RIAV - Alain Canet
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Présentation d’Alain Canet
Alain Canet se présente comme directeur d’Arbre et paysage 32. Il indique être membre de la cellule agronomique nationale « Sols fertiles et vivants » et être également mandaté, dans le cadre d’une lecture du vivant, pour travailler sur les questions d’agroforesterie et d’arbres champêtres en général.
Il situe son propos dans une vision de l’agriculture de demain fondée sur une « lecture du vivant », c’est-à-dire une agriculture qui travaille « avec » et non « contre » les mécanismes naturels.
Une agriculture du vivant plutôt qu’une agriculture de lutte
Selon Alain Canet, l’agriculture de demain ne doit plus être une agriculture de lutte. Elle s’inscrit plus largement dans l’agroécologie. Il précise que toutes les agricultures ont besoin de cette approche, qu’elles soient biologiques ou conventionnelles, et quelle que soit la taille des exploitations : grandes, petites ou moyennes.
Cette agriculture repose sur plusieurs principes simples :
- couvrir les sols ;
- nourrir les sols ;
- protéger les sols ;
- couvrir horizontalement avec des couverts végétaux ;
- couvrir verticalement avec des arbres.
L’idée centrale est de ne jamais laisser le sol nu, et d’organiser les systèmes de culture pour capter au maximum l’énergie solaire.
Définition de l’agroécologie
Alain Canet propose une définition très simple de l’agroécologie. Pour lui, il ne faut pas qu’un centimètre de sol soit touché directement par le rayonnement solaire. Le sol doit être protégé, mais aussi nourri, et nourri avec de la matière fraîche.
Cela implique :
- de couvrir et de protéger les sols ;
- de mettre en place des intercultures ;
- de pratiquer des doubles cultures ;
- de planter des arbres, ou de laisser pousser des arbres, autour et au milieu des parcelles.
Cette logique vise à capter toute l’énergie solaire disponible. Alain Canet explique que ce fonctionnement s’inspire du modèle de la forêt : on couvre, on protège, on produit, et l’ensemble fonctionne de manière cohérente.
Le modèle de la forêt comme référence
Le modèle forestier constitue, dans son discours, une référence agronomique. La forêt est présentée comme un système capable à la fois de protéger le sol et de produire durablement. Dans ce système, le sol n’est jamais laissé à nu et reçoit en permanence des apports organiques.
L’agriculture du vivant cherche ainsi à reproduire ces mécanismes :
- protection permanente du sol ;
- alimentation continue de la vie du sol ;
- valorisation de l’énergie solaire ;
- présence de strates végétales horizontales et verticales.
La présence des arbres dans les parcelles ou à leurs abords fait donc pleinement partie de cette logique agroécologique.
Qu’est-ce qu’un sol vivant ?
Alain Canet décrit le sol vivant de manière très concrète. Un sol vivant est :
- un sol qui respire ;
- un sol qui transpire ;
- un sol qui mange ;
- un sol qui recycle.
Il insiste sur le fait que le sol doit recevoir du carbone, qu’il présente comme « le chef d’orchestre de la fertilité ». Si le cycle du carbone est respecté, alors les autres grands cycles suivent : le cycle de l’azote, du phosphore et de l’eau.
Le bon fonctionnement du sol dépend donc d’une alimentation régulière en matière organique fraîche, permettant de maintenir une intense activité biologique et des capacités de recyclage.
Le rôle central du carbone et de la matière fraîche
Dans cette vision, la fertilité du sol repose d’abord sur l’apport de carbone. Le sol est comparé à un estomac, ou à une entité de recyclage, qui a besoin de nourriture fraîche chaque jour.
Alain Canet prend l’exemple de la forêt, où tombent continuellement :
- des feuilles ;
- des branches ;
- des bourgeons.
En agriculture, il rappelle que l’on peut laisser la paille après la récolte du grain. Plus on laisse de matière organique au sol, plus le sol est nourri et donc fertile. Cette matière alimente toute la chaîne du vivant du sol.
Les organismes du sol et le recyclage de la matière
Le sol vivant mobilise de nombreux organismes. Alain Canet cite notamment :
- les vers de terre ;
- les micro-organismes ;
- les bactéries ;
- les champignons.
Tous ces organismes participent au recyclage de la matière organique et à sa remise à disposition pour la culture suivante. Le sol est ainsi vu comme un système dynamique, capable de transformer les résidus végétaux en fertilité utile pour les productions agricoles.
Des plantes en bonne santé et des produits de meilleure qualité
Pour Alain Canet, « sol vivant » signifie aussi « plantes en bonne santé ». Lorsque les plantes poussent sur des sols vivants, elles n’ont pas besoin de « perfusion » ni de « réparation ». Elles se développent dans de meilleures conditions et donnent des produits mieux remplis et plus riches en éléments nutritifs.
Il cite plusieurs exemples de productions concernées :
L’idée défendue est qu’une production issue de sols vivants améliore la qualité de l’assiette.
Une agriculture bénéfique pour l’assiette, le climat et les paysages
Alain Canet associe l’agroécologie à de multiples bénéfices. Une assiette issue de sols vivants est présentée comme une assiette qui :
- stocke du carbone ;
- produit de la biodiversité ;
- préserve les paysages ;
- améliore et structure correctement le revenu de l’agriculteur.
À ses yeux, le lien est direct entre la santé du sol, la qualité des aliments, la qualité des paysages et la santé humaine. Un sol en bonne santé contribue à produire un être humain en bonne santé.
Il conclut cette partie en appelant à faire vivre les gammes de produits agroécologiques et à développer une véritable agriculture du vivant.
Changer d’échelle
Pour Alain Canet, l’enjeu principal est désormais de changer d’échelle. Il estime que les échanges et les rencontres montrent déjà clairement qu’il est possible de passer à autre chose que les systèmes qui ne fonctionnent pas, et que l’on voit de mieux en mieux ce qui pourra fonctionner à l’avenir.
Changer d’échelle signifie :
- coopérer ;
- discuter ;
- amplifier les démarches existantes.
Il souligne également l’importance fondamentale de la présence de ces produits dans les assiettes.
Se former et échanger pour déclencher le changement
Le développement de cette agriculture suppose de se former. Pour Alain Canet, se former, c’est aussi s’informer et prendre le temps de descendre des machines pour aller discuter avec les autres.
Il reconnaît que cette agriculture est un peu plus complexe, mais il insiste sur le fait que, dès lors qu’un agriculteur a eu le « déclencheur », il voit ensuite très vite les possibilités de progrès. Il cite en particulier les exemples de la viticulture et du maraîchage, où ces dynamiques sont déjà visibles.
Cette agriculture est présentée comme une agriculture du progrès, dans laquelle chaque jour permet d’améliorer son capital sol.
Une agriculture de la proposition et du progrès
Alain Canet oppose cette agriculture à une agriculture fondée sur des règles, des chartes, des cahiers des charges, des cahiers d’engagement et des contraintes. À l’inverse, il la décrit comme une agriculture de la proposition.
Dans les réseaux auxquels il participe, il affirme ne pas voir d’agriculteurs souhaitant s’arrêter ou revenir en arrière une fois engagés dans ces techniques du végétal. Une fois lancés, les agriculteurs n’ont qu’une envie : progresser.
Le rôle des journées techniques et des rencontres
Pour permettre le passage à l’action, il juge indispensable de multiplier :
- les journées techniques ;
- les journées de formation ;
- les conférences ;
- les colloques ;
- les rencontres comme celle au cours de laquelle il s’exprime.
Ces temps d’échange doivent permettre de créer le déclic chez les agriculteurs, afin qu’ils se disent que c’est le bon moment pour y aller, que la société l’attend, et qu’ils sont prêts.
Conclusion
Le message final d’Alain Canet est résolument positif. Pour lui, il n’y a pas de perdants dans cette transition vers l’agroécologie et l’agriculture du vivant. À partir du moment où l’on protège les sols, où on les nourrit, où l’on s’appuie sur le végétal et sur les arbres, on entre dans une dynamique de progrès bénéfique à la fois pour les agriculteurs, pour les paysages, pour la biodiversité, pour l’alimentation et pour la société dans son ensemble.