Les systèmes de culture sous couverture végétale à Madagascar, Tahina Raharison
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Cette intervention a eu lieu dans le cadre du colloque d'hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier.
Pour retrouver la vidéo du colloque dans son entièreté : https://www.youtube.com/watch?v=aXs59o8AoZc
Présentation générale
Cette intervention de Tahina Raharison porte sur les systèmes de culture sous couverture végétale (SCV) à Madagascar. La présentation est annoncée comme volontairement moins technique que d’autres, avec une insistance particulière sur les aspects politiques et institutionnels, car l’héritage de Lucien Séguy ne se limite pas aux techniques : il comprend aussi un important travail de structuration institutionnelle.
Tahina Raharison explique avoir intégré ce domaine en 2015, alors que les travaux sur les SCV à Madagascar remontent déjà aux années 1990. Il souligne que cet engagement dans l’agroécologie est ancien, durable, et profondément ancré dans son parcours professionnel.
Une grande diversité de références à Madagascar
L’un des messages centraux de la présentation est que Madagascar constitue un terrain particulièrement riche pour les SCV en raison de la très grande diversité des milieux.
Les références produites dans le pays couvrent :
- des zones arides ;
- des zones subtropicales d’altitude ;
- des zones tropicales humides recevant jusqu’à 2000 mm de pluie par an.
À cette diversité climatique s’ajoute une grande diversité :
- de paysages ;
- de sols ;
- de régimes hydriques ;
- de conditions socio-économiques.
Les sols vont de :
- sols volcaniques riches ;
- à des sols relativement fertiles ;
- jusqu’à des sols très pauvres.
Les conditions pluviométriques varient fortement, avec des régions recevant seulement 300 à 500 mm de pluie par an, tandis que d’autres sont très humides. La combinaison entre milieux naturels et contextes agricoles a conduit au développement d’une grande variété de systèmes.
Une logique de sélection et d’adaptation des systèmes
Tahina Raharison rappelle que le travail mené à Madagascar a consisté à créer différents systèmes et à sélectionner les systèmes les mieux adaptés selon les contextes.
Cette production de références a visé différents publics :
- les bailleurs de fonds ;
- les grands projets ;
- les sociétés privées ;
- les acteurs de la recherche, nationaux et internationaux ;
- les universitaires ;
- les acteurs du développement ;
- et jusqu’aux petits agriculteurs.
Les SCV ont donc été pensés non seulement comme des objets techniques, mais aussi comme des outils de :
- démonstration ;
- formation ;
- diffusion ;
- plaidoyer ;
- accompagnement du développement.
Les sites de référence et les sites de diffusion
La présentation évoque l’existence d’une multitude de sites implantés dans des milieux très différents. Certains sites de référence ont été capitalisés et pérennisés, tandis que d’autres ont disparu. En revanche, autour de ces anciens sites, il subsiste souvent des sites de diffusion qui permettent de maintenir vivants les systèmes développés précédemment.
Tahina Raharison insiste sur l’ampleur du travail accompli : pendant de nombreuses années, les équipes ont parcouru des milliers de kilomètres dans des conditions parfois difficiles, avec parfois une demi-journée ou plus de trajet pour rejoindre un site.
Ce travail de terrain a permis de construire un héritage durable dans différents paysages malgaches.
La structuration institutionnelle autour des SCV
Tahina Raharison rappelle que Lucien Séguy a été un précurseur dans la création et l’accompagnement de structures institutionnelles dédiées aux SCV.
Le GSDM
Il cite en particulier le GSDM (Groupement semis direct de Madagascar), créé avec l’appui du Cirad et d’autres acteurs. Cette structure existe toujours et constitue une référence institutionnelle majeure dans le domaine des SCV à Madagascar.
Parmi les membres ou partenaires historiques figurent notamment :
- le Cirad ;
- le FOFIFA ;
- d’autres institutions engagées de longue date dans l’accompagnement des systèmes SCV.
Le groupe de travail sur l’agriculture de conservation
Un groupe de travail sur l’agriculture de conservation a aussi été initié par la FAO et le GSDM. D’abord porté par ces structures, il est aujourd’hui présidé par le ministère de l’Agriculture. Il rassemble plusieurs types d’acteurs :
- institutions privées ;
- ONG ;
- organisations paysannes ;
- institutions publiques.
Les dispositifs de recherche et de formation
La présentation mentionne également :
- le dispositif SPAD, associant le Cirad et des institutions nationales comme le FOFIFA ;
- des organismes régionaux travaillant à l’échelle de l’Afrique australe ;
- le réseau REAPA ou un réseau professionnel d’établissements de formation agricole, en interaction avec le GSDM ;
- des forums et structures de conseil agricole ;
- le centre technique du Sud et le GRET, notamment impliqués dans la production de semences de plantes de couverture dans le sud de Madagascar.
Les partenaires internationaux mentionnés incluent aussi la FAO, la KfW, puis plus récemment la GIZ.
L’ensemble de ce paysage institutionnel est présenté comme le fruit d’un travail ancien visant à faire reconnaître les SCV comme une composante importante des politiques et des actions de développement.
L’intégration des SCV dans les politiques publiques
Tahina Raharison souligne que les SCV sont aujourd’hui intégrés dans plusieurs documents de politique publique à Madagascar.
Protection des bassins versants et lutte contre l’érosion
Les pratiques de SCV sont mobilisées dans les politiques de protection des bassins versants et des périmètres irrigués, car elles permettent de lutter contre l’érosion.
Changement climatique
Les SCV sont également présentés comme une réponse importante face au changement climatique, à la fois :
- pour l’adaptation ;
- et pour l’atténuation grâce à la séquestration du carbone.
Des stratégies et plans d’action liés aux conventions internationales, notamment aux conventions des Nations unies, mentionnent explicitement les SCV.
Ressources naturelles, sols et développement
Dans les domaines suivants, de nombreuses interventions à Madagascar mettent au cœur l’agroécologie, souvent avec une forte composante agriculture de conservation et SCV :
- accompagnement du développement ;
- protection des ressources naturelles ;
- adaptation au changement climatique ;
- protection des sols ;
- sécurité alimentaire.
La diffusion par les projets de développement
Depuis le début des années 2000, la diffusion des pratiques s’est largement faite à travers de grands projets.
Tahina Raharison cite plusieurs types de projets :
- projets liés aux politiques de bassins versants ;
- projets financés par la Banque mondiale ;
- projets comme BVPI ;
- le projet du lac Alaotra ;
- des projets d’augmentation de la productivité agricole ;
- des projets de sécurité alimentaire et nutritionnelle ;
- des projets dans le Sud, le Sud-Ouest et le Sud-Est de Madagascar ;
- des projets environnementaux ;
- des projets d’adaptation ;
- des initiatives privées de grandes exploitations.
Il mentionne aussi de grandes exploitations engagées dans ces démarches, avec des surfaces importantes conduites selon ces principes.
La capitalisation des références
Les références produites à Madagascar ont été largement capitalisées dans différents supports.
Des documents de référence
Il existe :
- des documents de référence internationaux ;
- des documents de synthèse nationale ;
- des documents de capitalisation par site, système et milieu ;
- des documents techniques.
Des fiches techniques multilingues
Tahina Raharison insiste sur le fait qu’un certain nombre de documents ont été produits en :
- malgache ;
- français ;
- anglais.
Avec l’appui de la FAO, des fiches techniques ont été publiées et utilisées par les techniciens. Il évoque une dizaine à une quinzaine de documents de ce type.
Cette capitalisation permet de préserver les références créées au fil du temps et de soutenir leur diffusion.
Quelques systèmes phares développés à Madagascar
Pour conclure sa présentation, Tahina Raharison évoque plusieurs systèmes emblématiques.
Les systèmes à base de Stylosanthes
Les systèmes à base de Stylosanthes sont présentés comme des systèmes phares, développés :
- sur les Hautes Terres ;
- dans le Moyen-Ouest ;
- jusqu’à d’autres zones de Madagascar.
Ils sont particulièrement importants dans un pays où la culture du riz domine historiquement. Ces systèmes ont permis de développer la riziculture pluviale sur les tanety et sur des sols parfois pauvres ou dégradés, alors qu’auparavant la riziculture était surtout limitée aux bas-fonds.
Selon Tahina Raharison, ces systèmes permettent de :
- récupérer des sols pauvres ;
- relancer la production ;
- valoriser les versants et collines ;
- accroître les potentialités de production en dehors des bas-fonds.
Les systèmes à base de Mucuna
Les systèmes à base de Mucuna sont de plus en plus développés dans différentes zones agricoles.
Leur intérêt tient à plusieurs fonctions :
- excellente plante de couverture ;
- apport d’azote ;
- forte capacité à contrôler les mauvaises herbes ;
- réduction de certains ravageurs.
Même si le Mucuna produit une biomasse qui se décompose assez rapidement, il couvre bien le sol et limite fortement l’enherbement.
Tahina Raharison signale aussi des observations positives sur :
- la réduction des impacts de vers blancs dans le sol ;
- la limitation des attaques de chenilles légionnaires sur le maïs, lors des fortes infestations observées à Madagascar quelques années auparavant.
Les systèmes à base de pois d’Angole (Cajanus cajan)
Les systèmes à base de pois d’Angole (Cajanus cajan) sont particulièrement développés dans le sud de Madagascar, notamment sur les sables rouges, mais aussi de plus en plus sur les Hautes Terres.
Associé au riz ou à d’autres cultures, ce type de système permet surtout de :
- mieux régénérer les sols ;
- valoriser des sols pauvres ;
- intégrer une légumineuse utile dans les rotations.
Les systèmes maïs + légumineuses volubiles
Ces systèmes se développent également sur les Hautes Terres et dans le Moyen-Ouest.
Ils répondent aux contraintes des petites exploitations, car ils permettent :
- de cultiver la parcelle tous les ans ;
- d’intégrer des rotations ;
- d’améliorer la structure et la fertilité du sol.
Tahina Raharison rappelle que le système à base de Stylosanthes suppose souvent une phase de mise en place avec une année de repos ou de jachère améliorée, ce qui peut être difficile pour de petits agriculteurs disposant de peu de surface. Les associations maïs + légumineuses volubiles offrent donc une solution plus facilement compatible avec les petites exploitations.
Les systèmes pour les rizières mal maîtrisées en eau au lac Alaotra
Dans la région du lac Alaotra, présentée comme le grenier à riz de Madagascar, il existe environ 100 000 ha de rizières, dont une part importante est mal maîtrisée sur le plan de l’eau.
Selon les années, seule une fraction de ces surfaces est réellement cultivée. Dans ce contexte, les systèmes à base de vesce en rotation avec le riz apparaissent comme une grande potentialité pour renforcer la production nationale de riz.
Tahina Raharison rappelle que, malgré son statut de pays producteur de riz, Madagascar continue d’importer plusieurs centaines de milliers de tonnes de riz. L’amélioration de ces systèmes pourrait donc avoir un impact national important.
Les couvertures à base d’arachide dans les vergers
La présentation mentionne aussi des couvertures végétales à base d'arachide, développées dans des zones de vergers et de cultures pérennes ou de rente.
Ces systèmes permettent notamment :
- de limiter les mauvaises herbes ;
- de réduire le travail du sol répété ;
- d’améliorer la gestion du couvert dans ces systèmes spécifiques.
Les limites à la diffusion
Tahina Raharison indique ne pas avoir présenté de chiffres détaillés sur la diffusion, en partie parce que plusieurs facteurs limitent encore l’expansion des SCV à grande échelle.
La principale contrainte évoquée est la pauvreté.
La très petite taille des exploitations
À Madagascar, les exploitations agricoles sont souvent très petites :
- souvent moins d’un hectare ;
- et sur les Hautes Terres, parfois moins de 50 ares.
Dans ces conditions, les familles cherchent à faire plusieurs cultures par an sur une surface très réduite. Cela rend difficile l’intégration de plantes de couverture ou de phases de repos nécessaires à certains systèmes.
D’autres contraintes
Parmi les autres limites évoquées :
- certaines formes de dégradation des terres ;
- des pratiques agricoles déjà très ancrées, notamment dans le sud ;
- des contraintes liées à la faible pluviométrie.
Dans le sud de Madagascar, par exemple, les agriculteurs utilisent des plantes de couverture mais conservent souvent le labour, car ils doivent profiter de fenêtres très courtes de disponibilité en eau. Le semis est alors combiné à la préparation du sol, ce qui limite la mise en œuvre complète du système SCV tel qu’il est théorisé.
Les échanges avec la salle
Peut-on atteindre 10 tonnes de maïs ?
À la question de savoir s’il est possible d’obtenir 10 t/ha de maïs ou davantage, Tahina Raharison répond que les systèmes développés à Madagascar sont en général des systèmes plutôt extensifs, avec :
- très peu d’engrais ;
- un accompagnement progressif ;
- une logique d’amélioration dans le temps.
Atteindre 10 t/ha en conditions paysannes reste donc difficile. De tels niveaux supposent souvent :
- des itinéraires très intensifs ;
- des densités élevées ;
- des apports d’engrais importants.
En revanche, les références disponibles en milieu paysan permettent d’approcher 5 à 6 t/ha dans certains contextes.
L’objectif visé n’est pas seulement la productivité maximale, mais aussi :
- la réduction du risque ;
- la réduction des intrants ;
- la durabilité ;
- l’amélioration des sols.
À propos des itinéraires techniques sur le site d’Ivory
À une question sur les itinéraires techniques du riz sur le site d’Ivory ou sur un site cité ainsi dans la discussion, Tahina Raharison répond qu’il existe des documents détaillés, notamment un manuel décrivant précisément les pratiques.
Il explique que, dans le cas des grandes exploitations, certains systèmes reposent sur :
- la production de biomasse de Stylosanthes ;
- l’association avec des cultures comme le manioc ou le maïs ;
- une première année d’installation ;
- puis, la deuxième année, une forte production de biomasse, de l’ordre de 10 à 15 t/ha.
La biomasse est ensuite maîtrisée, notamment à l’aide de rouleaux spécifiques, parfois tractés, avant le semis direct.
Il note toutefois qu’à Madagascar, le matériel spécifique reste peu développé, en raison de la faible mécanisation et de la petite taille moyenne des exploitations.
Conclusion et hommage
Tahina Raharison termine en remerciant Lucien Séguy et Hubert Charpentier pour l’héritage laissé à Madagascar.
Selon lui, les références construites au fil des années restent très actuelles et constituent encore aujourd’hui des réponses pertinentes pour contribuer au développement du pays.
La séquence se conclut sur un rappel plus général de l’ampleur de l’héritage de Lucien Séguy dans de nombreux pays et contextes : diversité des climats, des systèmes économiques, des tailles d’exploitation et des niveaux de mécanisation. Les interventions de la matinée ont ainsi montré l’ampleur des possibilités offertes par les systèmes de semis direct et de couverture végétale.