L'Agro-éco-climatologie : actions locales et régénération des sols, Cédric Cabrol
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L’agro-éco-climatologie : actions locales et régénération des sols par Cédric Cabrol
Cet article explore les liens complexes entre la santé des sols, l’agroécologie et la régulation climatique, une discipline que Cédric Cabrol nomme l’agro-éco-climatologie.
Le réchauffement climatique et le cycle du carbone
Le réchauffement climatique est indéniablement lié à l’augmentation des gaz à effet de serre (GES), principalement le CO2, dont l’impact a été théorisé dès le XIXe siècle par Arrhenius. Si l’activité humaine industrielle est le moteur principal, la dégradation des sols joue également un rôle non négligeable en libérant du carbone stocké. Le défi actuel ne consiste pas à supprimer toute activité, mais à réduire les émissions et à séquestrer le carbone en réhabilitant les sols. L’initiative « 4 pour 1000 » souligne l’importance de transformer des sols dégradés en sols fertiles et riches en humus, ce qui améliore la résilience des plantes face aux stress hydriques.
Mécanismes de médiation climatique par les plantes
Au-delà de la séquestration du carbone, les plantes agissent sur le climat via trois leviers majeurs :
- L’albédo (effet miroir) : La couleur et la nature de la surface influencent la réflexion de l’énergie solaire.
- L’évapotranspiration : Ce processus absorbe des calories, refroidissant localement l’atmosphère. Une évapotranspiration de 30 mm d’eau par an peut avoir un effet de refroidissement équivalent à l’effet de réchauffement d’une certaine quantité de CO2.
- Les agents de condensation : Les plantes libèrent des noyaux de condensation (pollen, spores, bactéries comme Pseudomonas syringae) qui favorisent la formation de nuages à des altitudes plus basses. Ces nuages ont un effet refroidissant significatif en réfléchissant le rayonnement solaire (albédo des nuages).
La dégradation des sols et la rupture climatique
La dégradation des sols suit une logique “sigmoïde” : au-delà d’un certain seuil de dégradation, le sol perd sa capacité d’absorption de l’eau (pouvant chuter sous 1 mm/h). Cette perte de structure amplifie le “sureffet de serre” par effet de sol. Lorsque les sols sont nus, la température de surface augmente, intensifiant le rayonnement infrarouge qui est alors piégé par les GES. Le manque de végétation pérenne accentue la sécheresse, car le cycle de l’eau (évapotranspiration et précipitation) est rompu.
Vers une remédiation locale et globale
Pour inverser cette tendance, plusieurs leviers d’action sont proposés :
- Restauration de la structure des sols : L’usage de techniques agroécologiques (couverture permanente, semis direct) permet de restaurer la porosité et la rétention d’eau.
- Recyclage de l’eau : La plantation d’arbres et le maintien de prairies pérennes favorisent la recirculation de l’humidité et la captation de la rosée (qui peut représenter entre 6 % et 35 % de l’apport en eau des plantes).
- Infrastructure d’urgence : Cédric Cabrol propose des mesures concrètes comme le broyage des pailles sur place pour modifier l’albédo, ou la création de retenues d’eau dans les fossés pour perforer les semelles de labour et favoriser l’infiltration.
Conclusion
Le vivant possède, à travers 500 millions d’années d’évolution, les clés pour résoudre ces problèmes. L’agro-éco-climatologie invite à repenser nos pratiques agricoles non seulement comme une question de production, mais comme un levier de géo-ingénierie naturelle. En régénérant les sols et en favorisant la végétation pérenne, il est possible d’initier des rétroactions climatiques positives à court terme, offrant ainsi un espoir concret pour la stabilité de nos écosystèmes.