Produire de la biodiversité : actions communes
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Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃
Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui les différentes actions communes présentées au fur et à mesure de cette conférence :
10H-10H30 : « L’agroécologie : principes clés » – Jean-Pierre Sarthou, Marc-André Sélosse
10H30-11H30 : « Biodiversité à l’échelle de la commune » – Laurent Barthe (Nature en Occitanie), Alain Canet, Marceau Bourdarias, Hervé Covès
11H30-12H30 : Table ronde « Des paysages anthropisés générateurs de biodiversité » – Eric Petiot (sous réserve), Guillaume Lapeyre, Eric Lenoir, Marceau Bourdarias, Laurent Barthe, Alain Canet, Hervé Covès
Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.
Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/
Introduction
La troisième journée de Paysage in Marciac s’ouvre sur une question jugée centrale : celle de la biodiversité. Le débat est placé sous le titre de la vidéo, « Produire de la biodiversité : actions communes », avec l’idée de sortir d’une vision de la biodiversité comme contrainte pour en faire une solution, un allié, et peut-être même un moteur de transformation des systèmes agricoles et des territoires.
L’animateur insiste d’emblée sur plusieurs points :
- la nécessité d’un socle commun ;
- l’importance du débat et des regards croisés ;
- la volonté de faire émerger des actions simples, diffusables à grande échelle et peu coûteuses ;
- le fait que la biodiversité ne peut plus être pensée séparément des questions de production, d’aménagement, de paysage, de sol, de pratiques agricoles, de santé et de société.
La discussion réunit notamment Jean-Pierre Sarthou, Marc-André Sélosse, Laurent Barthe, Éric Lenoir, Marceau Bourdarias et Hervé Covès.
Définir l’agroécologie
Jean-Pierre Sarthou propose une définition volontairement très synthétique de l’agroécologie. Selon lui, pour l’agriculteur, elle consiste à :
- faire travailler le plus possible la nature à sa place.
Cette formule simple demande cependant plusieurs précisions.
Respecter les contraintes économiques
L’agriculteur doit continuer à faire face à des impératifs économiques. L’agroécologie ne signifie pas l’abandon de toute exigence de viabilité. En revanche, Jean-Pierre Sarthou souligne que faire davantage travailler la nature implique souvent de revoir certains objectifs de production.
Il estime qu’il faut accepter de :
- revoir les objectifs de productivité à la baisse, au moins en partie ;
- sortir comme référence implicite de l’agriculture intensive fondée sur des intrants industriels ;
- reconstruire d’autres références techniques et économiques.
Selon lui, les niveaux de productivité de l’agriculture industrielle ne sont pas tenables à long terme. Il rappelle cependant qu’il ne s’agit pas de condamner moralement les agriculteurs engagés dans ces systèmes : cette agriculture a aussi répondu à une demande historique et a bénéficié à l’ensemble de la société. Mais ses limites environnementales apparaissent désormais clairement.
Repenser la productivité
Jean-Pierre Sarthou insiste sur le fait qu’il n’existe pas une seule productivité :
- la productivité surfacique ;
- la productivité du travail ;
- la productivité de l’eau ;
- la productivité de la biomasse ;
- et d’autres encore.
Il prend l’exemple des records de rendement en blé, notamment en Nouvelle-Zélande, avec des niveaux extrêmement élevés, pour montrer qu’il ne s’agit pas d’un horizon réaliste ni souhaitable pour des systèmes agroécologiques. L’enjeu est moins de courir après des records que de bâtir des systèmes cohérents, durables et efficaces selon plusieurs critères.
L’agroécologie ne concerne pas seulement la ferme
À l’échelle d’une exploitation, l’agroécologie a d’abord une dimension biotechnnique : apprendre à utiliser les processus naturels. Mais elle ne peut pas fonctionner si l’agriculteur est seul.
Jean-Pierre Sarthou souligne qu’il faut :
- des voisins engagés dans des démarches proches ;
- des échanges entre pairs ;
- un accompagnement professionnel ;
- des débouchés et des filières adaptées ;
- une organisation socio-économique cohérente.
Il donne l’exemple du carthame : même si une culture est agronomiquement intéressante et adaptée au territoire, encore faut-il pouvoir la transformer, la commercialiser et en vivre.
La biodiversité comme moteur
Pour Jean-Pierre Sarthou, le moteur essentiel de cette transformation est la biodiversité. Lorsqu’on parle de faire travailler la nature, ce sont en réalité les organismes vivants et leurs interactions qui rendent des services. Il fait ainsi le lien avec la notion de services écosystémiques.
Ce qu’est réellement la biodiversité
Marc-André Sélosse propose ensuite de clarifier ce qu’on entend par biodiversité. Il montre que la réduire à un catalogue d’espèces est une erreur.
La biodiversité n’est pas seulement une liste d’espèces
Il rappelle qu’en France métropolitaine, on recense déjà un grand nombre d’espèces visibles ou invisibles :
- plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux ;
- des centaines de mammifères ;
- des milliers et des milliers d’espèces microbiennes dans les sols.
Mais cela ne suffit pas à définir la biodiversité. Il utilise une image simple : une roue ou une pièce détachée ne suffit pas à faire une voiture. De la même manière, une liste d’espèces ne suffit pas à décrire la biodiversité.
Trois niveaux de biodiversité
Marc-André Sélosse distingue plusieurs niveaux.
La diversité au sein des espèces
Il s’agit de la diversité génétique, c’est-à-dire des différences entre individus d’une même espèce. Cette diversité intraspécifique est essentielle.
Plus une population comporte d’individus, plus elle peut contenir de diversité génétique. Lorsque les effectifs diminuent, cette diversité diminue aussi.
La diversité des espèces
C’est le niveau auquel on pense spontanément : le nombre d’espèces présentes.
La diversité des assemblages et des interactions
Il y a aussi :
- les assemblages d’espèces dans un milieu ;
- les interactions entre elles ;
- les relations de compétition, parasitisme, coopération, prédation ;
- la diversité des écosystèmes eux-mêmes.
Ces relations font partie intégrante de la biodiversité.
Ce que l’agriculture intensive a simplifié
Marc-André Sélosse explique que l’agriculture conventionnelle moderne a certes atteint une efficacité quantitative considérable, notamment pour nourrir la population, mais qu’elle l’a fait en niant plusieurs dimensions de la biodiversité :
- la diversité génétique au sein des espèces cultivées ;
- la diversité des assemblages d’espèces ;
- la complexité des interactions écologiques.
Il cite notamment :
- la sélection variétale très resserrée ;
- les cultures monospécifiques ;
- le désherbage systématique ;
- la perte d’outils biologiques présents dans les plantes elles-mêmes.
Il donne l’exemple des graminées capables d’émettre des composés chimiques limitant la concurrence végétale autour d’elles. Ce type de propriété a été largement négligé dans la domestication moderne, puisqu’on a remplacé ces fonctions écologiques par des interventions artificielles.
Retrouver plusieurs échelles de biodiversité
Selon lui, l’agriculture doit retrouver :
- de la diversité génétique ;
- de la diversité d’espèces ;
- de la diversité d’assemblages spatiaux ;
- de la diversité temporelle.
Cela passe par exemple par :
- les semences paysannes ;
- les mélanges céréales-légumineuses ;
- l’agroforesterie ;
- les couverts et intercultures ;
- des successions culturales plus diversifiées.
Le regard du naturaliste sur les territoires
Laurent Barthe intervient comme naturaliste, en rappelant aussi son ancrage local, familial et rural. Il insiste sur les barrières culturelles qui ont longtemps opposé le monde de la protection de la nature et celui des agriculteurs, chasseurs ou élus.
Faire tomber les barrières
Il raconte avoir grandi dans un univers où le mot « écologiste » était souvent perçu comme une menace ou une contrainte :
- chez les chasseurs ;
- chez les agriculteurs ;
- dans de nombreux milieux ruraux.
Avec les années, il a cherché à montrer qu’on pouvait concilier :
- une approche naturaliste ;
- un ancrage rural ;
- les usages du territoire ;
- des actions concrètes en faveur de la biodiversité.
Le travail de Nature en Occitanie
Laurent Barthe présente l’association Nature en Occitanie, qui agit à l’échelle régionale et intervient sur plusieurs volets :
- amélioration des connaissances ;
- gestion de sites naturels ;
- pédagogie ;
- accompagnement des collectivités ;
- contentieux lorsque la réglementation environnementale n’est pas respectée.
Il souligne que les associations de protection de la nature ont longtemps été tenues à distance de nombreux espaces de décision ou de travail collectif, notamment en agriculture. La situation évolue progressivement.
Les atlas de la biodiversité communale
Parmi les outils mobilisés avec les collectivités, il évoque les atlas de la biodiversité communale.
Pour lui, ces atlas sont des portes d’entrée utiles, car ils permettent de :
- lancer un dialogue local sur la biodiversité ;
- établir un état des lieux ;
- identifier les enjeux ;
- associer les habitants, élus, chasseurs, agriculteurs et autres usagers ;
- construire ensuite un programme d’action.
L’idée n’est pas de laisser les experts seuls définir les enjeux, mais de produire une lecture partagée du territoire.
Les territoires engagés pour la nature
Il cite également le dispositif des territoires engagés pour la nature, qui peut aider à valoriser les démarches menées localement et à mobiliser des financements.
Le travail avec les agriculteurs
Laurent Barthe explique que le dialogue avec le monde agricole, relativement nouveau pour certaines associations naturalistes, fonctionne lorsqu’il s’appuie sur des démarches concrètes :
- diagnostics partagés ;
- balades sur l’exploitation ;
- observation commune du territoire ;
- mise en évidence des points forts et points faibles ;
- définition de plans d’action.
Ces plans peuvent concerner :
- la préservation des prairies naturelles ;
- la restauration ou la plantation de haies ;
- la continuité écologique ;
- les trames vertes et bleues ;
- la gestion de zones humides ;
- le maintien de milieux secs ou ouverts.
La question des « nuisibles »
Interrogé sur cette notion, Laurent Barthe répond qu’elle est très problématique. Il rappelle que le terme « nuisible » a servi à désigner des espèces jugées gênantes pour l’homme, souvent des prédateurs ou des espèces en concurrence avec certaines activités humaines.
Il souligne que :
- ces espèces jouent souvent un rôle écologique majeur ;
- leur destruction peut déstabiliser des chaînes trophiques entières ;
- certaines, comme le putois ou la belette, restent menacées malgré des perceptions négatives ;
- le renard, souvent attaqué, rend aussi des services importants, notamment dans la régulation de certains micromammifères.
Il rappelle que le terme officiel a changé, remplacé par celui d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, mais que les représentations restent encore très fortes.
Repenser les jardins et les paysages
Éric Lenoir intervient à partir de son expérience de paysagiste et de jardinier. Il décrit une trajectoire qui l’a conduit à remettre en cause les logiques classiques d’aménagement paysager.
Sortir d’un imaginaire décoratif et dominateur
Formé dans des écoles d’horticulture et de paysage, il explique avoir appris à produire des jardins « propres », contrôlés, composés selon des codes esthétiques classiques. Avec le temps, il a pris conscience de l’absurdité écologique de ces modèles.
Il considère aujourd’hui que les humains ont trop souvent :
- imposé leur volonté aux milieux ;
- transformé les lieux selon des normes esthétiques artificielles ;
- voulu tout maîtriser ;
- pensé le paysage de manière hiérarchique et dominatrice.
Redéfinir le jardin
Il propose de définir le jardin comme :
- un territoire que l’on gère ;
- auquel on confère certaines fonctions ;
- en essayant de s’y intégrer plutôt que de le soumettre totalement.
Cette approche change profondément la manière de concevoir l’aménagement. Il ne s’agit plus d’imposer une forme idéale, mais de comprendre :
- ce qui existe déjà ;
- les liens entre les êtres vivants présents ;
- les fonctions écologiques à l’œuvre ;
- et la manière dont les besoins humains peuvent s’y inscrire avec le moins d’impact possible.
Le principal obstacle est culturel
Pour Éric Lenoir, les freins sont d’abord des freins culturels, des habitudes, des peurs, des représentations. Ce ne sont pas principalement des problèmes techniques.
Il évoque notamment :
- la peur du désordre ;
- la peur des serpents, des tiques, des moustiques ;
- l’idée qu’un espace tondu est un espace rassurant ;
- la force des normes sociales et de voisinage.
La question de l’humilité
Selon lui, il faut accepter de se replacer dans l’écosystème au lieu de se penser au sommet de celui-ci. L’humain n’est qu’un élément du système vivant, même s’il est aujourd’hui celui qui a la plus forte capacité de nuisance.
La difficulté du dialogue
Éric Lenoir insiste sur la nécessité d’aller parler à tous, y compris à ceux avec qui le dialogue paraît difficile :
- chasseurs ;
- décideurs ;
- élus ;
- jardiniers municipaux ;
- acteurs économiques.
Il rappelle que l’on ne peut pas transformer les choses si l’on reste seulement entre convaincus.
Construire la biodiversité à partir du mètre carré
Marceau Bourdarias intervient à partir de son parcours d’arboriste, de praticien du végétal et de conseiller agricole. Il explique avoir progressivement déplacé son regard : d’une vision simplifiée des cultures vers une compréhension plus fine du vivant à l’échelle du mètre carré.
Dépasser l’idée de monoculture
Il prend l’exemple de la vigne, souvent reproduite à l’identique sur de très grandes surfaces, pour montrer combien la simplification des systèmes est poussée. Mais en observant mieux le vivant, il constate que même dans ces contextes, la biodiversité reste là, prête à s’exprimer.
La naturalité comme potentiel
Selon lui, la nature possède une capacité intrinsèque à construire de la diversité. Elle est là comme un potentiel, une sorte de « socle » toujours prêt à redémarrer. Le rôle de l’humain n’est pas de tout inventer, mais d’accompagner, de réparer, de moins intervenir et d’observer davantage.
Une agriculture de réparation
Il évoque :
- les engrais verts ;
- les couverts végétaux ;
- l’agroforesterie ;
- la présence d’arbres ;
- les systèmes plus complexes.
Pour lui, ces pratiques relèvent à la fois :
- d’une agriculture de réparation ;
- d’un lâcher-prise ;
- d’une reconstruction de la fertilité et des relations biologiques.
Changer de métier
Marceau Bourdarias insiste sur une idée forte : accueillir la biodiversité ne consiste pas seulement à la protéger, mais à la construire.
Selon lui, cela suppose un véritable changement de métier pour les agriculteurs :
- apprendre à construire des lieux de vie ;
- penser le système entier et non seulement la culture cible ;
- comprendre la productivité du système global ;
- sortir d’une vision réduite au seul rendement de la culture principale.
Il explique que, dans son accompagnement en viticulture, les producteurs commencent souvent par voir l’arbre ou l’agroforesterie comme une complication. Mais progressivement, à travers une nouvelle narration et une meilleure compréhension du fonctionnement des plantes, certains en viennent à dire qu’ils changent de métier : ils ne se contentent plus de produire, ils construisent de la biodiversité.
Une lecture philosophique et collective de la transition
Hervé Covès clôt cette première série d’interventions en proposant une lecture plus globale, presque philosophique, de la mutation en cours.
Il formule l’idée que nous étions un peuple d’agriculteurs et que nous devenons un peuple d’agroécologues. Pour lui, cela signifie un basculement :
- d’une logique de culture au sens de maîtrise et de production ;
- vers une logique de logos, de connaissance, de compréhension du vivant.
Quatre idées structurantes
Hervé Covès propose quatre idées pour penser cette transition.
Le tout est plus grand que la somme des parties
La biodiversité n’est pas une juxtaposition d’éléments. Comme pour une voiture, ce ne sont pas les pièces isolées qui comptent, mais ce qui émerge de leur assemblage.
Le temps est plus grand que l’espace
Notre civilisation privilégie l’immédiateté et l’aménagement de l’espace. Or, dans le vivant, c’est le temps qui commande. Il faut du temps pour qu’un arbre devienne vieux, pour qu’un milieu s’épaississe de relations, pour qu’une action apparemment minuscule prenne toute son ampleur.
La réalité est plus grande que l’idée
Les idées, les débats, les concepts sont utiles, mais ils ne valent que s’ils sont confrontés au réel. Il faut faire, expérimenter, observer ce qui se passe, apprendre par la pratique.
L’unité prévaut sur le conflit
Si l’on ne cherche pas une forme d’unité entre les acteurs, les désaccords empêcheront d’avancer. Il faut croire qu’un travail commun est possible entre chasseurs, naturalistes, agriculteurs, élus, techniciens, habitants.
Une nouvelle culture commune
Pour Hervé Covès, la transition agroécologique suppose une nouvelle culture commune fondée sur quelques constats simples :
- tout est lié ;
- tout est donné ;
- tout est fragile.
Cette conscience doit conduire non seulement à des changements techniques, mais à une transformation plus profonde des manières de voir, de faire et de vivre ensemble.
Débat avec la salle : formation, transmission, actions communes
Les échanges avec le public prolongent et déplacent la discussion vers plusieurs enjeux concrets.
Multiplier les rencontres et les espaces de dialogue
Une participante souligne que ce type de rencontre donne envie d’être élargi, démultiplié, et de rassembler plus largement tous ceux qui travaillent déjà dans cette direction afin d’élaborer ensemble quelque chose de plus grand encore.
Cette idée est largement partagée : il faut sortir de l’entre-soi, transmettre, organiser davantage de rencontres, créer des réseaux, diffuser les expériences.
Biodiversité, santé humaine et santé des territoires
Une question est posée sur les liens entre la biodiversité et la santé humaine.
Marc-André Sélosse évoque le mouvement One Health, qui établit des liens entre santé humaine et santé animale, mais il remarque que l’écologie y reste encore trop absente. Il plaide pour une vision plus complète : il ne peut y avoir d’humains en bonne santé dans un environnement vivant dégradé.
La discussion souligne aussi qu’il faut mieux articuler :
- santé des sols ;
- santé des écosystèmes ;
- santé des plantes ;
- santé des animaux ;
- santé humaine.
Le problème de l’entre-soi
Marc-André Sélosse rappelle que les personnes présentes sont en grande majorité déjà convaincues. Il insiste sur la difficulté majeure : sortir du cercle des convaincus et atteindre ceux qui ne sont pas encore engagés.
Il estime que le vrai enjeu est de former la génération suivante afin qu’elle puisse :
- comprendre les produits qu’elle consomme ;
- saisir la complexité des systèmes ;
- porter un autre regard sur la production agricole et l’environnement.
L’importance de la formation initiale
La discussion aborde longuement la question de la formation.
Guillaume Lapeyre, enseignant dans l’enseignement agricole, rappelle que l’écologie, la biologie végétale et les approches systémiques sont bien présentes dans de nombreuses formations agricoles, du CAP au BTS. Il insiste sur le rôle important des lycées agricoles dans la formation des futurs agriculteurs, paysagistes, arboriculteurs ou horticulteurs.
Marc-André Sélosse ajoute que l’on observe néanmoins une faiblesse très forte dans la culture écologique générale, notamment à l’école, avec des réformes qui réduisent parfois la place des sciences de la vie et de la Terre.
Pédagogie et acceptation sociale
Laurent Barthe insiste sur un point essentiel : on ne peut pas seulement « faire », il faut aussi préparer les gens à comprendre ce qui est fait.
Il prend l’exemple de la gestion différenciée des bords de route. Même lorsqu’une collectivité est convaincue, si les habitants n’ont pas été préparés, les critiques peuvent être si fortes que les pratiques régressent.
La pédagogie est donc présentée comme une condition de réussite et de pérennité des actions.
L’immersion comme méthode
Éric Lenoir souligne que l’immersion fonctionne particulièrement bien pour sensibiliser les jeunes. Il insiste sur l’importance de faire vivre la nature au quotidien, notamment en ville :
- lieux nourriciers ;
- fruits accessibles ;
- espaces vivants ;
- continuités végétales visibles et pratiquées.
Selon lui, pour beaucoup d’enfants, la plante n’est plus qu’un décor. Il faut recréer des liens sensibles, pratiques et quotidiens avec le vivant.
Des gestes simples pour produire de la biodiversité
Une question venue du direct demande des actions très simples à mettre en œuvre au jardin pour favoriser la biodiversité. Les réponses, parfois formulées avec humour, convergent vers des idées simples et accessibles.
Parmi les pistes évoquées :
- ne pas tout faire ;
- laisser une part de spontanéité au vivant ;
- réduire l’interventionnisme ;
- couvrir le sol ;
- accepter plusieurs strates végétales ;
- planter des arbres et des haies, ou laisser la régénération naturelle s’exprimer ;
- cultiver dans la diversité ;
- accueillir la faune, y compris celle qui dérange les représentations ;
- inviter les enfants à observer, planter, récolter ;
- apprendre à regarder le vivant autrement.
L’idée revient plusieurs fois que le plus important n’est pas uniquement la plantation en elle-même, mais aussi le fait qu’elle crée des moments de rencontre, d’échange et de coopération.
Ce que peuvent faire les communes et les élus
La même logique est appliquée aux collectivités. Plusieurs pistes concrètes sont formulées :
- arrêter de tondre systématiquement ;
- réduire le recours aux tondeuses et aux interventions inutiles ;
- planter des arbres et des haies ;
- favoriser la régénération naturelle ;
- former les élus et les agents ;
- mettre en place des démarches de gestion différenciée ;
- associer les habitants à la compréhension des choix ;
- créer des espaces de dialogue et d’apprentissage.
Il est rappelé que les élus ont aussi un devoir de formation, et que des moyens existent pour cela.
Une autre manière de produire et de consommer
En conclusion des échanges, l’animateur rappelle que la biodiversité, l’agroécologie et l’agroforesterie se jouent aussi très concrètement dans l’assiette et dans le verre. Il insiste sur l’idée que consommer des produits issus de systèmes agroécologiques est déjà une manière d’agir.
La séance se termine sur une invitation à poursuivre la discussion dans les ateliers de l’après-midi, autour du jardin, de l’agrément, du soin des plantes par les plantes, et plus largement de toutes les formes de coopération entre production, paysage et biodiversité.
Idées fortes à retenir
- La biodiversité ne doit plus être pensée comme une contrainte, mais comme un moteur.
- L’agroécologie consiste à faire travailler davantage la nature.
- La biodiversité ne se limite pas au nombre d’espèces : elle inclut la diversité génétique, les assemblages d’espèces et leurs interactions.
- Les systèmes agricoles et paysagers doivent retrouver de la complexité.
- La pédagogie est indispensable : sans elle, les changements restent fragiles.
- Les actions doivent être à la fois locales, concrètes, collectives et diffusables.
- Il faut sortir de l’entre-soi et parler à tous les acteurs.
- Le vivant demande du temps, de l’observation et une autre culture commune.
- Produire de la biodiversité, c’est aussi changer de métier, de regard et de récit.