est la remise en état des sols et la restauration de la fertilité.

Konrad Schreiber abonde dans le même sens et explique qu’il a lui-même beaucoup travaillé, notamment avec François Mulet au sein de Ver de Terre Production, à faire converger des mondes différents autour d’un projet commun.

Échelle du mouvement : local, national, mondial

À une question sur l’ampleur réelle du mouvement, Anne Trombini répond que la mobilisation est désormais générale.

L’association Pour une agriculture du vivant accompagne une trentaine de projets de filière sur tout le territoire. Les agriculteurs engagés viennent de toutes les régions, de toutes les tailles d’exploitation et de toutes les productions.

Elle souligne aussi le caractère mondial de la prise de conscience, en lien avec les enjeux climatiques, de fertilité, de résilience et d’émissions de gaz à effet de serre.

Konrad Schreiber rappelle pour sa part que l’agriculture de conservation des sols a une histoire internationale ancienne, remontant notamment aux conséquences du Dust Bowl aux États-Unis dans les années 1930.

Perspectives politiques

En fin de rencontre, il est évoqué l’idée d’une intervention plus forte dans le débat public, notamment à propos de la politique agricole commune.

Anne Trombini annonce qu’un plaidoyer pour l’agroécologie est en cours de finalisation et qu’il sera transmis au ministre de l’Agriculture. Elle insiste sur le fait qu’il y a urgence et que de nombreux agriculteurs demandent aujourd’hui une impulsion claire.

Arnaud Daguin rappelle que chaque citoyen peut aussi devenir un relais de cette transformation en comprenant les enjeux et en les diffusant autour de lui.

Conclusion

Le débat se clôt sur une idée simple mais structurante : il faut remettre les sols en état, ensemble, tout de suite.

Les intervenants insistent sur plusieurs convictions communes :

  • la fertilité des sols est au cœur de tout ;
  • le carbone n’est pas seulement une menace, mais aussi un levier majeur ;
  • l’agroécologie suppose de réduire les coûts de production, de restaurer la biomasse et de retrouver de l’autonomie ;
  • cette transition ne se fera ni contre les agriculteurs, ni sans les filières, ni sans les consommateurs ;
  • elle demande à la fois des transformations techniques, économiques, politiques et culturelles.

La conclusion d’Anne Trombini et des participants met en avant un choix assumé : travailler ensemble plutôt que chercher des coupables, et prendre le risque de coopérer pour que cette transition fonctionne réellement.