Justin Lekoto - Faire reculer le désert africain

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Dans cette intervention, Justin Lekoto présente une agriculture du futur déjà à l’œuvre : une agriculture du vivant, écologique et ancrée dans l’action. En s’appuyant sur l’exemple du Centre Songhaï au Bénin, fondé par le père Godfrey Nzamujo, la vidéo montre comment l’Afrique peut répondre à la désertification, à la pauvreté et au chômage grâce à un modèle de développement intégré. Songhaï repose sur la formation, la recherche et la production agricole durable, en valorisant les ressources locales, le recyclage, le biomimétisme et la complémentarité entre cultures, élevage, pisciculture, transformation et commercialisation. Rien ne se perd : les déchets d’une activité deviennent les ressources d’une autre. Au-delà de la technique, le projet mise sur le capital humain, l’entrepreneuriat et la responsabilité collective. Le message final est clair : faire reculer le désert africain commence dès maintenant, par des initiatives concrètes fondées sur l’agroécologie.

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Résumé
Dans cette intervention, Justin Lekoto présente une agriculture du futur déjà à l’œuvre : une agriculture du vivant, écologique et ancrée dans l’action. En s’appuyant sur l’exemple du Centre Songhaï au Bénin, fondé par le père Godfrey Nzamujo, la vidéo montre comment l’Afrique peut répondre à la désertification, à la pauvreté et au chômage grâce à un modèle de développement intégré. Songhaï repose sur la formation, la recherche et la production agricole durable, en valorisant les ressources locales, le recyclage, le biomimétisme et la complémentarité entre cultures, élevage, pisciculture, transformation et commercialisation. Rien ne se perd : les déchets d’une activité deviennent les ressources d’une autre. Au-delà de la technique, le projet mise sur le capital humain, l’entrepreneuriat et la responsabilité collective. Le message final est clair : faire reculer le désert africain commence dès maintenant, par des initiatives concrètes fondées sur l’agroécologie.


Une agriculture du futur qui existe déjà

Bonjour à tous.

Depuis ce matin, on parle de l’agriculture du futur, de celle de demain. Moi, je vais dire que, dans son cas, nous parlons de l’agriculture du futur, mais que c’est maintenant. L’agriculture du vivant, c’est maintenant. Et ce n’est pas seulement l’agriculture du futur : l’agriculture du vivant, c’est aussi une agriculture qui intègre une agriculture écologique, durable.

L’intervenant propose d’emmener le public au centre Songhaï à travers une vidéo de quelques minutes, puis de faire un petit commentaire pour montrer, à travers les images, les résultats concrets de cette démarche.

La naissance du centre Songhaï

En octobre 1985, à Ouando, une zone broussailleuse de la banlieue de Porto-Novo, capitale du Bénin, sur les terres octroyées par le gouvernement de la République populaire du Bénin d’alors, le père Godfrey Nzamujo, encore trentenaire à l’époque, pose ses valises en provenance des États-Unis d’Amérique pour la cause de l’Afrique.

Il venait ainsi de sacrifier son rêve de devenir un grand professeur d’université en électronique et informatique. Malgré les perspectives offertes par les grandes universités américaines, il choisit de revenir en Afrique, bouleversé par la situation du continent.

Selon son témoignage, après avoir voyagé en Afrique du Sud, au Nigeria, au Liberia, au Kenya et ailleurs, il ne pouvait pas comprendre pourquoi un continent aussi riche, doté d’énormes possibilités et d’immenses richesses naturelles, se retrouvait à genoux. Cette prise de conscience a changé toute sa vie.

Prêtre dominicain, docteur en électronique, en microbiologie et en développement, ancien professeur d’informatique à la Loyola Marymount University de Los Angeles en Californie, il n’était alors habité que par une seule conviction : il fallait donner au monde une autre image de l’Afrique.

Pour lui, l’Afrique n’est pas seulement un continent miné par la pauvreté, ravagé par les guerres, meurtri par la famine et les crises, comme le montrent souvent les médias internationaux. Il fallait montrer une Afrique qui relève la tête.

C’est ainsi qu’est née l’initiative Songhaï.

Le sens du nom Songhaï

Le nom Songhaï renvoie à l’histoire africaine et à un appel à la dignité. Il rappelle que l’Afrique a porté de grandes civilisations, de grands savoirs, de grandes universités, ainsi qu’une histoire scientifique, commerciale et culturelle importante.

Le choix de ce nom exprime donc une volonté de reconnexion avec la grandeur historique du continent et avec sa capacité à produire sa propre voie de développement.

Un projet de société fondé sur la formation, la production et la recherche

L’initiative Songhaï repose sur trois piliers :

  • la formation ;
  • la production ;
  • la recherche.

Le tout s’inscrit dans une agriculture intégrée et durable, compétitive, centrée sur l’homme, créatrice de richesses et fondée sur l’utilisation des ressources locales disponibles, dans le strict respect de l’environnement.

L’environnement n’est pas considéré comme un ennemi ou comme une simple contrainte, mais comme un partenaire.

Cette vision rejoint ce que certains appellent aujourd’hui le biomimétisme, c’est-à-dire l’observation des mécanismes de la nature afin d’y puiser des solutions techniques et technologiques innovantes, douces, protectrices et respectueuses de l’environnement.

En clair, il s’agit de « danser avec la nature ».

Danser avec la nature plutôt que la combattre

Le témoignage présenté dans la vidéo insiste sur un point essentiel : on ne peut pas démarrer sans l’agriculture. Mais il ne s’agit pas de reproduire les modèles occidentaux fondés largement sur la chimie.

Selon cette approche, l’agriculture chimique a tué les forces biologiques du sol. À l’inverse, au centre Songhaï, on cherche à faire travailler ensemble les forces de la nature :

  • la force de l’eau ;
  • la force du soleil ;
  • les forces biologiques du sol.

L’idée est de créer les conditions dans lesquelles la nature peut répondre positivement. L’agriculture devient alors l’intégration harmonieuse de ces différentes forces, afin de créer de la richesse.

Une agriculture intégrée pour créer de la richesse

Pour que l’agriculture participe efficacement à la création de richesses et joue pleinement son rôle de moteur du développement socio-économique, il est nécessaire de l’associer aux secteurs secondaire et tertiaire.

Le modèle Songhaï en fait un principe fondamental.

Le secteur primaire

Dans le secteur primaire, Songhaï développe des initiatives agricoles économiquement viables à travers un système de production intégrée.

Ce système repose sur une synergie entre :

  • la production végétale ;
  • la production animale ;
  • la pisciculture.

Ainsi, les sous-produits ou déchets d’une activité deviennent les matières premières d’une autre activité grâce au recyclage. À Songhaï, rien ne se perd, tout se transforme.

Le recyclage y est présenté comme la base des activités. Il ne s’agit pas d’un principe théorique réservé à quelques experts : c’est quelque chose de concret, visible partout et accessible à tous.

Ce concept est désigné à Songhaï comme le zéro émission, c’est-à-dire :

  • production totale ;
  • zéro déchet.

La production de biogaz et l’installation de gazéifieurs s’inscrivent dans cette logique.

Le secteur secondaire

Le secteur secondaire comprend :

  • l’agro-industrie ;
  • la section mécanique-fabrication.

Le centre maîtrise ainsi plus d’une dizaine de filières complètes, parmi lesquelles :

  • le palmier à huile et les palmistes ;
  • le riz ;
  • les jus de fruits ;
  • l’alimentation animale.

La section mécanique-fabrication permet de mettre à la disposition des entreprises agricoles des équipements adaptés à leurs besoins, fabriqués localement et moins coûteux.

Cela permet :

  • d’accroître la productivité ;
  • de valoriser les matières premières issues de la ferme ;
  • d’éviter les pertes post-récolte ;
  • d’ajouter de la valeur aux produits.

L’agro-industrie poursuit la même logique. Elle permet notamment de mettre sur les marchés locaux et régionaux des produits agroalimentaires réellement adaptés aux besoins des communautés, d’augmenter les revenus des entrepreneurs agricoles et de favoriser la création de petites et moyennes industries décentralisées.

Le secteur tertiaire

En appui aux secteurs primaire et secondaire, le secteur tertiaire regroupe :

  • les services de commercialisation ;
  • le marketing ;
  • les infrastructures d’accueil ;
  • les complexes d’hébergement ;
  • les restaurants ;
  • les salles de conférence et de réunion ;
  • les transports ;
  • les technologies de l’information et de la communication ;
  • la formation fonctionnelle des ressources humaines.

La vidéo insiste particulièrement sur la place centrale de l’être humain.

La priorité donnée au capital humain

Selon la philosophie de Songhaï, il existe plusieurs formes de capital, mais le plus important est le capital humain.

Le propos distingue cinq capitaux, parmi lesquels :

  • le capital humain ;
  • le capital environnemental ;
  • le capital technique ;
  • le capital social ;
  • le capital financier.

Le message est clair : si les premiers capitaux ne sont pas en place, injecter de l’argent ne sert à rien. L’argent est important, la terre est importante, la technologie est importante, mais rien n’est plus important que l’homme renouvelé, formé et équipé.

Songhaï veut donc former un nouveau type d’homme, et bien évidemment aussi des leaders socio-économiques, capables d’utiliser :

  • leur tête ;
  • leur cœur ;
  • leurs mains.

Autrement dit, des acteurs créateurs, équipés de :

  • savoirs ;
  • savoir-faire ;
  • savoir-être.

Ces personnes doivent être capables de valoriser efficacement le capital environnemental de l’Afrique.

Les quatre composantes du modèle Songhaï

Le modèle de développement porté par l’initiative Songhaï se décline en quatre principales composantes :

  • un parc technologique ;
  • un parc industriel ;
  • un centre d’incubation, de formation et de développement des ressources humaines ;
  • un centre de services.

Cette structuration fait de Songhaï un modèle de développement original, cohérent et complet.

Une reconnaissance régionale et internationale

En trois décennies d’existence et d’activités, l’initiative Songhaï a accumulé une expérience importante, qui a retenu l’attention des gouvernants, des acteurs institutionnels, des partenaires et des visiteurs.

En 2008, les Nations unies ont promu Songhaï au rang de centre d’excellence.

De son côté, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) le reconnaît également comme centre d’excellence pour les projets d’entrepreneuriat agricole.

La diffusion du modèle au Bénin et en Afrique

L’implantation du modèle dans d’autres régions s’est ensuite accélérée.

Au Bénin, en dehors des sites de Porto-Novo, de Savalou, de Parakou et de Kinwédji, Songhaï est aussi présent dans d’autres localités, à travers différents projets de promotion de l’entrepreneuriat agricole pour la transformation socio-économique des zones rurales.

Au-delà des frontières béninoises, le modèle Songhaï est aussi expérimenté dans plusieurs États de la République fédérale du Nigeria, dans le cadre du projet régional Songhaï.

Il est prévu qu’il soit répliqué dans plusieurs autres pays du continent.

Le bilan présenté dans la vidéo est significatif :

  • plus de 3000 entrepreneurs socio-économiques formés ;
  • des milliers de stagiaires venus de nombreux pays ;
  • plus de 2000 entrepreneurs installés à leur propre compte et organisés en réseau ;
  • plusieurs centres opérationnels au Bénin et en Afrique ;
  • de nombreuses organisations et institutions partenaires.

Une agriculture biologique qui danse avec la nature

L’initiative Songhaï est présentée comme :

  • une agriculture biologique ;
  • une agriculture qui danse avec la nature ;
  • un ensemble de solutions techniques simples ;
  • un dispositif de formation de ressources humaines équipées techniquement, moralement et spirituellement.

Le modèle repose sur le concept de ville rurale verte et sur une économie de communion.

Il est présenté comme une réponse adaptée aux trois principaux défis de l’Afrique :

  • l’environnement ;
  • la sécurité alimentaire ;
  • l’emploi des jeunes.

L’objectif final est de faire reculer la pauvreté.

Une autre définition de la pauvreté

Dans la vidéo, la pauvreté n’est pas définie comme une maladie comparable au paludisme, que l’on pourrait guérir avec un simple médicament.

Elle est plutôt présentée comme notre incapacité à voir les possibilités qui existent autour de nous, à développer la capacité de les exploiter et à les canaliser pour créer les richesses correspondant à nos besoins et à nos désirs.

La formule proposée est forte : la pauvreté ne vit que dans les communautés en panne d’inspiration.

Ainsi, le principal handicap de l’Afrique ne serait pas l’absence de ressources, mais l’incapacité à saisir les opportunités et à valoriser pleinement son capital environnemental et humain.

Dupliquer le modèle pour faire reculer la pauvreté

Dans cette perspective, l’initiative Songhaï apparaît comme une réponse concrète au défi de la pauvreté en Afrique.

Soutenir ce modèle et le dupliquer partout est présenté comme l’un des moyens les plus sûrs d’y parvenir.

Commentaire final : l’agriculture du vivant demande de l’action

À la suite de la vidéo, l’intervenant ajoute qu’il ne souhaite pas multiplier les commentaires, mais simplement dire quelques mots avant de laisser le public regarder les images montrant les résultats concrets de tout ce qui vient d’être présenté.

Il rappelle que, dans les échanges précédents, on disait que l’agriculture du vivant, le management du vivant et l’agriculture écologique ne relèvent pas de discours lointains ou abstraits. Ce sont des actions concrètes qu’il faut poser.

Quand on demande comment cela peut se réaliser réellement, certains répondent que c’est difficile et que cela prend du temps. Mais le message final est un appel à l’engagement.

L’intervenant propose une image : la première goutte de la vague de mer qui commence à se déverser sur la plage, c’est nous. Chacun, à son niveau, doit porter cette agriculture basée sur le vivant, cette agriculture écologique.

Il invite enfin à regarder les images comme les résultats de ce qui est fait en agroécologie.

Conclusion

À travers l’exemple du centre Songhaï, la vidéo montre que l’agriculture du futur n’est pas une promesse lointaine. Elle existe déjà sous la forme d’une agriculture intégrée, écologique, productive, formatrice et génératrice d’emplois.

Elle repose sur une idée simple : valoriser les ressources locales, respecter les équilibres naturels, recycler, transformer, former les hommes et structurer l’économie autour de l’agriculture.

Autrement dit, faire de l’agriculture non seulement un moyen de production, mais un véritable projet de société.