Test du désherbeur intelligent Ecorobotix
![]()
L'intelligence artificielle et la robotique peuvent-elles rendre l'agriculture plus vertueuse ? Je visite la ferme de Nicolas Pavillard qui teste le pulvérisateur ciblé intelligent d'Ecorobotix en conservation des sols. Participant au programme pilote suisse Pestired, qui vise à réduire de 75% l'utilisation des pesticides, l'agriculteur veut aller encore plus loin avec l'IA.
La question que je me pose : Est-ce que l'IA est un nouveau gadget pour optimiser les systèmes existants ? Ou est-ce qu'elle pose les bases d'une véritable alternative aux pesticides ?
Dans cette vidéo, les essais sont très parlants sur l'efficacité du robot intelligent ARA d'Ecorobotix. Mais il reste ces questions en suspens : Quelle consommation d'énergie pour faire tourner les serveurs ? Paradoxalement, ce système ne légitime-t-il pas les pesticides ? Et surtout : les agricultrices et agriculteurs sont-ils vraiment propriétaires de l'outil et des données qu'ils produisent pour alimenter l'intelligence artificielle ? Tant de questions que je vais chercher à approfondir et dont on peut discuter en commentaires.
L’intelligence artificielle au service d’une agriculture plus vertueuse
L’intelligence artificielle et la robotique peuvent-elles rendre l’agriculture plus vertueuse ? Nous ne sommes qu’au début de cette histoire, mais des innovations prometteuses voient le jour. Pierre Girard nous emmène à la rencontre de Nicolas Pavillard, exploitant agricole en Suisse, qui utilise l’une des technologies les plus pointues du moment : le pulvérisateur de précision Lara, conçu par Ecorobotix.
Une gestion ciblée des adventices
Nicolas Pavillard, associé avec David et Sébastien au sein de l’exploitation “E3” (230 hectares en polyculture-élevage), a intégré cette technologie pour mieux gérer les adventices, notamment le rumex, avec un taux d’efficacité annoncé de 90 %.
L’avantage majeur de cette pulvérisation ciblée est de pouvoir lutter contre les mauvaises herbes sans endommager les cultures en place. Dans une optique d’agriculture de conservation, où le sol doit rester couvert en permanence pour favoriser la [[matière organique]], cet outil permet de cibler précisément les adventices à problème tout en préservant le couvert végétal.
Le fonctionnement technologique du robot Lara
Pour comprendre cette prouesse technique, Pierre Girard s’est entretenu avec Thomas Anken, chercheur à l’Institut de recherche agroscope. Le robot Lara utilise un système complexe composé de :
- Une caméra RGB : pour la détection et la distinction entre la culture et l’adventice via l’intelligence artificielle.
- Une caméra 3D : pour localiser précisément la cible.
- Une puissance de calcul embarquée : six ordinateurs par machine permettent de prendre des décisions et d’actionner l’ouverture/fermeture des buses en moins de 100 millisecondes, le tout en roulant à environ 7,2 km/h.
La précision de l’algorithme est le cœur de la valeur de l’entreprise. Ces algorithmes sont entraînés grâce à un travail colossal de collecte de milliers d’images dans des contextes variés, un processus qui s’apparente aux méthodes de développement de grandes entreprises comme Google.
Un modèle économique évolutif
Contrairement au matériel agricole classique, dont l’achat initial (environ 60 000 €) marque la fin de l’investissement, le robot Lara (autour de 120 000 €) fonctionne sur un modèle similaire aux abonnements logiciels (type Office 365). Il nécessite des licences annuelles pour maintenir les algorithmes à jour. Si ce coût peut paraître élevé pour certaines fermes, il garantit une technologie qui ne devient jamais obsolète face à l’évolution rapide de l’IA.
Résultats : une réduction majeure des intrants
Lors d’un test grandeur nature mené sur une parcelle de colza, l’efficacité du système a été probante :
- Pulvérisation classique : 200 litres par hectare.
- Pulvérisation avec Lara : 60 litres par hectare.
Le résultat est une économie d’environ 70 % de pesticides, prouvant qu’il est possible d’obtenir un résultat quasi équivalent (80 à 90 % d’efficacité) tout en réduisant drastiquement les intrants chimiques.
Vers l’abandon total des pesticides ?
Au-delà de la réduction de la chimie, cette précision ouvre des perspectives fascinantes pour l’avenir. Thomas Anken évoque la possibilité de guider des lasers ou d’utiliser de l’eau chaude via ces systèmes de haute précision pour brûler les adventices. L’idée de désherber sans aucun produit chimique, en appliquant seulement quelques millilitres d’eau chaude précisément sur la cible, est une piste concrète pour une agriculture de demain plus respectueuse de l’environnement. Nous ne sommes, semble-t-il, qu’au début d’une nouvelle ère.