TCO en grande culture, par Emeric Saboureau

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

À Latillé, près de Poitiers, Emeric Saboureau conduit 60 ha de limons battants à silex en agriculture sur sols vivants. Dans cette vidéo, il présente son système en grandes cultures, fondé sur le semis direct, les couverts végétaux et l’usage du thé de compost oxygéné (TCO). Sur blé, implanté derrière sorgho, il décrit ses interventions, sa stratégie de fertilisation azotée et un essai de TCO appliqué pour stimuler la vigueur, protéger la plante et renforcer l’activité biologique du sol. Il explique aussi le choix de son semoir direct à disques inclinés, mieux adapté aux résidus et aux silex, ainsi que la modification d’un ancien rouleau pour coucher les couverts sans travailler le sol. Emeric détaille enfin sa fabrication de TCO, orientée bactéries ou champignons selon les objectifs, et partage ses premiers résultats : moins de maladies, plantes plus saines, et un léger gain de protéines.

auto_awesome
Résumé
À Latillé, près de Poitiers, Emeric Saboureau conduit 60 ha de limons battants à silex en agriculture sur sols vivants. Dans cette vidéo, il présente son système en grandes cultures, fondé sur le semis direct, les couverts végétaux et l’usage du thé de compost oxygéné (TCO). Sur blé, implanté derrière sorgho, il décrit ses interventions, sa stratégie de fertilisation azotée et un essai de TCO appliqué pour stimuler la vigueur, protéger la plante et renforcer l’activité biologique du sol. Il explique aussi le choix de son semoir direct à disques inclinés, mieux adapté aux résidus et aux silex, ainsi que la modification d’un ancien rouleau pour coucher les couverts sans travailler le sol. Emeric détaille enfin sa fabrication de TCO, orientée bactéries ou champignons selon les objectifs, et partage ses premiers résultats : moins de maladies, plantes plus saines, et un léger gain de protéines.

Le thé de compost oxygéné en grandes cultures ! C'est le pari d'Emeric Saboureau, interviewé par Patrice Pervez !


Merci à La Grande Réconciliation avec la Nature et Patrice Pervez pour cette chouette interview !

http://www.reconciliation-nature.org/


Présentation de l’exploitation

Ce blé a reçu 700 litres par hectare de thé de compost oxygéné, afin d’augmenter sa vigueur, de le protéger et de stimuler la vie du sol. Emeric Saboureau est l’un des rares agriculteurs à produire lui-même cet intrant, à la fois en grande quantité et avec une grande rigueur méthodologique.

Sa ferme est située à Latillé, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Poitiers. Cela fait seulement trois ans qu’il a repris l’exploitation, qui fait 60 hectares de limons battants à silex. Il a dû se contenter de cette surface pour débuter, et travaille parallèlement aux silos de la coopérative.

Il pratique une agriculture sur sol vivant et n’apporte aucune fumure de fond sur ses parcelles de blé.

Conduite du blé

L’implantation du blé a été réalisée derrière un sorgho grain récolté le 2 novembre. Le blé a été semé le 6 novembre, à environ 350 grains par mètre carré.

Pour la fertilisation, Emeric Saboureau explique avoir réalisé :

  • un premier apport d’urée ammonitrate au mois de décembre à 0,55 ;
  • un autre apport au mois de mars ;
  • 50 unités au mois de février ;
  • 350 litres de TCO début mars ;
  • puis 100 unités d’ammonitrate fin mars ;
  • enfin un essai à 350 litres par hectare.

Il précise que ce sont là toutes les interventions effectuées sur les blés.

Concernant l’usage de l’ammonitrate, il indique que ce choix répond avant tout à un souci de simplicité. Il estime toutefois qu’il faudra faire évoluer sa forme d’apport, et sans doute mieux l’échelonner, notamment au regard des analyses.

Sur l’exploitation, les moyennes habituelles sont d’environ 65 quintaux par hectare. Pour la parcelle montrée, il pense être plutôt autour de 60 quintaux par hectare cette année.

Charges et consommation de carburant

Emeric Saboureau explique qu’en matière de produits de protection des cultures, comme avec le semoir il se situe à environ 6 litres de gasoil par hectare. Sa consommation de gasoil est, selon lui, très faible.

Il indique qu’à l’hectare, moissonneuse comprise, il est à 48 litres avec implantation des couverts et culture. Sitôt la récolte faite, il laisse la paille sur place.

Implantation des couverts

Après récolte, il remplit à nouveau son semoir. Il cherche à implanter tout ce qu’il peut, autour de 150 à 200 kg par hectare. Il précise que les kilogrammes par hectare sont parfois difficiles à comparer, car avec des graines lourdes comme la féverole, on monte très vite en poids.

Dans ses mélanges, il prévoit de la vesce, de la féverole et aussi des graminées, avec l’idée de repartir sur un double couvert d’été essentiellement composé de légumineuses, avant une culture de printemps.

Le semoir direct Weaving

L’investissement le plus important réalisé par Emeric Saboureau est son semoir de semis direct Weaving, un modèle à disques inclinés.

Il explique avoir choisi un semoir à disques inclinés en cohérence avec son système cultural. Avec de gros couverts, le disque est selon lui préférable à la dent, qui aurait tendance à bourrer, alors que le disque découpe davantage le couvert.

Il voulait aussi un semoir à disques parce que, dans ses limons battants à silex, une dent aurait remonté beaucoup trop de cailloux, ce qui n’aurait pas été adapté pour lui.

Il considère ce semoir comme très polyvalent. Le principal point qu’il regrette un peu est le poids de l’ensemble, qu’il juge peut-être un peu élevé. Sur des semis d’automne tardifs, comme cette année sur des blés semés le 12 novembre, cela a été très limite. En revanche, dans toutes les autres conditions, il estime que le semoir a été « royal ».

Il précise que la prise en main a demandé un peu d’apprentissage, mais qu’ensuite tout lui a convenu.

Intérêt du disque incliné

Le disque incliné suit le relief du terrain. S’il rencontre un caillou, il peut l’éviter. Ce fonctionnement permet de travailler sans avoir besoin d’une grosse puissance de traction. Emeric Saboureau précise qu’il utilise un tracteur de 135 chevaux, mais qu’avec 90 à 100 chevaux sur terrain plat, cela fonctionne très bien.

Il attire toutefois l’attention sur le besoin hydraulique : la turbine consomme beaucoup, et il faut donc une pompe hydraulique assez importante sur le tracteur. Sinon, une autre solution est de monter une turbine indépendante entraînée par la prise de force.

Pour lui, l’intérêt du disque incliné est particulièrement important dans les pailles. Après une récolte de blé, il moissonne assez haut pour ne prendre que les épis. Cela lui permet d’aller plus vite à la moisson et de garder une couverture du sol afin de limiter l’assèchement.

Comme il reste ainsi beaucoup de paille, le disque incliné évite d’en avoir dans le fond du sillon. Il peut toujours y en avoir un peu, mais très peu.

Modifications du semoir

À l’achat, le semoir ne comportait qu’une seule trémie principale. Emeric Saboureau y a ajouté deux petites trémies supplémentaires.

Cela lui permet par exemple de semer de la luzerne en même temps qu’une grosse graine, ou encore d’incorporer de la vesce et des micro-organismes. Il mentionne notamment l’usage de bactéries de type Microstart.

Le rouleau modifié pour détruire les couverts

Pour détruire son couvert au moment du semis, Emeric Saboureau a modifié un ancien rouleau Faca.

Il explique qu’il ne cherche pas à brasser la terre, mais à pincer les tiges des plantes du couvert en place. Pour cela, il a pris un ancien rouleau, retiré une spire et soudé des cornières.

Le principe repose sur le pincement des tiges, qui fait mourir la plante. Il montre que la tige est pincée à plusieurs endroits. Même si le couvert paraît encore traîner un peu après le passage, le fait que la tige soit pincée suffit à enclencher sa destruction.

Exemple de couvert de féverole

Dans une parcelle visitée, un couvert de féverole avait été implanté et un sorgho y avait été semé à peine quinze jours auparavant.

Le couvert de féverole atteignait environ 1,80 mètre de hauteur. Une pesée du couvert vert avait donné 28 tonnes de matière.

Sous ce couvert, il observe encore de la fraîcheur. Il montre également la terre, en rappelant la présence de silex. Le sol ne forme pas une grosse masse compacte.

Il explique aussi le fonctionnement du disque dans le sillon : le disque travaille en biais et dépose la graine en dessous, de sorte que la plante sort bien verticalement depuis la terre.

Le thé de compost oxygéné

Ce qui est particulièrement nouveau dans la méthode de culture d’Emeric Saboureau, c’est son usage du thé de compost oxygéné, ou TCO, qu’il applique sur ses cultures.

Il fabrique des préparations variables selon le stade de la culture. Devant son bioréacteur, il explique que, dans le cas d’un blé précédé d’un couvert, il oriente au départ ses préparations davantage vers les bactéries. L’objectif est de former un biofilm sur la plante et de jouer un rôle de biostimulant au démarrage.

Ensuite, il s’oriente davantage vers les champignons.

Moments d’application du TCO

Une application peut être faite à l’automne, au stade trois feuilles. Il précise qu’il faut pour cela une température idéale d’environ une dizaine de degrés. Il ne faut donc pas intervenir trop tard en automne, car ces températures ne seraient plus réunies.

Il insiste aussi sur la qualité de la pulvérisation : il faut une pulvérisation très fine, presque de type brouillard, pour bien toucher le dessous et le dessus des feuilles, et couvrir toute la plante.

Au printemps, quand les conditions redeviennent idéales, il refait un TCO orienté bactéries, qu’il pulvérise de nouveau.

Effets observés sur la nutrition de la plante

Grâce à des analyses de sève sur blé, il observe un effet du TCO sur la capacité de la plante à aller chercher les nutriments dont elle a besoin.

Cette année, il a constaté que cela avait presque tout rééquilibré. Il cite seulement deux ou trois éléments, comme le molybdène, qu’il n’a pas pu aller chercher. Tous les autres éléments nutritifs ont en revanche été mobilisés.

En parallèle, il pulvérise aussi sur le sol. Dans son système, le sol est toujours couvert, avec des végétaux en surface. C’est pour cela qu’il revient ensuite avec des champignons, notamment du Trichoderma, qui vont aider à la décomposition des pailles restées sur le sol.

Selon lui, ce champignon a besoin de chaleur, mais aussi d’un peu d’ombre, pour ne pas « griller ». Apporté sur les pailles, il aide à leur dégradation et participe à la mise en place d’un réseau trophique. Celui-ci contribue ensuite à faire venir bactéries et autres éléments vers les racines des plantes.

Essais sur blé

L’année précédente, Emeric Saboureau a mis en place des bandes témoins sur blé :

  • une bande sans passage ;
  • une bande avec un passage ;
  • une bande avec trois passages ;
  • une bande avec quatre passages.

Les applications étaient réalisées à environ 150 à 170 litres par hectare.

Sur les bandes sans passage, il a observé de la maladie sur les blés. Sur les bandes avec trois et quatre passages, l’effet visuel était selon lui très net : les plantes étaient vertes, alors que dans les autres modalités elles ne l’étaient pas de la même manière.

Les analyses de sève ont confirmé que les feuilles de blé étaient en bonne santé et en bonne forme. Il souligne que la première fois, il a trouvé cela vraiment impressionnant.

Effet sur les maladies

Selon lui, les maladies n’arrivent pas à entrer au contact de la feuille, car le TCO permet de créer un biofilm sur les feuilles.

Ce biofilm, constitué par les bactéries, empêche les champignons pathogènes de venir adhérer. Ces derniers peuvent aussi être concurrencés et consommés par d’autres champignons présents dans la préparation, qui sont bénéfiques pour la plante.

Résultats observés à la récolte

À la moisson, il souhaitait aussi mesurer les effets sur le rendement. L’estimation a été difficile à faire précisément car elle a été réalisée avec la moissonneuse, mais il estime avoir obtenu au minimum 200 kg par hectare supplémentaires.

En revanche, il affirme avoir retrouvé un point de protéine en plus.

Son engagement dans l’agriculture sur sol vivant

Emeric Saboureau est engagé dans cette démarche depuis son installation, il y a trois ans. Il précise toutefois qu’il y réfléchissait depuis longtemps auparavant.

Quand l’opportunité de s’installer s’est présentée, il a mis ce système en place directement. Sa motivation est de prendre soin de ses sols, de la biodiversité, et de pouvoir profiter de cette nature, sans faire « du tracteur, du tracteur, du tracteur ».

Les bases selon lui

Pour lui, il faut commencer tout de suite avec les couverts végétaux. C’est la base de l’agriculture de conservation des sols : il faut toujours avoir un sol couvert, et jamais nu.

Il estime aussi qu’il est important de réduire les produits phytosanitaires, afin de préserver la biodiversité, aussi bien au-dessus du sol que dans le sol. Il rappelle que les produits phytosanitaires ont aussi un effet sur les micro-organismes.

Réflexion sur le bio

Il explique qu’il lui arrive de penser qu’avec seulement des désherbages, pourquoi ne pas passer en bio. Comme il est équipé d’un trieur, il envisage aussi la possibilité de trier ses récoltes.

Selon lui, le bio est envisageable sans travailler le sol en profondeur, ou alors avec un travail minimal, juste en surface. Il pense qu’on n’a pas besoin de davantage.

Il estime aussi que les thés de compost oxygénés peuvent aider dans cette perspective, notamment avec l’enrobage de semences, pour gagner en germination et en effet « boost » sur les semences.

Avec la compréhension de ces mécanismes, et à son échelle, il pense que cela peut être faisable.

Perspectives

Emeric Saboureau aimerait retrouver un peu plus de surface pour vivre de cette agriculture. Il ne souhaite pas non plus atteindre des dimensions telles qu’il ne verrait plus sa famille.

Il précise que sa femme et ses enfants lui rappellent parfois qu’il passe déjà beaucoup de temps dans les champs. Mais il rappelle aussi que cela reste pour lui une passion.

Le TCO lui prend beaucoup de temps, notamment au démarrage, lorsqu’il a fallu tout étudier et vérifier que tout fonctionnait bien.

S’il devait s’agrandir, il viserait volontiers le double de sa surface actuelle, soit environ 120 hectares, voire 140 hectares. Pour lui, ce serait une surface idéale, en cohérence avec ce qu’il veut construire pour l’avenir.