L'autofertilité avec l'agroforesterie syntropique ?

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Dans cette vidéo, Lucas Bernicot nous présente les fondements de l'agroforesterie syntropique, une méthode de culture inspirée des savoirs millénaires et théorisée par Ernst Götsch. Cette approche vise à créer des agroécosystèmes productifs et résilients en imitant les dynamiques naturelles de succession écologique et de stratification forestière. L'exposé se concentre sur le concept clé d'autofertilité, rendu possible par la maximisation de la photosynthèse et la pratique de la "taille de perturbation". Lucas Bernicot explique comment ces interventions stimulent la vie du sol à travers trois voies majeures : la décomposition organique, la rhizodéposition (ou "voie du carbone liquide") et la rhizophagie, un processus fascinant où les plantes absorbent directement les nutriments des bactéries qu'elles élèvent. En favorisant ces symbioses et en minimisant les apports extérieurs, l'agroforesterie syntropique permet de restaurer la fertilité profonde des sols et de bâtir une agriculture robuste face aux défis climatiques actuels.

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Résumé
Dans cette vidéo, Lucas Bernicot nous présente les fondements de l'agroforesterie syntropique, une méthode de culture inspirée des savoirs millénaires et théorisée par Ernst Götsch. Cette approche vise à créer des agroécosystèmes productifs et résilients en imitant les dynamiques naturelles de succession écologique et de stratification forestière. L'exposé se concentre sur le concept clé d'autofertilité, rendu possible par la maximisation de la photosynthèse et la pratique de la "taille de perturbation". Lucas Bernicot explique comment ces interventions stimulent la vie du sol à travers trois voies majeures : la décomposition organique, la rhizodéposition (ou "voie du carbone liquide") et la rhizophagie, un processus fascinant où les plantes absorbent directement les nutriments des bactéries qu'elles élèvent. En favorisant ces symbioses et en minimisant les apports extérieurs, l'agroforesterie syntropique permet de restaurer la fertilité profonde des sols et de bâtir une agriculture robuste face aux défis climatiques actuels.

Formateur en agroécologie, passionné par l’agriculture syntropique et la régénération du Vivant. Lucas s'est donné pour mission de former et d'accompagner autour de l’agroforesterie syntropique et autres pratiques régénératrices, afin que l’être humain retrouve une place juste et bénéfique au sein du Vivant.




== Introduction

Bienvenue sur la chaîne de Ver de terre production. Dans cette vidéo, Émilie accueille Lucas Bernicot pour explorer le thème de l'autofertilité au sein de l'agroforesterie syntropique.

Ver de terre production est une structure qui, depuis 2017, propose un pôle formation axé sur l'agroécologie, ainsi qu'un pôle recherche, développement et accompagnement. Le catalogue complet des formations est disponible sur leur site internet. Parmi les cursus proposés, on retrouve la formation S'initier à l'agroforesterie syntropique en climat tempéré, animée par Lucas Bernicot.

== Parcours de Lucas Bernicot

Lucas Bernicot est formateur en agroforesterie syntropique et coordinateur d'un programme de recherche financé par la région Normandie. Ce programme vise à mesurer le temps et le coût de travail nécessaires à l'implantation et à la gestion d'un système syntropique.

N'ayant pas de formation agricole initiale, Lucas s'est passionné pour les techniques de régénération des écosystèmes. Il a parcouru des fermes en France pratiquant l'agroforesterie syntropique et s'est formé auprès des pionniers de cette méthode. En janvier 2024, il a cofondé l'association Destination Syntopie, visant à diffuser et promouvoir cette pratique en Europe. Il s'apprête à créer un centre d'expérimentation en Corrèze pour développer des itinéraires techniques adaptés au climat tempéré.

== Qu'est-ce que l'agroforesterie syntropique ?

L'agroforesterie syntropique, également appelée agroforesterie successionnelle, est une méthode inspirée des savoir-faire millénaires des peuples premiers, théorisée et diffusée par Ernst Götsch.

L'idée centrale de Götsch est de cultiver en accompagnant l'évolution naturelle de l'écosystème, qui tend naturellement vers la forêt, plutôt que de créer des génotypes forcés de tolérer des conditions dégradées.

=== Les principes clés

L'agroforesterie syntropique s'appuie sur huit principes fondamentaux cherchant à mimer les processus naturels :

  • Maximiser la photosynthèse : Utilisation de systèmes stratifiés à très haute densité de végétation, organisés selon leurs besoins en lumière.
  • Mimer la dynamique successionnelle : Planter des végétaux qui se succèdent dans le temps.
  • Mimer les mécanismes de perturbation : Utiliser la taille de perturbation pour simuler les ouvertures de clairières.
  • Gérer les cycles de l'eau : Reproduire les cycles macro et micro (cycles cachés).
  • Atteindre l'autofertilité : Diversité élevée d'espèces (familles et espèces différentes) pour obtenir un bilan énergétique positif.

== La taille de perturbation

La taille de perturbation est l'une des pratiques clés. Elle consiste à tailler fréquemment les plantes de support (ligneuses et vivaces) pour :

  1. Mimer les perturbations naturelles.
  2. Assurer que chaque plante bénéficie de conditions optimales de lumière et de fertilité.
  3. Produire de la biomasse qui est immédiatement restituée au sol sous forme de litière organique.

== Les voies de l'autofertilité

Pour créer des écosystèmes autofertiles, Lucas souligne l'importance d'activer plusieurs voies biologiques :

      1. La voie de la décomposition

La biomasse fraîche issue de la taille est déposée au sol. La vie du sol (lombrics, bactéries, champignons, etc.) la dégrade, restituant les éléments nutritifs. Une partie est convertie en matière organique stable, bien que ce processus soit jugé peu efficace (environ 8 % du carbone transformé en humus stable).

      1. La voie du carbone liquide (rhizodéposition)

Ce processus est directement lié à la photosynthèse. Une partie des sucres créés par la plante est exudée dans le sol (rhizosphère) pour nourrir la communauté microbienne. Cette voie serait 5 à 6 fois plus efficace que la décomposition pour construire de la matière organique stable.

      1. La vie du sol et le "Soil Food Web"

Les plantes élèvent des micro-organismes (bactéries et champignons) dans leur rhizosphère. Ces micro-organismes sont ensuite consommés par des prédateurs (nématodes, arthropodes, etc.). Les déjections de ces prédateurs restituent les nutriments directement aux plantes.

      1. Les réseaux mycéliens

Les réseaux de champignons mycorhiziens démultiplient la surface d'exploration racinaire, permettant à la plante d'assimiler les nutriments (azote, phosphore) en échange de sucres. Ils assurent également le maillage entre les plantes pour faire circuler ces nutriments.

      1. La rhizophagie

Découverte par James White, la rhizophagie consiste pour les racines à aspirer directement certaines bactéries à l'intérieur de leurs cellules. La plante utilise des dérivés réactifs de l'oxygène pour dissoudre la paroi de ces bactéries et en extraire les nutriments. Une partie des bactéries expulsées survit et reconstitue sa membrane pour être de nouveau absorbée, créant un cycle continu. Certaines bactéries, appelées endophytes, fixent l'azote à l'intérieur même des racines, couvrant jusqu'à 40 % des besoins de la plante.

== Conclusion

L'agroforesterie syntropique offre une voie vers l'abondance sans recours aux intrants chimiques. Le rôle de l'humain est de s'intégrer dans ces dynamiques naturelles, en partenariat avec le vivant. Lucas insiste sur l'importance du semis direct (plutôt que la plantation de plants de pépinière) pour conserver ces symbioses dès le départ. Il invite les praticiens à observer les friches locales pour concevoir leurs propres systèmes.