Atelier "La houblonnière agroforestière"

De Triple Performance
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Dans cet atelier de Paysages in Marciac, Alain Canet échange avec Hervé Covès autour d’une question centrale : comment faire entrer le houblon en agroécologie ? À partir de l’observation du houblon sauvage, plante de ripisylve présente bien au-delà de l’Alsace, ils montrent que cette culture peut devenir un formidable modèle agroforestier. Le houblon y apparaît comme une plante-pivot, capable de relier arbres, champignons mycorhiziens, insectes auxiliaires, oiseaux et cultures associées. Face aux maladies récurrentes des houblonnières classiques (mildiou, oïdium, acariens, pucerons), l’enjeu n’est plus seulement de traiter, mais de recréer un écosystème résilient. Haies, mares, vieux arbres, diversité végétale et vie du sol deviennent alors les leviers d’une « houblonnière de rupture », plus autonome, plus fertile et mieux adaptée aux aléas climatiques. Un plaidoyer inspirant pour repenser la culture du houblon à partir du vivant.

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Résumé
Dans cet atelier de Paysages in Marciac, Alain Canet échange avec Hervé Covès autour d’une question centrale : comment faire entrer le houblon en agroécologie ? À partir de l’observation du houblon sauvage, plante de ripisylve présente bien au-delà de l’Alsace, ils montrent que cette culture peut devenir un formidable modèle agroforestier. Le houblon y apparaît comme une plante-pivot, capable de relier arbres, champignons mycorhiziens, insectes auxiliaires, oiseaux et cultures associées. Face aux maladies récurrentes des houblonnières classiques (mildiou, oïdium, acariens, pucerons), l’enjeu n’est plus seulement de traiter, mais de recréer un écosystème résilient. Haies, mares, vieux arbres, diversité végétale et vie du sol deviennent alors les leviers d’une « houblonnière de rupture », plus autonome, plus fertile et mieux adaptée aux aléas climatiques. Un plaidoyer inspirant pour repenser la culture du houblon à partir du vivant.

Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃


Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui un atelier avec Alain Canet, Hervé Covès.


Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.


Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Introduction

Alain Canet ouvre l’atelier en saluant le public présent à Marciac et les personnes qui suivent la rencontre en ligne. Il présente cette séance comme un prolongement d’un travail engagé autour du houblon, à la suite d’une formation montée pour le compte de Pour une agriculture du vivant, de la Fondation Kronenbourg, du lycée agricole d’Obernai et de la profession houblonnière.

L’enjeu posé est clair : le houblon peut-il entrer pleinement en agroécologie ? Autrement dit, peut-on sortir d’un modèle de culture unique, très technique, très encadré, pour aller vers une houblonnière plus vivante, plus autonome, plus résiliente ?

Le point de départ de la réflexion est botanique et écologique : le houblon est une plante de ripisylve, une plante des bords de rivière, comme la vigne dans certains de ses milieux d’origine. On le trouve bien au-delà de l’Alsace, dans de nombreuses régions d’Europe, y compris en Corse, et même jusqu’en Éthiopie selon Hervé Covès. Cette origine écologique conduit à reposer la question de sa culture : si le houblon est né dans un milieu complexe, humide, arboré et très vivant, que se passe-t-il lorsqu’on le simplifie en monoculture ?

Pourquoi s’intéresser au houblon en agroécologie

Pour Hervé Covès, le houblon est une plante modèle. En étudiant son écologie, on accède à des mécanismes fondamentaux sur la vie des plantes ensemble, sur les relations entre espèces, sur les réseaux mycorhiziens et sur la construction d’écosystèmes cultivés.

Le houblon est présenté comme une plante « pivot », au même titre que la vigne : une plante capable de connecter entre elles des espèces très différentes, y compris des plantes de milieux contrastés. Hervé Covès évoque notamment certains champignons associés au houblon, comme Serendipita, qui permettent de faire des liens entre des plantes qui, sans cela, n’auraient rien à voir les unes avec les autres.

Cette réflexion débouche sur une idée plus large : certaines plantes qui ont accompagné l’humanité ont peut-être joué un rôle décisif dans l’invention même de l’agriculture, parce qu’elles permettaient déjà de relier des plantes entre elles, de former de véritables « sociétés de plantes ». Le houblon, dans cette perspective, devient bien plus qu’une culture spécialisée : il devient un révélateur de processus écologiques fondamentaux.

Les problèmes rencontrés dans les houblonnières classiques

Alain Canet demande à Hervé Covès de rappeler les principales difficultés observées dans les houblonnières actuelles.

Hervé Covès cite d’abord les maladies fongiques : mildiou, oïdium, moisissures diverses. Le paradoxe est immédiat : le houblon est une plante de milieu humide, mais dans les systèmes cultivés, cette humidité est souvent associée à des pathologies.

À cela s’ajoutent de nombreux ravageurs : pucerons, psylles, acariens. Ces derniers sont d’ailleurs présentés comme des indicateurs d’excès de sécheresse. On se retrouve donc dans une contradiction permanente : si l’on cherche à éviter l’humidité pour limiter les maladies fongiques, on favorise d’autres ravageurs liés à la sécheresse ; et si l’on corrige un problème, on en déclenche souvent un autre.

Hervé Covès insiste aussi sur les effets de la protection phytosanitaire classique : en cherchant à détruire un ravageur, on détruit aussi les auxiliaires qui pourraient contribuer à sa régulation. Le système entre alors dans une spirale de dépendance, avec toujours plus d’interventions, plus de stress, plus de travail, plus d’anticipation anxieuse des attaques à venir. Il cite l’exemple de la lutte préventive contre le mildiou : dès l’annonce de pluie, les traitements sont déclenchés.

La question posée n’est donc pas seulement de « soigner » une houblonnière, mais de permettre à l’écosystème de retrouver sa capacité à réguler lui-même les problèmes rencontrés.

La biodiversité comme condition de résilience

Une grande partie de l’atelier consiste à expliquer pourquoi la diversité du vivant est déterminante dans une houblonnière.

Hervé Covès rappelle qu’un écosystème très simplifié peut parfois fonctionner, mais seulement tant qu’il reste isolé. Or, dans les paysages agricoles continentaux, rien ne reste isolé très longtemps. Dès qu’un nouvel organisme arrive, insecte ou champignon, il peut proliférer si le milieu ne possède pas de réseau de régulation suffisamment riche.

Il prend l’exemple des îles Kerguelen : dans des écosystèmes très simplifiés, l’introduction de nouvelles espèces a profondément déstabilisé les équilibres. Il fait le parallèle avec les cultures, où les ravageurs et maladies peuvent se développer sur un mode invasif quand les milieux ont été trop simplifiés.

À l’inverse, dans les écosystèmes très diversifiés, comme certaines ripisylves éthiopiennes évoquées pendant l’atelier, la richesse des interactions limite beaucoup plus facilement les pullulations. Une petite bestiole y trouve immédiatement prédateurs, compétiteurs, pathogènes ou régulations indirectes. Cette diversité vaut autant pour les insectes que pour les maladies fongiques, grâce à la richesse des microbiotes racinaires, internes et foliaires.

L’objectif d’une houblonnière agroécologique est donc de réintroduire, autant que possible, cette complexité fonctionnelle.

Le houblon dans son milieu d’origine

Le houblon est montré comme une plante caractéristique des ripisylves et des forêts inondées. Dans ces milieux, il grimpe dans la végétation, parfois jusqu’à recouvrir abondamment arbres et arbustes.

Cette observation conduit Hervé Covès à poser une question centrale : pourquoi des arbres accepteraient-ils de se laisser « envahir » par le houblon, si cette relation leur était défavorable ? Pour lui, si le houblon et certains arbres ont coévolué, c’est qu’il existe des bénéfices mutuels.

Il propose notamment l’idée suivante : un arbre de bord de rivière, naturellement attiré vers le cours d’eau et donc sujet à un déséquilibre, peut être contraint par le houblon à pousser davantage à la verticale. Cette contrainte favoriserait sa stabilité et sa longévité. Le houblon ne serait donc pas seulement un grimpeur opportuniste, mais un partenaire architectural dans certains contextes.

Les plantes compagnes du houblon

À partir de relevés floristiques issus de la base de données Sophy de Tela Botanica, Hervé Covès présente les plantes le plus fréquemment associées au houblon sauvage en France.

Parmi les espèces les plus souvent rencontrées figurent notamment :

L’idée n’est pas seulement descriptive. Chacune de ces plantes apporte quelque chose au système.

Le frêne

Le frêne est présenté comme la plante la plus fréquemment associée au houblon. Selon Hervé Covès, le houblon et le frêne partagent une partie importante de leurs réseaux mycorhiziens. Cela signifie qu’ils ne sont pas simplement côte à côte : ils peuvent être reliés dans le sol par des réseaux communs d’échanges de ressources.

Le frêne hébergerait aussi des coléoptères, notamment certains carabes, qui peuvent intervenir indirectement dans la régulation de ravageurs du houblon et d’autres plantes voisines.

L’aulne

L’aulne joue un rôle majeur dans les zones humides. Grâce à son association avec des bactéries fixatrices d’azote, il enrichit fortement le milieu. Cet azote peut ensuite circuler dans l’écosystème via les réseaux mycorhiziens, profitant à d’autres plantes, dont le houblon. Hervé Covès souligne que cette dynamique explique aussi la présence fréquente d’orties près des aulnes.

Le cornouiller sanguin

Le cornouiller sanguin est lié, pour Hervé Covès, à l’empreinte forestière du milieu. Sa présence indique que les champignons forestiers sont là, et donc que le lieu commence à stocker de l’information écologique et immunitaire.

Le sureau

Le sureau est décrit comme une plante-clé des écosystèmes. Il attire très tôt au printemps une grande quantité de pucerons et d’insectes, ce qui fournit rapidement une ressource alimentaire aux auxiliaires. En ce sens, il joue un rôle de « nourricier » du système. Sa floraison attire aussi de nombreux pollinisateurs.

Il est également présenté comme un indicateur d’humidité, soit dans le sol, soit dans le fonctionnement hydrique de l’écosystème.

Le fusain

Le fusain est associé à des feuilles « froides », capables de condenser plus facilement l’humidité atmosphérique. Cette fonction de condensation intéresse directement la question de la régulation de l’humidité dans une houblonnière.

Le noisetier

Le noisetier assure une continuité de production de pollen très précoce dans la saison, juste après les hellébores et avant les saules. Il soutient ainsi les insectes pollinisateurs très tôt dans l’année. C’est aussi une plante très riche en insectes et en champignons, marquant elle aussi une forme d’entrée dans la dynamique forestière.

L’aubépine et le prunellier

L’aubépine et le prunellier sont abordés comme représentants des fruitiers à pépins et à noyaux. Ils peuvent héberger des ravageurs communs avec les arbres fruitiers cultivés, ce qui inquiète souvent les agriculteurs. Mais Hervé Covès inverse la perspective : si ces plantes sont maintenues dans un système vivant, elles hébergent aussi les solutions, c’est-à-dire les auxiliaires et les régulations qui vont avec les problèmes.

Le chêne pédonculé

Le chêne pédonculé tient une place à part. Il n’est pas spécialement apprécié pour ses mycorhizes dans une logique agronomique simplifiée, et pourtant il est très fréquemment associé au houblon.

Pour Hervé Covès, son rôle est celui du vieil arbre, du gardien de la mémoire écologique. Par sa longévité, sa biomasse, ses cavités, ses oiseaux, ses chauves-souris, ses insectes et ses champignons, il concentre et conserve une immense quantité d’informations et de solutions écologiques. Il est un réservoir de résilience.

Le houblon comme plante de lien avec les cultures alimentaires

En poursuivant l’analyse des plantes compagnes du houblon, Hervé Covès mentionne aussi des plantes herbacées fréquemment associées, comme :

  • l’ortie ;
  • la ronce ;
  • le lierre terrestre ;
  • le gaillet ;
  • la reine-des-prés ;
  • la benoîte ;
  • la douce-amère ;
  • le lierre.

À travers elles, il fait remarquer que les familles botaniques représentées autour du houblon recoupent celles de nombreuses plantes cultivées : rosacées, apiacées, solanacées, etc. Cela l’amène à proposer l’idée que le houblon pourrait devenir une plante de liaison dans des systèmes de type jardin-forêt ou maraîchage arboré.

Autrement dit, la présence du houblon rendrait plus facile la coexistence, sur une même parcelle, d’arbres, d’arbustes, de légumes et de plantes vivaces, en reconstituant des réseaux mycorhiziens et biologiques compatibles entre eux.

Les mycorhizes au centre du raisonnement

L’atelier accorde une place centrale aux mycorhizes, que Hervé Covès présente comme un élément structurant de la houblonnière de rupture.

Il montre des images de champignons mycorhiziens à l’intérieur des racines et explique leur fonctionnement : ces champignons pénètrent dans les tissus végétaux, y créent des zones d’échange, stockent des réserves et mettent en relation les plantes avec tout un ensemble de ressources du sol.

Dans un système sauvage, un pied de houblon pourrait être associé à une centaine, voire cent cinquante types de champignons mycorhiziens différents. Dans un système industriel, on serait plutôt autour de cinq. Cette chute de diversité change radicalement les capacités du milieu.

Les fonctions attribuées à ces réseaux sont nombreuses :

  • circulation de l’eau ;
  • extraction et distribution des minéraux ;
  • échanges de ressources entre plantes ;
  • prévention des maladies ;
  • circulation d’informations ;
  • capacité d’adaptation ;
  • résilience du système ;
  • réduction des intrants et des traitements.

Un tableau collectif est même dressé pendant l’atelier pour lister ces grandes fonctions : l’eau, les minéraux, les échanges, la coopération, les auxiliaires, l’information, la prévention, la résilience, la diversité.

Hervé Covès insiste aussi sur le fait qu’il reste beaucoup de choses inconnues : ce que l’on sait déjà est considérable, mais ce que l’on ignore l’est plus encore.

La circulation de l’information dans le vivant

Hervé Covès développe l’idée que les réseaux mycorhiziens permettent une circulation très rapide d’informations biologiques entre plantes.

Lorsqu’une plante est attaquée, elle produit des composés de défense. Ces signaux peuvent être transmis par les réseaux fongiques aux autres plantes du voisinage, qui commencent alors à se préparer avant même d’être touchées. C’est un mécanisme de prévention écologique.

À cela s’ajoute le rôle des oiseaux. En mangeant des insectes ou des chenilles malades, puis en déposant leurs fientes dans l’environnement, ils contribuent à déplacer des microorganismes, virus ou bactéries qui peuvent participer à la régulation biologique. Ces apports, relayés par le sol et les réseaux mycorhiziens, participent eux aussi à la dynamique immunitaire du milieu.

Le rôle des oiseaux et des migrations

Les oiseaux occupent une place importante dans la réflexion de Hervé Covès. Ils ne sont pas seulement des prédateurs d’insectes ; ils sont aussi des vecteurs de microbiote et des agents d’adaptation des écosystèmes.

Il prend l’exemple des cigognes, emblématiques de l’Alsace, qui font de grandes migrations jusqu’en Afrique orientale, notamment vers l’Éthiopie. Ces déplacements participeraient au brassage du vivant à grande échelle, et donc à l’ajustement permanent des écosystèmes.

Accueillir des oiseaux dans une houblonnière, c’est donc accueillir davantage que des auxiliaires visibles : c’est aussi ouvrir le système à des circulations biologiques plus larges.

La question de l’humidité et de la condensation

L’un des paradoxes du houblon est sa sensibilité aux maladies liées à l’humidité, alors même qu’il provient de milieux humides.

Hervé Covès explique ce point en mobilisant la notion de condensation. Dans un écosystème diversifié, certaines plantes aux feuilles plus froides, comme le lierre ou le fusain, peuvent jouer le rôle de condensateurs naturels. L’humidité atmosphérique s’y condense préférentiellement plutôt que sur les feuilles du houblon. On limite ainsi les conditions favorables au développement de maladies cryptogamiques sur le houblon lui-même.

Cette eau condensée peut ensuite être réintégrée dans le système vivant, redescendre dans les plantes et retourner vers le sol et les réseaux mycorhiziens. Pour Hervé Covès, il y a là un mécanisme essentiel de redistribution de l’eau dans les milieux végétalisés.

Quel aménagement pour une houblonnière agroécologique ?

Dans la dernière partie de l’atelier, Hervé Covès propose une réflexion sur le design de la houblonnière.

Le point de départ est une houblonnière classique : des rangs, du sol nu, des câbles, des interventions mécaniques, du travail du sol, des traitements.

La question devient alors : comment faire entrer la ripisylve dans la houblonnière ?

Plusieurs pistes sont avancées :

  • s’appuyer sur une zone humide existante, comme un fossé, une mare, un ruisseau ou une bordure de parcelle humide ;
  • y maintenir ou y réintroduire les plantes compagnes du houblon ;
  • relier cette zone vivante à la parcelle cultivée par une haie ou un corridor écologique ;
  • éventuellement créer une haie centrale dans la parcelle, si l’on ne peut pas agir sur toute la périphérie ;
  • recréer, si possible, une petite zone humide au cœur même de la parcelle.

Deux logiques sont distinguées :

  • un modèle périphérique, avec une haie ou une lisière tout autour de la parcelle ;
  • un modèle centré, avec un cœur vivant au milieu de la parcelle.

Dans tous les cas, l’essentiel est de rapprocher la culture du houblon d’un réservoir de vie sauvage, pour faciliter la circulation des auxiliaires, des champignons, des microorganismes et des régulations écologiques.

Hervé Covès insiste sur un point : même un petit aménagement peut enclencher des dynamiques puissantes. Il évoque l’exemple de petites mares rapidement colonisées par les salamandres ou les grenouilles, preuve que la vie revient vite lorsqu’on lui rouvre une place.

Le vieil arbre comme élément central

Dans cette houblonnière de rupture, un élément est particulièrement mis en avant : le vieil arbre, éventuellement sous forme de trogne.

Pour Hervé Covès, le vieil arbre concentre :

  • la mémoire du lieu ;
  • une immense diversité de micro-organismes ;
  • des habitats pour les oiseaux, chauves-souris et insectes ;
  • une capacité à accumuler et transmettre des solutions écologiques.

Il peut devenir un point d’ancrage essentiel de la houblonnière agroécologique. Sa présence n’est pas décorative : elle est fonctionnelle, agronomique, biologique.

Une transition qui demande du temps

L’atelier souligne enfin que ces dynamiques demandent du temps. Il existe un « temps biologique » pour que les relations se mettent en place, pour que les auxiliaires arrivent, pour que les plantes s’installent, pour que les sols se reconstituent, pour que les réseaux mycorhiziens se diversifient.

Hervé Covès remarque que les résultats sont souvent plus rapides lorsqu’on installe en même temps la culture et les structures écologiques qui l’accompagnent, plutôt que lorsqu’on cherche à corriger après coup un système déjà fortement simplifié.

Il rappelle aussi qu’un couvert végétal laissé en place, même si l’on commence avec peu d’espèces, finit souvent par s’enrichir spontanément, jusqu’à atteindre une grande diversité et un nouvel équilibre.

Conclusion

En conclusion, Alain Canet rappelle qu’il n’existe pas de modèle unique de houblonnière agroécologique. Il n’y a pas de recette toute faite. Chaque projet devra être conçu in situ, en fonction du diagnostic, du paysage, de l’existant, de l’eau, des vents, des arbres déjà présents, des possibilités techniques et du projet du producteur.

Mais plusieurs principes forts ressortent de l’atelier :

  • le houblon est une plante de ripisylve et doit être repensé à partir de cette origine ;
  • la diversité végétale et animale est une condition de résilience ;
  • les mycorhizes jouent un rôle central dans la circulation de l’eau, des nutriments et de l’information ;
  • les arbres, les haies, les mares et les vieux sujets doivent être considérés comme des éléments agronomiques à part entière ;
  • la houblonnière de rupture vise plus de cohérence, d’autonomie et de fertilité, avec moins de dépendance aux intrants.

L’atelier se termine sur l’idée que le houblon, loin d’être un cas particulier, ouvre en réalité sur une réflexion beaucoup plus large sur l’agroécologie, les paysages cultivés et la manière d’habiter les écosystèmes.