Retour du loup : l'élevage en mode protection
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Chiens de protection, filets, clôtures, bergers... Le retour du loup oblige les éleveurs à s'adapter et à prendre des mesures de protection pour prévenir les attaques de loups sur leurs troupeaux de brebis, mais aussi de chèvres et de vaches. Dans les Alpes et dans les Pyrénées, visite de deux élevages ovins, caprins et bovins qui se réinventent au fur et à mesure du retour progressif du loup en France.
Le berger Joseph Boussion (Carnet de Berger) a vécu de nombreuses attaques de loup sur ses troupeaux dans les Alpes. Aujourd'hui, il s'associe à Olivier Maurin de la ferme du Payssas, dans la vallée d'Aspe (Pyrénées), qui se prépare au retour prochain du loup. Dans la vallée de Cœur (Haute-Savoie), Muriel Guillot et Yoann Pissard-Maillet de la ferme des Armaillis ont commencé il y a 10 ans à adapter leurs méthodes à la présence du loup. Ils étaient parmi les premiers à adopter des chiens de protection de race Patou (montagne des Pyrénées).
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En France, c'est le plan national d'actions sur le loup et les activités d'élevage ("Plan Loup") qui fixe le cadre des mesures de protection :
- obligation de protection de la part des éleveurs et des bergers (filets et chiens de protection)
- si la protection ne suffit plus, des tirs de défense (simple et renforcée) encadrés par les préfets et autorisés au cas par cas.
Concernant le prélèvement annuel de loups, Nicolas Hulot, le ministre de l'Ecologie qui a porté le plan Loup, expliquait en 2018 : "Les scientifiques préconisent qu'il ne soit jamais supérieur à 10 à 12% de la population". Le ministre parlait d'un seuil de 500 loups pour assurer la viabilité génétique du loup en France. Toute la déclaration de Nicolas Hulot lors de l'annonce du plan Loup en 2018 est visible ici : https://twitter.com/N_Hulot/status/950367782440525824
En me rapprochant des scientifiques, j’ai constaté que les écologues sont partagés sur la question des prélèvements et du seuil de viabilité génétique du loup. Une grande partie des scientifiques corrobore les déclarations du ministre, mais certains estiment au contraire que les tirs de défense sont contre-productifs, car il favoriseraient la multiplication des meutes par dispersion des individus. Quant à la viabilité génétique du loup en France, certains scientifiques vont jusqu'à affirmer qu’il faudrait 2500 individus pour l'atteindre. Des positions dont les associations Ferus et LPO se font l'écho.
Quoi qu'il en soit, le retour du loup en France est inéluctable. Et plus que d’être pour ou contre le loup, il nous oblige de fait à repenser tout un équilibre complexe, entre usagers de la montagne, éleveurs, bergers, chiens, troupeaux et animaux sauvages. Comme d’habitude, on poursuit la discussion en commentaires.
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0:00 Coup de gueule face à Hugo Clément
0:28 Retour du loup sur le terrain
1:31 Filets de protection loup
4:05 Chiens de protection loup (Patou)
5:54 Stratégie d'attaque du loup
6:55 Rentrer le troupeau la nuit
8:07 Traite sous surveillance loup
9:21 Vigilance loup la nuit
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Retour du loup : l’élevage en mode protection
Face au débat passionné sur la présence du loup, cet article propose une immersion concrète dans le quotidien des éleveurs. Loin des prises de position théoriques, il s’agit de découvrir la réalité du terrain, là où la cohabitation entre le sauvage et le domestique impose des changements radicaux dans les méthodes de travail.
Une nouvelle réalité pastorale
Le loup est revenu en France au début des années 90, après soixante ans d’absence. Pour de nombreuses générations d’éleveurs, c’est une donnée totalement nouvelle qu’il a fallu intégrer. Joseph Boussion, éleveur ayant subi de nombreuses attaques, souligne l’importance de ce changement : il ne s’agit plus seulement d’élever, mais de se protéger en permanence.
Le travail sur l’alpage est devenu une organisation tactique complexe. Le parc de pâturage est divisé en plusieurs zones, avec des rotations quotidiennes pour optimiser la ressource en herbe. Cette gestion demande une logistique exigeante : déplacer les filets de protection sur des terrains escarpés, porter l’eau aux chiens et surveiller constamment les limites du parc.
Le rôle crucial des chiens de protection
Les chiens de protection sont au cœur de la stratégie de défense. Leur présence est imposée par la loi, mais leur gestion demande une expertise réelle. Ils servent de sentinelles : en cas d’approche du prédateur, ce sont eux qui donnent l’alerte. Leur comportement est instinctif et protecteur, et il est conseillé aux promeneurs de rester à distance et d’éviter d’approcher le troupeau pour ne pas perturber leur travail.
La menace invisible
Le loup, quant à lui, est un prédateur opportuniste qui observe le système en place pour identifier la moindre faille. La menace est constante : des observations récentes font état de loups repérés à seulement quelques centaines de mètres des zones de traite. Comme le souligne Joseph Boussion, la vigilance ne s’arrête jamais ; le prédateur attend le moment d’inattention pour passer à l’action.
La vie au rythme du prédateur
La nuit est une période particulièrement éprouvante. Muriel Guillot et Yoann Pissard-Maillet, éleveurs témoins, confient leur quotidien au chalet d’alpage. Lorsqu’ils dorment à proximité, chaque aboiement violent des chiens les alerte sur une menace potentielle. Il n’est pas rare qu’ils soient réveillés plusieurs fois par nuit pour s’assurer que le troupeau est en sécurité.
Cette “protection en mode actif” impose un rythme de vie exténuant, loin de la tranquillité des alpages d’autrefois. Olivier Maurin et les autres éleveurs rencontrés témoignent d’une passion pour leur métier qui les pousse à s’adapter, malgré les difficultés psychologiques et physiques engendrées par cette cohabitation forcée avec le grand prédateur.
La question centrale qui demeure est celle de l’avenir de ce métier, soumis à une pression constante qui redéfinit chaque jour les limites de l’élevage en montagne.