Agroforesterie : bocage et plantation de haies multi-usages
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Dans la zone la plus touchée par le remembrement, en Mayenne, des agriculteurs pionniers replantent des haies. Ils mènent un projet ambitieux de restauration du bocage et des cours d'eau, avec le projet LIFE Revers'Eau Chéran financé par la Commission européenne.
Comment concevoir une haie qui bénéficie à la fois à la biodiversité et à l'agriculture ?
La haie est-elle un coût supplémentaire ou une source de revenu ?
A quoi ressemble l'aménagement après une dizaine d'années ?
Quel est l'effet des travaux de renaturation sur le cycle de l'eau et les inondations ?
Je suis allé poser la question aux agriculteurs, aux techniciennes et aux ingénieurs qui collaborent sur le terrain, grâce au syndicat du bassin de l'Oudon. J'ai passé plusieurs jours sur les fermes de Justin Rooks et de Camille Sabin pour découvrir leurs systèmes en agroforesterie combinant élevage, arbres et cultures.
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La restauration des bocages : un enjeu d’avenir
Le bocage, autrefois omniprésent dans le paysage agricole français, a subi de plein fouet les conséquences du remembrement. En Mayenne, des agriculteurs comme Justin Rooks et Camille Sabin s’engagent aujourd’hui dans une démarche de restauration de ces haies multi-usages. Si le remembrement a autrefois favorisé l’arrachage des haies et la rectification des cours d’eau pour agrandir les parcelles, les agriculteurs d’aujourd’hui constatent les limites d’un système sans ombre et sans protection.
La mise en place de ces projets est souvent soutenue par des subventions, notamment de la Commission européenne et des syndicats de bassin versant (comme celui de Loudon), sans lesquelles le coût des plants serait un frein majeur pour les exploitations.
L’agroforesterie au service du bétail
Justin Rooks, installé sur la ferme familiale, travaille sur la résilience de son élevage. Pour mieux s’adapter à l’humidité des sols et au pâturage, il a fait évoluer son troupeau vers un mélange de races (brune des Alpes, jersiaise et frisonne). L’objectif est de réduire le gabarit des animaux pour limiter le piétinement des prairies en conditions humides, permettant ainsi de prolonger la période de pâturage.
Dans cette optique, l’agroforesterie joue un rôle crucial :
- Bien-être animal : Les haies offrent de l’ombre indispensable pendant les fortes chaleurs estivales.
- Gestion du sol : Le bois issu des haies est broyé pour servir de litière. Une fois transformé en fumier, il enrichit les sols en [[matière organique]] stable, favorisant le stockage du carbone à long terme.
- Biodiversité : Les haies servent d’habitat aux insectes auxiliaires de culture.
La gestion des cours d’eau et le “reméandrage”
La restauration ne concerne pas seulement les haies, mais aussi les cours d’eau. Benjamin, technicien au syndicat du bassin de Loudon, explique que les cours d’eau autrefois “rectifiés” fonctionnent comme des autoroutes à eau en cas de fortes pluies, provoquant érosion et inondations.
Les travaux de restauration consistent à :
- Retaluter les berges : Radoucir la pente pour retrouver une forme naturelle, plus proche d’un méandre.
- Reboisement : Ces zones, bien que retirées de la culture intensive, deviennent des zones de production de bois et de biodiversité tout en stabilisant les berges.
- Processus lent : La renaturation est un processus qui nécessite du temps (20 à 30 ans) et une observation attentive de la part de l’agriculteur.
La régénération naturelle spontanée
Camille Sabin souligne une technique efficace et économique : la régénération naturelle. En installant des clôtures autour des anciennes haies, il laisse la nature reprendre ses droits. Sans intervention humaine, de nouveaux arbres (chênes, noisetiers) poussent spontanément. Cette méthode, moins coûteuse et parfaitement adaptée au terrain local, permet de recréer des structures végétales complexes qui demandent peu d’entretien.
Une vision à long terme
La plantation de haies multi-espèces (noisetier, fusain, merisier) crée un véritable “mur végétal” qui sert à la fois de coupe-vent, de réserve de biodiversité et de ressource matérielle. Pour des agriculteurs comme Justin et Camille, ces choix sont guidés par une projection sur le très long terme. En plantant aujourd’hui, ils préparent le terrain pour les générations de 2070, avec l’espoir que ces systèmes permettront, au-delà de la production alimentaire, de fournir des matériaux, de l’énergie et une résilience climatique accrue.
Comme le rappelle Pierre Girard, cette transition vers le “bocage du XXIe siècle” est une démarche indispensable pour réconcilier agriculture et environnement.