Remplacer le glyphosate Retour d'essais chez Noël Deneuville - Journée Séguy 2024
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A l'occasion de la journée technique Lucien Séguy en septembre 2024, on se rend sur la ferme de Noël Deneuville qui pratique le semis direct depuis 30 ans. On fait le tour de ses essais de produits pour remplacer le glyphosate, et il nous montre l'outil qu'il a conçu pour aider au désherbage des adventices.
Tournage financé dans le cadre du projet SOL Couvert financé par l'OFB / ECOPHYTO II+
Remplacer le glyphosate : retour d’essais chez Noël Deneuville - Journée Séguy 2024
Dans le cadre de la Journée Séguy 2024, Noël Deneuville présente ses travaux de recherche visant à se passer du glyphosate en agriculture. L’objectif est de tester des méthodes alternatives pour gérer la concurrence des adventices dans les cultures de printemps, tout en maintenant le principe de l’agriculture de conservation des sols (ACS).
Le principe du frottement mécanique et de la pulvérisation ciblée
Le concept testé par Noël Deneuville repose sur un appareil capable de “frictionner” la peau des plantes (la cuticule) pour la gratter et l’endommager. Ce procédé est couplé à une pulvérisation immédiate, réalisée dans un tunnel, afin d’optimiser l’absorption de produits par la plante.
L’idée est de pouvoir intervenir dans l’interligne des cultures de printemps (maïs, tournesol, soja). Au lieu d’une lame de 3 mètres, l’utilisation de segments de 35 ou 40 cm permet de passer entre les rangs et de “ratatiner” les plantes concurrentes au stade du binage. Cela permet de bloquer leur développement le temps que la culture principale prenne le dessus.
Comparaison des solutions testées
Noël Deneuville a expérimenté plusieurs solutions pour remplacer le glyphosate :
- Acide phosphorique : Produit bio dilué à 10 % dans 90 % d’eau. Il présente un coût attractif et une certaine efficacité.
- Acide pélargonique (Beloukha) : Une autre forme d’acide, efficace mais jugée très coûteuse, ce qui limite son intérêt économique pour l’agriculteur.
- Urine (produit Topi) : Des essais ont été menés avec de l’urine enrichie en acide pour bloquer la fermentation et les odeurs. Bien que l’urine contienne des éléments nutritifs, les résultats observés n’ont pas été à la hauteur des attentes en termes d’agressivité sur les adventices, laissant envisager une nécessité d’ajuster les dosages.
- Engrais liquide : C’est la solution qui semble la plus prometteuse aux yeux de Noël Deneuville. Testée en mélange à 50 % avec de l’eau, elle agit comme une “formule gagnante”. Au-delà de l’aspect désherbant, il s’agit d’un apport fertilisant. L’agriculteur envisage d’explorer d’autres formules, pourquoi pas à base de lisier, pour optimiser cette technique.
Une approche systémique en agriculture de conservation
Cette démarche s’inscrit dans une logique de préservation du couvert végétal et du système racinaire tout au long de l’année. L’objectif est de ne plus avoir à semer des couverts à chaque interculture, mais de gérer des “plantes de service” déjà présentes.
Noël Deneuville souligne que, contrairement au glyphosate qui contient des décapants chimiques pour favoriser l’absorption, son système mécanique vise à réaliser ce “décapage” physiquement via des barres de batteur modifiées, permettant ainsi d’utiliser des produits moins agressifs ou des solutions nutritives.
Perspectives et limites
Les essais, encore au stade expérimental et bricolés “à la va-vite”, montrent des résultats encourageants, notamment avec l’engrais liquide. Noël Deneuville précise que les conditions météorologiques (température, hygrométrie) jouent un rôle crucial dans l’efficacité des traitements.
Le défi majeur reste la gestion des plantes sur le rang lui-même. Inspiré par des pratiques observées en Argentine, où l’utilisation de variétés OGM permet une gestion différente (maïs associé au soja), Noël Deneuville cherche des alternatives viables pour nos conditions, comme l’utilisation de trèfles nains ou d’autres plantes de service, afin de transformer la concurrence en une synergie positive pour la culture principale.