Taille des trognes, avec Dominique Mansion
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Aujourd'hui, c'est les trognes qui sont à l'honneur avec Dominique Mansion ! Vous apprendrez aujourd'hui à tailler ces arbres aux nombreuses vertus, tant pour nos champs que pour notre écosystème 🌳🌲🍃
2020, c'est l'année de la trogne ! Rendez-vous ici pour connaître les divers événements qui auront lieu 👋 https://trognes.fr/
SOMMAIRE :
0:00:30 : Introduction, usages et outils
0:07:30 : Taille d'une branche
0:11:50 : Taille avec une scie perche
0:19:50 : La serpe
0:25:00 : Démonstration de taille par un élagueur
0:39:10 : Taille d'une trogne
0:46:40 : Taille d'une sycomore
1:08:10 : Plessage
Introduction
Dans cette intervention, Dominique Mansion présente les trognes et le plessage comme des pratiques anciennes, liées à l’agriculture paysanne, et comme des solutions très actuelles pour garder l’arbre à proximité des cultures, de l’élevage et des usages quotidiens.
Il résume l’idée de départ de façon simple : dans les régions tempérées, on ne peut pas compter sur la forêt seule pour fournir directement tout ce dont on a besoin, contrairement à une forêt tropicale humide où la production est continue. Ici, pour rendre compatibles l’arbre, les cultures et le bétail, les paysans ont développé des formes de gestion spécifiques : des arbres « hors de portée » des animaux, productifs, taillés régulièrement, et intégrés au paysage agricole. C’est le principe de la trogne, auquel s’ajoute celui du plessage pour fabriquer des clôtures vivantes.
L’enjeu est de bénéficier de l’arbre et de tous ses bienfaits tout en l’installant là où il est utile, au plus près des usages.
Ce qu’est une trogne
Dominique Mansion décrit la trogne comme un arbre taillé en hauteur, selon un principe proche du taillis, mais non pas au ras du sol. Au lieu de couper à la base, on coupe à une certaine hauteur afin de profiter :
- des réserves contenues dans le tronc ;
- de la capacité de l’arbre à repousser régulièrement ;
- de la biodiversité que ce tronc va accueillir rapidement, et encore davantage avec le temps.
Une trogne est donc un arbre que l’on taille de manière répétée, selon des cycles adaptés aux usages. Ces cycles peuvent être très courts ou plus longs :
- un an pour produire de l’osier, par exemple pour attacher la vigne ;
- moins de neuf ans pour du fourrage ;
- jusqu’à neuf ans traditionnellement dans certains baux ruraux.
Les cycles sont toujours liés à deux choses :
- l’usage recherché ;
- la biologie de l’arbre.
Dominique Mansion insiste sur un problème actuel : beaucoup d’arbres, notamment des frênes et des chênes, n’ont plus été taillés depuis trop longtemps. Si l’on intervient trop tard, au niveau de grosses sections, on condamne parfois l’arbre, car les bourgeons dormants ne sont plus actifs et le fonctionnement ancien de l’arbre a été perdu.
Une pratique très ancienne
La trogne est présentée comme une pratique ancestrale. Dominique Mansion rappelle qu’on sait qu’elle existait déjà il y a 4 500 ans. De même, le plessage est une pratique très ancienne : Jules César en parle dans La Guerre des Gaules.
Ces savoir-faire, très anciens, peuvent aujourd’hui être remis en œuvre avec les moyens contemporains, avec du matériel plus sûr et plus pratique, et avec de nouveaux débouchés pour le bois produit.
Des usages anciens et nouveaux
Autrefois, les produits des trognes étaient utilisés dans la vie quotidienne paysanne. Aujourd’hui encore, Dominique Mansion souligne qu’il existe de nombreux usages possibles.
Parmi les valorisations évoquées :
- le fagot, qui retrouve un intérêt, par exemple pour des boulangers paysans qui alimentent leur four à pain ;
- le broyage en copeaux ;
- le BRF ;
- le paillage ;
- la litière pour le bétail ;
- d’autres formes de valorisation de la biomasse.
Il rappelle aussi que certains arbres paysans, longtemps considérés comme ordinaires, sont aujourd’hui recherchés pour des usages précieux. C’est le cas notamment du peuplier noir dans le sud de l’Europe, utilisé pour produire de la loupe recherchée en bois précieux, par exemple pour des automobiles de luxe ou des tableaux de bord de yachts. Il signale même que ces arbres sont aujourd’hui pillés par des entreprises.
À cela s’ajoutent deux bénéfices supplémentaires :
- l’identité du paysage ;
- la biodiversité portée par ces arbres.
Le principal inconvénient des trognes
Pour Dominique Mansion, les trognes ont bien un inconvénient : il faut aller les tailler en hauteur.
Plus on tarde à intervenir, plus l’opération peut devenir risquée. Il faut donc anticiper les cycles de taille et ne pas laisser grossir inutilement les repousses.
Le matériel
Dominique Mansion distingue le matériel contemporain et les outils de base.
Le matériel contemporain
Il mentionne notamment :
- les scies japonaises montées sur manches télescopiques ;
- les scies à branches sur perche ;
- les tronçonneuses sur perche, qui permettent de travailler en hauteur sans grimper dans l’arbre.
Ces outils sont intéressants car ils évitent une partie des risques liés à l’escalade, qui faisait autrefois partie du travail paysan.
Il évoque aussi le matériel électrique, qu’il juge aujourd’hui très intéressant pour ce type de travail.
Le matériel thermique et la sécurité
Le matériel thermique est évidemment utilisable, mais il impose des mesures de sécurité importantes. Dominique Mansion rappelle la nécessité de protéger :
- la personne qui intervient ;
- les personnes autour ;
- et de prendre davantage de précautions encore lorsqu’on travaille sur de gros arbres.
Il cite notamment le pantalon de sécurité comme équipement attendu pour la tronçonneuse.
Les outils de base
Pour lui, l’outillage de base est très simple :
- sécateur ;
- scie à élaguer ;
- serpe.
Il insiste sur le fait que ce matériel est modeste, facile d’accès, et qu’on peut encore souvent le retrouver en brocante pour peu d’argent. Le vrai enjeu n’est donc pas l’investissement matériel, mais le savoir et le savoir-faire.
L’importance de l’affûtage
Tous les outils doivent être parfaitement affûtés. Dominique Mansion souligne que c’est un point essentiel du travail.
Les principes de coupe
Dominique Mansion rappelle qu’on n’est pas ici dans la [[taille de la vigne]]. Sur les arbres champêtres, il faut respecter des principes précis.
Respecter le cône d’insertion
Quand on coupe une branche, il faut toujours respecter le cône d’insertion de cette branche sur le tronc. C’est là que va se développer le bourrelet de recouvrement.
Il précise qu’il ne parle pas de « bourrelet cicatriciel », car il n’y a pas véritablement de cicatrisation de la partie centrale. Le bois coupé ne se cicatrise pas : ce sont les tissus vivants autour qui produisent du nouveau bois et recouvrent progressivement la coupe.
Ce principe est fondamental, notamment parce qu’en observant de vieilles trognes creuses, on peut retrouver les anciens niveaux de coupe à l’intérieur de l’arbre et lire son histoire.
Éviter les déchirures
Pour éviter qu’une branche ne s’arrache et ne déchire le bois, il conseille de couper d’abord plus loin, à environ 50 cm, en faisant une pré-coupe, puis de revenir faire la coupe proprement au bon endroit.
De même, lorsqu’on coupe une grosse branche, on fait d’abord une pré-coupe par-dessous, puis une coupe par-dessus un peu plus loin afin d’éviter l’éclatement.
Ne pas laisser de chicot
Il insiste à plusieurs reprises sur ce point : il ne faut pas laisser de chicot.
Si l’on laisse un chicot, on favorise la sève vers l’extrémité et on stimule moins les bourgeons latents présents sous l’écorce. Or, dans la taille des trognes, on compte justement sur la capacité de l’arbre à activer ces bourgeons latents.
Laisser des chicots complique aussi les tailles suivantes et fait dépenser à l’arbre de l’énergie inutilement.
Ne pas mastiquer les coupes
Sur les arbres champêtres, sa position est claire : on ne met rien sur les coupes.
Il cite les travaux d’Alex Shigo, dont la conclusion après des décennies d’étude est qu’il ne faut pas mastiquer ces plaies. Dans le cas des fruitiers ou du greffage, un mastic peut être utile pour limiter le dessèchement immédiat, mais sur les arbres champêtres on laisse faire. Si un produit est appliqué en ville, ce doit être un produit respirant, jamais étanche.
Réactions de l’arbre et fonctionnement de la trogne
La trogne repose sur la capacité de l’arbre à repartir grâce à ses bourgeons latents. Le but est de stimuler ces départs sur le pourtour des coupes.
Dominique Mansion rappelle qu’une taille en trogne peut paraître choquante, mais qu’il vaut mieux parfois faire une trogne sur un arbre compromis que l’abattre au ras du sol. Même si l’arbre ne repart pas parfaitement, il deviendra un réservoir pour les insectes, les invertébrés et les oiseaux.
Il note que sur bien des arbres proches des maisons, notamment chez des particuliers, la première réaction est souvent la peur : on coupe parce qu’on craint une chute. La trogne peut alors constituer une alternative plus intéressante qu’une suppression complète.
Les essences et les modes de création
La trogne peut être créée à partir de plusieurs situations :
- un arbre issu d’un semis naturel ;
- une plantation ;
- une bouture, notamment pour certaines essences.
Le saule et le peuplier
Dominique Mansion cite en particulier :
- le saule blanc, très répandu dans le nord de l’Europe ;
- le peuplier noir, très répandu dans le sud de l’Europe.
Ces essences se prêtent particulièrement bien au bouturage et à la conduite en trogne.
Le cas de l’érable et du frêne
Il explique que l’érable champêtre est bien mieux adapté à la trogne que l’érable sycomore. Il rapporte même l’exemple d’érables champêtres retaillés après 70 ans, avec un redémarrage spectaculaire.
Le frêne est également beaucoup cité, notamment pour ses très fortes repousses annuelles, qui peuvent atteindre 2 m à 2,50 m en un an.
Le chêne
Le chêne est présenté comme une essence pour laquelle il ne faut pas trop attendre avant de revenir tailler. Plus on attend, moins les bourgeons gardent de vigueur. Sur le chêne, les grosses tailles deviennent aussi plus dangereuses.
La hauteur de taille
La hauteur à laquelle on crée la trogne est importante, car c’est à cette hauteur qu’il faudra ensuite revenir intervenir.
Elle dépend de l’usage du sol :
- présence ou non de bétail ;
- facilité de récolte ;
- type de production recherché.
Il indique qu’on peut tout à fait faire une trogne à un mètre de haut. Cependant, il mentionne aussi des observations réalisées dans le Maine-et-Loire : les trognes sont plus productives qu’un arbre non taillé, et le maximum de production serait obtenu entre 2,50 m et 3,50 m de hauteur, notamment sur le frêne et le chêne.
Il distingue aussi deux grandes formes :
- les trognes qui favorisent les repousses sommitales ;
- les trognes très hautes, appelées « mondes », où l’on cherche plutôt les repousses latérales.
Ces formes étaient autrefois très fréquentes, comme le montrent les cartes postales anciennes.
La productivité des trognes
Selon Dominique Mansion, une trogne est plus productive qu’un arbre non taillé. Chaque taille stimule l’arbre, qui repousse vigoureusement.
Il cite les observations de Mission bocage dans le Maine-et-Loire, qui montrent une production supérieure et régulière.
Les arbres taillés latéralement, par exemple les « ragosses » en Bretagne vers Rennes, étaient de véritables usines à feu. La multiplication des nœuds renforçait aussi le tronc. Ces arbres tortillards du bocage ont même été utilisés pour faire des brise-lames à Saint-Malo.
Taille des gros diamètres et risques
Dominique Mansion insiste beaucoup sur les inconvénients des tailles tardives sur gros diamètre.
Fragilité des rejets
Quand on coupe gros, les rejets repartent sur le pourtour. Ils peuvent être très vigoureux, mais restent fragiles tant qu’ils ne sont pas bien renforcés par les bourrelets. Ils peuvent donc casser.
Dessèchement
Sur les gros diamètres, il y a aussi un risque important de dessèchement, notamment avec le soleil printanier quand il fait très sec. Il évoque des pratiques observées en Espagne et dans les Alpes du Sud : des anciens appliquaient sur les grosses coupes un emplâtre de terre et de paille pour limiter ce dessèchement.
Risque pour l’intervenant
Plus on taille gros, plus c’est dangereux aussi pour la personne qui intervient. C’est une raison supplémentaire pour respecter des cycles réguliers.
La trogne, la vitalité et la longévité de l’arbre
Dominique Mansion explique que la trogne réduit régulièrement les besoins de l’arbre et rééquilibre son rapport au sol et aux éléments minéraux.
Un arbre laissé libre connaît une phase de croissance, puis de maturité, puis de sénescence. En trogne, le fonctionnement est relancé périodiquement : on réduit les besoins, on restimule l’arbre, on favorise des phénomènes de réitération, de création de matière organique, et probablement aussi des phénomènes mycorhiziens encore mal étudiés.
Pour lui, cela explique pourquoi les arbres taillés en trogne peuvent vivre deux à trois fois plus longtemps qu’un arbre non taillé. Il cite même des hêtres du Pays basque estimés à plus de 600 ans, ainsi que des exemples observés en Angleterre.
Le bouturage et la plantation
Dominique Mansion explique comment créer certaines trognes à partir de boutures, notamment avec les saules.
On peut utiliser une grosse bouture, l’enfoncer profondément dans le sol, éventuellement après avoir préparé un avant-trou à la barre à mine. Il faut viser un endroit où l’eau est accessible, ou où la nappe est proche, notamment pour les saules.
La partie supérieure abîmée est ensuite recoupée à la hauteur voulue.
Il insiste sur le fait qu’il faut planter profondément, car dans le sol l’arbre développera des racines au lieu de développer des rameaux.
Les repousses latérales qui apparaissent ensuite le long du tronc peuvent être retirées à la main après la pousse de printemps, avant qu’elles ne soient lignifiées.
Les usages du bois coupé
Le produit de taille ne doit pas être vu comme un déchet, mais comme une biomasse précieuse.
Le fagot
Dominique Mansion dit que le fagot était autrefois le « baril de pétrole ». Faire des fagots était essentiel dans l’économie paysanne.
Il explique qu’il faut toujours ranger les branches dans le même sens, avec les bases alignées. Les morceaux tordus peuvent être redressés d’un coup pour être intégrés dans un fagot dense.
Le fagot garde de nombreux usages aujourd’hui. Il peut servir de combustible, mais aussi de matériau pour masquer un endroit ou fabriquer divers aménagements.
- Pourquoi la serpe est recourbée
La forme recourbée de la serpe n’est pas un hasard. Elle permet de reprendre les branches coupées sans se baisser en permanence, donc de travailler plus efficacement. Pour Dominique Mansion, tous ces outils anciens ont été pensés en fonction des usages réels.
La branchette et la haie morte
Si l’on ne veut pas faire de fagots, on peut fabriquer ce qu’il appelle une « branchette » ou une haie morte :
- on met des piquets tous les 50 à 80 cm ;
- on tasse entre eux les branches coupées ;
- on crée ainsi une clôture, une réserve de matière organique et une protection pour de nouvelles plantations.
Cette structure permet de recréer une continuité du vivant et de protéger les jeunes arbres.
Usages créatifs et artisanaux
Dominique Mansion évoque aussi d’autres usages :
- fabrication de tabourets avec des sections de frêne ;
- lampes ou objets décoratifs ;
- sculpture ;
- fabrication de bois courbes ;
- cabanes pour enfants ;
- matériaux pour le jardin.
Il insiste sur le caractère totalement renouvelable et biodégradable de ces matériaux.
Le plessage
Après la trogne, Dominique Mansion présente le plessage, ou clôture vivante.
Le principe est d’utiliser les arbres ou rejets vivants de la haie, de les entailler à la base pour leur laisser une charnière, puis de les coucher à l’oblique ou à l’horizontale. On les entrelace ensuite entre des piquets verticaux pour structurer l’ensemble le temps que les entailles se consolident.
Il rappelle que cette pratique est très ancienne, déjà connue à l’époque de Jules César.
Principe technique du plessage
Pour plesser, on pratique une entaille de manière à garder une charnière vivante. L’arbre n’est pas sectionné complètement : il continue à vivre et à pousser.
Une fois couché, il produit :
- des bourgeons et rejets nouveaux sur le tronc et autour de l’entaille ;
- des repousses verticales issues de l’attirance apicale ;
- un épaississement progressif grâce aux bourrelets latéraux.
Il faut ensuite maintenir l’ensemble avec des piquets, et idéalement avec des liens, par exemple en osier.
Ce que permet le plessage
Dominique Mansion décrit plusieurs intérêts majeurs du plessage.
Faire une clôture vivante
Le premier objectif est de faire une clôture végétale, vivante, durable, qui remplace avantageusement une clôture artificielle.
Densifier une haie
Quand une haie n’a plus été entretenue ou qu’elle est devenue trop transparente, le plessage permet de la densifier. Il empêche les passages transversaux des animaux et recrée une vraie continuité.
Rénover une haie vieillissante
Dans une vieille haie qui manque de matière pour être plessée classiquement, on peut coucher des gros brins pour recréer une structure continue, tout en replantant au travers. Comme la clôture est reformée, les jeunes plantations sont protégées du piétinement.
Créer des formes paysagères
Le plessage n’est pas seulement une technique agricole. Dominique Mansion montre qu’il peut devenir un outil de composition paysagère. On peut créer :
- des cadres ;
- des entrées ;
- des formes aériennes ;
- des clôtures rondes ;
- des structures plus sculpturales.
Il parle d’un passage de la corvée à la sculpture du paysage de proximité.
Les essences adaptées au plessage
Il explique que beaucoup d’essences de haie peuvent être plessées :
Le chêne est décrit comme particulièrement agréable à plesser, très fibreux. Le saule se plesse aussi très bien. Le noisetier est plus cassant, mais fonctionne. Le charme va bien également.
Le plessage de gros diamètres
Dominique Mansion montre qu’on peut plesser des brins plus gros que ce qu’on imagine habituellement. Il raconte l’expérience menée à la Maison botanique de Boursay avec un plesseur anglais du Kent, qui a plessé des érables champêtres et d’autres arbres de fort diamètre.
Le résultat, visible des années plus tard, a été spectaculaire : les arbres ont poursuivi leur croissance, ont produit des rejets vigoureux, et certaines repousses ont ensuite été menées en trognes.
Il souligne qu’on peut donc avoir à la fois :
- une clôture horizontale vivante ;
- une production issue des repousses sur cette clôture.
Anastomoses et circuits vivants
Dans les plessages aériens ou dans les structures très rapprochées, Dominique Mansion insiste sur le fait que les branches finissent par se souder entre elles. Il parle d’anastomoses.
Selon lui :
- les racines d’une même essence se soudent déjà sous terre ;
- les branches mises durablement en contact peuvent aussi se souder ;
- on finit alors par créer un véritable circuit fermé du vivant.
Il donne des exemples observés au Maroc, dans l’Atlas, où plusieurs arbres sont réunis, protégés des chèvres, puis gérés de manière à obtenir une [[production fourragère]] très élevée.
Le plessage et l’entretien
Un plessage doit être entretenu, en particulier si l’on veut qu’il reste efficace comme clôture.
Si on le laisse pousser sans suivi :
- certains brins deviennent dominants ;
- le manque de lumière affaiblit d’autres parties ;
- l’ensemble devient moins dense et moins fonctionnel.
Tailler régulièrement permet de maintenir la densité et de favoriser les soudures entre les éléments.
Plantation d’une haie en vue du plessage
Dominique Mansion évoque deux stratégies principales.
Plantation très dense
On peut planter très serré, tous les 20 à 25 cm par exemple. Les brins poussent alors droits et fins, ce qui facilite un plessage homogène.
Plantation un peu moins dense puis recépage
On peut aussi planter un peu moins dense et recéper très tôt après la première année de pousse. Cela provoque plusieurs départs, qui permettront ensuite le plessage.
Il ajoute qu’une haie champêtre doit être pensée pour longtemps, pas pour cinq ou dix ans mais pour cent ans, deux cents ans ou davantage. Il juge donc utile de planter assez dense dès le départ.
Mélange des essences et plantation
Sur la composition des haies, Dominique Mansion explique qu’on peut planter les essences au hasard, comme cela se rencontre naturellement. On peut très bien avoir plusieurs chênes côte à côte, puis d’autres essences.
Il insiste aussi sur l’intérêt du paillage, aujourd’hui plutôt organique que plastique, avec paille ou BRF, pour aider à l’installation des plants.
Certaines essences ou lianes d’ombre, comme le houx ou le chèvrefeuille, peuvent aussi être installées plus tard dans une haie déjà formée.
Réflexions sur la taille moderne
Dominique Mansion critique certaines modes récentes de taille, notamment ce qu’il appelle la « maladie de la trognette » : sur des arbres conduits depuis longtemps en trognes classiques, certains employés communaux se sont mis à multiplier de petites têtes secondaires. Il juge que cela complique le travail, démultiplie les interventions et n’apporte rien, alors que les formes anciennes fonctionnaient très bien.
Il relie cela à une perte de savoirs paysans et à des effets de mode plus qu’à une bonne compréhension du fonctionnement de l’arbre.
L’arbre, le paysage et la culture
Tout au long de l’intervention, Dominique Mansion rappelle que les arbres paysans ne sont pas seulement des éléments biologiques ou techniques. Ils relèvent aussi de la culture et du paysage.
Il souligne que la vision forestière dominante a parfois conduit à des gestes inutiles dans les haies et talus, comme l’élimination systématique des branches basses, sans raison réelle. Pour lui, l’arbre doit être pensé selon l’usage qu’on lui donne et non selon des réflexes importés de la sylviculture du bois d’œuvre.
Le paysage bocager ancien recèle une très grande diversité de formes et de solutions, qu’il faut réapprendre à observer.
Vers un « arborétrogne »
En conclusion, Dominique Mansion mentionne un projet porté à la Maison botanique de Boursay : la création d’un « arborétrogne ».
L’idée est de planter différentes essences, pas forcément déjà connues pour leur conduite en trogne, afin de tester :
- différentes formes de trognes ;
- différents types d’étêtage ;
- les réactions des essences ;
- les rythmes de repousse.
Le but est que le public puisse observer sur place comment ces arbres fonctionnent, comment ils repoussent, et mieux comprendre ces pratiques anciennes remises au service des enjeux d’aujourd’hui.