Le couvert idéal pour la France selon Lucien Seguy, Serge Bouzinac
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Une idée de Lucien Séguy pour la période sèche en France
Serge Bouzinac explique que Lucien Séguy, à la fin de sa carrière puis pendant sa retraite, a beaucoup appuyé des producteurs du nord au sud de la France. Il souligne chez lui un « œil clinique » pour analyser les problèmes agronomiques.
Selon Lucien Séguy, lorsqu’on traverse la France en période sèche, y compris lors d’épisodes de sécheresse importants, on observe trois grands types de plantes capables de proliférer même avec très peu d’eau :
- les chénopodes ;
- les amarantes ;
- dans certaines conditions un peu plus hydromorphes, les paniques.
Son idée était de constituer des mélanges de plantes adaptés à la période sèche, qui pourraient être implantés à la volée, en très petites graines, dans les cultures, à condition d’avoir un minimum d’humidité au moment du semis. L’objectif était d’occuper toute la période sèche, même lorsque la quantité d’eau disponible est minimale.
Ne pas multiplier les adventices, mais s’inspirer d’elles
Serge Bouzinac précise que l’idée n’était pas de multiplier directement les mauvaises herbes, mais plutôt de partir d’espèces existantes, de type granifère, proches de ces plantes spontanées, puis de les multiplier et de les tester.
Il cite plusieurs exemples :
- les chénopodes, qui appartiennent à la même famille que le quinoa ;
- les amarantes, déjà utilisées dans certains pays pour l’alimentation humaine ou animale ;
- certains paniques granifères, utilisés notamment au Japon, plutôt pour l’alimentation animale.
L’enjeu serait donc de reprendre ces matériels végétaux, de voir s’ils peuvent être multipliés en France, puis de réaliser des essais.
Serge Bouzinac ajoute qu’il faut évidemment éviter d’introduire des espèces envahissantes. L’idée serait plutôt d’utiliser des « petites sœurs » cultivées de ces plantes spontanées : des formes domestiquées, potentiellement moins agressives et moins envahissantes que leurs équivalents adventices.
L’exemple observé au Brésil : Eleusine indica
Pour illustrer cette manière de raisonner, Serge Bouzinac rapporte un exemple souvent cité par Lucien Séguy. Au Brésil, à la fin de la récolte des cultures, Lucien avait observé, sur les chemins de champs, une espèce qui proliférait : Eleusine indica, une mauvaise herbe appelée aussi « pied-de-poule », en raison de son inflorescence.
Cette plante poussait sur des sols pratiquement bétonnés :
- zones de passage des tracteurs ;
- passage des remorques ;
- zones fortement compactées par les moissonneuses-batteuses.
Malgré cette compaction très forte, elle se développait très bien, avec une grande vigueur.
Lucien Séguy avait alors cherché dans la bibliographie s’il existait une espèce cultivée apparentée à cette adventice. Il avait identifié une « petite sœur » granifère : Eleusine coracana, plante cultivée en Afrique de l’Est et en Inde.
Serge Bouzinac mentionne aussi l’existence, en Inde, d’une collection mondiale de cette espèce conservée dans un institut des tropiques arides et semi-arides. Ce matériel a ensuite été testé au Brésil.
Eleusine coracana, un « bon laboureur naturel »
D’après Serge Bouzinac, Eleusine coracana a très bien fonctionné au Brésil. Pour leur équipe, cela a constitué un très bon « laboureur naturel » et, dans les systèmes de semis direct, quelque chose de « formidable ».
Lucien Séguy l’a ensuite transportée dans de nombreuses zones du monde. Sur des sols complètement dégradés, où il n’y avait pratiquement plus rien, et même sans engrais, c’était selon lui la seule plante qui se comportait presque normalement.
Le secret est dans le système racinaire
Serge Bouzinac insiste sur un point essentiel : avec l’éleusine, « le secret, il est dessous, il n’est pas dessus ». Autrement dit, la clé de ses performances se trouve dans son enracinement.
Selon lui, cette plante forme des manchons de terre autour des racines. Dans ces manchons, on trouve :
- des mycorhizes, qui permettent d’extraire le peu de phosphore présent dans les sols dégradés ;
- des micro-organismes capables de fixer l’azote de l’air.
Il précise qu’il ne s’agit pas du rhizobium du soja, mais d’autres espèces microbiennes. Le phénomène aurait ensuite été démontré par les chercheurs indiens.
Des effets visibles sur l’azote et le phosphore
Serge Bouzinac explique que, lorsque l’on compare l’éleusine à d’autres cultures comme le sorgho, le maïs ou le mil, on observe clairement un effet azote. Quand l’éleusine est implantée en première culture, généralement au début de la saison des pluies, la culture suivante bénéficie d’un surplus d’azote.
Selon lui, cette plante apporte donc :
- davantage d’azote ;
- et probablement aussi davantage de phosphore.
Ces deux éléments sont considérés comme acquis « gratuitement », ce qui en fait une ressource agronomique majeure dans les sols pauvres ou dégradés.
L’héritage de Lucien Séguy
Dans cet extrait, Serge Bouzinac revient finalement sur ce qui faisait, selon lui, la force de Lucien Séguy : une capacité d’observation hors du commun.
Il explique que Lucien savait déterminer très rapidement les problèmes présents sur une parcelle. En arrivant sur un champ, il pouvait identifier presque immédiatement qu’il y avait eu un problème, simplement par l’observation. Cette capacité d’analyse visuelle et agronomique est présentée comme l’une de ses qualités les plus remarquables.