Quand l'intelligence cache la plante, avec Marc-André Sélosse

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Dans ce rendez-vous de l’agroécologie, Marc-André Sélosse invite à regarder la plante pour ce qu’elle est, et non à travers des métaphores humaines comme “intelligence”, “entraide” ou “neurobiologie”. Selon lui, ces images, utiles pour attirer l’attention, finissent aussi par masquer la singularité du vivant végétal. Il rappelle que les plantes se caractérisent par leur immobilité, leur chimie de défense, leur capacité à repousser après une blessure, et leur aptitude à transformer durablement leur milieu, notamment les sols. À travers l’exemple des tanins, du liège, de la vigne ou des arbres taillés en trogne, il montre combien la “plantéité” éclaire l’agronomie, l’alimentation et la gestion des écosystèmes. L’échange élargit enfin la réflexion à l’éducation, à l’accès libre aux savoirs scientifiques, à la place des SVT et au rôle essentiel des plantes et des arbres dans les paysages agricoles comme dans les villes.

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Résumé
Dans ce rendez-vous de l’agroécologie, Marc-André Sélosse invite à regarder la plante pour ce qu’elle est, et non à travers des métaphores humaines comme “intelligence”, “entraide” ou “neurobiologie”. Selon lui, ces images, utiles pour attirer l’attention, finissent aussi par masquer la singularité du vivant végétal. Il rappelle que les plantes se caractérisent par leur immobilité, leur chimie de défense, leur capacité à repousser après une blessure, et leur aptitude à transformer durablement leur milieu, notamment les sols. À travers l’exemple des tanins, du liège, de la vigne ou des arbres taillés en trogne, il montre combien la “plantéité” éclaire l’agronomie, l’alimentation et la gestion des écosystèmes. L’échange élargit enfin la réflexion à l’éducation, à l’accès libre aux savoirs scientifiques, à la place des SVT et au rôle essentiel des plantes et des arbres dans les paysages agricoles comme dans les villes.

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Aujourd'hui, on continue le cycle avec Marc-André Sélosse et l'intelligence cachée dans la plante.

Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.


Introduction

Cette rencontre des « rendez-vous de l’agroécologie » accueille le professeur Marc-André Sélosse. L’échange part d’un constat large : pour comprendre les plantes, les sols, les écosystèmes et les enjeux agricoles contemporains, il faut sortir d’une vision uniquement centrée sur l’humain.

L’entretien s’organise autour d’un fil directeur : quand on parle d’« intelligence des plantes », on risque de manquer ce qu’est réellement une plante. Selon Marc-André Sélosse, certaines métaphores ont permis de réveiller l’intérêt du public pour le monde végétal, mais elles peuvent aussi masquer la réalité biologique propre des plantes.

La place des sciences du vivant dans la formation

Marc-André Sélosse rappelle d’abord l’importance des sciences de la vie et de la Terre dans la formation des citoyens et des professionnels. Pour lui, les SVT sont un outil indispensable pour comprendre le monde vivant, les écosystèmes, les sols et les plantes.

Il souligne que :

  • les SVT ont été retirées du tronc commun en première et terminale ;
  • leur volume horaire en seconde est très faible ;
  • cette situation est problématique au moment même où les enjeux écologiques, agronomiques et sanitaires deviennent centraux.

Selon lui, il ne s’agit pas de remplacer d’autres disciplines, mais d’admettre que la compréhension biologique et naturaliste du monde doit accompagner les autres approches. Il compare cela à un équilibre entre plusieurs appuis : si l’un manque, l’ensemble devient bancal.

Il insiste aussi sur la nécessité d’apprendre à voir les objets naturels pour eux-mêmes, et non seulement à travers une lecture anthropocentrique.

L’accès libre au savoir scientifique

Un autre point abordé concerne l’accès à la littérature scientifique. Marc-André Sélosse évoque une pétition demandant l’ouverture des grandes banques de données scientifiques payantes pendant la crise.

L’idée défendue est la suivante :

  • une grande partie de la recherche est financée par l’argent public ;
  • les chercheurs produisent les connaissances ;
  • pourtant, l’accès aux articles est souvent payant et réservé à des institutions abonnées.

Cette situation limite l’accès :

  • des enseignants ;
  • des journalistes ;
  • des décideurs ;
  • des citoyens.

Marc-André Sélosse estime que la connaissance scientifique devrait être considérée comme un bien commun. Il note que certaines bases ont ouvert les articles liés au Covid, mais juge cela insuffisant : pour penser une crise et ses suites, il faut aussi accéder à des travaux d’anthropologie, de sociologie, d’écologie, de biologie, etc.

« L’intelligence des plantes » : une métaphore trompeuse

Le réveil de l’intérêt pour les plantes

Marc-André Sélosse reconnaît que plusieurs livres, films et documentaires récents ont eu un mérite : ils ont réveillé l’intérêt pour les plantes. Dans un monde pourtant largement végétal, où les plantes représentent l’essentiel de la biomasse, cet intérêt s’était affaibli.

Il rappelle que :

  • les plantes occupent une place centrale dans la biosphère ;
  • l’alimentation humaine dépend directement ou indirectement d’elles ;
  • elles sont omniprésentes, mais souvent mal regardées.

Le risque du mélange des genres

Pour autant, il critique fortement l’emploi de notions comme :

  • intelligence ;
  • entraide ;
  • sensibilité ;
  • neurobiologie des plantes.

Son argument principal est que ces mots ramènent les plantes à des catégories humaines. Or, selon lui, cela ne permet pas de comprendre la plante telle qu’elle est. Au contraire, cela cache la plante.

Il explique que ces métaphores peuvent donner l’illusion de mieux comprendre, parce qu’elles mobilisent des notions familières à l’humain. Mais cette facilité est trompeuse : on projette sur la plante des catégories qui ne sont pas les siennes.

La vraie question n’est donc pas de chercher ce qui ressemble à l’humain dans la plante, mais de comprendre en quoi la plante est différente.

Les métaphores en sciences : utiles, mais à manier avec prudence

Marc-André Sélosse prend soin de préciser que les métaphores existent depuis longtemps en sciences. On parle par exemple de :

  • stratégie écologique ;
  • plante pionnière ;
  • hôte et parasite.

Ces termes, issus du langage courant ou du monde humain, peuvent être utiles pour montrer des analogies de fonctionnement dans le vivant. Ils élargissent le sens des mots et rappellent que l’humain n’est qu’une partie du vivant.

Mais il y a un danger au début de l’usage de la métaphore : le dérapage anthropomorphique. On finit alors par croire que la plante pense réellement comme un stratège, qu’elle agit comme un pionnier humain, ou qu’elle possède une forme d’intelligence comparable à la nôtre.

Pour Marc-André Sélosse, certaines métaphores récentes appliquées au végétal ont précisément franchi cette limite.

Comprendre la plante à partir de sa « plantalité »

Marc-André Sélosse propose de partir de ce qu’il appelle la plantalité : ce qui fait la spécificité biologique des plantes.

Il insiste sur plusieurs traits fondamentaux :

  • la plante produit sa propre matière à partir de la photosynthèse ;
  • elle est généralement immobile ;
  • elle est organisée différemment des animaux ;
  • elle possède des capacités de repousse et de modularité ;
  • elle déploie une chimie extrêmement riche, notamment défensive.

Selon lui, c’est à partir de ces traits qu’il faut penser la plante.

L’origine de l’autotrophie végétale

Marc-André Sélosse rappelle que les plantes ont intégré très anciennement des bactéries photosynthétiques devenues les chloroplastes. Cette symbiose ancienne a permis aux cellules végétales de produire leur propre nourriture.

Cela a eu des conséquences majeures :

  • elles n’ont plus eu besoin de se déplacer pour aller chercher des proies ;
  • elles ont pu optimiser leur position vis-à-vis de la lumière ;
  • elles ont pu développer une paroi, puisqu’elles n’avaient plus à engloutir des proies.

Cette transformation très ancienne a fortement orienté l’évolution du monde végétal.

L’immobilité n’est pas un handicap, mais un autre mode de vie

Marc-André Sélosse insiste sur un point : on considère souvent l’immobilité des plantes comme une faiblesse, parce qu’on la juge avec des critères animaux ou humains.

Il inverse cette perspective : le vrai coût, c’est la mobilité. Se déplacer demande énormément d’énergie. Si les plantes parlaient de biologie, dit-il en substance, elles parleraient sans doute du « coût de la vie mobile ».

L’immobilité a donc permis aux plantes :

  • d’économiser de l’énergie ;
  • de se placer durablement dans une position favorable ;
  • de construire leur environnement local.

En revanche, elle les expose davantage aux agressions. Cela explique deux grandes caractéristiques du végétal :

  • une chimie défensive très élaborée ;
  • une capacité à repousser après mutilation.

La chimie défensive des plantes

L’un des grands traits de la plantalité est la richesse chimique du végétal. Marc-André Sélosse rappelle qu’en forêt, on peut manger à peu près n’importe quel animal sans risque chimique majeur, alors qu’une grande partie des plantes sont au minimum indigestes, parfois franchement toxiques.

Il souligne qu’il existe très peu d’animaux toxiques en comparaison. Les plantes, elles, ont dû développer toute une chimie pour se défendre, précisément parce qu’elles ne peuvent pas fuir.

Cette différence a des conséquences agronomiques importantes : lorsque l’humain a domestiqué des plantes pour les rendre comestibles, il a souvent sélectionné contre cette chimie défensive. Cela a rendu les plantes cultivées :

  • plus agréables à manger ;
  • mais aussi souvent plus dépendantes de protections extérieures, notamment des pesticides.

La mutilation et la repousse

Parce qu’elles sont immobiles, les plantes subissent forcément :

  • des chutes de branches ou d’arbres ;
  • des herbivores ;
  • des accidents climatiques ;
  • des atteintes physiques diverses.

Elles sont donc biologiquement construites pour supporter ces mutilations et repousser. Marc-André Sélosse souligne que cette capacité est constitutive de leur biologie.

Cela permet de reconsidérer certaines pratiques agricoles et paysannes, comme :

  • la taille ;
  • les trognes ;
  • certaines formes de coupe ou de prélèvement.

Selon lui, si ces pratiques sont réalisées correctement, elles ne constituent pas une violence contre la plante, mais un usage de sa biologie propre.

Les trognes et la compréhension de la plante

L’échange revient sur la trogne, c’est-à-dire un arbre régulièrement taillé de façon à produire de nouvelles repousses.

Pour Marc-André Sélosse, la trogne est un bon exemple d’un rapport juste à la plante : on utilise sa capacité de repousse, on travaille avec sa biologie. C’est donc, selon lui, une manière de reconnaître la plantalité.

À l’inverse, il se montre plus critique à l’égard de démarches qui voudraient attribuer une personnalité juridique à l’arbre. Il comprend l’intention de réhabiliter le respect du vivant, mais estime que ce type de démarche risque encore de rabattre la plante sur des catégories humaines.

Il oppose ainsi deux attitudes :

  • comprendre la plante à partir de ce qu’elle est ;
  • ou chercher à lui faire place en lui attribuant des caractéristiques empruntées à l’humain.

Les tanins : une porte d’entrée dans le monde végétal

L’entretien consacre un long moment aux tanins, thème d’un livre de Marc-André Sélosse.

Une composante majeure de la biomasse végétale

Les tanins ne sont pas un détail : ils représentent, avec leurs dérivés, une part énorme de la matière vivante végétale. Marc-André Sélosse explique qu’ils constituent une des grandes familles de molécules du monde végétal, juste derrière les glucides.

Ils sont omniprésents :

  • dans les écorces ;
  • dans le bois ;
  • dans les feuilles ;
  • dans les fruits ;
  • dans les bourgeons ;
  • dans le liège.

Pourtant, on en parle peu, notamment parce qu’on regarde le vivant avec des catégories issues de notre alimentation habituelle : glucides, lipides, protéines. Cela ne permet pas de voir la spécificité chimique des plantes.

Des fonctions multiples

Les tanins remplissent de nombreuses fonctions chez les plantes :

  • défense contre les herbivores ;
  • protection contre l’excès de lumière ;
  • résistance au stress ;
  • structure de certains tissus ;
  • stockage et gestion des résidus cellulaires ;
  • action sur le sol et sur les plantes voisines.

Marc-André Sélosse prend plusieurs exemples.

Les jeunes pousses rouges du rosier

Les jeunes pousses rouges sont :

  • plus tendres ;
  • donc plus vulnérables ;
  • mais protégées par des tanins colorés.

Ces molécules :

  • les rendent amères et peu digestes ;
  • protègent contre les UV ;
  • chauffent légèrement les tissus en absorbant certaines longueurs d’onde, ce qui aide face aux gelées tardives.

Le liège

Le liège est aussi lié à cette chimie : il participe à l’imperméabilité des tissus et repose sur des polymères végétaux apparentés à cette grande chimie tannique.

Les feuilles d’automne

L’automne est un autre exemple majeur. La plante récupère depuis ses feuilles tout ce qu’elle peut avant leur chute. Ce qu’elle ne peut pas reprendre est lié à des tanins, formant des composés bruns difficiles à dégrader.

Cela produit en quelque sorte un engrais à libération lente :

  • les éléments minéraux restent sur place ;
  • ils ne sont pas lessivés facilement ;
  • ils seront relargués progressivement dans le sol, notamment au moment où la plante en aura de nouveau besoin.

Les relations avec les plantes voisines

Certaines plantes utilisent aussi des composés tanniques pour modifier leur environnement. Marc-André Sélosse cite notamment :

  • le noyer, avec le juglon ;
  • la reine-des-prés, avec l’acide salicylique.

Ces substances peuvent rendre le sol moins favorable à d’autres espèces. Là encore, l’immobilité de la plante s’accompagne d’une capacité à construire son milieu.

La plante construit sa niche

Marc-André Sélosse insiste sur ce point : parce qu’elle ne se déplace pas, la plante modifie durablement le lieu où elle vit. Elle construit sa niche écologique.

Cela se voit :

  • dans les substances qu’elle laisse tomber au sol ;
  • dans les molécules qu’elle émet ;
  • dans la façon dont elle organise les flux de nutriments autour d’elle.

Cette capacité à construire localement son propre environnement est un trait majeur du végétal.

La vigne, le stress et les tanins

L’entretien évoque ensuite la vigne. Marc-André Sélosse rappelle que la vigne est à l’origine une liane forestière, notamment des bordures méditerranéennes.

Quand on la cultive :

  • taillée ;
  • exposée en plein soleil ;
  • sur des sols secs ;

on la place dans des conditions de stress. Or, la vigne répond à ces stress en accumulant des tanins.

Ces tanins jouent alors un rôle de protection contre :

  • l’excès de lumière ;
  • les radicaux libres ;
  • le stress hydrique.

C’est ce qui relie aussi la vigne et le thé : dans les deux cas, on valorise en boisson des molécules produites par les plantes pour faire face à des conditions écologiques contraignantes.

Marc-André Sélosse distingue alors :

  • la maturité sucrée ;
  • la maturité tannique.

Il note que le changement climatique tend à désynchroniser ces deux maturités, ce qui pose des problèmes très concrets pour la viticulture et remet sur la table la question des cépages adaptés.

La cellule végétale : une autre organisation du vivant

Marc-André Sélosse revient ensuite à la structure cellulaire des plantes.

La paroi et la grande vacuole

La cellule végétale se distingue notamment par :

  • une paroi rigide ;
  • une grande vacuole ;
  • la présence de chloroplastes.

La vacuole occupe une très grande partie du volume cellulaire. Elle sert notamment à stocker :

  • déchets ;
  • toxines ;
  • tanins.

Cela contribue à faire des cellules végétales des cellules souvent plus grandes que les cellules animales.

Les plasmodesmes et la continuité entre cellules

Un autre trait majeur est l’existence de connexions entre cellules, les plasmodesmes. Les cellules végétales ne sont donc pas complètement isolées les unes des autres. Elles forment une continuité.

Cette organisation a plusieurs conséquences importantes.

La circulation des signaux électriques

Les plantes peuvent transmettre des signaux électriques. Mais cela ne suppose pas l’existence de neurones. Le signal circule grâce à la continuité tissulaire entre cellules.

Marc-André Sélosse en conclut que parler de neurobiologie végétale est trompeur :

  • les plantes n’ont pas de neurones ;
  • elles n’en ont pas besoin pour transmettre un signal ;
  • le mécanisme repose sur leur organisation propre.

Là encore, employer un mot emprunté à l’animal masque la réalité végétale.

Les virus végétaux

Les virus végétaux passent souvent :

  • par une blessure ;
  • ou par une piqûre d’insecte.

Ensuite, ils circulent de cellule en cellule via les connexions entre cellules. Ce mode de propagation est très particulier au végétal.

Marc-André Sélosse insiste sur le fait que cela limite fortement le risque que les plantes soient une source directe de maladies humaines comparables aux grandes zoonoses. Il rappelle que les grandes pandémies virales humaines viennent surtout d’animaux, pas de plantes.

Le végétal en ville

À partir de là, la discussion aborde la place des plantes en ville.

Marc-André Sélosse se montre critique envers des discours qui laisseraient entendre qu’il faudrait limiter la biodiversité urbaine pour des raisons sanitaires. Selon lui :

  • les parasites des plantes sont en général très spécifiques ;
  • les risques pour l’humain sont faibles ;
  • la présence du végétal en ville est au contraire précieuse.

Il met en avant plusieurs fonctions du végétal urbain :

  • apaisement ;
  • amélioration du cadre de vie ;
  • reconnexion des citadins avec le vivant ;
  • réapprentissage de la nature.

Pour lui, il est important de redonner une présence visible au végétal dans l’espace urbain.

Retrouver le lien avec la nature

La discussion élargit ensuite la perspective : il ne s’agit pas seulement d’être une « société arboricole », mais une société qui retrouve un lien réaliste avec la nature.

Marc-André Sélosse souligne que nos crises écologiques et sanitaires révèlent une coupure profonde avec la logique propre des écosystèmes. Recréer ce lien passe selon lui par :

  • l’éducation ;
  • l’observation ;
  • les sciences naturalistes ;
  • la vulgarisation.

Il insiste sur la nécessité d’apprendre à regarder la nature très tôt, dès l’école, et de mieux former à cette lecture du monde vivant.

Botanique, alimentation et agriculture

Remettre la plante au cœur de plusieurs enseignements

Interrogé sur l’enseignement de la botanique, Marc-André Sélosse estime qu’il ne faut pas seulement défendre la botanique pour elle-même, mais aussi l’inscrire au cœur de sujets qui parlent davantage immédiatement aux citoyens :

  • écologie ;
  • alimentation ;
  • nutrition ;
  • santé ;
  • agronomie.

Il cite notamment l’exemple du programme de seconde, dans lequel la production alimentaire devait permettre de reconnecter les élèves au vivant.

Voir d’où vient la nourriture

Il raconte une anecdote frappante : lors d’une sortie scolaire dans une ferme, un enfant a été terrifié en voyant une vache de taille normale, tant son éloignement du monde agricole était grand.

Pour lui, cela montre l’ampleur de la déconnexion entre une partie de la population et les réalités du vivant, de l’élevage, de l’agriculture et de l’alimentation.

Santé humaine et santé des écosystèmes

Marc-André Sélosse souligne que les questions alimentaires ouvrent très vite sur deux dimensions :

  • la qualité de l’aliment pour la santé humaine ;
  • les conditions écologiques de sa production.

Par exemple :

  • la présence éventuelle de résidus de pesticides ;
  • la perte de composés protecteurs quand on pèle certains fruits ou légumes ;
  • les impacts environnementaux des pratiques agricoles.

Il insiste sur le fait qu’il existe souvent un alignement entre :

  • santé des écosystèmes ;
  • santé humaine.

Les enfants et les arbres

L’échange accueille également une présentation de l’association Des enfants et des arbres, qui vise à faire participer des élèves à des plantations d’arbres chez des agriculteurs.

Le projet repose sur plusieurs idées :

  • faire entrer concrètement l’arbre dans le parcours scolaire ;
  • reconnecter les enfants à l’agriculture et au vivant ;
  • soutenir l’agroforesterie ;
  • inscrire ce geste dans une dynamique collective et territoriale.

L’objectif n’est pas simplement de planter, mais de :

  • planter au bon endroit ;
  • avec les bonnes personnes ;
  • dans de bonnes conditions ;
  • avec un suivi garantissant la reprise.

Marc-André Sélosse voit dans ce type de démarche un point d’entrée important, à condition qu’il s’accompagne d’un véritable travail de transmission de sens.

L’écologie comme source de solutions

Marc-André Sélosse insiste fortement sur un point : l’écologie ne doit pas être présentée seulement comme un catalogue de contraintes, d’interdictions ou de taxes.

Elle est aussi porteuse de solutions positives et concrètes.

Il prend plusieurs exemples :

  • l’agroforesterie peut augmenter la production globale de biomasse ;
  • le retour de [[matière organique]] dans les sols améliore leur structure ;
  • des sols plus riches en carbone retiennent mieux l’eau ;
  • cela réduit la sensibilité à l’érosion.

Pour lui, cette dimension constructive de l’écologie est insuffisamment visible dans le débat public.

Le rôle de la vulgarisation

Marc-André Sélosse insiste enfin sur la responsabilité des scientifiques, mais aussi sur leurs limites. Les scientifiques n’ont pas « tout compris » et ne suffiront pas à eux seuls.

Il appelle à une véritable vulgarisation, qu’il définit non comme la simple répétition d’un savoir, mais comme un travail d’empathie :

  • partir du point où se trouve l’autre ;
  • comprendre ses catégories ;
  • l’accompagner vers une autre vision.

Selon lui, c’est là que certaines narrations échouent : quand elles utilisent des mots comme intelligence ou entraide sans faire faire au public le déplacement nécessaire, elles entretiennent un malentendu au lieu d’ouvrir une compréhension.

L’heuristique de la plantalité

Dans la dernière partie, Marc-André Sélosse développe une idée forte : regarder les plantes comme des plantes a été historiquement très fécond pour la biologie.

Il rappelle plusieurs grandes découvertes faites à partir d’organismes végétaux :

  • la cellule, décrite par Robert Hooke à partir du liège ;
  • les lois de l’hérédité, établies par Mendel sur les pois ;
  • la fécondation des organismes complexes, étudiée sur les algues ;
  • la notion de mutation, travaillée chez les plantes ;
  • les transposons, découverts par Barbara McClintock sur le maïs.

Il en tire l’idée qu’il existe une véritable heuristique de la plantalité : le fait de regarder un organisme très différent de nous oblige à sortir de nos évidences, et cela ouvre des voies de découverte majeures.

Conclusion

L’échange se conclut sur une idée centrale : pour mieux habiter le monde vivant, il faut apprendre à voir les plantes dans leur altérité.

Les plantes ne sont pas des humains immobiles, intelligents à leur manière, sensibles comme nous ou dotés d’un équivalent de cerveau. Elles sont autre chose :

  • des êtres autotrophes ;
  • immobiles ;
  • modulaires ;
  • chimiquement très riches ;
  • capables de construire leur milieu ;
  • organisés selon une logique propre.

Pour Marc-André Sélosse, c’est en comprenant cette spécificité — cette plantalité — que l’on pourra mieux penser :

  • l’agriculture ;
  • les sols ;
  • les écosystèmes ;
  • l’éducation ;
  • la place du végétal dans nos sociétés.

Loin de diminuer les plantes, cette approche leur rend au contraire toute leur profondeur.