Lucien SEGUY - le semis direct en Afrique

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette intervention de Lucien Seguy sur le semis direct en Afrique, il est question de techniques très concrètes pour réussir l’implantation des cultures et des plantes de couverture. Il explique notamment comment lever la dormance de certaines graines, par eau chaude ou traitement rapide, afin d’assurer une bonne germination avant diffusion aux paysans. Seguy insiste surtout sur le rôle central des couverts végétaux — stylosanthes, brachiaria, dolique, légumineuses — pour restaurer les sols, produire de la biomasse, limiter les adventices, réduire l’érosion et stocker l’eau. Selon lui, ces systèmes permettent de remplacer le labour, de diminuer le sarclage et même d’introduire de nouvelles cultures comme le riz ou le maïs dans des zones jugées marginales. Il défend une agriculture plus autonome, fondée sur la biologie des sols, la couverture permanente et la diffusion progressive des semences et des savoir-faire par les agriculteurs eux-mêmes.

auto_awesome
Résumé
Dans cette intervention de Lucien Seguy sur le semis direct en Afrique, il est question de techniques très concrètes pour réussir l’implantation des cultures et des plantes de couverture. Il explique notamment comment lever la dormance de certaines graines, par eau chaude ou traitement rapide, afin d’assurer une bonne germination avant diffusion aux paysans. Seguy insiste surtout sur le rôle central des couverts végétaux — stylosanthes, brachiaria, dolique, légumineuses — pour restaurer les sols, produire de la biomasse, limiter les adventices, réduire l’érosion et stocker l’eau. Selon lui, ces systèmes permettent de remplacer le labour, de diminuer le sarclage et même d’introduire de nouvelles cultures comme le riz ou le maïs dans des zones jugées marginales. Il défend une agriculture plus autonome, fondée sur la biologie des sols, la couverture permanente et la diffusion progressive des semences et des savoir-faire par les agriculteurs eux-mêmes.

Cette vidéo est une archive datant de 2008, nous vous prions donc de bien vouloir nous excuser pour la qualité vidéo et son indépendants de nous

Réalisation Boukar TOTO


Traitement des semences et levée de dormance

Lucien Seguy explique qu’il existe plusieurs façons de lever la dormance de certaines graines, notamment de légumineuses, afin d’améliorer la germination. Il insiste sur le fait que ce sont de petits détails techniques, mais que ce sont justement ces détails qui peuvent faire échouer toute une diffusion de semences si les utilisateurs ne sont pas correctement informés.

Il décrit plusieurs méthodes :

  • un traitement à l’eau chaude, en approchant de l’ébullition ;
  • un autre traitement par trempage bref dans l’eau bouillante ;
  • éventuellement un traitement à l’acide.

L’objectif n’est pas de tuer le germe, mais simplement de ramollir le tégument pour permettre au jeune germe de sortir. Il précise que le choc thermique peut suffire si le temps d’exposition est très court.

Selon lui, ces techniques doivent être maîtrisées en amont, avant la mise en circulation des semences, notamment si l’on veut les diffuser largement dans les villages. Il imagine un système où les paysans pourraient acheter de petits sachets de semences directement chez l’épicier, comme n’importe quel intrant. Mais pour cela, les graines devraient être préparées correctement avant la vente, faute de quoi un défaut de germination découragerait immédiatement les utilisateurs.

Diffusion des plantes de couverture

Lucien Seguy insiste sur un point central : la diffusion ne pourra réellement décoller que lorsque les plantes de couverture et leurs semences entreront dans les circuits ordinaires d’approvisionnement des paysans.

Il explique que tant que ce sont les techniciens qui apportent eux-mêmes les semences dans les villages, on reste dans une logique de démonstration. Cette étape est utile pour montrer aux agriculteurs comment implanter, récolter et utiliser ces plantes, mais elle ne suffit pas à assurer une diffusion spontanée.

Pour lui, un changement décisif aura lieu lorsque le paysan qui se déplace à vélo pourra trouver, dans une boutique ou une épicerie, de petits paquets de semences de ces plantes. C’est à ce moment-là que la diffusion pourra s’accélérer.

Il souligne cependant que cette mise à disposition suppose un bon conditionnement, une préparation correcte des graines et une information technique minimale, notamment sur les problèmes de dormance.

Rôle des légumineuses et de la biomasse

Lucien Seguy rappelle que, pour beaucoup de légumineuses à graines dormantes, un retard de levée n’est pas forcément un problème agronomique majeur. Ce qu’on leur demande avant tout, c’est de produire un maximum de biomasse, si possible après la récolte de la culture principale.

Dans les systèmes qu’il présente, la fonction essentielle de ces plantes est de :

  • couvrir le sol ;
  • produire de la matière organique ;
  • fixer de l’azote pour certaines espèces ;
  • concurrencer les adventices ;
  • améliorer le fonctionnement biologique du sol.

L’objectif n’est donc pas uniquement la récolte de graines, mais bien la régénération du milieu.

Limites de certaines variétés de riz et création de nouveaux types

Lucien Seguy évoque des variétés de riz qui, selon lui, présentent deux défauts majeurs.

Le premier est d’ordre commercial : elles ne peuvent pas concurrencer sur le marché mondial des riz de meilleure qualité, arrivant à bas prix.

Le second est agronomique : lorsque ces variétés produisent beaucoup, elles versent, c’est-à-dire qu’elles tombent.

Il explique avoir créé de nouveaux riz, qu’il appelle notamment des « fils de B 22 », avec plusieurs caractéristiques recherchées :

  • cycle plus court ;
  • port plus compact ;
  • bonne qualité de grain ;
  • fort potentiel de production ;
  • meilleure tenue.

Il cite des durées de 70 à 90 jours selon les cas, ce qui permet de raisonner plus finement les dates de semis et les calendriers culturaux.

Il insiste aussi sur la qualité remarquable de certains grains obtenus, parfois longs et bien conformés, qu’il juge supérieurs à d’autres matériaux connus.

Réflexion sur les sols dégradés

Une grande partie de son intervention porte sur les sols très dégradés, pierreux, encroûtés ou pauvres, pour lesquels il pose une question simple : existe-t-il des plantes capables de faire le travail de la charrue, voire mieux, en rendant le sol vivant ?

Il oppose deux approches :

  • l’approche reposant sur le travail du sol, l’apport de fumier et des pratiques classiques ;
  • l’approche fondée sur le semis direct avec couverture végétale permanente.

Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement d’apporter des éléments fertilisants, mais de reconstruire le fonctionnement biologique du sol.

Il souligne que, dans des sols très déstructurés, le fumier pose plusieurs problèmes :

  • il n’y en a pas pour tout le monde ;
  • même avec beaucoup d’animaux, les quantités disponibles restent limitées à une faible part des surfaces ;
  • lorsqu’on l’enfouit dans des sols travaillés, sous climat chaud et humide, la matière organique est rapidement minéralisée ;
  • dès que les apports cessent, le sol revient vite à son état initial.

À l’inverse, il affirme que les plantes de couverture permettent de gagner beaucoup de carbone, de reconstruire la porosité et d’alimenter durablement la biologie du sol.

Couverture permanente contre l’érosion

Lucien Seguy insiste sur le fait que, dans les systèmes de semis direct bien conduits, l’érosion n’est plus le problème principal, parce que le sol reste couvert.

Il compare cela à des situations où le pourcentage de couverture du sol est faible, ce qui laisse subsister des risques.

Pour lui, le point clé est de maintenir la couverture végétale afin de :

  • réduire le ruissellement ;
  • favoriser l’infiltration ;
  • limiter l’évaporation ;
  • protéger la structure ;
  • entretenir la vie biologique.

Il propose d’analyser les différences entre les approches observées sur le terrain pour comprendre ce qui change réellement entre un système protégé par couverture et un système plus exposé.

Commencer par régénérer les sols

Face à des sols « très pourris », sa proposition est claire : avant de chercher à y installer directement une culture exigeante comme le coton, il faut commencer par des plantes de couverture régénératrices.

Il cite notamment :

  • les stylo ;
  • les Brachiaria ;
  • d’autres espèces locales ou adaptées.

Il propose même de consacrer pendant un an, voire deux ou trois ans, des surfaces entières à ces plantes régénératrices, au lieu de laisser les terres nues ou de les abandonner au feu de saison sèche.

Selon lui, l’attitude consistant à ne rien faire sur les espaces libres et à laisser seulement passer les feux est une absurdité agronomique. Ces surfaces devraient au contraire être mises au travail par des plantes capables de restaurer le sol.

Le stylo comme plante régénératrice et pare-feu

Lucien Seguy attribue plusieurs qualités importantes au stylo :

  • amélioration de la fertilité ;
  • production de biomasse ;
  • couverture du sol ;
  • capacité à stopper les feux de brousse.

Il rapporte l’observation d’une parcelle de stylo où, lors d’un feu allumé comme chaque année, les flammes se sont arrêtées net à l’entrée de la zone couverte. Il y voit une propriété très intéressante, y compris pour la protection des villages.

Il souligne aussi qu’on peut obtenir des résultats notables en riz sans sarclage, sans travail du sol et sans engrais, simplement grâce à la restauration progressive du milieu et à la couverture apportée par ces plantes.

Le Brachiaria avant le coton

Le Brachiaria occupe une place centrale dans son raisonnement. Il considère que, lorsqu’un Brachiaria reste deux ans en place, il transforme profondément le sol. Ensuite, le coton implanté derrière peut très bien réussir.

Pour lui, un des facteurs limitants majeurs de la culture cotonnière est l’énorme quantité de travail de désherbage et d’entretien. Le Brachiaria permet d’anticiper ce problème en occupant l’espace, en restructurant le sol et en réduisant la pression des adventices.

Il évoque aussi des systèmes où d’autres couverts pérennes, voire des graminées spontanées comme le chiendent, pourraient être gérés comme plantes de service plutôt que considérés uniquement comme mauvaises herbes.

Gérer une « mauvaise herbe » utile

Lucien Seguy propose une idée provocatrice mais cohérente avec sa logique : gérer certaines mauvaises herbes vivaces comme des alliées.

Il prend l’exemple du chiendent, qui reste vert en saison sèche et peut servir de fourrage. Selon lui :

  • pendant la saison sèche, cette plante travaille pour le système ;
  • les animaux peuvent la consommer ;
  • à la reprise des pluies, elle couvre rapidement le sol ;
  • elle concurrence fortement les autres adventices.

L’intérêt serait alors de n’avoir plus qu’une seule plante dominante à gérer, au lieu de dizaines d’adventices différentes.

Il imagine donc des systèmes cotonniers où une plante spontanée utile serait conservée, puis contrôlée par microdoses d’herbicides pour permettre à la culture de se développer.

Contraintes physiques du sol et rôle du semis direct

Lucien Seguy décrit des sols avec carapaces ou horizons très durs, que les racines pénètrent mal. Dans ce cas, même après une pluie importante, l’eau devient rapidement indisponible pour les plantes.

Il souligne que les paysans ne sont pas irrationnels : s’ils ont abandonné certaines cultures dans ces milieux avec les techniques traditionnelles, c’est parce que celles-ci échouent réellement.

Son argument est que le semis direct change le rapport à l’eau :

  • le sol couvert laisse moins ruisseler ;
  • l’eau pénètre et se stocke ;
  • la réserve utile est mieux conservée ;
  • l’évaporation diminue ;
  • la fertilité organique se reconstitue.

Grâce à cela, il devient possible d’introduire des cultures naguère jugées impossibles dans ces zones.

Introduction du riz et du maïs dans des zones marginales

L’un des messages forts de Lucien Seguy est que le semis direct permet de changer l’aire géographique de certaines cultures.

Il prend l’exemple du riz et du maïs dans des régions où, auparavant, ces cultures ne poussaient pas ou très mal. Avec les systèmes de couverture et de semis direct, elles deviennent possibles.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’un progrès technique, mais d’un levier contre la pauvreté. Des populations auparavant contraintes d’acheter du riz faute de pouvoir le produire localement peuvent désormais envisager d’en cultiver elles-mêmes.

Dans sa vision, ces systèmes jouent aussi un rôle de tampon face au changement climatique, car ils permettent de mieux absorber les variations interannuelles des pluies.

Miracle agronomique et lutte contre la désertification

Lucien Seguy parle à plusieurs reprises de « miracle » pour qualifier certains résultats observés sur des sols très dégradés. Ce qu’il veut dire par là, c’est qu’un changement très fort de trajectoire est possible là où les pratiques habituelles conduisent seulement à la dégradation continue.

Il affirme que, dans certains cas, si l’on entre rapidement en semis direct après défrichement, avec de bons couverts et de bonnes rotations, on peut enrayer la désertification et reconstruire les sols.

Il appelle donc à travailler collectivement sur ces systèmes au lieu de disperser les efforts.

Limites des cultures sur sols trop pauvres

Il explique aussi que, la première année sur des sols très pauvres, les différences entre espèces ou mélanges peuvent être peu visibles parce que tout est écrasé par un facteur limitant majeur : la faiblesse générale de la fertilité.

Autrement dit, même si certaines associations sont meilleures, leur avantage reste masqué tant que le niveau de fertilité est trop bas.

C’est pourquoi il insiste encore sur la nécessité de commencer par des plantes restauratrices, au lieu de vouloir installer immédiatement des cultures exigeantes.

Association riz-Brachiaria

Lucien Seguy décrit en détail un système d’association entre le riz et le Brachiaria.

Le principe est le suivant :

  • semer le riz ;
  • semer en même temps le Brachiaria entre les lignes ;
  • placer les graines de Brachiaria plus profondément, car cette plante peut lever depuis plusieurs centimètres de profondeur ;
  • choisir de préférence un riz à cycle court afin qu’il échappe rapidement à la concurrence.

Selon lui, le Brachiaria ne gêne alors pas trop le riz au départ. Après la récolte du riz, la lumière pénètre davantage, et le Brachiaria se développe fortement, produisant de la biomasse.

Il ajoute qu’il faut apporter un peu plus d’engrais qu’en riz seul, notamment pour soutenir l’installation du Brachiaria, par exemple davantage de phosphore et de potasse. Le riz utilise une partie des éléments, le reste profite au couvert.

L’idée générale est que le riz paie l’installation du pâturage ou du couvert, qui pourra ensuite durer plusieurs années.

Valorisation pastorale du Brachiaria

Après le riz, le Brachiaria peut rester plusieurs années et être valorisé par le pâturage. Lucien Seguy évoque des durées de quatre à cinq ans.

Le système lui paraît particulièrement intéressant parce que :

  • le riz rembourse l’installation ;
  • le Brachiaria produit beaucoup de biomasse ;
  • les animaux peuvent ensuite exploiter cette ressource ;
  • la parcelle continue à s’améliorer.

Il considère ce type d’alternance comme particulièrement prometteur sur de grandes surfaces dégradées, notamment lorsqu’on manque de solutions économiquement viables.

Légumineuses couvrantes, fixation de l’azote et contrôle des adventices

À plusieurs reprises, Lucien Seguy attire l’attention sur des légumineuses capables de :

  • couvrir rapidement le sol ;
  • étouffer les mauvaises herbes ;
  • fixer gratuitement de l’azote.

Il montre des nodosités racinaires comme preuve de cette fixation. Pour lui, ces plantes sont précieuses car elles remplissent plusieurs fonctions à la fois : biomasse, fertilité, couverture et réduction du désherbage.

Il note aussi que certaines espèces ont été découvertes ou redécouvertes dans des contextes inattendus, par exemple en rizière, et qu’il faut rester ouvert à ces observations de terrain plutôt que raisonner seulement à partir d’idées préconçues.

Le problème des Cyperus et le rôle des couverts

Il évoque la pression des Cyperus, adventices très pénibles dans certains systèmes. Selon lui, certaines légumineuses couvrantes peuvent aider à les contrôler en occupant l’espace et en modifiant les conditions du milieu.

Le bénéfice est double :

  • moins de travail de sarclage pour les paysans ;
  • apport d’azote pour la culture suivante.

Doliques, niébés et autres légumineuses associées au maïs ou au sorgho

Lucien Seguy discute longuement de plusieurs légumineuses de couverture ou de production :

  • dolique blanche ;
  • autres doliques ;
  • niébés ;
  • espèces proches ou apparentées ;
  • associations avec sorgho ou maïs.

Il insiste particulièrement sur l’intérêt de la dolique blanche :

  • elle se mange ;
  • elle fournit des protéines ;
  • elle fait une belle couverture du sol ;
  • elle résiste mieux aux insectes que d’autres légumineuses ;
  • elle prolonge l’occupation du sol après la récolte du maïs.

Il distingue les doliques blanches, qu’il juge bonnes à consommer, des rouges, qu’il considère moins intéressantes sur le plan alimentaire.

Il souligne aussi que certaines légumineuses non destinées à l’alimentation humaine, ou nécessitant cuisson ou précautions particulières, peuvent être valorisées en alimentation animale, par exemple pour les porcs, à condition de bien les préparer.

Gestion de la lumière et organisation des lignes

Dans les associations maïs-légumineuses, Lucien Seguy recommande de bien organiser l’espace afin que les deux plantes bénéficient de la lumière.

Il évoque l’intérêt des systèmes en doubles lignes, qui permettent :

  • de conserver le même peuplement de maïs ;
  • d’ouvrir davantage de lumière pour la culture associée ;
  • d’éviter que le maïs ne ferme trop vite le couvert ;
  • de garantir une meilleure couverture du sol après récolte.

Il insiste sur ce point parce qu’en climat humide, un maïs trop dominant peut étouffer la légumineuse, laissant ensuite le sol nu et relançant les adventices.

Durabilité des résidus végétaux

Lucien Seguy accorde beaucoup d’importance à la qualité et à la persistance des résidus. Certaines lianes ou tiges se décomposent lentement, presque comme des cannes de céréales, et assurent une couverture durable du sol.

Cette durabilité est essentielle car elle conditionne :

  • le contrôle des mauvaises herbes ;
  • la conservation de l’humidité ;
  • la préparation de la culture suivante.

Il met cependant en garde contre certains risques d’attaques d’insectes sur des légumineuses à cycle plus long, en particulier lorsque les autres cultures ont déjà été récoltées et que les ravageurs se concentrent sur les plantes encore vertes.

C’est pour cette raison qu’il apprécie particulièrement certaines doliques, moins sensibles à ces attaques.

La dolique comme solution majeure contre les mauvaises herbes

Un des messages récurrents de Lucien Seguy est que, dans les situations observées, le premier problème n’est pas le potentiel génétique du riz, mais les mauvaises herbes.

Il insiste fortement sur ce point : les variétés sont bonnes, même très bonnes, mais elles ne peuvent pas exprimer leur potentiel tant que les adventices dominent.

Sa solution privilégiée est claire :

  • implanter des couvertures de dolique ;
  • laisser cette plante couvrir complètement le sol en fin de cycle ;
  • profiter ensuite d’une parcelle propre l’année suivante ;
  • remettre du riz ou du maïs sans travail du sol et avec peu ou pas de sarclage.

Selon lui, la dolique peut en plus :

  • pomper l’eau résiduelle du sol ;
  • produire des grains riches en protéines à une période de soudure ;
  • fixer beaucoup d’azote ;
  • réduire très fortement la flore adventice de l’année suivante.

Il y voit donc une plante stratégique, à la fois agronomique et alimentaire.

Critique des systèmes trop dépendants du sarclage

Lucien Seguy considère que les systèmes reposant sur des sarclages répétés sont sans avenir dans les conditions décrites. Ils exigent trop de travail pour des rendements trop faibles.

Il montre, à partir des parcelles observées, qu’il serait possible d’obtenir beaucoup plus de riz si l’on contrôlait correctement les adventices, soit par herbicides, soit mieux encore par des couvertures végétales intelligentes.

Il estime même qu’avec de bonnes variétés et sans pression d’herbes, on pourrait atteindre des niveaux de rendement très élevés dans ces milieux.

Variétés de riz : potentiel et mauvaise gestion du matériel

Lucien Seguy revient plusieurs fois sur la qualité du matériel génétique disponible. Il dit très clairement que les personnes présentes ont « un trésor dans les mains », mais qu’il est mal utilisé :

  • variétés mélangées ;
  • cycles échelonnés ;
  • ressemis de trous avec d’autres matériaux ;
  • manque de tri rigoureux ;
  • absence d’essais variétaux bien conduits selon les milieux.

Selon lui, il faudrait au contraire :

  • identifier les meilleures variétés pour chaque zone ;
  • les tester en semis direct et en système conventionnel ;
  • comparer leur comportement dans les différents milieux ;
  • conserver la pureté variétale ;
  • diffuser ensuite les plus adaptées dans tout le Cameroun.

Il rappelle sa connaissance ancienne de nombreux milieux camerounais et affirme que ce matériel rizicole pourrait rendre de grands services bien au-delà du site visité.

Potentiel du riz pluvial au Cameroun

Lucien Seguy estime que le riz pluvial peut être fortement développé au Cameroun grâce aux nouveaux matériaux disponibles. Il mentionne différents contextes écologiques où ces variétés pourraient être utiles, y compris :

  • les zones marginales sèches ;
  • d’autres régions plus humides ;
  • les zones d’altitude.

Il explique avoir travaillé sur du matériel capable de s’adapter jusqu’à des altitudes élevées. Pour lui, il existe désormais des possibilités entièrement nouvelles qu’il faut exploiter.

Il insiste sur la nécessité de raisonner en fonction des milieux et de choisir les variétés les mieux adaptées, au lieu de tout mélanger.

Production de semences de Brachiaria

En fin d’échange, Lucien Seguy aborde la question de la production de semences de Brachiaria.

Il souligne qu’une parcelle bien installée peut produire des semences cette année, mais aussi les années suivantes. Il suggère donc qu’au lieu de la retourner trop vite, on pourrait parfois la conserver comme parcelle semencière si la région manque de graines.

Il ajoute que le maintien de cette parcelle présente un double intérêt :

  • produire des semences pour la diffusion ;
  • continuer à fabriquer de la matière organique et de la porosité dans le sol.

Il mentionne également qu’un apport d’azote sur une parcelle semencière de Brachiaria peut augmenter fortement la production de graines et, en même temps, alimenter encore davantage le sol en biomasse.

Drainage léger des parcelles

Lucien Seguy observe aussi que, dans certains cas, l’excès d’eau gêne la levée ou l’installation des cultures. Il propose alors une solution simple : faire un petit drainage périphérique ou de petits canaux pour évacuer rapidement quelques centimètres d’eau excédentaire.

Selon lui, ce type de micro-aménagement peut améliorer fortement l’homogénéité des parcelles, notamment en permettant une meilleure respiration des racines.

Vision d’ensemble

Au fil de cette intervention, Lucien Seguy défend une vision cohérente de l’agronomie du semis direct en Afrique :

  • partir des contraintes réelles des paysans ;
  • protéger et régénérer le sol par des couvertures végétales ;
  • réduire le travail du sol et le sarclage ;
  • utiliser des plantes de couverture pour fixer l’azote, produire de la biomasse et contrôler les adventices ;
  • raisonner les associations culture-couvert ;
  • valoriser simultanément l’agriculture et l’élevage ;
  • diffuser les semences à grande échelle par des circuits simples ;
  • mieux exploiter le potentiel du matériel génétique existant, notamment pour le riz pluvial.

Son idée centrale est que les sols les plus dégradés ne doivent pas être considérés comme perdus. Avec les bonnes plantes, les bonnes rotations et le semis direct, ils peuvent redevenir productifs, parfois de façon spectaculaire.