
Le soja, nommé soya au Canada (Glycine max (L.) Merr.), est une espèce de plante annuelle de la famille des légumineuses (Fabaceae), originaire d'Asie orientale. Elle offre de nombreux avantages agronomiques et alimentaires, qu’elle soit destinée à la multiplication ou à la consommation.
Le soja cultivé Glycine max a accumulé une diversité génétique prodigieuse depuis sa domestication. Il en existe de nombreuses variétés, se différenciant notamment par le port, la couleur des graines, la période de floraison. Les fruits sont des gousses velues, contenant en général 2 à 4 graines, comestibles après trempage et cuisson. Il n'est pas considéré comme un légume sec, mais comme un oléagineux par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Le soja constitue une ressource économique importante depuis au moins 5 000 ans. Cultivé pour ses graines naturellement riches en protéine et en huile, en Asie orientale, il est utilisé dans l’alimentation humaine depuis des millénaires mais était resté quasiment inconnu ailleurs. À partir de la fin du XXe siècle, son introduction dans l’alimentation animale va provoquer un essor phénoménal de sa culture. Entre 1968 et 2017, la production mondiale de graines de soja a crû de 751 %.
Les utilisations alimentaires traditionnelles de soja non fermenté incluent le tofu et le lait de soja et les formes fermentées comprennent entre autres la sauce de soja, le nattō et le tempeh. L'huile de soja est utilisée dans de nombreuses applications industrielles (comme le biogazole). Elle est devenue la deuxième huile végétale consommée dans le monde derrière l’huile de palme.
Les trois-quarts de la production mondiale de graines de soja servent à faire des tourteaux de soja, utilisés dans l’alimentation animale. La Chine est le principal utilisateur de tourteaux de soja (avec 74 millions de tonnes), suivie loin derrière par les États-Unis et l’Union européenne (resp. 31 Mt et 30 Mt). Pour répondre à l’augmentation de la demande, les producteurs de soja sud-américains ont converti 24 millions d’hectares de la forêt amazonienne et de savanes et prairies du Cerrado, du Chaco et du Pantanal en terres agricoles, entre 2000 et 2010.
Les principaux producteurs de soja sont les États-Unis, le Brésil, l'Argentine, la Chine et l'Inde. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis dominent le marché mais sont peu à peu rattrapés par le Brésil. Entre 1968 à 2017, la production mondiale de graines de soja était multipliée par 8,51 alors que dans le même temps la production sudaméricaine de soja était multipliée par 228, grâce à de meilleurs rendements et à une multiplication par 71 des surfaces cultivées en soja. Durant cette même période, la production mondiale de viande de volaille a crû de 888 % et celle de porc de 248 %. Le revers de ce prodigieux essor économique est la destruction de millions d’hectares d’écosystèmes naturels et la pollution des sols et des nappes phréatiques par les herbicides à base de glyphosate.()
Le soja constitue l’une des premières sources d’apport en protéines dans l’alimentation animale. Il est très largement utilisé sous forme de tourteaux pour les productions porcine, avicole et bovine. Aujourd’hui, son utilisation massive est discutée en raison de son fort impact écologique, lié à son importation depuis les pays d’Amérique du Sud. Cependant, le tourteau de soja reste l’un des coproduits les plus adaptés au rééquilibrage des rations. Pouvons-nous, dès lors, développer sa production en France ?
Atouts et intérêts généraux
Intérêts économiques
| Prix de vente | Le prix de vente est plutôt fluctuant autour de 400 à 600 €/t (650 à 800 €/t en bio) |
| Intrants | La culture de soja nécessite peu d’intrant généralement : un désherbage et des apports en engrais généralement assez réduit (apport de 30 à 60 uP2O5 et K2O). |
| Charges opérationnelles | Entre 400 à 550 €/ha en conduite pluviale
Entre 950 à 1100 €/ha en conduite irriguée Les coûts de production sont donc relativement faibles. |
| Rendement moyen par régions | 30 à 35 q/ha dans l’Ouest (Poitou-Charente)
25 à 37 q/ha dans les régions Sud 25 à 45 q/ha dans les régions Est |
| Marges brute + aide couplée | Entre 700 € et 1 200 €/ha
Entre 660 à 730 €/ha pour la bio |
Intérêts agronomiques
Le fait que le soja soit une fabacée lui donne la capacité de fixer l’azote de l’air et de le rendre utilisable par les plantes. Son implantation peu donc permettre une réduction des apports d’azote sur la culture suivante[1].
Intérêts techniques
Facilité de récolte : la récolte est relativement facile et ne nécessite pas de matériel spécifique, il faut juste que le terrain soit bien nivelé, mais aussi que le soja ne soit pas renversé par les aléas climatiques
Compatibilité matérielle : Il n’y a pas d’investissement particulier pour cultiver le soja, du matériel de céréalier suffit (semoir céréale ou semoir monograine à écartement 45cm).
Étapes de la croissance du soja et son importance
Stade végétatif (VE-V12)
C’est un stade essentiel pour un bon démarrage de la culture, il est essentiel d’assurer une nutrition adéquate et de bien gérer les mauvaises herbes pour limiter les concurrences au maximum.
Stade de reproduction (R1-R4)
Cette étape marque la transition de la croissance végétative à la croissance reproductive, où la plante commence à produire des fleurs et finalement des gousses. La floraison est un événement crucial, car une pollinisation réussie est nécessaire à la formation des gousses.
Une humidité adéquate et une température optimale (>10°C) jouent un rôle essentiel pour assurer le succès de la pollinisation et du développement des gousses.
Stade de développement (R4-R5)
Une fois la pollinisation effectuée, la plante de soja commence le processus de développement des gousses. Les gousses se remplissent progressivement de graines et la plante redirige son énergie vers la formation et la maturation des graines. Au cours de cette étape, une irrigation, une lutte antiparasitaire et une gestion des éléments nutritifs appropriées sont importantes pour favoriser un développement efficace des osivoces.
Stade de développement de la graine (R6-R8)
La plante de soja donne la priorité à la maturation des graines au cours de cette étape, où les graines accumulent de l'huile, des protéines et d'autres nutriments essentiels. Il est donc essentiel de ne pas avoir de carence ou de ravageurs pendant cette étape.
Itinéraire conventionnel[2]
Désherbage mécanique[3]
Herse étrille
| Stade du soja | Post-semis/ Pré-levée | Post-semis germé | Crosse | Cotylédon | 1ère feuille unifoliée | 1ère feuille trifoliée | Hauteur 10 à 20 cm | Hauteur 20 à 50 cm |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Stade des adventices | Stade germination | Fortement déconseillé | Entre le stage germination et 2-3 feuilles | Fortement déconseillé | ||||
| Vitesse d’avancement | 8 - 12 km/h | 2 km/h | 3 km/h | 4-5 km/h | 6-7 km/h | |||
| Agressivité des dents | Moyenne à forte | Moyenne | Faible | Faible à moyenne | Moyenne | Forte | ||
| Perte pour la culture | Nulle | Nulle à moyenne | Forte | Moyenne | Faible | Assez faible | Nulle | Forte |
Houe rotative
| Stade du soja | Post-semis/ Pré-levée | Post-semis germé | Crosse | Cotylédon | 1ère feuille unifoliée | 1ère feuille trifoliée | Hauteur 10 à 20 cm | Hauteur 20 à 50 cm |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Stade des adventices | Stade germination | Stade germination, cotylédon, 1-2 feuilles | Inadapté | |||||
| Vitesse d’avancement | 15 à 20 km/h | <10 km/h | 10 km/h max | 12-15 km/h | 15-20 km/h | |||
| Perte pour la culture | Nulle | Nulle | Moyenne à forte | Moyenne à faible | Très faible | Nulle | Nulle | |
Bineuse
| Stade du soja | Post-semis/ Pré-levée | Post-semis germé | Crosse | Cotylédon | 1ère feuille unifoliée | 1ère feuille trifoliée | Hauteur 10 à 20 cm | Hauteur 20 à 50 cm | Hauteur 50 à 70cm |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Stade des adventices | Déconseillé | Stade filament à 3-4 feuilles | |||||||
| Vitesse d’avancement | 3 km/h | 5 km/h | 6 km/h | 7-8 km/h | 8-10 km/h | ||||
| Perte pour la culture | Forte | Nulle si protège-plants | Nulle | Effet buttage apprécié | |||||
Choix de la parcelle et place dans la rotation
La priorité reste la disponibilité en eau surtout de la floraison à la maturation des graines. Dans la moitié Nord-Est de la France la culture peut être adaptée à la conduite pluviale (sous réserve d’une pluviométrie estivale suffisante). Cependant dans le reste de la France le recours à l’irrigation est presque indispensable.
La seconde attention à faire est d’implanter du soja sur des parcelles propres avec le moins de risque d’enherbement en flore printanière. Un retour maximum tous les 2 ans du soja[4].
Privilégier les sols qui se réchauffent rapidement et évitez les sols trop calcaires (>10% de calcaire actif) pouvant nuire au fonctionnement des nodosités et conduire à une faible productivité.
Mise en place
Préparation du sol
Préparez un lit de semences fin (hors sols battants) et niveler pour éviter les pertes de gousses basses lors de la récolte. Privilégiez la combinaison d’outils à dents moyennement profondes (vibroculteur, herse,...) tout en limitant le nombre de passages.
Dates de semis
Du 10 avril au 31 mai celons la région, la température est la précocité
Profondeur de semis
Il est recommandé de semer à 2 cm en semis précoce et 3 à 4 cm en semis plus tardif et une vitesse de 6 km/h maximum
Densité de semis
La densité de semis sera évaluée au regard du groupe de précocité de la variété, des pertes attendues, et des risques de stress hydrique. Mais elle est généralement comprise entre 50 à 65 graines/m2.
Matériel de semis
Semez sur un sol réchauffé (>10°c) avec un semoir à monograine
Qualité des semences
Utiliser des semences indemnes en maladies, de préférence certifiées, si la semence est fermière elle doit au minimum être trié.
Gestion des maladies
Le soja est une culture peu sujet au maladies à l’exception de la sclérotinia. Cependant nous pouvons retrouver :
Rhizoctonia
Provoque des dessèchements par foyer. Pour limiter le risque, évitez les précédents maïs et betterave si la maladie est présente sur les parcelles et surtout limiter les risques d’asphyxie des racines avec un travail de drainage du sol[2].
Mildiou
Fréquent mais sans incident mesurable sur le rendement.
Diaporthe
Attaque en stade de végétation mais avec l’utilisation de semences certifiées les attaques sont rares.
Gestion des ravageurs
En conduite pluviale la gestion des ravageurs peut être à ce jour un frein dans certains bassins comme le Sud-Ouest.
Mouche du semis
Les atttaques sont plus fréquentes et potentiellement plus graves que celles occasionnées par les limaces. La stade de risque est lors de la germination et cotylédons sinon passé ces stades aucun risque. Pour limiter le risque limiter la présence de résidus organiques en surfaces et semer dans un sol réchauffé (>10°C). Aucun produit de traitement est autorisés.
Vanesse
Les larves de vanesse dévorent les tissus foliaires et entraîne une dégradation poussée du feuillage, cependant les attaques sont le souvent sans gravité.
Pyrale des haricots
Les larves de pyrale des haricots consomment les graines encore vertes dans les gousses. La perte de rendement est estimée à 1,5 q/ha. Aucune stratégies de lutte est efficace, sur les parcelles où des attaques de pyrales ont été observées, il est conseillé de déchaumer derrière le soja pour tuer les cocons de pyrale.
Héliotis
Cette chenille polyphage pond dans la gousse en formation à la place des graines. De fortes attaques en 2024 sinon aucune présence par le passé, risque difficiles à prévoir mais des pièges à phéromones sont mis en place et à retrouver dans les BSV régionale.
Punaise verte
Certaines années avec de fortes attaques de punaise les pertes de rendement peuvent atteindre 5 q/ha. Pour la surveillance 1 fois par semaines de mi-juillet à mi-aout (à partir dès premières graines vertes dans les gousses), observer 6 à 8 placettes de quelques m2 dans la parcelles et si présence de punaise sur ¼ voir plus des placettes une intervention se justifie. Une seule substance active est autorisée, la lambda-cyhalothrine (ex : Sentinel Pro, Karaibe Pro, Lambdastar à 0,075 l/ha)
Association du soja
Pourquoi associer le soja ?
- Réduire les adventices grâce à un couvert plus dense.
- Améliorer la fertilité de la culture associé : le soja fixe l’azote, ce qui profite à son partenaire.
- Limiter les ravageurs par la diversité végétale.
- Optimiser l’espace : certaines plantes occupent mieux le sol ou la lumière.
Les meilleures associations avec le soja
1. Céréales (maïs, sorgho)
C’est une association très courante en Afrique, Amérique du Sud et Asie. Le maïs sert de tuteur naturel pour certaines variétés de soja grimpant. Le soja enrichit le sol en azote, ce qui profite à la céréale. Très peu répandu en France mais des essais ont lieu à suivre dans les prochaines années.
2. Couverts végétaux (graminées + légumineuses)
Des essais réaliser en 2016 et 2023 avec le projet W-SoLent de Terre Inovia et les Chambre d’Agriculutre des Pays de la Loire, Bretagne et Nouvelle-Aquitaine on permit de montrer la faisabilité pour les systèmes bio pour la gestion des adventives en associant le soja avec avoine, seigle, vesce, trèfle, cameline, sarrasin,... Avec peu de résultat final sur la meilleure association. Mais des effets sur la concurrence aux adventices.
3. Tournesol
C’est une association possible mais demande une bonne gestion de l’espacement. Le tournesol crée un microclimat favorable et limite certaines mauvaises herbes.
⚠️ Associations à éviter
Les autres légumineuses sensibles aux mêmes maladies (haricot, pois) si le risque sanitaire est élevé et les cultures très couvrantes qui étoufferaient le soja (certaines cucurbitacées).
Débouchés et Valorisation
Alimentation animale
En France, près de 80 % des surfaces de soja sont destinées à l’alimentation animale. Excellente source de protéines pour les ruminants, les porcs et les volailles, le soja constitue un aliment essentiel dans les systèmes d’élevage. Il est majoritairement utilisé sous forme de tourteau, en raison de sa meilleure conservation, de coûts logistiques maîtrisés, mais aussi d’une digestibilité élevée et d’une teneur en protéines adaptée aux besoins des animaux.
En effet le soja non déshuilé peut-être défaunant pour le rumen de certains animaux, mais aussi moins intéressant d’un point de vue protéique
Alimentation humaine
Un marché en croissance en France et en Europe notamment avec les soyfoods (boissons à base de soja ou plats cuisinés, yaourts, glaces,…). Également de plus en plus utilisé pour remplacer les protéines animales. Cela représente 20% des surfaces conventionnelles françaises et deux tiers des surfaces biologiques. Pour le moment cela reste un marché minoritaire par rapport à la consommation animal.
Semences
Pour la production de soja semence, les graines doivent être parfaitement sèches avant stockage. Taux d’humidité recommandé : ≤ 12 % pour un stockage de plusieurs mois. Les graines peuvent être sécher soit à l’air libre dans un endroit ventilé, ou au séchoir à basse température. Le soja doit-être stocké dans un endroit frais et sec idéalement entre 5 et 15°c, mais aussi sombre et avec une bonne ventilation (risque de charançons, bruches ou encore acariens en cas d’humidité).
Une vigilance particulière doit-être faites à l’apparition d’insectes dans les graines qui sont très sensible.
Export
Les règles pour l’export sont les normes mondiales
Graines propres : absence d’impuretés, de poussières, de graines cassées.
Teneur en protéines et huile conforme aux standards du marché (souvent vérifiée par analyse) soit >35/38% MS de protéines et >18 à 22 % MS pour l’huile.
Absence d’OGM si l’export vise des pays exigeant du non‑OGM (UE, certains marchés premium).
Evaluation variétale
Terres Inovia a réalisé une synthèse variétale sur le soja en 2021 au niveau national, retrouvez cette synthèse ici.
Annexes
- ↑ Universalis, Encyclopédie. « SOJA | Techniques ». Encyclopædia Universalis , https://www.universalis.fr/encyclopedie/soja/.
- ↑ 2,0 et 2,1 Soja | Terres Inovia . https://www.terresinovia.fr/fr/informations-techniques/soja.
- ↑ ITAB. 2012. Désherber mécaniquement les grandes cultures. [24/11/2025]. https://www.arvalis.fr/sites/default/files/imported_files/___dm9161013621239585584.pdf
- ↑ Le soja dans la rotation culturelle | Terres Inovia . https://www.terresinovia.fr/fr/informations-techniques/soja/le-soja-dans-la-rotation-culturale.