Objectifs de l'agriculture de conservation, par Konrad Schreiber

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Dans cette intervention improvisée en remplacement d’Alain Canet, Konrad Schreiber présente les objectifs de l’agriculture de conservation comme une réponse globale aux crises agricoles, climatiques et environnementales. Fort de son expérience d’agronome et d’éleveur, il critique les limites de la révolution verte, jugée productive mais destructrice pour les sols, l’eau, l’humus et la biodiversité. Selon lui, l’avenir repose sur une agriculture fondée sur le fonctionnement du vivant : sols toujours couverts, jamais travaillés, développement massif des plantes et réintroduction de l’arbre dans les parcelles. Cette approche permet de capter le CO₂ atmosphérique, de le stocker dans la biomasse et dans les sols, d’améliorer la fertilité et de renforcer la résilience des systèmes agricoles. Schreiber défend ainsi une agriculture régénératrice, capable de produire, de préserver les ressources et de devenir un levier central de la lutte contre le changement climatique.

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Résumé
Dans cette intervention improvisée en remplacement d’Alain Canet, Konrad Schreiber présente les objectifs de l’agriculture de conservation comme une réponse globale aux crises agricoles, climatiques et environnementales. Fort de son expérience d’agronome et d’éleveur, il critique les limites de la révolution verte, jugée productive mais destructrice pour les sols, l’eau, l’humus et la biodiversité. Selon lui, l’avenir repose sur une agriculture fondée sur le fonctionnement du vivant : sols toujours couverts, jamais travaillés, développement massif des plantes et réintroduction de l’arbre dans les parcelles. Cette approche permet de capter le CO₂ atmosphérique, de le stocker dans la biomasse et dans les sols, d’améliorer la fertilité et de renforcer la résilience des systèmes agricoles. Schreiber défend ainsi une agriculture régénératrice, capable de produire, de préserver les ressources et de devenir un levier central de la lutte contre le changement climatique.

Pendant deux semaines, on vous propose de (re)découvrir la journée agroécologie au Salon de l'Agriculture 2020 !


Introduction

Cette matinée agronomique s’ouvre avec l’intervention de Konrad Schreiber, qui remplace au pied levé Alain Canet, absent à la suite d’un accident de voiture sans gravité. Konrad Schreiber précise qu’il était plutôt venu en visiteur au salon et qu’il ne souhaitait pas intervenir, afin de laisser la place aux autres, mais il accepte finalement de prendre la parole.

Il se présente simplement comme un agronome des sols vivants, engagé sur ces questions depuis une vingtaine d’années. Il rappelle aussi avoir été pendant vingt-et-un ans paysan à temps plein sur une ferme laitière en Centre-Bretagne. Il vient également de la mouvance des Cuma, où il a exercé des responsabilités professionnelles, notamment comme président sur son canton pendant une grande partie de sa vie d’agriculteur.

Il revient aussi sur ses origines : il est né dans le Sud-Ouest, sur une ferme de polyculture-élevage où l’on produisait du foie gras, du maïs et du lait. Ses parents, d’origine allemande, ont émigré à la fermeture du rideau de fer. Il se définit ainsi comme un pur produit de la République française.

Un héritage agronomique forgé par la crise

Konrad Schreiber explique qu’il porte une double marque de fabrique : d’un côté une agronomie allemande, de l’autre une éducation française. Il souligne que cet héritage s’est construit dans des contextes de crise, de guerre et de pénurie.

Selon lui, l’agronomie transmise par ses parents est une agronomie de crise, dans laquelle il faut savoir tout faire avec presque rien. C’est cette culture de l’autonomie, de l’adaptation et de la débrouille qui l’a progressivement imprégné, sans qu’il sache à l’époque qu’il la développerait un jour dans son activité professionnelle.

Il estime que la crise actuelle ressemble profondément à ces situations passées : il y a aujourd’hui énormément de problèmes à résoudre, mais les moyens mis en face ne vont pas toujours à l’essentiel. Pour lui, la vraie question est la suivante : comment développer des systèmes agricoles résilients face aux enjeux qui se présentent ?

Nourrir l’humanité sans dégrader les milieux

L’un des défis majeurs est de participer à nourrir 10 milliards d’êtres humains. Konrad Schreiber constate que la révolution verte n’y parvient plus correctement, non pas parce qu’elle ne produit pas, mais parce qu’elle produit en générant trop de dégâts.

Il insiste sur plusieurs conséquences de ce modèle :

Autrement dit, la révolution verte a certes permis une formidable productivité, mais elle ne donne pas les gains environnementaux nécessaires pour affronter la situation actuelle, en particulier dans un contexte de changement climatique.

L’agroécologie comme récupération du carbone

Konrad Schreiber propose de définir l’agroécologie de façon très concrète : ce sera une agriculture capable de récupérer le CO2 de l’air pour le mettre dans le sol, sous forme de séquestration du carbone dans l’humus.

En comparant la révolution verte à ce nouvel objectif, il explique que les outils issus de l’après-guerre — engrais azotés de synthèse, produits chimiques, désherbants — viennent d’une économie de guerre reconvertie en temps de paix. Il rappelle notamment que de nombreuses molécules utilisées en agriculture ont été développées dans des logiques militaires avant d’être réaffectées à d’autres usages.

Son propos vise à montrer que l’agriculture moderne s’est construite avec des outils puissants, mais qui ne correspondent plus aux défis actuels.

Une agriculture construite contre les plantes

Konrad Schreiber affirme que, depuis des millénaires, l’agriculture s’est organisée autour de la lutte contre les plantes pour sauver les cultures. Selon lui, c’est cette logique qui a dominé depuis le Croissant fertile : éliminer la végétation concurrente pour sécuriser la production.

Mais pour lui, cette agriculture de lutte ne produit qu’une chose à long terme : le désert. Il rappelle que les grandes civilisations issues du Moyen-Orient ont souvent fini sur des sols dégradés et désertifiés. Cela l’amène à dire que l’on ne pose pas les bonnes questions si l’on continue à penser l’agriculture essentiellement comme une guerre contre le vivant.

La plante, seul capteur de CO2 rentable

Le cœur de son raisonnement est que le seul capteur de CO2 rentable pour l’humanité, c’est la plante. À partir de là, « un nouveau monde » s’ouvre.

Il insiste sur un point chiffré : la concentration de CO2 dans l’air est très faible. Il évoque environ 0,03 % avant l’ère industrielle et 0,04 % aujourd’hui. Malgré cette rareté, les plantes, depuis des millions d’années, récupèrent ce CO2 et fabriquent avec lui toute la vie terrestre.

Pour lui, la plante nous donne donc une véritable leçon de développement durable : avec presque rien dans l’atmosphère, elle produit tout. Elle met en place un cycle fondé sur :

  • la production ;
  • la consommation ;
  • le recyclage.

Dans ce système, rien ne se perd : le déchet de l’un devient la ressource de l’autre. C’est cela, selon lui, le véritable modèle de durabilité.

Le sol, pivot du cycle du vivant

Dans cette vision, le sol occupe une place centrale. C’est lui qui reçoit les déchets des plantes et ceux des consommateurs de plantes, et qui les recycle intégralement pour permettre une nouvelle production.

Le sol n’est donc pas un simple support. Il est le pivot du cycle de durabilité. Lorsqu’on le travaille de manière intensive, on casse ce cycle :

  • on oxyde l’humus ;
  • on relargue du carbone dans l’air ;
  • on produit des nitrates qui peuvent finir dans les nappes ;
  • on augmente l’érosion ;
  • on accentue le lessivage ;
  • on exporte des phytosanitaires, du phosphore et des matières en suspension vers les eaux.

Ainsi, l’agriculture issue de la révolution verte fonctionne, selon Konrad Schreiber, comme une mine de carbone. Elle puise dans le stock du sol au lieu de le reconstituer.

Les objectifs de l’agriculture de conservation

La diapositive préparée par Alain Canet résume, selon lui, ce qu’il faut faire. L’objectif est de conserver la fertilité organo-biologique des systèmes agricoles.

Pour cela, il faut copier le fonctionnement de la nature et mettre en œuvre une agriculture qui repose sur deux principes majeurs :

  • toujours couverts ;
  • jamais travaillés.

Ces principes définissent l’agriculture de conservation des sols telle qu’il la défend.

Couvrir les sols en permanence

La couverture permanente et intégrale des sols est présentée comme une nécessité absolue. Pour Konrad Schreiber, le sol nu est une aberration technologique et technique de l’agriculture.

Pourquoi couvrir le sol ?

  • parce que cela développe le capteur de CO2 ;
  • parce que cela permet d’avoir davantage de plantes toute l’année ;
  • parce que cela entretient la biodiversité ;
  • parce que cela crée des habitats pour des organismes bien nourris.

L’idée est donc d’avoir des plantes en place le plus longtemps possible, idéalement toute l’année, à 100 % du temps.

Supprimer le travail du sol

Le second objectif fondamental est de supprimer le travail du sol. Selon Konrad Schreiber, si l’on veut stocker du carbone dans le sol, il n’y a qu’une seule solution : arrêter de le travailler.

Le travail du sol accélère l’oxydation de la matière organique et détruit les conditions nécessaires au maintien d’une forte activité biologique. À l’inverse, l’absence de travail du sol permet de préserver la structure, la vie du sol et l’accumulation progressive de carbone.

Ajouter la verticalité : le rôle de l’arbre

À la couverture horizontale des sols, Konrad Schreiber ajoute la verticalité, c’est-à-dire l’arbre. Pour lui, l’arbre enseigne quelque chose de très important : il démultiplie le potentiel de captage du carbone et stocke ce carbone très longtemps.

Il insiste aussi sur la complémentarité spatiale de l’arbre avec la production agricole. Dans l’exemple qu’il évoque, seulement 7 % de la surface agricole utile est occupée par les arbres, mais ceux-ci produisent :

  • du carbone stocké ;
  • du bois d’œuvre ;
  • du matériau ;
  • de l’énergie.

Et il reste encore environ 90 % de la parcelle à cultiver. L’arbre ne doit donc pas être vu comme une concurrence systématique à la production, mais comme un élément d’intensification écologique.

Produire plus en remplaçant les sols nus par des plantes

Konrad Schreiber explique que, dans le microclimat ainsi créé, la productivité peut augmenter fortement. Cette hausse ne vient pas d’une fuite en avant technologique, mais du fait que l’on met en production des périodes jusque-là perdues.

Autrement dit, on chasse les sols nus du système agricole et on les remplace par des plantes. Cela permet souvent de faire deux cultures par an là où une seule était délicate.

La logique n’est donc pas seulement écologique : elle est aussi productive. En replaçant des végétaux dans l’espace et dans le temps, on recarbone d’abord l’espace, puis le sol.

Une agriculture de séquestration du carbone

Konrad Schreiber estime que l’agriculture pourrait devenir un moteur de compétitivité dans la lutte contre l’effet de serre.

Il avance plusieurs ordres de grandeur :

  • environ 1 tonne de carbone pur par hectare et par an stockée dans le sol ;
  • environ 2 tonnes de carbone supplémentaires dans le dispositif arboré interparcellaire ;
  • encore environ 2 tonnes de carbone dans ce qu’il appelle les périphéries ou éléments annexes du paysage.

Au total, la séquestration pourrait être considérable. Plus largement, il estime que chaque hectare pourrait capter entre 1 et 5 tonnes de carbone par hectare et par an.

Selon lui, cela donnerait à la société une trentaine d’années d’adaptation, tout en restant économiquement intéressant, puisque cette stratégie s’accompagne d’une production marchande.

Changer la Pac : de la politique agricole commune à la politique agricole du carbone

Pour Konrad Schreiber, il faut désormais une vraie Pac organisée sur l’agronomie. Tout le reste lui paraît secondaire face à l’enjeu principal.

Il appelle à faire évoluer la politique agricole commune vers une politique agricole du carbone. Cette réorientation est jugée urgente, urgente, urgente. La société doit aider les paysans à mettre en place ces systèmes, car ils rendent un service majeur :

  • au climat ;
  • à la biodiversité ;
  • à la fertilité des sols ;
  • à l’eau ;
  • à la production alimentaire.

Il affirme que le génie du végétal, associé au génie des agriculteurs et des agronomes, doit être mis au centre des politiques publiques.

Une agriculture régénératrice

L’agriculture décrite ici est présentée comme une agriculture qui se mondialise déjà, souvent sous le nom d’agriculture régénératrice. Elle a pour ambition de régénérer :

  • les sols ;
  • la biodiversité ;
  • le climat ;
  • la santé des plantes ;
  • la santé des animaux.

Il s’agit d’une approche globale de système, dans laquelle les éléments ne sont pas traités séparément mais comme les composantes d’un même fonctionnement écologique et agronomique.

Conclusion

En conclusion, Konrad Schreiber affirme que les réseaux agricoles engagés dans ces démarches existent déjà et sont très actifs sur le terrain. Il rappelle aussi que l’association mentionnée dans l’échange a pour vocation de porter cette thématique vers des publics urbains, là où les paysans ne sont pas toujours présents.

Son message final est très clair : le véritable verdissement de l’agriculture passe par le stockage du carbone dans les sols, grâce à des systèmes fondés sur les plantes, la couverture permanente, l’arrêt du travail du sol et la réintroduction de l’arbre.

Il termine en soulignant que, lorsqu’il écoute les débats médiatiques sur l’agriculture, il y entend souvent ce qu’il considère comme de la désinformation, car l’essentiel, selon lui, est déjà connu : c’est dans le vivant, et en particulier dans la plante et le sol, que se trouvent les réponses agronomiques aux crises actuelles.